Bureau Lacroix : construction d'une success story
Le bar du restaurant le Dandino ©Gaëlle Le Boulicaut

Bureau Lacroix : construction d'une success story

Fondé en 2021, Bureau Lacroix est aujourd'hui à l'origine de plusieurs projets d'architecture intérieure et de conception de mobilier. Une double casquette pour Sophie Lacroix distinguée dès 2017 comme « Nouveau talent du design ».

En sacrant Sophie Lacroix « Nouveau talent du design » à tout juste 21 ans, le jury de la Paris Design Week ne s'était pas trompé. Sept ans et quelques projets plus tard, la créatrice semble en voie de confirmer son expertise tant dans le domaine de l'architecture intérieure que dans celui du mobilier et de l'objet.

À l'origine de cette récompense, un guéridon nommé Iris. Présentée lors de l'exposition des jeunes créateurs, « Now ! Le Off », en 2017, la pièce décrite comme une réflexion sur la fonctionnalité du mobilier et l’économie de la matière, séduit le jury. Une reconnaissance qui entraîne rapidement plusieurs commandes lui permettant – avec l'aide d'une levée de fonds auprès de différents acteurs du monde de l’art et de la finance - de monter une première structure. Diplômé avec les honneurs peu de temps après, en 2019, la conceptrice entame alors une collaboration avec Gilles & Boissier. Une période de deux ans à la suite de laquelle elle lance son agence éponyme : Bureau Lacroix.

Récompensé lors de la Paris Design Week de 2017, le guéridon Iris a été à l'origine d'une collection reconnaissable par son travail du métal ©Sophie Lacroix

Deux projets comme deux pas de côté

Douée d'une double sensibilité tant spatiale que design, Sophie Lacroix renoue rapidement avec l'objet. Laissé de côté pendant quelque temps, la créatrice se recentre sur le projet Iris et fait éclore dès 2021 une collection auto-éditée forte d'une table basse, d'une lampe de table et d'un lampadaire. Réalisé en dentelle d'acier et noyer massif comme le guéridon, ce projet marque le début d'une collaboration sur le long terme avec l'ébéniste Robin Poupard. C’est effectivement en 2022 que se concrétise un autre projet d'envergure : repenser la table du petit-déjeuner du Cinq, le restaurant de l'hôtel Four Seasons George V. Un défi qui donne lieu à un ensemble de présentoirs et de couverts uniques et numérotés, alliant le marbre, le bois et le laiton.

Première collaboration de taille entre l'hôtellerie et Bureau Lacroix, ce service dédié au Four Seasons George V témoigne de la pluridisciplinarité de la créatrice ©Pierre Hajizadeh & Ilya Kagan

L'architecture intérieure, fil rouge d'un parcours

Désormais riche de deux belles collections, Sophie Lacroix se repositionne rapidement sur des projets d’architecture intérieure. Elle qui avait principalement œuvré sur des chantiers résidentiels internationaux, s'offre une année 2023 gastronomique. Deux établissements parisiens ainsi qu'une brasserie à Toulon voient ainsi le jour.

Siena, Dandino, Muguet : un triptyque d'ambiances

Réunis par un souci du détail et une certaine agilité dans le choix de dominantes colorées, chaque projet témoigne d'une expertise dans le domaine du haut de gamme. Les jeux de textures combinés aux cloisonnements et aux choix colorimétriques renforcent une certaine théâtralisation des espaces. Sobre et élégant, chaque établissement parvient néanmoins à trouver sa propre identité. De la Dolce Vitae du lac de Côme évoquée par le Siena, au Dandino rappelant les rives romantiques de la Méditerranée en passant par les grandes heures de match dont peut désormais témoigner le Muguet.

Premier restaurant d'une telle importance - 900m²- à avoir été livré, le Siena est un voyage temporel entre l'Italie de la Renaissance et le Paris moderne. En piochant dans les codes esthétiques des palais des XV et XVIe siècle, la créatrice à décidé de mener un projet entre orientalisme et romantisme. Conçu autour d'une grande pièce principale dont la lumière zénithale souligne les murs terre de Sienne et un décor floral patiné, le restaurant compte également deux salles confidentielles et un jardin d'hiver. À l'étage, un cadre plus intimiste et parisien se dessine autour d'éléments en bronze, de moulures et d'une moquette Pavot, clin d'œil revisité au domicile de Serge Gainsbourg. Un périple transalpin à travers les époques.

Dans la salle principale, une envolée d'oiseaux en bronze signés Créalum'in apporte une touche de liberté à la sophistication de l'espace ©Gaëlle Le Boulicaut

Non loin de l'Italie, sur la french Riviera des 60's aurait pu se trouver le Dandino. Petit écrin photogénique paré de bois vernis, il aurait certainement figuré sur quelques clichés de Slim Aarons. Situé en plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, le restaurant fait la part belle aux détails d'un autre temps : assises revêtues d'un passepoil mauve, luminaires en toiles et franges oranges ou encore chaises en fer forgé avec coussins rouges. Un décor flamboyant dont la fresque d'un paysage toscan signé Clément Arnaud, fait office de passeport.

Le camaïeu rouge donne au Dandino un air de bistrot méditerranéen en plein cœur de Paris ©Gaëlle Le Boulicaut ©Gaëlle Le Boulicaut

Baignée de lumière, la brasserie Le Muguet inscrit la gastronomie comme synonyme d'échange et de partage. Établi dans le prolongement du nouveau campus du Rugby Club de Toulon, cet espace de 600m² rassemble la communauté de l'Ovalie. Imaginé pour retranscrire à la fois le contexte méditerranéen toulonnais et l'identité du club, Sophie Lacroix a collaboré avec RBC pour l'ameublement. Des grandes banquettes en cuir viennent ainsi dialoguer avec le béton ciré du sol et la moquette rouge. Ouverte sur l'extérieur par de larges baies, la brasserie propose aussi plusieurs alcôves intimistes. De quoi discuter des stratégies à l'abri des oreilles indiscrètes.

Imaginé pour compléter les infrastructures du club de rugby toulonnais, ce restaurant conjugue grandes ouvertures et intimité grâce à un ensemble de banquettes et d'alcôves ©Pierre Hajizadeh

L'international, terre d'inspiration et de réalisation :

Fidèle aux projets développés jusqu'alors, Sophie Lacroix poursuit dans l'univers de la restauration en ouvrant sur les six premiers mois de l'année, un beach club tourné vers la gastronomie péruvienne en Grèce, et deux nouveaux restaurants dans la capitale. Hasard des choses ou volonté artistique, Manko et Tio, respectivement situés sur la côte méditerranéenne et dans le 8e arrondissement de Paris, mettent en avant la culture latine.

Tourné vers l'eau et la détente, le premier conjugue la culture des Andes et l'architecture d'inspiration inca. En résulte un ensemble architectural d'une grande sobriété intelligemment texturé pour rappeler visuellement cette civilisation outre-atlantique. Rehaussée d'une végétation luxuriante et de multiples jeux de trames, le beach club dégage une forme de magie.

Au Manko, le tressage en fibres naturelles et la réflexion autour des matériaux et de leurs textures participent au raffinement visuel du lieu ©Sylvaine Sansone, The V Scope & Manko Athens

Pour Tio en revanche, la créatrice a pris le parti de constituer un lieu ultra figuratif qui ne laisse aucune place au doute. Les coussins réalisés au crochet présentent des motifs inspirés de la faune et la flore mexicaine tandis que les cactus qui cernent la salle de réception immergent le client dans les montagnes d'Amérique centrale. À noter également les détails en forme de soleil présents dans le travail du bois.

Dans ce petit restaurant à l'allure sud-américaine, le bois rappelé par la couleur du sol et des passepoils permet d'obtenir un rendu graphique exotique ©Pierre Hajizadeh

Deux projets inscrits en opposition radicale avec le Hollywood Savoy situé le long du Palais Brongniart. Quelque part entre le speakeasy et l'esthétique de l'Orient-Express, le lieu est surtout un hommage à la culture des années 30. Cerné de lourdes tentures en velours couleur tabac, le riche décor ou se fond moquette léopard, bar en bronze et verre martelé, offre un nouveau point du vue sur le travail du studio. Une diversité que celui-ci devrait continuer d'explorer avec la livraison prochaine de deux projets résidentiels en plein cœur du Marais.

Situé juste en face de la Bourse, le Hollywood Savoy est une ode visuelle, toute en reflets, au Paris des années folles ©Gaëlle Le Boulicaut & James McDonald
Rédigé par 
Tom Dufreix

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20/2/2026
Christophe Pillet signent trois nouveautés pour Ethimo

Imaginées par le designer Christophe Pillet, les collections Lodge, Vista & Betsy affirment une vision sensible et architecturée du mobilier d’extérieur.

Pour ses nouveautés outdoor 2026, la marque italienne Ethimo a de nouveau fait appel à Christophe Pillet pour imaginer les collections Lodge, Vista et Betsy. Des pièces maitrisées aux lignes justes et aux proportions équilibrées qui offre une vision cohérente de l’extérieur comme prolongement naturel de l’architecture et de l’art de vivre.

Une élégance durable

Avec Lodge, la marque italienne et le designer ont imaginés un système lounge aux proportions généreuses, où la rigueur des structures métalliques dialogue avec la chaleur du teck et la douceur des textiles outdoor. Une collection composée d’un fauteuil, d’un bain de soleil, d’un canapé, d’une table basse et éléments d’appoint pensés pour s’adapter aussi bien aux terrasses urbaines qu’aux grands espaces ouverts sur la mer.

Collection Lodge, design : Christophe Pillet © Ethimo

La chaise Vista quant à elle, prolonge cette recherche d’équilibre grâce à ces lignes nettes, presque modernistes, mais jamais froides tandis que les matières, sélectionnées pour leur résistance et leur patine, inscrivent chaque pièce dans le temps long.

Chaise Vista, design : Christophe Pillet © Ethimo

Enfin, la collection Betsy, plus expressive, introduit une note de caractère. Ces assises enveloppantes et structures élancées revisitent l’esprit des chaises d’atelier dans une version outdoor raffinée où jeux de couleurs, textures et finitions révèlent une collection à la fois fonctionnelle et chaleureuse.

Chaise Betsy, design : Christophe Pillet © Ethimo
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16/2/2026
Taiwan Design Week 2025 : Révéler le design démocratique

Au-delà de sa réputation de puissance manufacturière, Taïwan mobilise le design pour ouvrir une nouvelle ère d’excellence nationale. À travers la Taiwan Design Week, le pays montre comment des démarches fondées sur la recherche peuvent transformer les industries et comment des valeurs démocratiques peuvent s’inscrire concrètement dans les gestes du quotidien.

Taïwan a façonné un paysage culturel stratifié, nourri par une longue histoire de migrations et d’échanges transpacifiques. Le Songshan Cultural and Creative Park, à Taipei, incarne cette diversité comme un microcosme symbolique. Classé 99e site historique municipal de la ville, le parc illustre une cohabitation harmonieuse entre patrimoine et sensibilité contemporaine. Il abrite également le Taiwan Design Research Institute (TDRI). Élevé au rang d’institut public en 2020 à partir du Taiwan Design Center, il constitue aujourd’hui l’unique entité publique chargée d’intégrer le design dans la gouvernance afin de stimuler le développement industriel. Du 29 novembre au 7 décembre 2025, l’institut y a organisé l’édition annuelle de la Taiwan Design Week.

Positionner un événement de design fondé sur la recherche

Pour sa troisième édition, en 2025, la manifestation s’est tenue conjointement avec la conférence de l’International Association of Societies of Design Research, renforçant ainsi sa dimension académique. Des experts issus de 497 universités et de 85 entreprises, représentant 47 pays, se sont réunis pour explorer le point de convergence entre recherche en design et applications concrètes.

L'exposition thématique « Design Next » pose des questions tournées vers l'avenir ©Taiwan Design Research Institute

L’exposition thématique, « Design Next », a été organisée sous le comissariat de Ping-hung Chung, architecte et fondateur du collectif créatif Archicake. Alors que les précédentes éditions - Elastic Bridging et The Gateway - mettaient l’accent sur le développement durable et l’intelligence artificielle, « Design Next » posait une question plus fondamentale : « À l’ère de l’accélération technologique, de la crise climatique et des conflits de valeurs, quel type de vie future envisagez-vous ? » Cette profondeur analytique distingue la Taiwan Design Week d’autres événements à dominante commerciale, lui conférant une identité singulière ancrée dans la réflexion critique.

Un catalyseur national d’innovation

Chi-yi Chang, directeur du TDRI et membre du conseil d’administration de la World Design Organization, soulignait cette évolution stratégique : « À sa création, le TDRI a reçu le Presidential Innovation Award aux côtés de leaders industriels tels que TSMC, la plus grande fonderie de semi-conducteurs au monde. Cette reconnaissance démontre que le design est désormais considéré comme un moteur essentiel de croissance, au même titre que les technologies de pointe. » À propos de la synergie entre l’écosystème industriel local et le design, il précise : « Notre avantage concurrentiel réside dans une collaboration radicale entre designers, ingénieurs et fabricants. Peu de pays sont capables de passer aussi rapidement de l’idéation au prototype puis à la mise en œuvre. Cette agilité, ancrée dans une maîtrise industrielle solide, permet de répondre immédiatement aux besoins sociétaux. »

Passage des guides de vote riches en texte à des infographies pour une information plus intuitive ©Taiwan Design Research Institute

Cultiver une culture civique par le design

Le TDRI a également illustré la portée sociale de son action à travers l’exposition principale, en mettant en avant des transformations exemplaires du service public. Un projet emblématique a repensé l’expérience du vote - l’acte le plus direct de participation civique - en partenariat avec la Commission électorale centrale. Grâce à des infographies accessibles, des parcours procéduraux intuitifs et des isoloirs modulaires, ce projet a converti des dispositifs complexes en une interface centrée sur l’usager. Cet esprit de « design pour la démocratie » était perceptible tout au long du parcours, notamment dans la section participative de vote qui clôturait la visite. « Le design démocratique, tel que nous le définissons au TDRI, consiste à encourager la participation, la transparence et la confiance », expliquait Chi-yi Chang. « L’objectif est de favoriser un dialogue organique entre secteurs public, privé et académique. Le design dépasse la politique : il structure une culture civique au quotidien. »

Du déchet au produit : fibres d’ananas et finitions en coquilles d’huîtres

La durabilité demeurait l’un des piliers majeurs de cette édition. Pour répondre à la problématique des déchets agricoles, UKL Enterprise a présenté la commercialisation du PALF (Pineapple Leaf Fiber). Issue des feuilles d’ananas, cette fibre haute performance offre respirabilité et propriétés anti-bactériennes, destinées à la mode et aux produits lifestyle. Parallèlement, le groupe technologique Acer a posé un jalon en matière d’électronique durable. Sa série Vero intègre des plastiques recyclés post-consommation et inaugure l’utilisation de biomatériaux, notamment des coquilles d’huîtres recyclées, dans les coques d’ordinateurs portables. L’entreprise poursuit sa feuille de route vers la neutralité carbone, en cohérence avec son engagement dans l’initiative RE100, visant un approvisionnement à 100 % en énergies renouvelables d’ici 2035.

La série Vero d'Acer, entièrement fabriquée à partir de plastiques recyclés post-consommation ©Acer

Golden Pin Design Award 2025

Autre pilier de la Taiwan Design Week : le Golden Pin Design Award. Créé en 1981 par le Taiwan Design Center et ouvert à une audience internationale en 2014, il s’est imposé comme un baromètre de référence. La cérémonie de remise des prix s’est tenue au Taipei Performing Arts Center, bâtiment emblématique conçu par l’agence OMA. Après une évaluation rigoureuse fondée sur cinq critères que étaient l’innovation, la fonctionnalité, l’esthétique, la communication et l’intégration, 22 projets ont été distingués comme Best Design of the Year, auxquels s’ajoutent trois Special Annual Awards et trois Best Concept Design Awards. Les projets primés, toutes disciplines confondues, témoignent d’un engagement collectif en faveur de solutions concrètes au service de l’humain et de l’environnement. Parmi eux, deux exemples marquants en design produit illustrent cette ambition. La LightUp Filtered Bottle d’Aquacendo, marque de la société taïwanaise Yee Gee International, associe filtration de l’eau et éclairage LED alimenté par énergie solaire, constituant un outil de survie essentiel dans les régions dépourvues d’infrastructures.

Bouteille filtrée LightUp d'Aquacendo, lauréate du Golden Pin Design Award © Aquacendo

De même, SOMO, système d’éclairage solaire modulaire développé par la marque allemande Sonnenglas®, va au-delà d’une simple alternative sûre aux lampes à kérosène : il est assemblé à la main dans une structure certifiée fairtrade en Afrique du Sud. En conjuguant ingénierie de précision, création d’emplois locaux et développement de compétences techniques, ces projets démontrent comment le design contemporain peut devenir un puissant levier de résilience sociale, environnementale et économique.

Le système SOMO de Sonnenglas® est conçu pour fournir un éclairage sûr et durable ©  Sonnenglas®

Plus de 100 œuvres primées sont actuellement présentées dans une exposition spéciale au Taiwan Design Museum, au sein du Songshan Cultural and Creative Park jusqu’au 26 avril 2026.

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17/2/2026
Seoul Design Festival 2025 : Wayfinding, l’itinéraire d’une nouvelle ère

Organisé par Design House et porté par Monthly Design, première publication coréenne consacrée au design, le 24e Seoul Design Festival s’est tenu du 12 au 16 novembre dernier au COEX, à Séoul, s’affirmant comme une véritable boussole pour la scène créative. Retour sur une sélection de créateurs qui façonnent aujourd’hui l’état du design.

Fondé en 2002, le Seoul Design Festival joue un rôle moteur dans l’évolution et la structuration de l’industrie créative coréenne. Mike Choi, rédacteur en chef de Monthly Design, en a dévoilé le thème principal : Wayfinding. « Conçu initialement comme une idée pratique visant à améliorer l’expérience des visiteurs, le thème s’est transformé en réflexion approfondie sur les bouleversements liés à la délocalisation de la production, aux mutations induites par l’intelligence artificielle, à la crise climatique et à l’exigence éthique croissante. Il esquisse la trajectoire durable que les créateurs doivent désormais apprendre à naviguer » expliquait-il.

L'exposition "Design Specialist", située à l'entrée du parc des expositions, présentait 20 équipes sélectionnées de designers locaux de renom. © Seoung-joo Yoo

Parmi les vingt équipes majeures réunies dans l’exposition « Design Specialist », qui reconfigurent leur rôle dans un paysage en mutation, Jiyoun Kim Studio défend une méthodologie fondée sur la conceptualisation contextuelle centrée sur la communication et collabore avec des marques internationales. Son fondateur et directeur artistique souligne qu’avec la fin de l’essor industriel fondé sur la production de masse, l’attention du design se déplace des grands équipements vers des objets domestiques à échelle plus intime. Son champ d’action - du luminaire aux équipements sanitaires, de l’électronique grand public aux dispositifs de beauté et à la conception d’expériences de marque - contribue à forger l’identité sensorielle de la K-beauty. Useful Workshop présentait l’Edgeform Lounge, une assise modulable conçue à partir de données anthropométriques. Son CEO et designer, Suk-jin Moon, a défini une échelle optimisée en fonction des dimensions typiques des logements coréens. Sept plans d’aluminium 100 % recyclable sont assemblés avec précision afin de maximiser le volume sculptural de la pièce, conférant à la chaise une présence affirmée, même inoccupée. « À mesure que la culture esthétique des usagers s’affine, les fabricants doivent élever leurs standards créatifs, ce qui suppose souvent un langage visuel d’une grande sophistication », affirme-t-il.

Le studio Jiyoun Kim a conçu un appareil de beauté, le Medicube High Focus Shot. ©Nod Lab - Woon-kyeong Kim

Le tournant industriel : sculpter l’expérience et le comportement par la matérialité

La section Young Creator Promotion rassemblait quarante équipes sélectionnées, composées de designers exerçant depuis moins de cinq ans. Le programme instaure un cercle vertueux en invitant d’anciens lauréats - révélations d’il y a vingt ans - à revenir en tant que mentors, et en offrant aux deux équipes primées un workshop au Domaine de Boisbuchet, en France. Une tendance marquante se dégage : l’usage stratégique de matériaux industriels, longtemps cantonnés à la seule fonctionnalité.

Le stand de la créatrice In-kyung Lee présenté dans le cadre de la promotion des jeunes créateurs. ©In-kyung Lee

La collection Climbing de Jun-ho Kang transpose l’engagement physique et immersif de l’escalade dans une relation renouvelée à l’objet domestique. Cling, un tabouret dont la structure assimile les mains du grimpeur à ses pieds ; Grip, inspiré de l’analogie entre la main agrippant une prise et la forme du cintre ; On-sight, un luminaire capturant la joie de l’ascension en tête. Le choix de l’acier inoxydable est délibéré : « Sa solidité évoque la texture de la roche et permet de créer des détails sculpturaux denses. »

Tabouret Cling de Jun-ho Kang en acier inoxydable ©Jun-ho Kang

Récemment diplômée, In-kyung Lee explore, avec sa collection Do the Act, les schémas comportementaux inconscients du quotidien. Elle détourne la fonction standardisée de la quincaillerie industrielle pour générer de nouvelles interactions. Fill the Gap, une étagère, exploite le mécanisme de fixation d’un arrêt de porte pour sceller son intérieur avec de l’acrylique : l’accès physique est empêché, mais la perception reste ouverte, incitant naturellement à sécuriser des objets dans les interstices. Elle transforme également un système de serrure en portemanteau vertical réglable, Trace the Path. « Pour garantir la clarté du concept, j’ai choisi la froideur du métal et privilégié une logique rationnelle », précise-t-elle.

La coréanité en évolution : le design comme réinterprétation culturelle

La question « Qu’est-ce qui constitue l’essence de l’esthétique coréenne ? » demeure centrale pour les praticiens. Mike Choi compare l’évolution actuelle de la définition de la coréanité à celle des séries historiques télévisées : avant les années 2000, elles privilégiaient l’exactitude documentaire ; les succès ultérieurs ont su conjuguer authenticité factuelle, liberté d’interprétation et attractivité populaire. Si l’exploration de l’identité nationale relevait autrefois d’une injonction générationnelle, la jeune scène, forte de la reconnaissance internationale de la culture coréenne, considère aujourd’hui l’intégration de son héritage comme un avantage concurrentiel autant qu’un moteur créatif.

Vue de l'installation du stand du studio Walza, qui a été nommé Jeune designer ambassadeur ici l'année dernière ©Seoung-joo Yoo

Le studio Walza, dirigé par O-zin Han et Yoon-ji Kim, cherche à réveiller l’esthétique latente de l’inconscient coréen. Distingué l’an dernier comme Best Young Designer, le duo déploie désormais son champ d’action de Séoul à Paris. Leur philosophie transparaît dans la série Fulfilled, qui utilise une tôle déployée pour harmoniser le plan plein et le vide sous un plateau suspendu, et dans la série Hyeon, qui mobilise l’énergie issue de l’agrégation de sable noir pour instaurer une puissante tension matérielle. Ils évoquent subtilement « la puissance de la densité » - résumée par l’image « une goutte d’encre sur une feuille blanche » - articulée autour de contrastes fondamentaux : plein et vide, noir et blanc, yin et yang.

Série Fulfilled #01 de Walza, qui utilise de l'acier inoxydable, de l'aluminium et de l'acier thermolaqué pour créer un objet à haute densité incarnant la sensibilité coréenne condensée ©Walza

Étudiante en design mobilier, Ye-ji Lee faisait ici ses débuts sous le logo singulier O:llZI, écho formel à son nom. Son univers chromatique s’ancre dans le Dancheong, technique traditionnelle de peinture ornementale architecturale coréenne. « J’ai réalisé des centaines de combinaisons expérimentales autour du motif du lotus et des cinq couleurs cardinales du Dancheong afin de trouver un point de rencontre entre héritage et expression contemporaine. » Le canapé modulaire Mr. Dancheong, nourri par l’esthétique Memphis et habillé d’Alcantara®, se reconfigure à volonté. La série d’objets laqués Mr. Dancheong, ornée d’un motif d’œil, symbolise à la fois un regard neuf sur la tradition et la volonté d’emprunter un chemin de design transformateur.

Ye-ji Lee a créé le canapé Mr. Dancheong, en s'inspirant du motif de la fleur de lotus ©Ye-ji Lee
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10/4/2025
eba : Le bois au coeur de la cuisine

Matière noble, vivante et intemporelle, le bois s'impose aujourd'hui comme un choix de caractère dans l'aménagement des cuisines haut de gamme. Spécialiste de l'agencement sur mesure, eba en maîtrise toutes les nuances et les subtilités. Zoom sur un savoir-faire technique et inspiré.

Fondée sur l'idée que chaque personne est unique, eba conçoit des projets qui répondent à des attentes esthétiques, pratiques et sensibles. Spécialisée dans la cuisine haut de gamme et le mobilier de salon, la marque propose un accompagnement sur mesure, porté par des équipes de professionnels aguerris, basées à Paris et à Auch. Leurs réalisations sont le fruit d'une exigence constante : créer des espaces qui racontent l’histoire de ceux qui y vivent. Le design, les matériaux et les finitions sont choisis avec soin, en lien étroit avec les besoins et les envies des clients.

© Elodie Gutbrod


Le bois : un matériau vivant

Parmi les matériaux que l'on retrouve dans les cuisines eba, le bois tient une place particulière. Il incarne une certaine idée de l'art de vivre : chaleureuse, sensorielle, raffinée. Son utilisation dans les espaces de cuisines ne doit cependant rien au hasard. eba travaille le placage de bois naturel, une solution technique qui permet de profiter de la beauté du bois sans en subir les contraintes. Concrètement, il s'agit de fines feuilles de bois naturel appliquées sur des panneaux support, permettant      de concevoir des meubles esthétiques, stables et durables. Contrairement au bois massif, ce procédé évite les déformations liées aux variations d'humidité et de température, idéal pour l'environnement de la cuisine.

© Elodie Gutbrod

Chaque essence de bois, chaque tronc, raconte ainsi sa propre histoire. Les veinages, les nœuds, les variations de teintes rendent chaque projet unique. Le bois vit, évolue, se patine avec le temps, apportant une véritable dimension organique aux espaces. C'est un choix de matière à la fois technique et émotionnelle, qui nécessite une expertise pointue pour révéler toute sa richesse. Pour ceux qui souhaitent une esthétique bois mais avec un rendu plus homogène et stable dans le temps, eba propose également des solutions alternatives comme les stratifiés ou les mélaminés.

Des projets concrets, pensés pour durer

Le savoir-faire d'eba s'incarne dans des projets réalisés en France, à la fois techniques et esthétiques. Parmi eux, une cuisine sur mesure installée dans un appartement haussmannien illustre parfaitement l'approche de la marque avec le modèle FINE Chêne Rustique Horizontal et LISSE Blanc Perle SM. Ici, les façades en placage de chêne rustique sont combinées à des éléments laqués en finition soie mat. Le contraste entre la chaleur du bois et la pureté du blanc crée un équilibre visuel apaisant. L'espace gagne en luminosité et en raffinement.

© Elodie Gutbrod

Les étagères ouvertes, elles aussi en placage bois naturel, sont dotées d'un éclairage LED intégré qui met en valeur les objets du quotidien. Le panneau mural intègre un profil lumineux, plaqué dans la même essence, où sont dissimulées prises et accessoires. Chaque détail est pensé pour combiner esthétique et fonctionnalité. Ce type de réalisation illustre la philosophie d'eba : sublimer le quotidien, en créant des espaces adaptés, sur mesure, qui traversent le temps sans perdre en modernité.

© Elodie Gutbrod

L'alliance du beau et de l'utile

Choisir le bois, c'est affirmer un certain goût pour la matière, pour la singularité et pour l'artisanat. Chez eba, cette matière est domptée avec précision et passion. Grâce à leur maîtrise du design sur mesure et à leur connaissance technique des matériaux, les équipes d'eba conçoivent des cuisines qui ne se contentent pas de décorer : elles habitent, structurent, accompagnent. Le placage bois naturel devient alors un terrain d'expression, un vecteur d'identité, un parti-pris et chaque cuisine, un projet singulier révélant tout le potentiel d'un matériau vivant.

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