Reda Amalou, créateur d’expériences
La Secret Gallery située rue de Varenne à Paris et ouverte par Reda Amalou, propose plusieurs expositions par an

Reda Amalou, créateur d’expériences

Pour rencontrer Reda Amalou, il faut oser franchir le pas de la Secret Gallery, rue de Varenne à Paris. A l’intérieur, tout n’est que luxe, calme, volupté et sensation de plénitude. Une expérience à vivre, unique, renouvelée en septembre dernier lors de la Paris Design Week avec “Art & Design”. Une exposition de quelques mois imaginée comme un clin d'œil au centenaire des Arts Décoratifs, dans laquelle les créations du designer dialoguent avec une sélection de peintures, céramiques, photographies et sculptures.

Architecte, diplômé de la East London University, Reda Amalou conçoit principalement des hôtels de luxe de par le monde entier, aux Etats-Unis, au Vietnam, en Corée, dans les Émirats Arabes Unis ou à Dubaï, répondant aux exigences de clients prestigieux. Mais pour lui, « de la construction d’un hôtel à la fabrication d’un banc, l’intention est la même : porter l’émotion au cœur du trait, rendre hommage à la nature et sublimer la matière. »

En ces temps où le geste de la main, l’artisanat d’art et la valorisation des matériaux priment sur tout, ses créations, toutes pièces uniques ou séries limitées, affolent les amateurs. Créer un impact, animer l’esprit, mobiliser les sens, réveiller l’œil, c’est l’objectif de la maison Reda Amalou Design qu’il crée en 2013 en complément de l’agence d’architecture AW2, créée il y a plus de 25 ans avec Stéphanie Ledoux.

Paravent Panama en laque noire ©Reda Amalou

Hommage à l’artisanat

Cette ouverture lui permet d’étendre ses propositions aux meubles et aux objets, tous porteurs d’un récit, d’un souvenir d’enfance en Algérie, du tumulte londonien de ses études ou de l’incandescence de ses voyages. Toujours à l’affut d’une découverte, d’un nouveau matériau, d’un savoir-faire rare, son hommage à l’artisanat et au multiculturalisme s’impose sans heurter, dans les appartements parisiens de la rue du Bac ou du Boulevard Saint-Michel, dans des résidences privées à Londres, à l’Hôtel Six Senses Crans Montana en Suisse (cf article Intramuros 219), au Biba Social Club à Palm Beach en Floride, au Silversands à l’Île de la Grenade dans les Caraïbes, un hommage digne des grands décors des SAD, (Salons des Architectes Décorateurs) du 19e ou 20e siècle.

Il aime les matière texturées, riches et vivantes : le noyer, le bronze, le cuir, la laque, et les savoir-faire hérités des Arts décoratifs comme la coquille d’oeuf, le gainage de galuchat, et la marqueterie de paille qu’il fait travailler avec soin par les meilleurs artisans d’art comme les Ateliers Lison de Caunes ou la maroquinerie d’ameublement de la Maison Fey. Parfois grandioses, ses créations savent se glisser dans les espaces qu’il aménage avec une fluidité déroutante. En pièces uniques ou en éditions limitées, ces pièces d’exception ont trouvé leur public.

Bureau EDHA ©Reda Amalou

Une exposition pleine de nouveautés

Parmi les créations les plus emblématiques du designer, le paravent Panama, sorte de grande figure abstraite aux formes primitives, revient dans une nouvelle édition en laque noire. Un quatrième coloris, après le bleu céruléen dévoilé à Milan, la version rouge et celle orange présentée à Art Paris en début d’année. À ses côtés, la collection Babylone, composée de deux tables basses, d’une table d’appoint et d’une console, marie les courbes presque animales du bois sculpté aux lignes du marbre monochrome Nero Maquina. Un ensemble fort, entre matière brute et sophistication, qui célèbre la beauté des contrastes et la finesse des détails à l’image de la table Ooma. Dans un autre registre, et toujours en hommage aux Arts Décoratifs et aux savoir-faire qu’ils font résonner, le designer a dévoilé deux pièces limitées à huit exemplaires. D’une part, le bureau EDHA, fruit d’un travail précis sur les proportions, avec un plateau entièrement gainé de galuchat et un piètement en laiton finition bronze, et d’autre part, la table en noyer Lala, qui réintroduit l’usage de l’émail cloisonné dans le mobilier contemporain.

Table basse Babylone ©Reda Amalou

Une présence internationale

Présent au showroom Argile depuis mars 2025, lors du London Design Festival en septembre dernier et au salon Decorex, prévu à la mi-octobre. Reda Amalou s’est récemment exporté outre-Manche. Une décision qui ne s’est pas faite au détriment de la France, avec notamment une présence à Art Paris en début d'année. L’occasion pour le designer de présenter ses dernières éditions, mais aussi certaines créations dévoilées l’an dernier.

À Milan, en avril 2024, il exposait au Labo Project à la Fondation Rodolfo Ferrari, Gabriela, un fauteuil généreux au tissu de velours ; le bureau Tara en noyer massif et plateau laqué vert brillant, aux deux tiroirs intérieur cuir ; la chaise Brooklyn en noyer et laiton brossé ; la table Ooma, marie marbre Emperador et noyer américain dans des dimensions rectangulaires et carrées, en version haute ou basse. Enfin, la chaise Eileen, aux courbes enveloppantes et sensuelles en noyer américain, sublimée par la fabrication artisanale, avait troublé par sa sensualité. Fidèle du salon Collectible à Bruxelles, ses tables d’appoint et sellettes Inlay sont réalisées à partir de marbre Bambou et Balsatina, au piétement encastré dans le plateau pour créer un jeu subtil d’effets mat et brillant. La majestueuse table basse X ORO, avec son plateau en verre orné de feuilles d’or 22 carats appliquées en sous-face, évoque une matière vivante en fusion comme de la lave sur un bronze massif.

Chaise longue Kimani, Design Reda Amalou © Mikael Benard

Le bureau SOA, en noyer américain avec bandeau en laque brillante et grand tiroir intérieur cuir (de 120 à 180 cm) connaît un grand succès,  tout comme la console de 35 cm de large. La console Tara, au piétement en noyer américain, chêne naturel ou hêtre teinté noir sous un plateau laqué brillant jaune, est réalisée à la main. La console Mina, sur son piétement en laiton finition bronze, porte un plateau en marbre Emperador, Sky Grey, Carrare blanc, Noir Marquina ou Noir Sahara….

Bureau Soa, design Reda Amalou © Mikael Benard

Plus discrète, la bibliothèque Steeltop, (en 110 ou 150 cm), étagère en acier noir en porte à faux et noyer américain surprend par sa simplicité et ses angles droits, comme le poème de l’angle droit de Le Corbusier. La console LALA se distingue par un décor précieux en émail cloisonné, autrefois réservé à l’usage impérial, et ici réinterprété pour être appliqué aux carreaux. Ce procédé revisité permet de créer un meuble singulier mêlant art ancestral à un dessin géométrique contemporain. Les grandes marques contemporaines lui ont aussi fait confiance : Véronèse, Hugues Chevalier, Toulemonde Bochart, Roche Bobois, Baguès, Baccarat…

Bibliothèque Lala, design Reda Amalou © Mikael Benard


Retour à la nature

Début octobre, il participait à la prestigieuse foire internationale de design, PAD London, avec la Secret Gallery Paris installée à Berkeley Square, dans le quartier de Mayfair ; ainsi qu’à Decorex, le salon de design et d’intérieurs avec sa collection Reda Amalou Design à Olympia London. Certains y ont retrouvé l’esprit de son adolescence londonienne à travers une collection de mobilier qui n’a rien à envier à l’euphorie des sixties. Pour plus de sérénité et de retour à la nature, quatre nouvelles cabanes viennent d’intégrer le site Coucoo Cabanes de Chassey-lès-Montbozon en Franche-Comté.

Cabane Coucoo par AW2 © Mikestravelbook

Sur 150 hectares, choisissez votre confort aérien et engagez-vous pour une architecture durable. Posées sur des pilotis, elles sont ouvertes à la vue et à la brise. La terrasse du premier niveau permet de vivre à l’extérieur. Le second niveau abrite une chambre avec une ventilation naturelle et une vue panoramique. Au dernier niveau, un bain nordique permet un moment de détente unique. Le tout fabriqué avec du bois issu de forêts locales, sourcé à moins de 30 km du site. L’occasion de tester l’excellence artisanale locale et les savoir-faire d’exception.

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20/5/2026
Barber Osgerby : la fin d’un duo majeur du design britannique

Après plus de trente années de collaboration, Barber Osgerby annonce la fermeture prochaine de son studio londonien. Une décision qui marque la fin de l’un des partenariats les plus influents du design britannique contemporain.

Edward Barber et Jay Osgerby expliquent vouloir désormais poursuivre leurs recherches respectives à travers des structures indépendantes. « Après plus de trente ans de travail commun, cela nous semble être le bon moment pour commencer à travailler indépendamment à travers nos propres studios », déclarent-ils.

Fondé au milieu des années 1990, Barber Osgerby s’est imposé comme l’un des studios les plus emblématiques de la scène internationale grâce à une approche mêlant rigueur industrielle, expérimentation sur les matériaux et sens sculptural des formes. De la chaise Tip Ton pour Vitra aux projets menés pour Knoll, B&B Italia, Flos ou Venini, le duo britannique a contribué à redéfinir le langage du design industriel contemporain, entre innovation technologique et sobriété formelle.

Le studio s’était également illustré dans des champs plus transversaux, du mobilier à l’architecture intérieure, en passant par le design d’objets, les installations et les recherches sur les procédés de fabrication. Une diversité revendiquée par les designers eux-mêmes, qui évoquent « un parcours inattendu, créativement et entrepreneurialement ».

Cette séparation ne s’apparente toutefois pas à une rupture brutale mais plutôt à une évolution naturelle d’un tandem devenu, au fil des décennies, une référence majeure du design britannique. Barber et Osgerby affirment ainsi rester « extrêmement fiers de tout ce que Barber Osgerby a créé » et remercient l’ensemble des collaborateurs, fabricants, institutions et équipes ayant participé à cette aventure.

Une page importante du design européen contemporain se tourne ainsi, tandis qu’une nouvelle séquence s’ouvre pour les deux créateurs.

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13/5/2026
La collaboration pop d'Audemars Piguet et Swatch

Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch réinventent la montre de poche à travers une collection en biocéramique colorée, inspirée du Pop Art et de l’iconique Royal Oak.

La haute horlogerie prend ses libertés. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch signent une collection capsule de huit montres de poche qui détourne les codes traditionnels du garde-temps. Inspirée de la Royal Oak de 1972 et des Swatch POP des années 1980, cette série en biocéramique transforme la montre en accessoire nomade. Cette dernière se porte désormais autour du cou, accrochée à un sac, glissée dans une poche ou posée sur un bureau grâce à un support amovible. Entre objet de mode et micro-architecture portable, Royal Pop propose une nouvelle manière de porter et d’exposer le temps. Déclinée en huit modèles, de l'épurée Huit Blanc à la très graphique Ocho Negro, en passant par les palettes acidulées de Green Eight, Blaue Acht ou Otto Rosso, la collection joue la carte d’une identité forte pour chaque pièce.

©Audemars Piguet et Swatch

Le mouvement pop

La collection revendique pleinement l’héritage du Pop Art avec ses couleurs franches, ses contrastes graphiques et son esprit ludique. Les codes esthétiques de la Royal Oak — lunette octogonale, vis hexagonales, décor “Petite Tapisserie” — sont ici réinterprétés dans une écriture plus expérimentale. Le modèle Huit Blanc, dont chacune des huit vis adopte une couleur différente, évoque directement l’univers d’Andy Warhol, tandis que Orenji Hachi ou Otg Roz poussent encore plus loin les jeux chromatiques. Derrière cette énergie visuelle se cache pourtant une réelle sophistication technique : les boîtiers en biocéramique biosourcée, un mouvement mécanique SISTEM51 entièrement automatisé et 90 heures de réserve de marche. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch démontrent que le luxe contemporain peut désormais conjuguer excellence industrielle, culture populaire et liberté créative.

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11/5/2026
Young Scène Ouverte : un soutien à la jeune création

Jusqu’au 6 juin, la galerie Scène Ouverte, située rue Bonaparte dans le 6e arrondissement, expose sept talents de son programme d’accompagnement intitulé Young Scène Ouverte.

Lancé en 2025, le programme d’accompagnement Young Scène Ouverte (YSO), à l’initiative de la galerie Scène Ouverte, fondée et dirigée par Laurence Bonnel depuis 2016, a pour objectif d’offrir une visibilité à de jeunes créateurs contemporains, tant sur le marché qu’aux niveaux financier et créatif. Ils sont environ une trentaine à faire partie du programme, au sein duquel ils restent généralement pendant un an et où chaque designer et créateur a la possibilité de tester et d’expérimenter la matière sous toutes ses formes afin de créer des pièces inédites.

Plus largement, ce programme entend encourager ces jeunes artistes à affiner leur univers créatif, allant parfois jusqu’à révéler des vocations. « Le but est d'accompagner leur savoir-faire, l'artisanat et les matériaux utilisés vers quelque chose de plus noble, et d’aller vers une plus grande exigence dans l’exécution et les mécanismes. C’est d’autant plus important pour ces jeunes designers : ne plus avoir de contraintes leur permet de se libérer des limites qu'ils peuvent avoir en temps normal. » Pour cette édition, sept artistes aux visions très différentes, mais non moins cohérentes, sont exposés au sein de la galerie jusque début juin.

Julia Chehikian

Basée à Marseille, Julia Chehikian imagine et fabrique ses pièces au sein de son atelier. Des créations fortement inspirées de la Provence, de sa chaleur, de ses couleurs et de la mer, que la designer souhaite ancrées localement. Elle fait ainsi appel à des artisans de la région ainsi qu’à une tapissière pour concevoir des pièces aux lignes épurées et minimalistes, imaginées dans des matériaux capables de traverser le temps.

Table Piscine © Flaneur Studio

Apolline Morel

Résidente au BBDMA, Apolline Morel s’est d’abord formée au verre à la HEAR de Reims avant de poursuivre un master à l’ECAL en design et artisanat du luxe. Elle crée son studio en 2024 et décide d’explorer la pâte de verre et ses vertus. Au sein de la galerie, elle présente des luminaires jouant sur la transparence et offrant des jeux de lumière qui font vivre l’objet différemment selon l’endroit où l’on se place dans l’espace.

Lampe Anthénors citrine © Flaneur Studio

Orre Studio

Studio fondé par Jules et Sarah, respectivement formés à la peinture artistique et à l’ébénisterie, Orre Studio propose des pièces à la croisée du design et des arts décoratifs. Ensemble, ils conçoivent des créations imaginées de A à Z, en reprenant notamment des techniques artisanales anciennes liées à la fabrication de carreaux. Entre recherche de formes plus contemporaines et travail sur les matières, Orre Studio présente ainsi deux miroirs et une console particulièrement travaillés et aboutis.

Miroir Alcoa © Flaneur Studio

Rinke Joosten

Diplômée de l’Académie Willem de Kooning aux Pays-Bas, la céramiste Rinke Joosten fonde son studio en 2018. C’est notamment durant ses études qu’elle explore les matérialités, et particulièrement le lien entre céramique et verre soufflé, devenu central dans son travail. Plus largement, elle accorde une importance particulière au processus de production artisanale des pièces. Son projet Momentum fait ainsi le lien entre les matériaux et le geste humain, pour des pièces au rendu unique.

Projet Momentum © Flaneur Studio

Clémence Mars

Passée par l’école Duperré en design puis formée en scénographie à l’école des Arts Décoratifs, Clémence Mars fait partie de ces designers qui aiment explorer toute l’étendue de leur créativité. Mais c’est pour la transparence du verre que la designer s’est prise de passion, notamment à travers un travail de superposition des pièces. Après une expérimentation de la résine, elle s’est tournée vers le verre grâce à l’accompagnement de la galerie, donnant naissance à des pièces architecturales et élégantes.

Luminaires Little House Ghosts n°3 et 4 © Flaneur Studio

Faustine de Longueuil

À la croisée de l’artisanat, du graphisme et de l’art contemporain, le travail de Faustine de Longueuil s’inspire notamment de Mario Botta mais également de Étienne Robial. Travaillant exclusivement avec de la laine 100 % française issue de la filature Fonty, l’artiste textile fait le choix d’un matériau durable et proposer des pièces associant une forte esthétique graphique à un jeu de symétrie et formes géométriques.

Tapis C002 © Flaneur Studio

Bérénice Gentil

Architecte et céramiste de métier, Bérénice Gentil a développé une pratique d’ornemaniste dans laquelle la céramique devient langage. Elle propose ainsi des pièces sculpturales qui semblent traverser les époques, en s’appropriant cette pratique de façon contemporaine, et proposer des créations qui puissent embrasser l’espace au sein desquels elles prennent place.  

© Flaneur Studio
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5/5/2026
SaloneSatellite : huit talents à suivre

Passage obligé du Salone del Mobile, le SaloneSatellite était de retour pour sa 27e édition, révélant son lot de jeunes designers à suivre. Découvrez les coups de cœur Intramuros de l’édition 2026.

Sous la houlette de Marva Griffin Wilshire depuis sa création en 1998, le Salone Satellite, rendez-vous incontournable de la jeune garde du design à Milan, se dévoilait cette année sous le thème « Skilled Craftsmanship + Innovation ». Ils étaient plus de 700 designers, âgés de moins de 35 ans et venus de 39 pays, à avoir répondu à l’appel. Un panel de jeunes créateurs aux univers singuliers, venus défendre le design sous toutes ses formes, parmi lesquels la rédaction dévoile les huit talents qui ont retenu son attention.

JÜNGERKÜHN

Le studio berlinois JÜNGERKÜHN a été fondé en 2023 par les designers Konrad Jünger et Verena Kühn, rencontrés lors de leurs études en design produit. C’est durant cette période qu’ils développent un intérêt commun pour le numérique, la robotique et le comportement des matériaux analogiques, qui fera par ailleurs naître leur devise : « work in process ». JÜNGERKÜHN établit un lien « entre design industriel et artisanat numérique, avec une attention particulière portée aux matériaux ». Porté par le Digital Craft, le projet Soft Touch - système de sculpture sur mesure destiné au travail par soustraction sur céramique - présenté lors du SaloneSatellite, est très représentatif de leur démarche, qui allie outils numériques et matières. « Selon des facteurs tels que le degré de séchage ou l’épaisseur, le matériau réagit différemment. Le processus est défini, mais le résultat émerge de l’interaction entre la machine et le matériau. Cela reflète notre approche, qui consiste à concevoir des systèmes permettant une variation, plutôt qu’une reproduction à l’identique. » Un projet pour lequel le studio a par ailleurs été récompensé du troisième prix des Satellite Awards.

Projet Soft Touch

Liu Dong

Originaire de Pékin, en Chine, Liu Dong s’est formé à l’Université des arts de Berlin, dont il sort diplômé en 2019. Après des expériences dans différents studios de design, elle fonde son studio éponyme en 2025. Guidé par la créativité, il cherche avant tout à éviter la répétition : « Je ne recherche pas un contrôle absolu ; au contraire, j’accueille l’imprévu qui peut émerger. Je suis également attiré par une certaine forme de chaos. Mes projets embrassent l’imperfection et le hasard, tout en conservant un potentiel de production en série. » Inspiré d’un concept chinois contemporain qui dit « bien que façonné par l’homme, comme formé par la nature », il cherche à créer un équilibre entre machine, nature et intervention humaine. En témoigne la lampe TG-01, présentée au Salone, conçue comme une sorte de « lampe à récolter ». Celle-ci nécessite de l’utilisateur qu’il participe au processus de création, puisque ce dernier doit collecter des branches afin de créer une structure fonctionnelle à la lampe. « Il n’existe pas de configuration unique, ce qui rend chaque lampe singulière. Le processus favorise une reconnexion à la nature, où chaque branche devient un élément essentiel. »

Lampe TG-01

Taran Neckelmann

Designer norvégienne-allemande basée à Bergen, en Norvège, Taran Neckelmann définit son univers comme étant marqué par l’exploration du temps et de la longévité. « Je pense que nous avons la responsabilité de créer des objets qui durent. Mais il n’existe pas de réponse simple à cette question, et je m’intéresse aux mécanismes et aux stratégies qui permettent une résonance esthétique sur le long terme. » Son travail, inscrit dans la tradition scandinave, propose des objets cohérents qui introduisent de la répétition, de la géométrie et des jeux de matérialité. Pour le projet de tabourets Cooper, Taran Neckelmann explore la manière dont les techniques ancestrales et les motifs culturels peuvent conférer à un objet une forme de familiarité narrative. « J’ai grandi sur la côte ouest de la Norvège, dans une ville avec une forte tradition maritime. La fabrication de tonneaux y occupe une place importante dans la culture matérielle. C’est un savoir-faire présent dans de nombreuses régions du monde, ce qui le rend universellement reconnaissable. » Un projet qui s’inspire de plusieurs techniques norvégiennes, telles que le « lagging », mais également de l’artisanat japonais du « kioke ».

Tabouret Cooper

Birk Manum Bjerkan

Intéressé par le dialogue entre design et artisanat comme par la manière dont les matériaux « pensent » et se comportant entre eux, Birk Manum Bjerkan dispense une approche basée sur la construction. « En fonction du médium, j’essaie de créer des objets dotés d’une logique claire et d’un caractère cohérent. » Une approche qui rappelle celle de Jean Prouvé, l’un de ses maîtres à penser. Formé à la NTNU, en Norvège, et à l'Académie des Beaux-Arts de Brera, à Milan, le designer a lancé son propre atelier spécialisé dans le mobilier et la décoration intérieure, en 2024. « Un prolongement logique du design de mobilier » pour celui qui pratique également la peinture comme une autre manière de comprendre et de percevoir les matériaux à leur juste valeur. « C’est cette réflexion sur la valeur des éléments qui m’a notamment amené à travailler un fauteuil en bois de bouleau lamellé. C’est une essence norvégienne généralement utilisée à des fins de chauffage alors même que ce matériau est très polyvalent et jouit d’une longue tradition d’utilisation dans les pays nordiques en raison de sa bonne résistance au cintrage. »

Masaya Kawamoto

« Je pense que ma singularité réside dans la manière dont j'applique les techniques de travail du métal. » Basée à Tokyo où elle a fondé son studio en 2024, Masaya Kawamoto explore le lien entre les héritages traditionnels et la technologie moderne. Un pont que la designer illustrait cette année en présentant une chaise entièrement réalisée en métal selon les plans d’une pièce historiquement réalisée en bois, ou encore la lampe Bicone « inspirée de détails issus de luminaires emblématiques du passé ». Deux pièces à travers lesquelles la créatrice dévoile son intérêt pour la transformation et la réinterprétation des classiques modernistes par le biais du métal. Un univers diversifié en écho au passé de la créatrice - issue de l’École supérieure d’art de l’université Nihon - qui a débuté sa carrière chez un grand fabricant de mobilier de bureau puis au sein d”un cabinet de design lui ayant permis de toucher aux univers des équipements publics et de l’électroménager. « Bien que ma formation soit en design industriel pour la production de masse, je m'engage également à explorer des expressions expérimentales. Je cherche à équilibrer avec une beauté qui doit leur permettre d’exister en tant qu’objets de collection. » Une complémentarité qui lui avait valu d’exposer sa série PF à Alcova l’année dernière.

Hojo Akira

« Je pars de la structure plutôt que de la forme. L'apparence n'est pas le but, mais le résultat de la fonction, de la logique et de la fabricabilité. Dans cette approche, je recherche une condition où tous les éléments s'articulent de manière cohérente, sans complexité inutile » explique Akira Hojo. Une approche que le designer, installé à Tokyo, estime influencée par son expérience initiale comme designer interne pour des meubles de série. « Pour moi, l'industrie n'est pas une contrainte, mais un point de départ. Je construis des structures basées sur des procédés de fabrication tels que l'extrusion et les systèmes modulaires, en intégrant la production dès les premières étapes de la conception. » C’est notamment cette réflexion sur le processus qui a amené le designer à s'intéresser à la maille souple. Un matériau à l’origine de la chaise modulaire. « L’idée est que la structure n’impose pas de forme d’assise, mais qu’elle s’adapte au corps de l’utilisateur. Et le tout avec une grande stabilité, mais l’utilisation d’un minimum d’éléments. » Une application qui illustre correctement le rapprochement entre concept et réalité tout en veillant à « ce que la production, la structure et l’utilisation demeurent alignées. »

PLASMA-f

Fondé par Alberto Smaldone, le studio PLASMA-f entend ramener l’attention sur les procédés pour mettre en lumière la durabilité qui en découle. Ici, « chaque projet commence par une étude spécifique d’un matériau ou d’une technique de construction, plutôt que par une intention formelle prédéfinie ». Une approche qui confère généralement aux pièces du studio une forte géométrie. « La simplicité est le résultat d’un processus de réduction. En supprimant le superflu, l’objet peut atteindre un état où sa structure, sa logique et sa présence apparaissent clairement. C’est une manière de rendre les choses plus lisibles. » Un travail créatif tout autant qu’expressif, porté sur la proportion et l’équilibre à l’image de la pièce emblématique du studio : MIRACH. Réalisée entièrement en chutes de marbres issus des résidus de production, celle-ci évoque un certain goût pour l’efficience structurelle. « La structure est simplement composée d’éléments en forme de L maintenus ensemble uniquement par des tiges filetées tendues, configurées en une poutre précontrainte assemblée sans aucune colle, comme dans un pont. »

Banc Mirach © Michela Pedranti

Bryce Lim

À mi-chemin entre objets domestiques et objets de collection, les créations de Bryce Lim naissent dans un univers ni complètement étranger ni réellement familier. Diplômé d’une licence en design industriel (avec une spécialité innovation produit) à l'Université nationale de Singapour (NUS) en 2025, le designer s’intéresse « aux moments où la reconnaissance attire l’attention, mais où de subtils écarts commencent à déstabiliser la perception ». Un sentiment qui s’explique notamment par l’utilisation de matériaux inhabituels à l’image de la collection Squishy Vase réalisés en mousse de polyuréthane (PU). Une enveloppe étonnante, suggérant un certain poids et une certaine solidité pourtant déformable sous la pression. Façonnée à l’aide de moules imprimés en 3D, cette collection reflète l'intérêt du designer pour le potentiel expressif des matériaux et des procédés de fabrication, abordés à travers un prisme situé entre la production industrielle et l’artisanat. « Plutôt que de partir d’un résultat prédéfini, je laisse souvent le comportement des matériaux et des procédés guider mon travail. Et je pense que l’aspect futuriste que l’on peut voir dans mes objets ne vient pas de l’imagination de matériaux ou de formes entièrement nouveaux, mais d’une remise en question de ce qui existe déjà. »

Collection Squishy Vase
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