Sebastian Herkner

Sebastian Herkner

Le design jusqu’au bout des doigts

Sebastian Herkner est aujourd’hui l’une des figures internationales que les éditeurs se disputent. Il n’est pas aisé d’établir de manière exhaustive la liste de ses collaborations, tant elle est diverse et variée, à l’image de la curiosité sereine du designer allemand, qui travaille aussi bien avec des petits éditeurs comme La Manufacture qu’avec Cappellini et Thonet.

Quelques années avant d’être le designer invité de l’IMM puis de Maison&Objet, en février 2013, il faisait la couverture du numéro 165 d’Intramuros, entre Scholten & Beijing et A+A Cooren. Le magazine avait alors titré « Sciences Naturelles ». Huit ans plus tard, son propos est toujours le même, et son attachement au travail soigné encore plus exacerbé.

En dessinant ce logo qui apparaît en pleine page de son site Internet, la graphiste Antonia Henschel a capté l’essence même du personnage. Son logo, avec un tiret légèrement penché, reflète toute sa personnalité : claire et franche avec ce regard prêt à capter le détail. Elle va offrir cette légère valeur ajoutée à « un design qui touche l’essence même de la fonction, tout en cultivant en sourdine une certaine forme d’ambiguïté ».

Sebastian Herkner : Un jeune designer de quarante ans

Il fait partie de ces jeunes designers qui n’ont pas attendu la cinquantaine pour faire du monde leur terrain de jeu. À quarante ans, à peine, il a déjà signé avec les plus grandes marques et cette période de pandémie ne l’a pas empêché de poursuivre ses collaborations et d’étoffer les collections de Ligne Roset, Ames, Vibia, ClassiCon, Cappellini, Gan, Moroso, Thonet, La Manufacture, Man of Parts…ou la nouvelle marque de luminaires australienne Rakumba.

Au moment de l’interview, fin avril, il rentrait à peine de son premier voyage de l’année à Bologne et Milan où il avait pu visiter et prendre quelques photos du Pavillon de l’Esprit Nouveau, dessiné en 1925 pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Dessiné par Le Corbusier et Pierre Jeanneret, il a été reconstruit en 1977 à Bologne et servira de sources d’inspiration pour ses futurs travaux.

Vibia, collection Kontur, design Sebastian Herkner, 2021

Rakumba, Collection Metropol, design Sebastian Herkner, 2020

La patience du travail artisanal

Sebastian Herkner est né en 1981 à Bad Mergentheim du côté de Stuttgart, et vit depuis 20 ans à Offenbach am Main dans la région de Francfort. Son père était électricien, sa mère assistante médicale et son frère aîné est jardinier. Dans sa famille comme dans de nombreuses familles allemandes, il est essentiel de savoir faire quelque chose de ses dix doigts. Il s’est toujours passionné pour les outils et le travail bien fait, fasciné par le travail de la main.

Toujours fourré dans l’atelier de son père, il y a appris la patience et la rigueur du travail artisanal. Il ouvre son studio à Offenbach en 2014, Geleitstrasse. En 2021, il emploie 5 personnes toutes dévouées à son confort et à la réussite de ses projets. Sa passion, c’est de rester connecté à la créativité, que ses voyages nourrissent. Très jeune, avec ses parents, il a sillonné les routes de France de villes en villages, de centre de fabrication en centre de construction, abordant ainsi le travail du verre, de la porcelaine, du bois, de la céramique, du métal ou du cuivre. Fasciné par les matériaux, il regarde comment les peuples s’approprient les techniques traditionnelles et les savoir-faire.

© N. MILLET
Coedition, chaise Klee, design Sebastian Herkner, 2020

Entre le fonctionnel et le sensible

Dans ses produits, il cherche à créer une balance entre le fonctionnel et le sensible et avoue son privilège de travailler avec de grandes marques internationales. D’une paire de lunettes au canapé, du tabouret à la table basse, il a produit toutes les typologies capables de meubler un hôtel ou un restaurant. Du Japon à la Colombie. Il a le privilège de voyager pour découvrir ébloui le résultat de ses dessins. « Le passage du dessin au prototype est toujours un moment plein d’émotion.» Il a eu le grand honneur d’être remarqué par Giulio Cappellini, Oliver Holy – ClassiCon (fils de l’entrepreneur Jochen Holy et arrière-petit-fils du pionnier du textile Hugo Boss) et Ana Maria Calderon Kayser et Karl Heinz Kayser, créateurs de la marque colombienne Ames qui fait réaliser tout son mobilier et ses accessoires par des familles d’artisans aux savoir-faire exceptionnels répartis dans toutes les régions de la Colombie.

Cappellini, canapé modulable Litos, design Sebastian Herkner, 2020.

Man of Parts, table Savignyplatz, design Sebastian Herkner, 2021.

Tout est affaire de rencontre

Car tout est affaire de rencontre. Et c’est avec Michel Roset qu’il rencontre sur le salon IMM Cologne en 2019 qu’il met au point la collection «Taru», des fauteuils généreux et confortables, idéale pour le privé ou le collectif. Sebastian connaissait la marque depuis son enfance. Des voisins de ses parents avait un généreux canapé Togo de Michel Ducaroy dans leur salon. Afin de mieux connaître la marque et son histoire, d’apprécier son savoir-faire, Sebastian s’est rendu plusieurs fois à Lyon pour visiter l’usine de fabrication.

Ligne Roset, Sofa Taru, design Sebastian Herkner, 2020

Avec Ames, il s’est donné la mission de développer des meubles et des accessoires pour la maison « en touchant le cœur et l’esprit» des gens qui affectionnent les styles de vie cosmopolites. Entre l’Allemagne et la Colombie, la marque accorde la plus grande importance à une production respectueuse de l’environnement. Tous les produits, imprégnés d’un langage formel européen, sont fabriqués selon les traditions artisanales colombiennes. Ils prendront bientôt place dans un nouvel hôtel, en rénovation à Biarritz.

Ames, collection Cartagenas, design Sebastian Herkner, 2021

Un travail honnête et authentique

Voyager lui a toujours donné de nouvelles bases d’inspiration. Ses maîtres sont italiens, Achille Castiglioni, Alessandro Mendini, Gae Aulenti pour ses luminaires. Mais il admire le Français Jean Royère pour son talent d’artiste décorateur. Le verre soufflé, le travail du métal le fascinent, et il cite volontiers parmi les talents français Christophe Delcourt ou Pauline Deltour. Il aimerait travailler à plus grande échelle, sur un projet d’hôtel. Une cuisine ou une salle de bains ne lui font pas peur. Déjà en 2016, il avait aménagé Das Haus sur le salon du meuble de Cologne. Et avait surpris toute la profession avec un mur de savon en guise de paroi de salle de bains, comme des carreaux de céramique, doucement courbés.

Il aime les villes comme Copenhague ou Paris qui sont à proximité de l’Allemagne, à peine à quatre heures de train. Mais aussi Barcelone, plus originale et le Portugal où le travail de la céramique est un vrai talent.

Basique, honnête et authentique, c’est ainsi qu’il aime définir son travail. La force créative, il la trouve dans tous les pays, dans les galeries à Francfort autant qu’à Paris chez Kamel Menour et il s’est réjoui d’avoir pu déguster en avril une pizza à Bologne, même s’il était seul. Il a hâte de retrouver une vie normale et de pouvoir à nouveau partager avec « les autres ».

Stella Works, collection Host, design Sebastian Herkner, 2020.

FreiFrau, fauteuil Ona, design Sebastian Herkner, 2020.

Un développement durable

La sustainability ou le « développement durable » est un concept à prendre en compte pour prendre soin des matériaux et penser un slow furniture qui s’inscrive en résistance à la fast fashion et au fast furniture. La qualité doit apporter cette idée d’éternité qui est associée à toute création de mobilier. Il encourage les jeunes designers à poursuivre sans fin leurs études, à reprendre une vie collective, à apprendre ensemble, à tester, à discuter, à utiliser leurs cinq sens. Parce que le design est « feeling » et « touching ». Souvent cité comme l’un des 100 meilleurs designers de l’année 2021, il reste modeste.

Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

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30/1/2026
Les verres du futur Orient Express réalisés par la cristallerie Moser

Version contemporaine d’un mythe, le premier vaisseau de la marque Orient Express devrait prendre la mer en avril. A l'approche de cette échéance, son designer, Maxime d’Angeac, dévoile le service de verres qu'il a réalisé avec la cristallerie tchèque Moser.

Présentés au sein de l’exposition « 100 ans d’Art déco » au musée des Arts décoratifs de Paris, les wagons du nouveau train imaginé par Maxime d’Angeac donnent à voir le luxe et les savoir-faire caractéristiques de ce mouvement qui a conquis le monde. C’est dans la continuité de cet hommage à l’Art déco et à la renaissance d’un véritable mythe que le designer français et la cristallerie tchèque Moser présentent Levitation. Destinée à parer les salons des vaisseaux Orient Express Corinthian et Olympian, prévus pour avril 2026 et avril 2027, puis du train Orient Express annoncé fin 2027, cette collection est composée de cinq typologies de contenants : verre à eau, à whisky, à martini, à vin et à highball. Réalisé selon le savoir-faire de la manufacture fondée en 1857, chaque verre a été entièrement soufflé à la main dans des moules en bois. Connue pour son cristal historiquement sans plomb, la cristallerie, membre du Comité Colbert, se distingue également par la présence de savoir-faire exceptionnels comme le collage du verre. Une technique rare qui a permis la réalisation de verres à pied en deux parties.


Des lignes complexes

Débutée en 2023, la collaboration entre Maxime d'Angeac et Moser s’est construite au fil de nombreux échanges, modifications et essais infructueux. Inspirés par les croquis des services historiques de l’Orient Express, les dessins ont considérablement évolué pour aboutir à une collection marquée par une géométrie affirmée et un jeu de contrastes. On y retrouve notamment la combinaison de pieds carrés et massifs, garants de stabilité, et de contenants circulaires. Ces deux formes s’associent avec intelligence, comme en témoigne le profil évasé du verre. Soutenu par un pied dont les arrêtes ont été facettées grâce aux techniques de meulage et de polissage manuels, l'ensemble joue élégamment avec la lumière. Ce façonnage particulièrement visible sur la base se prolonge au niveau de la jointure, offrant au contenant un dégagement à l'origine de l'impression de flottement. Un détail stylistique que l’on retrouve également sur la base des verres à eau, renforçant cette subtile sensation de Levitation.

©masha-kontchakova

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22/1/2026
Au BDMMA, le design français made in Japan

Pour la cinquième année consécutive, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art présente les travaux de designers français et d’artisans japonais réunis dans le cadre du programme Edo Tokyo Kirari.

À l’heure où l’on parle de design global, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art propose quant à lui un design mondial. Lancé en 2021 afin de valoriser les exportations tout en ancrant les savoir-faire dans des enjeux patrimoniaux et sociaux, le programme Edo Tokyo Kirari, soutenu par Paris et Tokyo, réunit chaque année des designers français et des manufactures tokyoïtes.Riche d’ateliers, dont certains pluricentenaires, la ville offre un vaste éventail de savoir-faire, aussi bien dans les domaines de la verrerie et du bois que dans celui du textile.
Une aubaine pour Hanako Stubbe, Studio BehaghelFoiny et Florent Coirier, les trois designers sélectionnés cette année par l’institution parisienne.Réunis à la suite de vœux bilatéraux, les créateurs, chacun associé à deux entreprises japonaises, ont disposé de huit mois pour concevoir six pièces. Exposées jusqu’au 4 février dans une scénographie signée Jules Levasseur, les œuvres sont présentées en miroir des pièces les plus connues des studios. L’occasion de tisser des liens entre des approches européennes contemporaines et d’autres, nourries d’histoires et de techniques plus confidentielles.

©14Septembre Mobilier national


Des objets aux références culturelles multiples

« Lorsque je suis allé au Japon, j’ai remarqué que les Japonais utilisent souvent les caisses de bouteilles pour s’asseoir dans la rue ou comme tables. L’idée des rangements KOFFR, mi-table,mi-tabouret, réalisés avec Lllast, vient de là, de ce mode de vie », explique Florent Coirier. Car au-delà des questions d’artisanat et de technique, les créations traduisent surtout un lien discret mais profond avec la culture japonaise. La manufacture Mori Seimenjo et le Studio BehaghelFoiny à l'origine d'une veste d'intérieur,d'un lit transformable en pouf et d'un plaid, ont ainsi choisi les couleurs des pièces selon les espèces de fleurs endémiques de l’île d'Izu. Un clin d’œil à la fois culturel et environnemental. Cette attention se retrouve aussi dans les travaux d’Hanako Stubbe menés avec la manufacture Domyo, dont les panneaux décoratifs muraux s’inspirent de symboles japonais tels que Taiyō, le soleil, source de vitalité ; Moss, la mousse, évoquant douceur et sérénité ; ou encore Sakura, le cerisier. Un parti-pris visuel fort, et différent de sa collaboration avec la maison familiale Maekawa Inden, où le cuir laqué est traité de manière plus sobre,invitant à l’introspection.
En complément, l'exposition invite aussi les visiteurs à aborder une autre facette tout aussi connue du Japon : ses boissons. Réalisés par les manufactures Glass-Labet Kimoto Glass Tokyo, deux styles de verres rendent, chacun à leur manière, hommage au saké et au thé par le biais de nouvelles textures et des nouvelles formes.


À noter qu'une sélection de produits issus des précédentes éditions est en vente au sein du concept store HIS, 2 rue du Renard, dans le quatrième arrondissement de Paris, jusqu'au 4 février.

©14Septembre Mobilier national
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9/1/2026
Soft Panels : une touche de douceur chez USM

La marque Suisse USM présente Soft Panels, une gamme de panneaux textiles.

Reconnue pour ses astucieux rangements métalliques modulables, USM vient de dévoiler Soft Panels, une nouvelle alternative textile aux célèbres portes en acier thermolaqué. Une proposition par laquelle le Suisse, né il y a 140 ans, entend intégrer un système innovant et ludique à son mobilier USM Haller.

Réalisés en fibres synthétiques composées à 40% de plastique marin recyclé, les panneaux sont munis de quatre aimants permettant aux portes de se clipser facilement à la structure tubulaire. Ainsi fixées, les portes s’ouvrent vers le haut ou le bas, et peuvent être déplacées facilement pour permettre au meuble d’évoluer au gré des besoins et des envies. Imaginés comme une alternative visuelle autant que pratique - le revêtement textile absorbe légèrement le bruit - les panneaux sont disponibles dans une dizaine de coloris et trois finitions différentes. L’utilisateur peut ainsi composer son USM Haller à la manière d’un puzzle dont les revêtements texturés varient entre des rainures verticales, diagonales ou courbes. De quoi ramener un nouveau rythme aux lignes de la marque, et une certaine douceur aux bureaux, buffets et autres rangements connus pour la radicalité de leur conception.

À noter que les USM Haller Soft Panels sont disponibles en trois tailles : 750 × 350 mm, 500 × 350 mm, 350 × 350 mm.

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5/12/2025
Le nouvel hommage coloré de Monoprix aux années 70

Pour son troisième acte dédié au patrimoine de l’enseigne Prisunic, Monoprix signe un ensemble de rééditions emblématiques des grands noms du design des années 70. L’occasion pour la marque de réaffirmer son lien avec le design et son rôle de passeur entre patrimoine et création contemporaine, sur fond de création accessible à tous.

Pour la troisième fois, Monoprix célèbre le design des années 70 avec une nouvelle collection capsule. Majoritairement issues des catalogues Prisunic, les assises en tubulaire, les tables laquées et les luminaires aux courbes généreuses composent cette édition fidèle et contemporaine, teintée de couleurs pop. L’occasion pour Odil Mir, Jean-Pierre et Maryvonne Garrault ou Henri Delord de signer quelques variations de leurs créations, faisant dialoguer héritage et modernité. En charge de cet événement, Cécile Coquelet, directrice de la création chez Monoprix et responsable du bureau de style, de l’image, du merchandising et des collaborations, a répondu à cinq questions pour mieux cerner les enjeux de cette joyeuse collection, visible jusqu’au dimanche 7 décembre au 5 rue Saint-Merri, dans le 4ᵉ arrondissement de Paris.

©Monoprix


Cette présentation était le troisième acte des rééditions Prisunic. Pourquoi avoir voulu de nouveau faire la part belle aux années 70 ?

Effectivement, nous avions déjà consacré la première édition à cette décennie en 2021, parallèlement à une grande exposition qui avait eu lieu au Musée des Arts Décoratifs de Paris pour les 90 ans de Monoprix, puis en 2023 pour la seconde édition. À chaque fois, nous nous sommes intéressés aux années 70 car elles résonnent beaucoup avec les tendances actuelles. C’est une période où le design était très gai, que ce soit par les tubulaires en acier ou les couleurs pop. C’est ce que nous recherchons dans nos rééditions. Les pièces seventies n'ont pas pris une ride. A l’époque elles étaient modernes et design, aujourd'hui elles sont rétro et design, et c'est ce qui plaît !


Pour cette nouvelle édition, vous avez choisi de mettre à l’honneur les créations d’Odil Mir, de Jean-Pierre et Maryvonne Garrault, d’Henri Delord, ainsi que celles du studio Prisunic. Pourquoi cette sélection d’artistes ?

Odil Mir était à l’époque l’une des rares femmes designers présentes dans le catalogue Prisunic. Mais c’est aussi sa vision qui nous a intéressés, puisqu’elle est sculpteuse de formation, et cela se retrouve beaucoup dans ses objets. Ils sont à la fois sculpturaux et organiques, ce qui apporte une vraie légèreté. Ce mélange en a fait une figure importante des années 70.
Concernant Jean-Pierre Garrault, c’est un créateur qui était d’abord peintre, mais qui a vraiment touché à tout. Avec sa femme, Maryvonne, ils ont été designers textile et ont assuré, entre autres, la direction artistique de Formica. Et puis, au-delà du fait que nous rééditions ses pièces pour la troisième fois, il a aussi mené des collaborations très intéressantes avec Henri Delord, que nous souhaitions également remettre à l’honneur.


Dans quelle mesure avez-vous retravaillé les pièces avec les designers ?

Il y a toujours un travail de recherche que nous menons en interne. Cela passe par les catalogues que nous rachetons ou par des propositions issues des archives personnelles des designers. Il faut comprendre que certaines pièces n’ont jamais été éditées, ou alors en très peu d’exemplaires. C’est le cas des pièces d’Odil Mir. Quoi qu’il en soit, cela nous oblige généralement à refaire les fiches techniques. C'est un travail assez laborieux, mais qui nous permet aussi de rencontrer les designers, mais aussi de collaborer avec Yves Cambier, Francis Bruguière et Michel Cultru, les fondateurs de Prisunic. Ce sont souvent de longs échanges pour déterminer les bonnes couleurs, proches des originales, et comprendre comment l'objet était réalisé à l’’époque. Mais il arrive que nous soyons amenés à modifier des pièces qui se sont arrêtées au stade de prototypes. Je pense notamment à la lampe Lune de Jean-Pierre Garrault, qui était à l'origine en plastique. Outre le fait que ce soit très polluant, le plastique est inenvisageable pour de petites séries de 50 à 400 pièces puisque concevoir un moule pour si peu ne serait pas rentable. Nous avons donc opté pour de l'opaline. Finalement, on réfléchit beaucoup, avec la volonté d’être toujours au plus proche du dessin des années 70.

©Monoprix


Dans l’exposition visible jusqu’à dimanche, on retrouve d’autres typologies d’objets. Pourquoi avoir cette diversité ?

Pour la simple raison que Prisunic proposait un éventail d’objets très varié. Par exemple, au milieu des années 50, Andrée Putman avait réalisé des lithographies d’œuvres d’art en séries très limitées et vendues à 100 francs l’unité. En 2025, nous avons réédité des affiches dessinées par Friedemann Hauss en 1969. À l’époque, on retrouvait des motifs Prisunic sur toute une série de petits objets, notamment de la papeterie. C’est ce que nous avons refait pour ce troisième acte, avec des typologies allant du tablier au sac cabas, en passant par la vaisselle.
D’ailleurs, lorsque l’on parle d’archives, c’est vraiment cela. Le motif que l’on retrouve par exemple sur les assiettes provient d’un motif que notre graphiste Lucie Lepretre a retrouvé au cours d’une brocante sur de vieux objets Monoprix, et qu’elle a redessiné.


On parle de Prisunic et de rééditions, mais Monoprix c’est également des collaborations avec des designers contemporains. Comment cela s’articule ?

Pour bien comprendre, il faut remonter un peu en arrière. Monoprix a été créé en 1931 par les Galeries Lafayette et Prisunic en 1932 par le Printemps. Longtemps, il y a eu une course à l’inventivité, mais Prisunic s’est rapidement distingué avec une première collaboration avec Terence Conran en 1969. Ce fut le début de 18 éditions de catalogues où se sont succédé les designers. Le grand tournant a lieu en 1997 lorsque les deux marques fusionnent. Prisunic garde son bureau de style et Monoprix sa centrale d’achat. De cette fusion naît une première collaboration en 2000, en faisant de nouveau appel à Terence Conran. Puis il y a eu un vide pendant plusieurs années, avant que nous ne décidions de relancer ces collaborations avec India Mahdavi, Axel Chay et Jean-Baptiste Fastrez, mais aussi un partenariat avec l’École Camondo, le magazine Milk ou encore la chanteuse Jain.
L’idée, c’est d’étonner les clients avec de nouvelles choses. Nous sommes très libres, mais avec une stratégie commune : rendre le beau accessible à tous. Et c’est ce que nous avons souhaité avec la collection visible jusqu’à dimanche, rue Saint-Merri à Paris.

©Monoprix
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