Elise Fouin, la pensée en arborescence

Elise Fouin, la pensée en arborescence

Au cœur de la Bourse de Commerce-Pinault collection,  Michel et Sébastien Bras viennent d’inaugurer La Halle aux grains, leur premier restaurant parisien. Pour ce lieu extraordinaire, ils ont confié à Elise Fouin la signature des arts de la table. Dans une totale osmose avec la thématique de l’offre culinaire développée autour de la graine, la designeuse a développé la collection Sillon, des assiettes, bols, tasses qui relient la terre à la terre et font du moment du repas une expérience unique. Un projet qui voit son aboutissement au bout de trois ans, effets collatéraux de la crise sanitaire inclus.

Collection Sillon réalisée pour le restaurant la Halle aux Grains, design Elise Fouin.

Une question de curiosité

« Je dis souvent que je suis arrivée à ce métier par tâtonnements. Je n’ai pas tout de suite su que je deviendrai designeuse. C’est un cheminement progressif. J’avais des activités artistiques, je faisais du piano, de la peinture… C’est à mon arrivée à l’Ecole Boulle, après mon diplôme des métiers d’art, que je me suis intéressée à la création et au métier de designer. Je viens d’une famille paysanne puisque mon père est agriculteur, mes grands-parents paternels et maternels l’étaient aussi. Au moment de mon orientation, je savais que je voulais faire quelque chose dans le domaine des arts, au départ plus les Beaux-Arts que l’Ecole Boulle, mais lors des portes-ouvertes des écoles parisiennes, j’ai trouvé que cet aspect créatif était pour moi.

Ce qui m’a attiré dans le design, c’est son domaine pluridisciplinaire, qu’il puisse intervenir dans plein de champs. Je m’ennuie à faire toujours la même chose et le design, c’est ce qui m’a permis de satisfaire ma curiosité. »

Arbre à fables, réalisé par Elise Fouin et Sandra de Vivies, Fondation Jan Michalski, octobre 2019.

Il y a 20 ans…

« Il y a 20 ans quand j’étais à l’école, j’avais une démarche assez expérimentale, puisque je venais des métiers d’art. Je ne faisais pas que dessiner, je touchais beaucoup plus la matière et cette démarche était plus développée dans les pays nordiques et dans les écoles comme celle d’Eindhoven. Je suis d’une génération qui regardait Hella Jongerius, son rapport à la couleur, la façon dont elle gérait l’imperfection des objets qu’on essaie de gommer d’habitude. J’étais assez admirative de cette démarche très différente de celle de la France où on avait plus l’habitude d’un objet très lisse, très fini, très parfait. J’avais à cette époque, il y a 20 ans des références comme Droog design, des références scandinaves et Achille Castiglioni pour ce trait d’humour qu’il apportait toujours dans ses produits. »

Vases Bulles 7 couleurs, verre Borosilicate, 2013. © Elise Fouin Design

Un mentor ?

«J’ai fait mon stage de fin d’études chez Andrée Putman, et c’était une vraie rencontre. Quand on vient d’un village de 250 habitants, qu’on fait une école parisienne et son premier stage chez Andrée Putman, on se dit qu’on a fait un certain chemin. Je suis arrivée chez elle avec un regard assez naïf, c’est son directeur Elliott Barnes qui m’a recrutée. C’est un Américain et il est bien plus transversal que pourraient l’être les Français. Venant de l’Ecole Boulle et des métiers d’art, une école davantage perçue comme traditionnelle que dans l’innovation, j’avais devant moi quand je me confrontais aux agences de design, des gens qui voyaient en moi plutôt un artisan qu’un designer. La première fois qu’il m’a rencontrée, il a regardé mon book et il m’a dit : « ça va mettre du temps mais la démarche que tu as est hyper intéressante, on va revenir à tout ce qui est savoir-faire… ne perds pas de vue ce qui fait ta différence. » J’étais assez bluffée, c’était la première fois que quelqu’un me disait ça et c’est comme ça que ça a commencé, on ne s’est jamais perdu de vue et on se côtoie encore aujourd’hui. »

Edition Sericyne, Suspension Twill-Light.© Elise Fouin
Pour ce luminaire expérimental et poétique, Elise Fouin a confié aux chenilles du Bombyx Mori un cadre en métal sur lequel tisser directement la soie.

Femme designer

« Pour une femme, la problématique ce n’est pas d’exister, c’est d’avoir des projets qui ont du sens et qui ont le mérite d’exister ; après, la reconnaissance suit ou pas. Les contraintes sont sur des appels d’offres :  à capacité égale, un homme sera plus pris parce qu’il aura moins de contraintes d’enfants, comme dans beaucoup d’autres domaines. C’est une question de confiance en soi. Je suis plus dans le questionnement que dans la réponse. Est-ce que c’est lié au fait d’être une femme ou à des problématiques personnelles ? L’important, c’est l’équilibre d’un espace mental. Le design est quelque chose qui nous habite, et c’est difficile de dire “à 18 heures, j’arrête“. C’est cornélien. Pour débuter, il faut s’accrocher et avoir de l’endurance, être peut-être meilleure en endurance qu’en sprint. Et ne jamais travailler gratuitement. Faire respecter ses idées. »

Manufacture Jules Pansu, suspension Tumulys, design Elise Fouin
Meubles de cuisine Puissance 3, La Cornue. © Marina Chef

La Cornue a fait appel à Elise Fouin pour imaginer la collection Puissance 3 pour l’aménagement de la cuisine. La designeuse a travaillé les façades de telle façon que chaque trame capte la lumière et donne de la profondeur à l’ensemble des éléments.

Femme et entrepreneur

« Le design, c’est une combinaison entre l’esthétique, l’ergonomie et l’usage. Le design a une certaine économie de moyens, un équilibre entre l’esthétique de la matière et le sens qu’il véhicule. J’aime les objets qui nous font sourire, les objets clin d’œil. J’ai travaillé pour des entreprises qui font des arts de la table, du meuble, des luminaires, l’univers de la cuisine, la scénographie d’exposition… À chaque fois, ce sont des domaines différents, et c’est ce qui m’intéresse même si j’ai fait des luminaires et beaucoup travaillé la lumière. J’aime le travail de designers japonais comme Tokujin Yoshioka. Charlotte Perriand, avec toute sa démarche et son approche sociologique du design, avec la photographie des objets de paysans en Savoie… Cela résonne par rapport à mes origines. Parce que je suis dans cette recherche de moins de matière : comment ça peut être plus simple à fabriquer, puis expédier sans prendre trop d’espace… toute ces notions d’économie de moyen et de respect de l’environnement. »

Drugeot Manufacture, console murale Saturne.
Drugeot Manufacture, valet Satellite

Des projets dans le monde

« En ce moment, le monde est assez retourné, mais j’ai travaillé dernièrement pour un fabricant de couteau de cuisine japonais. Car si les Japonais mangent avec des baguettes, ils réservent le couteau à la cuisine et pour se développer sur le marché européen, ils avaient besoin d’un couteau de table. Donc j’ai travaillé pour un artisan qui est à Tokyo (Ubukeya). »

Ubukeya, set de couteaux, design Elise Fouin

Une designeuse lumineuse

« Pour mon diplôme, j’ai imaginé des bobines de papiers qui se déploient, et c’est grâce à ce travail que je me suis fait connaître auprès de Forestier, qui au moment de leur rachat et de leur relance dans le contemporain m’ont contacté avec une douzaine d’autres designers. J’ai eu la chance de créer un premier produit Circus qui a eu un succès d’estime plus que commercial. Mais ayant visité la fabrique d’abat-jour à côté de Bordeaux, j’ai fait la suspension Papillon qui a eu un succès d’estime et commercial. Cette dernière vient de rentrer dans les collections permanentes du musée des Arts Décoratifs, et ça fait le lien. C’est grâce à mon travail sur la lumière que j’ai pu partir au Japon travailler avec un maître de hyogu et travailler sur le papier washi contrecollé sur du tissu qui est une technique japonaise.»

Gengoro Kyoto, Suspension Saika : collaboration entre la designer Élise Fouin et Yoshishige Tanaka, maître artisan du hyogu
Forestier, suspension Papillons

Le projet, du début à la fin

« J’ai une pensée en arborescence, donc j’ai besoin de comprendre le projet du début à la fin, pour savoir où je vais me situer pour le faire aboutir. J’ai besoin de visiter l’entreprise pour voir quelle est la personne derrière telle machine, pour que les gens de l’entreprise soient capables de porter le projet. Pour la Halle aux grains, les assiettes de la série Sillon portent le souvenir de la roue crantée qui sert à fendre la terre avant que les graines y soient déposées. L’empreinte du travail de la main comme savent la faire les artisans de Jars Céramiste était essentielle. Et Michel et Sébastien Bras s’y sont retrouvés.»

Restaurant la Halle aux Grains, collection Sillon, design Elise Fouin.

Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

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29/7/2026
Marc Held (1933-2026), l’esprit libre du design français

Le designer, architecte et photographe Marc Held est décédé le 27 juillet à l’âge de 93 ans. Avec lui disparaît l’une des figures les plus singulières du design français d’après-guerre, un créateur dont l’œuvre, longtemps restée à l’écart des projecteurs, n’a cessé de gagner en reconnaissance au fil des décennies.

Marc Held (1932-2026), designer, architecte et photographe français. © DCW éditions

Autodidacte, Marc Held n’a jamais cherché à s’inscrire dans une école ou un courant. Son regard s’est construit au croisement de la photographie, de l’architecture et du dessin industriel, avec une même exigence : faire dialoguer intelligence d’usage, liberté formelle et poésie du quotidien. Une approche qui donnera naissance à plusieurs pièces devenues emblématiques, à commencer par le célèbre fauteuil Culbuto (1967), dont la silhouette ludique et le principe d’assise en mouvement continuent d’inspirer plusieurs générations de designers.

Fauteuil Culbuto, Marc Held pour Knoll International © Galerie Gastou

Cette volonté de faire entrer la modernité dans la vie quotidienne trouve dès 1966 l’une de ses expressions les plus fortes dans sa collaboration avec Prisunic. Pour l’enseigne, Marc Held imagine une collection de meubles en fibre de verre — lits, tables, bureaux et sièges — aux formes enveloppantes et résolument nouvelles. Au-delà de leur esthétique aujourd’hui emblématique des années 1960, ces pièces portaient une ambition profondément politique : rendre accessible au plus grand nombre un mobilier contemporain jusque-là réservé à quelques initiés. Marc Held résumait lui-même cette promesse par une formule restée célèbre : proposer « le beau au prix du laid ». Une utopie industrielle qui ne connaîtra pas la diffusion espérée, mais qui demeure l’un des chapitres majeurs de l’aventure de Prisunic et de la démocratisation du design en France.

Lit avec tables de nuit et lampes intégrées, Marc Held pour Prisunic, 1971.© Les Arts Décoratifs / Photo Jean Tholance

Mais réduire Marc Held au Culbuto et à ses créations pour Prisunic serait oublier l’ampleur de son parcours. Mobilier, architecture, photographie, urbanisme, son travail témoigne d’une curiosité rare et d’une volonté constante de penser les modes de vie autant que les formes. Cette liberté intellectuelle s’enracine sans doute dans une trajectoire personnelle hors du commun : enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale puis engagé très jeune dans la Résistance, il conservera toute sa vie une indépendance de pensée peu commune.

Desserte mini-bar en polyester renforcé de fibre de verre, dessinée par Marc Held pour Prisunic, vers 1968-1970. © @bazaar_brocante

Longtemps davantage célébré par les connaisseurs que par le grand public, Marc Held aura finalement vu son œuvre retrouver la place qu’elle mérite. Rééditions, expositions, publications et l’intérêt renouvelé des collectionneurs ont confirmé l’actualité d’un travail qui n’avait jamais cherché l’effet de mode, préférant l’intelligence des usages à la démonstration stylistique.

À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont croisé son chemin, la rédaction d’Intramuros adresse ses plus sincères pensées.

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17/7/2026
KVADRAT, l'intelligence de la matière

Avec THREE, sa nouvelle collection résidentielle de rideaux, et Loux, une série de tapis en lyocell, Kvadrat poursuit un travail engagé depuis plus d’un demi-siècle : faire du textile non plus un simple accompagnement de l’architecture, mais une matière  capable de la transformer.

Un rideau n’est jamais tout à fait un rideau chez Kvadrat. Il filtre la lumière, modifie la perception d’un volume, dessine une limite sans l’enfermer. Il peut même devenir une forme, presque une présence. La marque danoise aurait pu se contenter d’occuper la place confortable que lui ont offerte, depuis sa création en 1968, la qualité de ses textiles, la précision de ses couleurs et ses collaborations avec quelques-uns des grands noms de la création contemporaine. Elle a préféré considérer chaque nouvelle collection comme un terrain de recherche.

THREE - Kvadrat by Jannick Pihl Rasmussen

Chez Kvadrat, la technique n’intervient pas après l’idée pour lui donner corps. Elle participe à sa naissance. Par une intention. ET même, une forme. Isa Glink, directrice de la création de Kvadrat Residential, résume ainsi une méthode où le dessin, la fibre, le tissage, les traitements de surface, la couleur, la lumière, la performance et la circularité appartiennent à un même processus. Ce qu’elle nomme « l’intelligence matérielle » consiste précisément à regarder le textile assez profondément pour comprendre ce qu’il peut encore devenir.

DE LA SURFACE AU VOLUME

Présentée à Copenhague lors de 3daysofdesign 2026, la collection THREE porte cette démarche jusque dans son titre. Son point de départ est une surface ; son véritable sujet, la manière dont celle-ci acquiert une troisième dimension. Drapés, pliés, tendus ou cadrés, les rideaux ne sont plus exposés comme des échantillons mais comme des sculptures souples, capables de définir et d’activer l’espace. La collection explore ainsi le chanvre, la laine, le coton biologique ou le lin, mais aussi des fibres techniques choisies pour leurs performances, en sollicitant les qualités propres de chaque matière plutôt qu’en cherchant à les dissimuler.

THREE

Les gestes de la confection y sont valorisés, mis en scène, et non dissimulés.. Un pli traditionnel change d’échelle jusqu’à devenir une fonction architecturale. Une surpiqûre, une fermeture ou une tension ne relève plus du détail décoratif, mais construit un rythme, une profondeur, une manière nouvelle de suspendre le tissu. L’influence de la mode est perceptible, sans que Kvadrat adopte pour autant sa logique saisonnière et, donc, éphémère. Il ne s’agit pas de produire un effet destiné à être remplacé, mais d’inventer un vocabulaire appelé à durer.

Cette recherche se lit dans Tetra, dont le tissage ajouré et les fils de laine densément feutrés produisent une structure à la fois aérienne et tridimensionnelle. Dans Sky Cloud également, mélange de chanvre, de coton et de laine au toucher presque papetier. Ou encore dans Kajak et Stream Line, qui traduisent le mouvement de l’eau et l’apparition intermittente des lignes sous l’effet de la lumière. La palette elle-même oscille entre des tonalités minérales (sel, bois flotté, roche volcanique) et des couleurs plus franches, presque électriques. La couleur n’est jamais posée sur la matière. Elle naît avec elle.

THREE - Tetra

SAVOIR-FAIRE, SANS L’OSTENTATION

Avec Loux, Kvadrat aborde le sol selon une logique différente mais avec la même attention portée à la relation entre matière, lumière et mouvement. Les six tapis de la série sont entièrement réalisés en lyocell, fibre de cellulose régénérée dont la finesse évoque la soie. Leur densité (2,7 millions de fils par mètre carré) produit une surface particulièrement douce, dont les reflets évoluent selon l’angle de vue. Trois constructions sont proposées : un velours coupé uniforme, une alternance linéaire de boucles et de velours, et un relief sculpté à la main. Le luxe ne tient donc ni au motif ni à l’accumulation, mais à la richesse de l’expérience tactile.

Cette manière de partir de la matière plutôt que de l’image dit beaucoup de la philosophie de Kvadrat. La circularité n’y est pas traitée comme une esthétique reconnaissable, encore moins comme un supplément de vertu ajouté au produit une fois celui-ci dessiné. Elle devient un paramètre de conception parmi les autres : choix de monomatériaux lorsque cela est possible, réingénierie de références existantes, recours aux matières recyclées, réparabilité et prolongement de la durée d’usage. La stratégie de la marque associe ainsi innovation environnementale, maintenance et modèles de service destinés à conserver les produits plus longtemps.

Car un textile durable n’est pas seulement un textile dont la composition rassure. C’est aussi un textile que l’on désire conserver. Parce qu’il possède une présence, une intelligence et une capacité à continuer de dialoguer avec l’espace. En cela, Kvadrat défend une position assez rare : celle d’une entreprise profondément technique qui ne sépare jamais la performance de l’émotion, la recherche de l’usage ou la matière, du design.

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17/7/2026
UNOPIÙ, juste mesure

Présentée à Milan lors du dernier Salone del Mobile, CORA marque la première collaboration entre Unopiù et Federica Biasi. Une collection complète dans laquelle le teck, la corde et des volumes généreux composent un paysage domestique pensé pour ralentir le temps.

À Milan, le mobilier outdoor a une nouvelle fois cherché à effacer les frontières entre la maison et le jardin. Avec CORA, Unopiù ne se contente pourtant pas de transposer au-dehors les codes du salon intérieur. La marque italienne préfère considérer la terrasse comme un espace habité à part entière, avec ses propres matières, ses usages et son rapport particulier au temps.

Unopiù - Cora Credit : Thomas Pagani

Confiée à Federica Biasi, la nouvelle collection repose sur un équilibre que la designer cultive depuis ses débuts : associer la précision de la production industrielle à la sensibilité du geste artisanal. La structure en teck trace ainsi une architecture sobre, presque en retrait, tandis que le tressage en corde de polypropylène vient en assouplir les lignes. L’un construit, l’autre relie. De leur rencontre naît une collection dont l’identité tient moins à un effet formel qu’à la justesse de ses proportions.

LA TRAME DU CONFORT

Le mérite de CORA est précisément de ne pas confondre générosité et lourdeur. Fauteuils et canapés adoptent des assises profondes, accompagnées de coussins aux tonalités naturelles, mais conservent une certaine légèreté visuelle. Le tressage ménage des respirations dans la structure, tandis que les lignes horizontales installent une présence calme dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani

Cette recherche d’un confort enveloppant se décline à travers une chaise et une table ronde destinées au repas, un fauteuil, un canapé deux places, un transat simple ou double ainsi qu’une île bain de soleil. Plus qu’une succession de typologies, CORA compose un véritable vocabulaire permettant d’accompagner les différents moments de la journée : déjeuner, recevoir, lire ou simplement ne rien faire. La collection s’adresse ainsi aussi bien aux espaces résidentiels qu’aux projets hôteliers, où le mobilier extérieur doit désormais conjuguer hospitalité, résistance et cohérence architecturale.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - collection Egadi par Andrea Steidl / Credit : Thomas Pagani

CORA s’inscrit plus largement dans le projet collectif présenté par Unopiù à Milan, pensé comme un « Journal de Voyage » dans lequel plusieurs designers sont invités à porter un regard personnel sur l’héritage de l’éditeur. Federica Biasi en livre ici une interprétation retenue et tactile, fidèle à son goût pour les savoir-faire vernaculaires autant qu’à la culture méditerranéenne de la marque. Une manière de rappeler que le mobilier outdoor n’a pas nécessairement besoin de s’imposer pour prendre place dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
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16/7/2026
Les Cimes Bleues, l'esprit baulois sans le pastiche

À La Baule, rien n’est tout à fait neutre. Les villas, les institutions et les usages ont composé au fil du temps un imaginaire si puissant que toute tentative de l’évoquer prend le risque d’en forcer les traits. Donner une identité locale à un hôtel neuf sans le déguiser en vieille maison de bord de mer, tel est, en substance, le défi relevé avec intelligence et subtilité par Dorothée Delaye.

À La Baule-les-Pins, Les Cimes Bleues viennent d’ouvrir dans un bâtiment contemporain de sept étages, aux façades courbes dessinées par ASA Gimbert, agence fondée en 1982 par Joël Gimbert. Première adresse de La French Collection, la marque hôtelière du Groupe Giboire, l’établissement réunit 101 chambres, un spa, un bar et le restaurant Scapa. Une échelle suffisante pour que le décor ne puisse se contenter d’un effet de manche.

Dorothée Delaye n’est pas bauloise. C’est sans doute ce qui lui a permis d’observer la station avec la juste distance, en évitant aussi bien la carte postale que l’indifférence au lieu. Elle retient moins ses signes les plus évidents que ce qui structure réellement son art de vivre : le sport, les clubs, le Jumping, la voile, le tennis et le golf. Autant de codes familiers aux habitants comme aux visiteurs, transformés en vocabulaire plutôt qu’en accessoires décoratifs. « Sport chic » constitue ainsi le fil rouge du projet, mais chaque espace en propose sa propre interprétation.

La Baule en filigrane

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Dans le lobby, cœur social des Cimes Bleues, l’architecte d’intérieur installe l’atmosphère d’un club-house baulois contemporain. L’atrium végétalisé adoucit la hauteur du volume, tandis que les courbes du mobilier, les colonnes gainées de cuir, les tables en pierre, pâte de verre ou bronze et les textiles Pierre Frey et Élitis composent un paysage dense, mais jamais démonstratif. Les motifs de balles de golf, les rayures et quelques évocations marines (jusqu’au lustre monumental ponctué de bouées d’amarrage) sont suffisamment présents pour raconter La Baule, suffisamment décalés pour ne jamais la singer.

Cette même grammaire change d’accent chez Scapa. Pensé à l’origine comme le prolongement du club-house, le restaurant a pris une tonalité plus italienne lorsque sa carte s’est précisée. Dorothée Delaye y imagine une sorte de brasserie milanaise-bauloise, nourrie par l’Italie des années 1970 et par Carlo Scarpa. Terracotta, tonalités chocolat, bois, céramique et motifs presque cinétiques réchauffent un bâtiment que ses larges baies auraient pu rendre froid. Le lieu est enveloppant, fragmenté en différentes perspectives et banquettes, afin que l’on oublie rapidement ses dimensions.

LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson

Dans les chambres, le sport devient plus graphique. Vert Wimbledon, bleu Atlantique et orange terre battue distinguent les différentes ambiances. Les têtes de lit, les luminaires, les tables et les rangements ont été dessinés pour le projet. Les portes de dressing évoquent les tracés d’un court de tennis, tandis que certaines tablettes reprennent librement la forme des greens. Le procédé aurait pu devenir systématique. Il reste pourtant léger, tenu par une palette subtilement charmante et par la précision du sur-mesure.

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Car presque tout, ici, a été conçu spécifiquement. Dorothée Delaye s’appuie sur trois designers intégrés à son studio pour dessiner chaises, banquettes, têtes de lit ou abat-jour. Cette production dédiée répond certes à une réalité économique de l’hôtellerie, mais elle constitue surtout un outil de singularité : les pièces créées pour Les Cimes Bleues ne seront pas déplacées, six mois plus tard, dans une autre adresse.

Au spa Alaena, enfin, le récit s’éloigne des terrains de sport pour rejoindre la nature. Inspiré par la « golden hour », l’espace associe pierre, fibres naturelles, bronze, jaune doré et rose dans une lumière volontairement flatteuse. Dorothée Delaye prend ici le contre-pied du spa blanc et clinique pour fabriquer un sas, une bulle chaude où l’expérience commence avant même le soin.

LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson

Si les Cimes Bleues accueilleront toute l’année vacanciers, familles, séminaires, mais aussi Baulois venus boire un verre ou dîner, son principal est aussi de ne jamais afficher cette hybridité comme un programme. L’hôtel paraît déjà habité.
En donnant à chaque espace son histoire sans jamais surligner le scénario, Dorothée Delaye parvient à ancrer un bâtiment neuf dans une culture locale. Non pas en reconstituant La Baule, mais en lui donnant une nouvelle adresse incontournable.

https://www.cimesbleues.com

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
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