Faye Toogood, artistique éclectisme
Portrait de Faye Toogood © John William

Faye Toogood, artistique éclectisme

Faye Toogood aime croiser les disciplines dans tout ce qu’elle propose. Rédactrice en chef du magazine anglais « The World of Interiors » pendant huit ans, elle décide de monter son studio en 2008. Depuis, elle enchaîne les projets et les collaborations, des intérieurs au mobilier en passant par le textile.

Journaliste, designer, architecte d’intérieur, créatrice de mode… La liste des expériences de Faye Toogood est longue, et nous donne l’impression qu’elle a vécu plusieurs vies en une. Née en 1977, la designer britannique, qui a étudié l’histoire de l’art à l’université de Bristol, s’est d’abord essayée au poste de rédactrice en chef de « World of Interiors » avant de se lancer à son compte. Aujourd’hui, nombre de ses créations font partie des collections permanentes de plusieurs musées internationaux, à l’instar du musée du Verre de Corning à New York, du Fabergé Museum à Saint-Pétersbourg ou encore du Musée national du Victoria à Melbourne. Elle est fascinée par les matériaux, les formes et l’artisanat depuis toujours, et la création de son studio en 2008 n’était finalement pas une grande surprise. Au sein de ce dernier, elle propose des projets toujours plus éclectiques, mêlant le design à la mode ou encore l’architecture d’intérieur à la nourriture. « Je me décris souvent comme un outsider dont le travail défie toute catégorisation. Ma pratique englobe le design d’intérieur, le mobilier et les accessoires pour la maison, les beaux-arts et la mode. Je refuse d’être contrainte par une seule discipline ou une méthode de travail définie. »

Canapé Cosmic, design : Faye Toogood pour Tacchini © Andrea Ferrari

Une pratique focalisée sur la forme

Influencée par l’art, l’architecture, le design ou encore la nature, Faye Toogood utilise un processus de création qui se tourne plutôt vers les formes que vers la fonction. « Je suis une designer axée sur la forme et j’aime remettre en question la fonction. Pourquoi une chaise doit-elle avoir cette forme, cette hauteur, cette proportion ? Pourquoi les poches de votre manteau doivent-elles se trouver dans ces positions ? Dans mon travail, je fais confiance aux gens avec qui je travaille pour trouver la fonction, je considère que c’est un processus engageant et passionnant. »

Collection Cosmic, design : Faye Toogood pour Tacchini © Andrea Ferrari

Son objectif au sein de ses projets est avant tout de proposer des pièces ludiques et inattendues, créées grâce à un savoir-faire particulier. Et c’est justement cet équilibre qui fait partie intégrante de tout ce qui est imaginé et conçu au sein de son studio. « En tant que cabinet pluridisciplinaire, nous nous influençons toujours les uns les autres – qu’il s’agisse d’un meuble qui s’inspire d’un tissu de vêtement ou de la silhouette d’une robe qui prend forme à partir d’une sculpture. Nous commençons souvent par des mini-maquettes en argile, en papier d’aluminium ou en carton, pour trouver des formes organiques que nous développons ensuite. »

Des collaborations remarquées et remarquables

Durant l’année 2024, Faye Toogood a su surprendre le public avec ses installations, à Milan et à Copenhague notamment. Pour la Milan Design Week, en avril dernier, elle présentait sa collection de tapis Rude, imaginée avec cc-tapis – la troisième collaboration du studio avec la marque –, ainsi que la collection de mobilier Cosmic avec Tacchini. « Le fait de pouvoir combiner le savoir-faire inégalé de cc-tapis et de Tacchini avec mon propre langage de conception a été ressenti comme une renaissance créative. » Plus récemment, en juin, à l’occasion des 3daysofdesign, à Copenhague, Faye Toogood s’est associée au studio Frama pour proposer « Collage », une installation qui mêlait plusieurs univers en un.

Installation "Collage" en collaboration avec Frama pendant les 3daysofdesign à Copenhague © John William

« Nous voulions explorer l’intersection de l’art, du design, de la nourriture et des gens, en nous réunissant pour une exposition collaborative au sein du showroom de Frama à Copenhague. Une première collaboration durant laquelle nous avons voulu présenter une vue amplifiée de l’une de nos expériences les plus humaines : le partage d’un repas. » Une installation présentée dans le prolongement du restaurant voisin du showroom, l’Apotek 57, dans laquelle les visiteurs ont été invités à manger dans tout l’espace sur des sculptures tactiles, dont les choix des couleurs ont été apportés par l’expertise de Toogood.

Installation "Collage" en collaboration avec Frama pendant les 3daysofdesign à Copenhague © John William

Des collections conviviales

En plus des collaborations avec les marques et les éditeurs, le studio de Faye Toogood élabore également ses propres collections. En avril, toujours pour la Design Week de Milan, elle dévoilait son projet « Assemblage 8: Back and Forth », composé des collections Gummy et Palette. La première est une chaise rembourrée qui a été pensée de manière durable et dont les matériaux utilisés sont tous naturels, puisque aucune mousse ignifuge cancérigène ou synthétique n’est utilisée, ce qui constitue une réelle prouesse technique et environnementale. « Je voulais créer une chaise avec beaucoup de personnalité, qui puisse s’intégrer dans n’importe quel intérieur, qu’il soit historique, grandiose, moderne ou familial. » Quant à Palette, il s’agit d’un ensemble de tables en bois – une table basse, une table d’appoint et une console –, dont les formes courbes se croisent et semblent s’emboîter. Le nom fait référence au contour organique de chaque plateau qui rappelle la palette de peinture d’un artiste. Un projet que la designer dit être une « célébration de la nature et de l’éducation. »

Fauteuils Gummy et Table basse Palette © Angus Mill


Désignée comme « designer de l’année » pour la prochaine édition du salon Maison & Objet du 16 au 20 janvier 2025, Faye Toogood présentera « Womanifesto », une installation inspirée du thème de l’année : « Sur/Reality.» Une mise en scène surréaliste, dans laquelle elle invitera les visiteurs dans son propre cerveau, pour comprendre et décortiquer son processus créatif.

Rédigé par 
Maïa Pois

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20/5/2026
Barber Osgerby : la fin d’un duo majeur du design britannique

Après plus de trente années de collaboration, Barber Osgerby annonce la fermeture prochaine de son studio londonien. Une décision qui marque la fin de l’un des partenariats les plus influents du design britannique contemporain.

Edward Barber et Jay Osgerby expliquent vouloir désormais poursuivre leurs recherches respectives à travers des structures indépendantes. « Après plus de trente ans de travail commun, cela nous semble être le bon moment pour commencer à travailler indépendamment à travers nos propres studios », déclarent-ils.

Fondé au milieu des années 1990, Barber Osgerby s’est imposé comme l’un des studios les plus emblématiques de la scène internationale grâce à une approche mêlant rigueur industrielle, expérimentation sur les matériaux et sens sculptural des formes. De la chaise Tip Ton pour Vitra aux projets menés pour Knoll, B&B Italia, Flos ou Venini, le duo britannique a contribué à redéfinir le langage du design industriel contemporain, entre innovation technologique et sobriété formelle.

Le studio s’était également illustré dans des champs plus transversaux, du mobilier à l’architecture intérieure, en passant par le design d’objets, les installations et les recherches sur les procédés de fabrication. Une diversité revendiquée par les designers eux-mêmes, qui évoquent « un parcours inattendu, créativement et entrepreneurialement ».

Cette séparation ne s’apparente toutefois pas à une rupture brutale mais plutôt à une évolution naturelle d’un tandem devenu, au fil des décennies, une référence majeure du design britannique. Barber et Osgerby affirment ainsi rester « extrêmement fiers de tout ce que Barber Osgerby a créé » et remercient l’ensemble des collaborateurs, fabricants, institutions et équipes ayant participé à cette aventure.

Une page importante du design européen contemporain se tourne ainsi, tandis qu’une nouvelle séquence s’ouvre pour les deux créateurs.

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13/5/2026
La collaboration pop d'Audemars Piguet et Swatch

Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch réinventent la montre de poche à travers une collection en biocéramique colorée, inspirée du Pop Art et de l’iconique Royal Oak.

La haute horlogerie prend ses libertés. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch signent une collection capsule de huit montres de poche qui détourne les codes traditionnels du garde-temps. Inspirée de la Royal Oak de 1972 et des Swatch POP des années 1980, cette série en biocéramique transforme la montre en accessoire nomade. Cette dernière se porte désormais autour du cou, accrochée à un sac, glissée dans une poche ou posée sur un bureau grâce à un support amovible. Entre objet de mode et micro-architecture portable, Royal Pop propose une nouvelle manière de porter et d’exposer le temps. Déclinée en huit modèles, de l'épurée Huit Blanc à la très graphique Ocho Negro, en passant par les palettes acidulées de Green Eight, Blaue Acht ou Otto Rosso, la collection joue la carte d’une identité forte pour chaque pièce.

©Audemars Piguet et Swatch

Le mouvement pop

La collection revendique pleinement l’héritage du Pop Art avec ses couleurs franches, ses contrastes graphiques et son esprit ludique. Les codes esthétiques de la Royal Oak — lunette octogonale, vis hexagonales, décor “Petite Tapisserie” — sont ici réinterprétés dans une écriture plus expérimentale. Le modèle Huit Blanc, dont chacune des huit vis adopte une couleur différente, évoque directement l’univers d’Andy Warhol, tandis que Orenji Hachi ou Otg Roz poussent encore plus loin les jeux chromatiques. Derrière cette énergie visuelle se cache pourtant une réelle sophistication technique : les boîtiers en biocéramique biosourcée, un mouvement mécanique SISTEM51 entièrement automatisé et 90 heures de réserve de marche. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch démontrent que le luxe contemporain peut désormais conjuguer excellence industrielle, culture populaire et liberté créative.

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11/5/2026
Young Scène Ouverte : un soutien à la jeune création

Jusqu’au 6 juin, la galerie Scène Ouverte, située rue Bonaparte dans le 6e arrondissement, expose sept talents de son programme d’accompagnement intitulé Young Scène Ouverte.

Lancé en 2025, le programme d’accompagnement Young Scène Ouverte (YSO), à l’initiative de la galerie Scène Ouverte, fondée et dirigée par Laurence Bonnel depuis 2016, a pour objectif d’offrir une visibilité à de jeunes créateurs contemporains, tant sur le marché qu’aux niveaux financier et créatif. Ils sont environ une trentaine à faire partie du programme, au sein duquel ils restent généralement pendant un an et où chaque designer et créateur a la possibilité de tester et d’expérimenter la matière sous toutes ses formes afin de créer des pièces inédites.

Plus largement, ce programme entend encourager ces jeunes artistes à affiner leur univers créatif, allant parfois jusqu’à révéler des vocations. « Le but est d'accompagner leur savoir-faire, l'artisanat et les matériaux utilisés vers quelque chose de plus noble, et d’aller vers une plus grande exigence dans l’exécution et les mécanismes. C’est d’autant plus important pour ces jeunes designers : ne plus avoir de contraintes leur permet de se libérer des limites qu'ils peuvent avoir en temps normal. » Pour cette édition, sept artistes aux visions très différentes, mais non moins cohérentes, sont exposés au sein de la galerie jusque début juin.

Julia Chehikian

Basée à Marseille, Julia Chehikian imagine et fabrique ses pièces au sein de son atelier. Des créations fortement inspirées de la Provence, de sa chaleur, de ses couleurs et de la mer, que la designer souhaite ancrées localement. Elle fait ainsi appel à des artisans de la région ainsi qu’à une tapissière pour concevoir des pièces aux lignes épurées et minimalistes, imaginées dans des matériaux capables de traverser le temps.

Table Piscine © Flaneur Studio

Apolline Morel

Résidente au BBDMA, Apolline Morel s’est d’abord formée au verre à la HEAR de Reims avant de poursuivre un master à l’ECAL en design et artisanat du luxe. Elle crée son studio en 2024 et décide d’explorer la pâte de verre et ses vertus. Au sein de la galerie, elle présente des luminaires jouant sur la transparence et offrant des jeux de lumière qui font vivre l’objet différemment selon l’endroit où l’on se place dans l’espace.

Lampe Anthénors citrine © Flaneur Studio

Orre Studio

Studio fondé par Jules et Sarah, respectivement formés à la peinture artistique et à l’ébénisterie, Orre Studio propose des pièces à la croisée du design et des arts décoratifs. Ensemble, ils conçoivent des créations imaginées de A à Z, en reprenant notamment des techniques artisanales anciennes liées à la fabrication de carreaux. Entre recherche de formes plus contemporaines et travail sur les matières, Orre Studio présente ainsi deux miroirs et une console particulièrement travaillés et aboutis.

Miroir Alcoa © Flaneur Studio

Rinke Joosten

Diplômée de l’Académie Willem de Kooning aux Pays-Bas, la céramiste Rinke Joosten fonde son studio en 2018. C’est notamment durant ses études qu’elle explore les matérialités, et particulièrement le lien entre céramique et verre soufflé, devenu central dans son travail. Plus largement, elle accorde une importance particulière au processus de production artisanale des pièces. Son projet Momentum fait ainsi le lien entre les matériaux et le geste humain, pour des pièces au rendu unique.

Projet Momentum © Flaneur Studio

Clémence Mars

Passée par l’école Duperré en design puis formée en scénographie à l’école des Arts Décoratifs, Clémence Mars fait partie de ces designers qui aiment explorer toute l’étendue de leur créativité. Mais c’est pour la transparence du verre que la designer s’est prise de passion, notamment à travers un travail de superposition des pièces. Après une expérimentation de la résine, elle s’est tournée vers le verre grâce à l’accompagnement de la galerie, donnant naissance à des pièces architecturales et élégantes.

Luminaires Little House Ghosts n°3 et 4 © Flaneur Studio

Faustine de Longueuil

À la croisée de l’artisanat, du graphisme et de l’art contemporain, le travail de Faustine de Longueuil s’inspire notamment de Mario Botta mais également de Étienne Robial. Travaillant exclusivement avec de la laine 100 % française issue de la filature Fonty, l’artiste textile fait le choix d’un matériau durable et proposer des pièces associant une forte esthétique graphique à un jeu de symétrie et formes géométriques.

Tapis C002 © Flaneur Studio

Bérénice Gentil

Architecte et céramiste de métier, Bérénice Gentil a développé une pratique d’ornemaniste dans laquelle la céramique devient langage. Elle propose ainsi des pièces sculpturales qui semblent traverser les époques, en s’appropriant cette pratique de façon contemporaine, et proposer des créations qui puissent embrasser l’espace au sein desquels elles prennent place.  

© Flaneur Studio
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5/5/2026
SaloneSatellite : huit talents à suivre

Passage obligé du Salone del Mobile, le SaloneSatellite était de retour pour sa 27e édition, révélant son lot de jeunes designers à suivre. Découvrez les coups de cœur Intramuros de l’édition 2026.

Sous la houlette de Marva Griffin Wilshire depuis sa création en 1998, le Salone Satellite, rendez-vous incontournable de la jeune garde du design à Milan, se dévoilait cette année sous le thème « Skilled Craftsmanship + Innovation ». Ils étaient plus de 700 designers, âgés de moins de 35 ans et venus de 39 pays, à avoir répondu à l’appel. Un panel de jeunes créateurs aux univers singuliers, venus défendre le design sous toutes ses formes, parmi lesquels la rédaction dévoile les huit talents qui ont retenu son attention.

JÜNGERKÜHN

Le studio berlinois JÜNGERKÜHN a été fondé en 2023 par les designers Konrad Jünger et Verena Kühn, rencontrés lors de leurs études en design produit. C’est durant cette période qu’ils développent un intérêt commun pour le numérique, la robotique et le comportement des matériaux analogiques, qui fera par ailleurs naître leur devise : « work in process ». JÜNGERKÜHN établit un lien « entre design industriel et artisanat numérique, avec une attention particulière portée aux matériaux ». Porté par le Digital Craft, le projet Soft Touch - système de sculpture sur mesure destiné au travail par soustraction sur céramique - présenté lors du SaloneSatellite, est très représentatif de leur démarche, qui allie outils numériques et matières. « Selon des facteurs tels que le degré de séchage ou l’épaisseur, le matériau réagit différemment. Le processus est défini, mais le résultat émerge de l’interaction entre la machine et le matériau. Cela reflète notre approche, qui consiste à concevoir des systèmes permettant une variation, plutôt qu’une reproduction à l’identique. » Un projet pour lequel le studio a par ailleurs été récompensé du troisième prix des Satellite Awards.

Projet Soft Touch

Liu Dong

Originaire de Pékin, en Chine, Liu Dong s’est formé à l’Université des arts de Berlin, dont il sort diplômé en 2019. Après des expériences dans différents studios de design, elle fonde son studio éponyme en 2025. Guidé par la créativité, il cherche avant tout à éviter la répétition : « Je ne recherche pas un contrôle absolu ; au contraire, j’accueille l’imprévu qui peut émerger. Je suis également attiré par une certaine forme de chaos. Mes projets embrassent l’imperfection et le hasard, tout en conservant un potentiel de production en série. » Inspiré d’un concept chinois contemporain qui dit « bien que façonné par l’homme, comme formé par la nature », il cherche à créer un équilibre entre machine, nature et intervention humaine. En témoigne la lampe TG-01, présentée au Salone, conçue comme une sorte de « lampe à récolter ». Celle-ci nécessite de l’utilisateur qu’il participe au processus de création, puisque ce dernier doit collecter des branches afin de créer une structure fonctionnelle à la lampe. « Il n’existe pas de configuration unique, ce qui rend chaque lampe singulière. Le processus favorise une reconnexion à la nature, où chaque branche devient un élément essentiel. »

Lampe TG-01

Taran Neckelmann

Designer norvégienne-allemande basée à Bergen, en Norvège, Taran Neckelmann définit son univers comme étant marqué par l’exploration du temps et de la longévité. « Je pense que nous avons la responsabilité de créer des objets qui durent. Mais il n’existe pas de réponse simple à cette question, et je m’intéresse aux mécanismes et aux stratégies qui permettent une résonance esthétique sur le long terme. » Son travail, inscrit dans la tradition scandinave, propose des objets cohérents qui introduisent de la répétition, de la géométrie et des jeux de matérialité. Pour le projet de tabourets Cooper, Taran Neckelmann explore la manière dont les techniques ancestrales et les motifs culturels peuvent conférer à un objet une forme de familiarité narrative. « J’ai grandi sur la côte ouest de la Norvège, dans une ville avec une forte tradition maritime. La fabrication de tonneaux y occupe une place importante dans la culture matérielle. C’est un savoir-faire présent dans de nombreuses régions du monde, ce qui le rend universellement reconnaissable. » Un projet qui s’inspire de plusieurs techniques norvégiennes, telles que le « lagging », mais également de l’artisanat japonais du « kioke ».

Tabouret Cooper

Birk Manum Bjerkan

Intéressé par le dialogue entre design et artisanat comme par la manière dont les matériaux « pensent » et se comportant entre eux, Birk Manum Bjerkan dispense une approche basée sur la construction. « En fonction du médium, j’essaie de créer des objets dotés d’une logique claire et d’un caractère cohérent. » Une approche qui rappelle celle de Jean Prouvé, l’un de ses maîtres à penser. Formé à la NTNU, en Norvège, et à l'Académie des Beaux-Arts de Brera, à Milan, le designer a lancé son propre atelier spécialisé dans le mobilier et la décoration intérieure, en 2024. « Un prolongement logique du design de mobilier » pour celui qui pratique également la peinture comme une autre manière de comprendre et de percevoir les matériaux à leur juste valeur. « C’est cette réflexion sur la valeur des éléments qui m’a notamment amené à travailler un fauteuil en bois de bouleau lamellé. C’est une essence norvégienne généralement utilisée à des fins de chauffage alors même que ce matériau est très polyvalent et jouit d’une longue tradition d’utilisation dans les pays nordiques en raison de sa bonne résistance au cintrage. »

Masaya Kawamoto

« Je pense que ma singularité réside dans la manière dont j'applique les techniques de travail du métal. » Basée à Tokyo où elle a fondé son studio en 2024, Masaya Kawamoto explore le lien entre les héritages traditionnels et la technologie moderne. Un pont que la designer illustrait cette année en présentant une chaise entièrement réalisée en métal selon les plans d’une pièce historiquement réalisée en bois, ou encore la lampe Bicone « inspirée de détails issus de luminaires emblématiques du passé ». Deux pièces à travers lesquelles la créatrice dévoile son intérêt pour la transformation et la réinterprétation des classiques modernistes par le biais du métal. Un univers diversifié en écho au passé de la créatrice - issue de l’École supérieure d’art de l’université Nihon - qui a débuté sa carrière chez un grand fabricant de mobilier de bureau puis au sein d”un cabinet de design lui ayant permis de toucher aux univers des équipements publics et de l’électroménager. « Bien que ma formation soit en design industriel pour la production de masse, je m'engage également à explorer des expressions expérimentales. Je cherche à équilibrer avec une beauté qui doit leur permettre d’exister en tant qu’objets de collection. » Une complémentarité qui lui avait valu d’exposer sa série PF à Alcova l’année dernière.

Hojo Akira

« Je pars de la structure plutôt que de la forme. L'apparence n'est pas le but, mais le résultat de la fonction, de la logique et de la fabricabilité. Dans cette approche, je recherche une condition où tous les éléments s'articulent de manière cohérente, sans complexité inutile » explique Akira Hojo. Une approche que le designer, installé à Tokyo, estime influencée par son expérience initiale comme designer interne pour des meubles de série. « Pour moi, l'industrie n'est pas une contrainte, mais un point de départ. Je construis des structures basées sur des procédés de fabrication tels que l'extrusion et les systèmes modulaires, en intégrant la production dès les premières étapes de la conception. » C’est notamment cette réflexion sur le processus qui a amené le designer à s'intéresser à la maille souple. Un matériau à l’origine de la chaise modulaire. « L’idée est que la structure n’impose pas de forme d’assise, mais qu’elle s’adapte au corps de l’utilisateur. Et le tout avec une grande stabilité, mais l’utilisation d’un minimum d’éléments. » Une application qui illustre correctement le rapprochement entre concept et réalité tout en veillant à « ce que la production, la structure et l’utilisation demeurent alignées. »

PLASMA-f

Fondé par Alberto Smaldone, le studio PLASMA-f entend ramener l’attention sur les procédés pour mettre en lumière la durabilité qui en découle. Ici, « chaque projet commence par une étude spécifique d’un matériau ou d’une technique de construction, plutôt que par une intention formelle prédéfinie ». Une approche qui confère généralement aux pièces du studio une forte géométrie. « La simplicité est le résultat d’un processus de réduction. En supprimant le superflu, l’objet peut atteindre un état où sa structure, sa logique et sa présence apparaissent clairement. C’est une manière de rendre les choses plus lisibles. » Un travail créatif tout autant qu’expressif, porté sur la proportion et l’équilibre à l’image de la pièce emblématique du studio : MIRACH. Réalisée entièrement en chutes de marbres issus des résidus de production, celle-ci évoque un certain goût pour l’efficience structurelle. « La structure est simplement composée d’éléments en forme de L maintenus ensemble uniquement par des tiges filetées tendues, configurées en une poutre précontrainte assemblée sans aucune colle, comme dans un pont. »

Banc Mirach © Michela Pedranti

Bryce Lim

À mi-chemin entre objets domestiques et objets de collection, les créations de Bryce Lim naissent dans un univers ni complètement étranger ni réellement familier. Diplômé d’une licence en design industriel (avec une spécialité innovation produit) à l'Université nationale de Singapour (NUS) en 2025, le designer s’intéresse « aux moments où la reconnaissance attire l’attention, mais où de subtils écarts commencent à déstabiliser la perception ». Un sentiment qui s’explique notamment par l’utilisation de matériaux inhabituels à l’image de la collection Squishy Vase réalisés en mousse de polyuréthane (PU). Une enveloppe étonnante, suggérant un certain poids et une certaine solidité pourtant déformable sous la pression. Façonnée à l’aide de moules imprimés en 3D, cette collection reflète l'intérêt du designer pour le potentiel expressif des matériaux et des procédés de fabrication, abordés à travers un prisme situé entre la production industrielle et l’artisanat. « Plutôt que de partir d’un résultat prédéfini, je laisse souvent le comportement des matériaux et des procédés guider mon travail. Et je pense que l’aspect futuriste que l’on peut voir dans mes objets ne vient pas de l’imagination de matériaux ou de formes entièrement nouveaux, mais d’une remise en question de ce qui existe déjà. »

Collection Squishy Vase
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