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Après un premier événement en juin, Frgmnt a souhaité réitéré l’expérience en présentant, à l’occasion de la Paris Design Week, sa première exposition intitulée « Edition 01 ». Visible jusqu’au 19 septembre, celle-ci entend mettre sur le devant de la scène « les matières que personne ne regarde ».
Pour sa première participation à la Paris Design Week, Frgmnt a sélectionné pas moins de 43 designers et 11 fabricants de matériaux, réunis pour présenter une démarche et des pièces imaginées à partir de matières, de chutes et de rebuts industriels oubliés ou délaissés. Initiée par Meryl Benitah, l’initiative Frgmnt est d’abord celle d’un défi créatif lancé en juin dernier. Pendant 48 heures, des groupes de designers, associés pour l’occasion, ont imaginé des pièces à partir de médiums souvent considérés comme « non désirables ». Du bois au métal, le projet intégrait également de nouveaux matériaux, à l’image de celui conçu par Etnisi à partir de pare-brise, ou encore le Tissium développé par la société Maximum. « On était un peu sur le format d'un hackathon, mais dédié au design. On est partis de matériaux qui étaient soit récupérés, soit revalorisés pour montrer que le réemploi ou même la seconde vie peuvent être des choses désirables. Même si les participants ne se connaissaient pas, il y a rapidement eu une certaine émulation créative, et très vite des groupes se sont formés et ont réussi à sortir des pièces en deux jours seulement », confie Meryl Benitah.

Cette initiative a retenu l’attention de Sabrina Piperno, gérante de l’espace Heureux les Curieux, qui a souhaité soutenir le projet en proposant à Frgmnt de s’exposer en septembre pour la Paris Design Week. « Pour cette édition, l’idée était d'inviter d'autres partenaires fabricants de matériaux pour créer, d’une part, cette matériauthèque et, d’autre part, de faire venir des designers ayant la même démarche. Que ce soit à travers la matière ou la démarche de fabrication design », poursuit Meryl Benitah.

Une nouvelle manière de penser la matière
Déployée sur deux étages, l’exposition présente des univers singuliers, réunis par une même ambition : créer à partir de l’existant ou explorer le potentiel de nouvelles matières. « Il y a plein de manières de faire un objet bien conçu et qui répond aux besoins du marché. Certains font du réemploi, d'autres répondent par la matière, quand certains le font par la fonction. Mais tous racontent une histoire à travers une pièce, et toujours en se demandant comment créer des objets qui soient désirables sur le long terme. » Une interrogation qui a amené des designers à s’associer avec des fabricants à l’image de hors-studio dont la lampe Caretta Caretta a été réalisée en Celullio, un matériau développé en collaboration avec Matériaux Urbains. Ce dernier est également à l’origine de Paperio, un nouveau médium sur lequel Atelier Alcova s’est appuyé pour donner vie à Tecto. De leur côté, d'autres créatrices et créateurs présentent des pièces originales issues de leur propre démarche. On retiendra notamment Atelier Perret, à l’origine de la suspension Séléné réalisée à partir de marc de café, mais aussi le vase T65 conçu à partir de pain par le studio Copain, et enfin le concept d'Emma Batsheva Cohen autour de l’optimisation du cuir végétal.

Favoriser les rencontres
Autant de profils et de pistes explorées qui entendent démontrer que des matières, a priori délaissées, peuvent devenir désirables dès lors que le design s’en empare. « Mon objectif personnel est de favoriser ce lien entre les fabricants, les designers, mais aussi les prescripteurs, en créant un joli écosystème qui va les faire collaborer et permettre à ces pièces de se retrouver dans des hôtels, des restaurants, et favoriser leur développement à grande échelle. » Avec cette exposition, c’est donc de nouvelles passerelles entre les secteurs clés du design que Meryl Benitah entend construire.

En mettant au point des échantillons de textiles conçus et fabriqués à partir d’un fil issu d’un processus durable de recyclage de textiles usagés mixtes, le collectif de designers Envisions, en collaboration avec un consortium international d’entreprises et d’institutions* ouvre la voie à une industrie textile soutenable, pour de multiples applications (architecture, automobile, mobilier, mode, etc.).
Aujourd’hui, les fils recyclés ne sont produits qu’à partir de déchets triés (laine déchiquetée, bouteilles en PET ou déchets plastiques des océans). Pourtant, selon la fondation Ellen Mac Arthur, l’équivalent en volume d’un camion poubelle de textile est enfoui ou brûlé chaque seconde. Le gisement de ressource est donc énorme. Mais pour le moins hétéroclite : une grande partie des déchets textiles est constituée d’un mélange de fibres (T-Shirt en coton et élasthanne ou polyester, par exemple), très variables en qualité, colorées, etc., impossibles à trier. D’où leur destruction ou leur recyclage, en faible volume, en matériau d’isolation.


Initié en 2013 par un consortium international*, sous la houlette du bureau d’études allemand Imat-Uve, le projet de recherche Fibers Unsorted a permis la mise au point d’une technique mécanique de déconstruction des textiles usagés, sans procédés chimiques de traitement, afin d’en faire des fibres mixtes, suffisamment longues pour être filées, puis d’un fil capable de répondre aux standards industriels les plus exigeants, notamment dans le secteur automobile.Au cours du processus, seules 15 % des fibres sont évacuées (trop courtes ou inadaptées à un traitement mécanique, le carbone notamment).

C’est autour de la création de textiles à partir de ce fil mixte et de la projection d’applications pour ce tissu qu’a été consulté le collectif de designers Envisions. À partir du fil gris brut, les designers ont ainsi développé une série de propositions textiles aux motifs et tissages variés, travaillant les notions de tactilité et de texture, jouant aussi avec d’autres couleurs, en ajoutant, dans la limite de 20 % du fil polyester recyclé coloré. Une installation lors de la Dutch Design Week en 2021 complétait la proposition pour mieux projeter l’industrie du textile dans un futur soutenable. Une approche, qui démontre à nouveau que le mode collaboratif entre design, sciences, organisations et industrie reste un levier puissant du changement. Réjouissant !
*Le consortium, en partie financé par l’Union Européenne, est composé d’Imat-Uve, C2C ExpoLab, FB Basic, Texperium, Trüzschler et Brain of Materials.