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Marco Ferreri
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Publié dans :PORTRAITS Janvier-Mars 2011 N°152
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Il regarde toujours devant, sans le moindre désir de se retourner. Sévère et rigoureux, joueur empreint d’un humour dévastateur, Marco Ferreri préfère les poèmes aux nouvelles, le bricolage savant aux théories. En résulte un territoire de tous les possibles où l’objet ne prend sens que par curiosité juxtaposée. Designer au-delà, l’acteur séduit, raconte, inclut, provoque, médite, incarne, pour mieux expérimenter. Lorsque les créations se laissent envahir par les événements de la vie, ses monologues intérieurs prennent la forme de récréations. Place au show.

Un Narrateur Illusionniste

Il renifle, écoute, collectionne, pour mieux interpréter, fiévreux dans son habileté à raconter. “Je peux redessiner le même objet des milliers de fois, selon d’infimes variations. Je n’hésite pas à me contredire pour mieux avancer. La contradiction n’est pas un danger mais au contraire une opportunité”. À la manière d’une timbale milanaise, Marco Ferreri se positionne en éponge, là où la grâce vernaculaire d’un Richard Peduzzi viendrait s’acoquiner aux regards du sourd sublimés par Robert Wilson. Son spectacle se joue sur une scène inclinée qui tangue au gré des variations sociologiques, économiques et politiques. Le vertige des pentes n’oublie jamais l’adrénaline des sommets. Le sens concret déjoue les concepts abstraits. Afin de modifier notre champ de vision, Marco Ferreri “laisse l’objet à demi-fermé afin de pouvoir s’immiscer dedans et d’essayer de comprendre ce qui se passe de l’intérieur”. Sans direction précise, sans hiérarchie, son idée utopique d’un monde malléable le pousse à bousculer toute forme de rigidité. En résulte une série d’objets-événements, rarement prédictibles, souvent précaires, additions d’équilibre, de fonctionnalité et d’esthétique. En parallèle et à l’intersection, le showman concocte un monde surprenant, vif, né de ses flâneries contemporaines. Obsédé par un lever de rideau plein feu sur l’essentiel.

That’s Entertainment

Collaborateur de Bruno Munari et d’Angelo Mangiarotti, diplômé sous la tutelle de Marco Zanuso, Marco Ferreri écrit une histoire qui ne s’inscrit ni en filiation des grands maîtres, pas plus qu’elle ne se réclame d’une quelconque révolution digitale. Lien entre les deux, il préfère puiser dans la mort, la vie, les gènes de son inspiration. De son père pâtissier lui vient ce plaisir de mixer les ingrédients, les consistances, les matériaux. Pour combiner nature et culture, marier la technique à l’art, dans l’optique de surprendre sur des sujets qui le surprennent lui-même. “Je ne pratique pas le design pour répondre à des besoins particuliers. Mais pour créer la surprise. Tisser des liens entre des pôles contraires, sur le papier sans relation”. Via Scalarini à Milan, son atelier installé dans une ancienne usine désaffectée ressemble à une chimère. S’y entremêlent un bureau, des unités d’habitation, un studio photo et un cabinet de curiosités lui permettant d’entreposer ses diverses collections. Volontiers moqueur, caustique et ironique, Ferreri déjoue la surestimation de soi-même et crée des objets discrets, intelligents, aux fonctions essentielles dérivées de la vie, des organes du corps humains ou du monde végétal. (Extrait de la rubrique "Portrait", Marco Ferreri par Yann Siliec, Intramuros n°152, Janvier-Février 2011) www.marcoferreridesign.it  Retrouver la suite de l'article.  

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