Design : Next Gen – Françoise Seince : « être créateur est une aventure entrepreneuriale »

Design : Next Gen – Françoise Seince : « être créateur est une aventure entrepreneuriale »

Les Ateliers de Paris accompagnent de jeunes créateurs dans le secteur de la mode, des métiers d’art et du design sur une durée de deux ans. Sa directrice, Françoise Seince, revient sur l’évolution des profils des résidents passés entre ses murs depuis quinze ans.


Françoise Seince , Directrice des Ateliers de Paris © Matthieu Gauchet

Comment s’est passée l’ouverture des Ateliers de Paris ?

Les Ateliers de Paris ont ouvert en 2005, et nous avons accueilli le premier incubateur sur le site en septembre 2006, avec cette volonté de la Ville de Paris d’avoir un lieu de convergences, un lieu ressource pour tous les professionnels du territoire comportant un focus sur l’aide et le soutien à la création d’entreprises. Nous avons dès le départ proposé des formations, et des consultants ont reçu les professionnels en rendez-vous individuels. Les formations sont ouvertes à tous, les tarifs sont d’ordre symbolique pour ne pas être un frein pour les apprenants. Nous accompagnons 35 résidents pendant deux ans qui bénéficient de rendez-vous dans leur forfait accompagnement.

Dès l’origine, les Ateliers de Paris ont pensé la création dans un sens large puisque l’incubateur concerne aussi bien les métiers d’art, la mode et le design. C’est ce qui fait votre force aujourd’hui ?

À l’époque, nous avons été critiqués pour cette association, on nous objectait que personne ne serait bien accompagné. Ces trois secteurs ne sont bien sûr pas interchangeables, mais il y a beaucoup de récurrences, en termes d’accompagnement économique, beaucoup de freins sont comparables. La synergie que nous avons essayé d’initier à cette époque-là a été confirmée par le temps. Aujourd’hui, nous ne sommes plus les seuls à avoir ce type de regroupement. Cela m’avait beaucoup frappé en allant à l’étranger de voir la porosité plus grande que l’on trouvait entre ces secteurs alors qu’en France chacun est sur son pré carré. Au London Festival par exemple, beaucoup d’artisans d’art exposent avec des designers, les créateurs de mode sont présents, car il y a beaucoup de propositions autour du design textile, un secteur qui s’est redynamisé au fil des années. Encore une fois, designer et créateur de mode sont deux métiers différents, on est bien d’accord, mais il s’agit de démarches créatives, de processus parfois comparables en termes de digestion des sources d’inspiration et d’adaptation à son produit. Cela nous semblait intéressant de les associer et de créer ces synergies.

Votre accompagnement des résidents porte avant tout sur la définition de leur modèle économique ?

Les Ateliers de Paris, c’est avant tout une grande famille. Quand on passe deux ans avec les gens au quotidien, il y a une grande proximité qui se crée avec eux. On les aide à avoir confiance en eux, à vraiment comprendre leurs atouts, leurs singularités, ce qui va leur permettre de se distinguer, sur un marché qui n’attend personne, car il y a beaucoup de monde sur le marché. On les fait beaucoup travailler sur leur stratégie, prendre conscience de leur valeur, de la nécessité de facturer au juste prix pour ne pas se brader et pouvoir vivre de leur travail, on leur fait mettre en regard leur taux horaire et le temps professionnel dont ils disposent. Tous ces éléments-là les aident à avancer, à se construire, à être plus sûrs d’eux, capables de revendiquer ce qu’ils sont et le prix qu’ils valent. Et c’est un gros travail auquel bien évidemment les écoles ne préparent pas aujourd’hui, parce qu’elles ont déjà beaucoup à leur apprendre et que les porteurs de projets sont beaucoup plus réceptifs quand ils sont confrontés à la question après leur scolarité. C’est un travail plus que nécessaire, et qui permet un taux d’insertion professionnelle très important. Ils ne restent pas nécessairement chef d’entreprise, ils rejoignent parfois des entreprises comme salariés.

Ce qui compte aussi pour les designers, c’est de leur faire prendre conscience ce qu’est une entreprise, que c’est une activité économique : ils sont souvent designers et pas entrepreneurs dans la tête. Quel que soit leur statut, il faut qu’ils aient en tête que c’est du business, dans une industrie culturelle et créative certes, mais c’est du business. Ils sont tous artistes et auteurs, mais c’est avant tout une aventure entrepreneuriale, c’est ce pour quoi ils sont chez nous.

Vous êtes en lien avec d’autres réseaux, comme Make ICI ?


Depuis quelque temps, nous avons un groupe de réflexion avec le réseau Make ICI et d’autres acteurs de l’accompagnement. Nous partageons les difficultés auxquelles nous faisons face, la façon dont nous arrivons à les résoudre. Je suis très admirative du travail de Make ICI, ce sont des initiatives pérennes, le réseau est bien pensé, je suis très souvent sollicitée par des villes qui veulent créer des incubateurs, je le cite beaucoup en exemples pour leur modèle économique intéressant, leur ouverture d’esprit.

En créant les Ateliers de Paris, l’idée était aussi de décloisonner les savoir-faire et leurs complémentarités entre designers et artisans ?


Au fil de ces quinze ans, on a commencé à voir un intérêt foudroyant pour les savoir-faire, qui a confirmé cette question de fond. C’était l’ironie du sort. J’ai reçu de nombreuses demandes d’étudiants, de professeurs, qui cherchaient à entrer en contact avec des artisans. On a commencé à voir que cela allait de pair, mais malgré tout on n’a rien inventé, on revient juste aux fondamentaux ! Autre phénomène intéressant : l’enseignement a changé. Aujourd’hui les étudiants ont des profils multiples. Je pense à des gens comme Pierre Favresse qui a un DMA en ébénisterie, puis en marqueterie puis qui a fait les Arts Déco. Ou Elise Fouin, Jean Sébastien Lagrange, Dimitry Hlinka… Nombre de designers ont une formation d’artisan d’art à la base. C’est une porosité qui est de plus en plus fréquente, possible, bien sûr les gens ne sont pas interchangeables ! Mais ces cursus permettent d’enrichir des profils et d’avoir un accès à la formalisation de leurs idées un peu plus facile, ils ne sont pas en permanence dans l’abstraction pure. C’est très intéressant, on est sur la pensée et le faire à un même niveau de compétences. Ce sont des profils qui étaient rares il y a quinze ans, et maintenant se multiplient.

Sur 15 ans, qu’est-ce qui caractérise selon vous l’évolution des profils des créateurs, au sens large ?


Ce qui est incontestablement comparable sur ces 3 secteurs d’activité, c’est l’omniprésence des questions environnementales dans les démarches de ces créateurs, qui ont une conscience aiguë et qui ne peuvent pas concevoir le développement de leur activité, de leur univers créatif, en dehors de ces questions. C’est un prérequis qui va souvent être l’ossature et l’ADN même du travail créatif. Et c’est le même phénomène dans le design et dans la mode. En design, je pense par exemple à des personnes comme Samuel Tomatis, Lucille Viaud : leur volonté de créer et développer des produits autrement est complètement liée à ces questions de durabilité. C’est la même chose dans les métiers de la mode : on n’a plus aujourd’hui une marque qui arrive sans s’être posé cette question. C’est vraiment commun à tous, alors qu’il y a quinze ans, ce n’était pas forcément au cœur des réflexions, loin de là. Ils ont une foi terrible dans leurs capacités à changer le monde, ils méritent qu’on les mette avant !

Est-ce dû aussi à une nouvelle perception des champs d’action du design ?

Sur les 15 dernières années, le design a été quelque peu sous-exploité mais c’est quelque chose qui est totalement revu déjà depuis plusieurs années et notamment dans les jeunes générations. Il y a 15 ans, les jeunes qui sortaient avaient une sorte d’obsession pour une forme de célébrité. La plupart voulaient « faire des pièces uniques, des petites séries pour des galeries » et je me souviens d’avoir eu des conversations avec certains acteurs dont la vison du design était trop limitée. Les premiers que nous avons autour du design de service sont arrivés en 2012.

Pendant des années, on s’est plaint du fait que le design était mal compris, mal considéré, du fait que tout le monde le liait avant tout à une question d’esthétique, mais quelle est l’image qui était véhiculée hormis celle-là ? Entendons-nous, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire de beaux objets, mais cela pose une question sur la dimension réelle du design, sur ce que les processus de réflexion en matière de design peuvent apporter à la société également. Et cela a vraiment bougé grâce aussi à l’enseignement, à des professeurs pionniers qui ont apporté des notions d’innovation, de recherche, des gens comme François Azambourg, qui ont toujours essayé de repousser les limites de la technologie pour essayer de faire des choses plus légères, des chaises plus facile à stocker, à transporter, et qui de fait introduisaient d’autres paramètres qui témoignent de toute la richesse du design. On a par exemple des personnes comme Isabelle Daëron. Je me souviens quand on lui a remis une étoile à l’Observeur du design pour ses premières fontaines urbaines, c’était un projet auquel je croyais, je me disais qu’il fallait vraiment que le design aille dans cette direction-là. Je suis heureuse que ce soit un message qui aujourd’hui soit beaucoup mieux compris et fasse davantage d’émules.

On le voit dans la diversité des projets dont les designers peuvent s’emparer. On y est. On est dans une belle démonstration de ce que le design peut apporter à la société aujourd’hui. C’est vraiment quelque chose que j’ai vu émerger ces quinze dernières années. On est sur quelque chose de plus profond, on le voit dans les projets développés, les intitulés de diplômes, dans ce qu’ont pu montrer des événements comme des Biennales de Saint-Étienne, avec des designers en prise avec leur territoire, leur environnement. C’est une belle histoire du design qui s’écrit maintenant en France.

Formel Studio est actuellement l’un des 35 résidents des Ateliers de Paris, et fait partie des quelque 30 jeunes créateurs mis en avant dans le dossier « Design : Next Gen  » d’Intramuros actuellement en kiosques.
Rédigé par 
Nathalie Degardin

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20/2/2026
Christophe Pillet signent trois nouveautés pour Ethimo

Imaginées par le designer Christophe Pillet, les collections Lodge, Vista & Betsy affirment une vision sensible et architecturée du mobilier d’extérieur.

Pour ses nouveautés outdoor 2026, la marque italienne Ethimo a de nouveau fait appel à Christophe Pillet pour imaginer les collections Lodge, Vista et Betsy. Des pièces maitrisées aux lignes justes et aux proportions équilibrées qui offre une vision cohérente de l’extérieur comme prolongement naturel de l’architecture et de l’art de vivre.

Une élégance durable

Avec Lodge, la marque italienne et le designer ont imaginés un système lounge aux proportions généreuses, où la rigueur des structures métalliques dialogue avec la chaleur du teck et la douceur des textiles outdoor. Une collection composée d’un fauteuil, d’un bain de soleil, d’un canapé, d’une table basse et éléments d’appoint pensés pour s’adapter aussi bien aux terrasses urbaines qu’aux grands espaces ouverts sur la mer.

Collection Lodge, design : Christophe Pillet © Ethimo

La chaise Vista quant à elle, prolonge cette recherche d’équilibre grâce à ces lignes nettes, presque modernistes, mais jamais froides tandis que les matières, sélectionnées pour leur résistance et leur patine, inscrivent chaque pièce dans le temps long.

Chaise Vista, design : Christophe Pillet © Ethimo

Enfin, la collection Betsy, plus expressive, introduit une note de caractère. Ces assises enveloppantes et structures élancées revisitent l’esprit des chaises d’atelier dans une version outdoor raffinée où jeux de couleurs, textures et finitions révèlent une collection à la fois fonctionnelle et chaleureuse.

Chaise Betsy, design : Christophe Pillet © Ethimo
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16/2/2026
Taiwan Design Week 2025 : Révéler le design démocratique

Au-delà de sa réputation de puissance manufacturière, Taïwan mobilise le design pour ouvrir une nouvelle ère d’excellence nationale. À travers la Taiwan Design Week, le pays montre comment des démarches fondées sur la recherche peuvent transformer les industries et comment des valeurs démocratiques peuvent s’inscrire concrètement dans les gestes du quotidien.

Taïwan a façonné un paysage culturel stratifié, nourri par une longue histoire de migrations et d’échanges transpacifiques. Le Songshan Cultural and Creative Park, à Taipei, incarne cette diversité comme un microcosme symbolique. Classé 99e site historique municipal de la ville, le parc illustre une cohabitation harmonieuse entre patrimoine et sensibilité contemporaine. Il abrite également le Taiwan Design Research Institute (TDRI). Élevé au rang d’institut public en 2020 à partir du Taiwan Design Center, il constitue aujourd’hui l’unique entité publique chargée d’intégrer le design dans la gouvernance afin de stimuler le développement industriel. Du 29 novembre au 7 décembre 2025, l’institut y a organisé l’édition annuelle de la Taiwan Design Week.

Positionner un événement de design fondé sur la recherche

Pour sa troisième édition, en 2025, la manifestation s’est tenue conjointement avec la conférence de l’International Association of Societies of Design Research, renforçant ainsi sa dimension académique. Des experts issus de 497 universités et de 85 entreprises, représentant 47 pays, se sont réunis pour explorer le point de convergence entre recherche en design et applications concrètes.

L'exposition thématique « Design Next » pose des questions tournées vers l'avenir ©Taiwan Design Research Institute

L’exposition thématique, « Design Next », a été organisée sous le comissariat de Ping-hung Chung, architecte et fondateur du collectif créatif Archicake. Alors que les précédentes éditions - Elastic Bridging et The Gateway - mettaient l’accent sur le développement durable et l’intelligence artificielle, « Design Next » posait une question plus fondamentale : « À l’ère de l’accélération technologique, de la crise climatique et des conflits de valeurs, quel type de vie future envisagez-vous ? » Cette profondeur analytique distingue la Taiwan Design Week d’autres événements à dominante commerciale, lui conférant une identité singulière ancrée dans la réflexion critique.

Un catalyseur national d’innovation

Chi-yi Chang, directeur du TDRI et membre du conseil d’administration de la World Design Organization, soulignait cette évolution stratégique : « À sa création, le TDRI a reçu le Presidential Innovation Award aux côtés de leaders industriels tels que TSMC, la plus grande fonderie de semi-conducteurs au monde. Cette reconnaissance démontre que le design est désormais considéré comme un moteur essentiel de croissance, au même titre que les technologies de pointe. » À propos de la synergie entre l’écosystème industriel local et le design, il précise : « Notre avantage concurrentiel réside dans une collaboration radicale entre designers, ingénieurs et fabricants. Peu de pays sont capables de passer aussi rapidement de l’idéation au prototype puis à la mise en œuvre. Cette agilité, ancrée dans une maîtrise industrielle solide, permet de répondre immédiatement aux besoins sociétaux. »

Passage des guides de vote riches en texte à des infographies pour une information plus intuitive ©Taiwan Design Research Institute

Cultiver une culture civique par le design

Le TDRI a également illustré la portée sociale de son action à travers l’exposition principale, en mettant en avant des transformations exemplaires du service public. Un projet emblématique a repensé l’expérience du vote - l’acte le plus direct de participation civique - en partenariat avec la Commission électorale centrale. Grâce à des infographies accessibles, des parcours procéduraux intuitifs et des isoloirs modulaires, ce projet a converti des dispositifs complexes en une interface centrée sur l’usager. Cet esprit de « design pour la démocratie » était perceptible tout au long du parcours, notamment dans la section participative de vote qui clôturait la visite. « Le design démocratique, tel que nous le définissons au TDRI, consiste à encourager la participation, la transparence et la confiance », expliquait Chi-yi Chang. « L’objectif est de favoriser un dialogue organique entre secteurs public, privé et académique. Le design dépasse la politique : il structure une culture civique au quotidien. »

Du déchet au produit : fibres d’ananas et finitions en coquilles d’huîtres

La durabilité demeurait l’un des piliers majeurs de cette édition. Pour répondre à la problématique des déchets agricoles, UKL Enterprise a présenté la commercialisation du PALF (Pineapple Leaf Fiber). Issue des feuilles d’ananas, cette fibre haute performance offre respirabilité et propriétés anti-bactériennes, destinées à la mode et aux produits lifestyle. Parallèlement, le groupe technologique Acer a posé un jalon en matière d’électronique durable. Sa série Vero intègre des plastiques recyclés post-consommation et inaugure l’utilisation de biomatériaux, notamment des coquilles d’huîtres recyclées, dans les coques d’ordinateurs portables. L’entreprise poursuit sa feuille de route vers la neutralité carbone, en cohérence avec son engagement dans l’initiative RE100, visant un approvisionnement à 100 % en énergies renouvelables d’ici 2035.

La série Vero d'Acer, entièrement fabriquée à partir de plastiques recyclés post-consommation ©Acer

Golden Pin Design Award 2025

Autre pilier de la Taiwan Design Week : le Golden Pin Design Award. Créé en 1981 par le Taiwan Design Center et ouvert à une audience internationale en 2014, il s’est imposé comme un baromètre de référence. La cérémonie de remise des prix s’est tenue au Taipei Performing Arts Center, bâtiment emblématique conçu par l’agence OMA. Après une évaluation rigoureuse fondée sur cinq critères que étaient l’innovation, la fonctionnalité, l’esthétique, la communication et l’intégration, 22 projets ont été distingués comme Best Design of the Year, auxquels s’ajoutent trois Special Annual Awards et trois Best Concept Design Awards. Les projets primés, toutes disciplines confondues, témoignent d’un engagement collectif en faveur de solutions concrètes au service de l’humain et de l’environnement. Parmi eux, deux exemples marquants en design produit illustrent cette ambition. La LightUp Filtered Bottle d’Aquacendo, marque de la société taïwanaise Yee Gee International, associe filtration de l’eau et éclairage LED alimenté par énergie solaire, constituant un outil de survie essentiel dans les régions dépourvues d’infrastructures.

Bouteille filtrée LightUp d'Aquacendo, lauréate du Golden Pin Design Award © Aquacendo

De même, SOMO, système d’éclairage solaire modulaire développé par la marque allemande Sonnenglas®, va au-delà d’une simple alternative sûre aux lampes à kérosène : il est assemblé à la main dans une structure certifiée fairtrade en Afrique du Sud. En conjuguant ingénierie de précision, création d’emplois locaux et développement de compétences techniques, ces projets démontrent comment le design contemporain peut devenir un puissant levier de résilience sociale, environnementale et économique.

Le système SOMO de Sonnenglas® est conçu pour fournir un éclairage sûr et durable ©  Sonnenglas®

Plus de 100 œuvres primées sont actuellement présentées dans une exposition spéciale au Taiwan Design Museum, au sein du Songshan Cultural and Creative Park jusqu’au 26 avril 2026.

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17/2/2026
Seoul Design Festival 2025 : Wayfinding, l’itinéraire d’une nouvelle ère

Organisé par Design House et porté par Monthly Design, première publication coréenne consacrée au design, le 24e Seoul Design Festival s’est tenu du 12 au 16 novembre dernier au COEX, à Séoul, s’affirmant comme une véritable boussole pour la scène créative. Retour sur une sélection de créateurs qui façonnent aujourd’hui l’état du design.

Fondé en 2002, le Seoul Design Festival joue un rôle moteur dans l’évolution et la structuration de l’industrie créative coréenne. Mike Choi, rédacteur en chef de Monthly Design, en a dévoilé le thème principal : Wayfinding. « Conçu initialement comme une idée pratique visant à améliorer l’expérience des visiteurs, le thème s’est transformé en réflexion approfondie sur les bouleversements liés à la délocalisation de la production, aux mutations induites par l’intelligence artificielle, à la crise climatique et à l’exigence éthique croissante. Il esquisse la trajectoire durable que les créateurs doivent désormais apprendre à naviguer » expliquait-il.

L'exposition "Design Specialist", située à l'entrée du parc des expositions, présentait 20 équipes sélectionnées de designers locaux de renom. © Seoung-joo Yoo

Parmi les vingt équipes majeures réunies dans l’exposition « Design Specialist », qui reconfigurent leur rôle dans un paysage en mutation, Jiyoun Kim Studio défend une méthodologie fondée sur la conceptualisation contextuelle centrée sur la communication et collabore avec des marques internationales. Son fondateur et directeur artistique souligne qu’avec la fin de l’essor industriel fondé sur la production de masse, l’attention du design se déplace des grands équipements vers des objets domestiques à échelle plus intime. Son champ d’action - du luminaire aux équipements sanitaires, de l’électronique grand public aux dispositifs de beauté et à la conception d’expériences de marque - contribue à forger l’identité sensorielle de la K-beauty. Useful Workshop présentait l’Edgeform Lounge, une assise modulable conçue à partir de données anthropométriques. Son CEO et designer, Suk-jin Moon, a défini une échelle optimisée en fonction des dimensions typiques des logements coréens. Sept plans d’aluminium 100 % recyclable sont assemblés avec précision afin de maximiser le volume sculptural de la pièce, conférant à la chaise une présence affirmée, même inoccupée. « À mesure que la culture esthétique des usagers s’affine, les fabricants doivent élever leurs standards créatifs, ce qui suppose souvent un langage visuel d’une grande sophistication », affirme-t-il.

Le studio Jiyoun Kim a conçu un appareil de beauté, le Medicube High Focus Shot. ©Nod Lab - Woon-kyeong Kim

Le tournant industriel : sculpter l’expérience et le comportement par la matérialité

La section Young Creator Promotion rassemblait quarante équipes sélectionnées, composées de designers exerçant depuis moins de cinq ans. Le programme instaure un cercle vertueux en invitant d’anciens lauréats - révélations d’il y a vingt ans - à revenir en tant que mentors, et en offrant aux deux équipes primées un workshop au Domaine de Boisbuchet, en France. Une tendance marquante se dégage : l’usage stratégique de matériaux industriels, longtemps cantonnés à la seule fonctionnalité.

Le stand de la créatrice In-kyung Lee présenté dans le cadre de la promotion des jeunes créateurs. ©In-kyung Lee

La collection Climbing de Jun-ho Kang transpose l’engagement physique et immersif de l’escalade dans une relation renouvelée à l’objet domestique. Cling, un tabouret dont la structure assimile les mains du grimpeur à ses pieds ; Grip, inspiré de l’analogie entre la main agrippant une prise et la forme du cintre ; On-sight, un luminaire capturant la joie de l’ascension en tête. Le choix de l’acier inoxydable est délibéré : « Sa solidité évoque la texture de la roche et permet de créer des détails sculpturaux denses. »

Tabouret Cling de Jun-ho Kang en acier inoxydable ©Jun-ho Kang

Récemment diplômée, In-kyung Lee explore, avec sa collection Do the Act, les schémas comportementaux inconscients du quotidien. Elle détourne la fonction standardisée de la quincaillerie industrielle pour générer de nouvelles interactions. Fill the Gap, une étagère, exploite le mécanisme de fixation d’un arrêt de porte pour sceller son intérieur avec de l’acrylique : l’accès physique est empêché, mais la perception reste ouverte, incitant naturellement à sécuriser des objets dans les interstices. Elle transforme également un système de serrure en portemanteau vertical réglable, Trace the Path. « Pour garantir la clarté du concept, j’ai choisi la froideur du métal et privilégié une logique rationnelle », précise-t-elle.

La coréanité en évolution : le design comme réinterprétation culturelle

La question « Qu’est-ce qui constitue l’essence de l’esthétique coréenne ? » demeure centrale pour les praticiens. Mike Choi compare l’évolution actuelle de la définition de la coréanité à celle des séries historiques télévisées : avant les années 2000, elles privilégiaient l’exactitude documentaire ; les succès ultérieurs ont su conjuguer authenticité factuelle, liberté d’interprétation et attractivité populaire. Si l’exploration de l’identité nationale relevait autrefois d’une injonction générationnelle, la jeune scène, forte de la reconnaissance internationale de la culture coréenne, considère aujourd’hui l’intégration de son héritage comme un avantage concurrentiel autant qu’un moteur créatif.

Vue de l'installation du stand du studio Walza, qui a été nommé Jeune designer ambassadeur ici l'année dernière ©Seoung-joo Yoo

Le studio Walza, dirigé par O-zin Han et Yoon-ji Kim, cherche à réveiller l’esthétique latente de l’inconscient coréen. Distingué l’an dernier comme Best Young Designer, le duo déploie désormais son champ d’action de Séoul à Paris. Leur philosophie transparaît dans la série Fulfilled, qui utilise une tôle déployée pour harmoniser le plan plein et le vide sous un plateau suspendu, et dans la série Hyeon, qui mobilise l’énergie issue de l’agrégation de sable noir pour instaurer une puissante tension matérielle. Ils évoquent subtilement « la puissance de la densité » - résumée par l’image « une goutte d’encre sur une feuille blanche » - articulée autour de contrastes fondamentaux : plein et vide, noir et blanc, yin et yang.

Série Fulfilled #01 de Walza, qui utilise de l'acier inoxydable, de l'aluminium et de l'acier thermolaqué pour créer un objet à haute densité incarnant la sensibilité coréenne condensée ©Walza

Étudiante en design mobilier, Ye-ji Lee faisait ici ses débuts sous le logo singulier O:llZI, écho formel à son nom. Son univers chromatique s’ancre dans le Dancheong, technique traditionnelle de peinture ornementale architecturale coréenne. « J’ai réalisé des centaines de combinaisons expérimentales autour du motif du lotus et des cinq couleurs cardinales du Dancheong afin de trouver un point de rencontre entre héritage et expression contemporaine. » Le canapé modulaire Mr. Dancheong, nourri par l’esthétique Memphis et habillé d’Alcantara®, se reconfigure à volonté. La série d’objets laqués Mr. Dancheong, ornée d’un motif d’œil, symbolise à la fois un regard neuf sur la tradition et la volonté d’emprunter un chemin de design transformateur.

Ye-ji Lee a créé le canapé Mr. Dancheong, en s'inspirant du motif de la fleur de lotus ©Ye-ji Lee
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10/4/2025
eba : Le bois au coeur de la cuisine

Matière noble, vivante et intemporelle, le bois s'impose aujourd'hui comme un choix de caractère dans l'aménagement des cuisines haut de gamme. Spécialiste de l'agencement sur mesure, eba en maîtrise toutes les nuances et les subtilités. Zoom sur un savoir-faire technique et inspiré.

Fondée sur l'idée que chaque personne est unique, eba conçoit des projets qui répondent à des attentes esthétiques, pratiques et sensibles. Spécialisée dans la cuisine haut de gamme et le mobilier de salon, la marque propose un accompagnement sur mesure, porté par des équipes de professionnels aguerris, basées à Paris et à Auch. Leurs réalisations sont le fruit d'une exigence constante : créer des espaces qui racontent l’histoire de ceux qui y vivent. Le design, les matériaux et les finitions sont choisis avec soin, en lien étroit avec les besoins et les envies des clients.

© Elodie Gutbrod


Le bois : un matériau vivant

Parmi les matériaux que l'on retrouve dans les cuisines eba, le bois tient une place particulière. Il incarne une certaine idée de l'art de vivre : chaleureuse, sensorielle, raffinée. Son utilisation dans les espaces de cuisines ne doit cependant rien au hasard. eba travaille le placage de bois naturel, une solution technique qui permet de profiter de la beauté du bois sans en subir les contraintes. Concrètement, il s'agit de fines feuilles de bois naturel appliquées sur des panneaux support, permettant      de concevoir des meubles esthétiques, stables et durables. Contrairement au bois massif, ce procédé évite les déformations liées aux variations d'humidité et de température, idéal pour l'environnement de la cuisine.

© Elodie Gutbrod

Chaque essence de bois, chaque tronc, raconte ainsi sa propre histoire. Les veinages, les nœuds, les variations de teintes rendent chaque projet unique. Le bois vit, évolue, se patine avec le temps, apportant une véritable dimension organique aux espaces. C'est un choix de matière à la fois technique et émotionnelle, qui nécessite une expertise pointue pour révéler toute sa richesse. Pour ceux qui souhaitent une esthétique bois mais avec un rendu plus homogène et stable dans le temps, eba propose également des solutions alternatives comme les stratifiés ou les mélaminés.

Des projets concrets, pensés pour durer

Le savoir-faire d'eba s'incarne dans des projets réalisés en France, à la fois techniques et esthétiques. Parmi eux, une cuisine sur mesure installée dans un appartement haussmannien illustre parfaitement l'approche de la marque avec le modèle FINE Chêne Rustique Horizontal et LISSE Blanc Perle SM. Ici, les façades en placage de chêne rustique sont combinées à des éléments laqués en finition soie mat. Le contraste entre la chaleur du bois et la pureté du blanc crée un équilibre visuel apaisant. L'espace gagne en luminosité et en raffinement.

© Elodie Gutbrod

Les étagères ouvertes, elles aussi en placage bois naturel, sont dotées d'un éclairage LED intégré qui met en valeur les objets du quotidien. Le panneau mural intègre un profil lumineux, plaqué dans la même essence, où sont dissimulées prises et accessoires. Chaque détail est pensé pour combiner esthétique et fonctionnalité. Ce type de réalisation illustre la philosophie d'eba : sublimer le quotidien, en créant des espaces adaptés, sur mesure, qui traversent le temps sans perdre en modernité.

© Elodie Gutbrod

L'alliance du beau et de l'utile

Choisir le bois, c'est affirmer un certain goût pour la matière, pour la singularité et pour l'artisanat. Chez eba, cette matière est domptée avec précision et passion. Grâce à leur maîtrise du design sur mesure et à leur connaissance technique des matériaux, les équipes d'eba conçoivent des cuisines qui ne se contentent pas de décorer : elles habitent, structurent, accompagnent. Le placage bois naturel devient alors un terrain d'expression, un vecteur d'identité, un parti-pris et chaque cuisine, un projet singulier révélant tout le potentiel d'un matériau vivant.

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