
Collectible design : retour sur les découvertes bruxelloises marquantes
À Bruxelles, la foire Collectible Design s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs du design contemporain. Dédiée au design du XXIᵉ siècle, elle explore les frontières entre pièce fonctionnelle et objet de collection. Entre expérimentations matérielles, réinterprétations artisanales et recherches structurelles, retour sur quelques découvertes marquantes de cette nouvelle édition.
Idéalement située au cœur de l’Europe, Brussels s’est imposée comme un carrefour du design international. Outre ses nombreuses galeries et ses rues pavées d’ateliers, la capitale belge accueille chaque année la foire Collectible Design, devenue l’une des nouvelles grandes messes du design contemporain. Rassemblant principalement des acteurs européens, cet événement consacré au design du XXIᵉ siècle tisse des liens entre objet fonctionnel et pièce de collection, incarnant une approche aujourd’hui indissociable : le collectible design.
Pour cette nouvelle édition, le salon affirme une ligne curatoriale fondée sur la confrontation des savoir-faire et des gestes créatifs en constante réinvention. Souvent incarnée par une certaine radicalité formelle ou matérielle, cette rencontre se déploie à tous les étages de l’Espace Vanderborght à travers différentes sections. MAIN rassemble des galeries internationales autour de pièces majeures du design contemporain, tandis que BESPOKE offre une plateforme aux studios indépendants pour dévoiler des créations exclusives. NEW GARDE met quant à elle en lumière de jeunes galeries, collectifs et project spaces, là où ARCHITECT <=> DESIGNER souligne le rôle des architectes dans la conception du mobilier.
Nouvelle venue en 2026, la section TABLESCAPES explore l’art de la table comme espace de design et de sociabilité. Une manière de rappeler que le contemporain ne renvoie pas à une seule manière de penser ou de produire. La preuve également avec CURATED, un espace dirigé par la curatrice Marine Mimouni autour du thème Echoes of Use. Un corpus riche en surprises et en découvertes, porté souvent par une volonté de produire des objets à la fois esthétiques et réfléchis, souvent ancrés dans les enjeux de notre époque.
Intramuros revient ici sur les pièces les plus marquantes rencontrées lors d’une déambulation frénétique et inspirante.
Studio Skipt chez Galerie Casa Sòler (France)
Fondé en 2020 à Argenteuil par Josselin Gerval, Baptiste Lavigne et Paul Lossent, le studio Skipt se distingue par une approche exploratoire du territoire. Exclusivement récupérés dans la proche banlieue parisienne où se situe l’atelier, les matériaux sont assemblés de manière instinctive, donnant naissance à un design à la fois futuriste et frugal. Présentées pour la première fois, deux typologies s’inspirent du tabouret d’horloger et de la chaise de laboratoire BAO, renommée ici AOB. Ces réinterprétations constituent les premières pièces d’une collection à venir où devraient fusionner matériaux du quotidien et artisanat numérique. Une association à laquelle le studio consacre une part croissante de sa recherche depuis deux ans.

Altherr chez Second Nature Projects (Suisse)
La collection Succession est née lorsque les designers ont récupéré un lot d’anciens luminaires destinés à être jetés. C’est cette idée de seconde vie qui a donné son nom à la série, dont les pièces conservent encore les stigmates de leur existence passée : vis, pattes d’encastrement ou traces d’usage. Réinterprétation contemporaine du readymade, ces modules industriels sont transformés en objets minimalistes et sculpturaux. Ravivées par des couleurs vives issues du secteur automobile, les pièces développent une dimension presque totémique. Elles jouent ainsi sur l’équilibre entre leur ancienne fonction, symbole d’un cycle de consommation, et leur nouveau statut d’objet de collection.

Arnaud Eubelens chez Kammer Gallery (Belgique)
Basé sur l’utilisation exclusive de matériaux glanés dans l’espace urbain, le travail du designer belge Arnaud Eubelen donne naissance à des pièces uniques souvent marquées par une esthétique inspirée des années 1970. Cette référence se retrouve notamment dans la structure visible et mobile de son fauteuil qui offre plusieurs positions à l’utilisateur. L’assemblage repose sur des éléments simples — tiges filetées et boulons — seuls composants neufs du projet. Cette construction filaire et légère s’inscrit dans une réflexion sur la durabilité et la réparabilité du mobilier. Présenté pour la première fois, ce fauteuil à l’apparence brute évoque certains mouvements pionniers du design moderne.

John Sterck (Belgique)
Fidèle à une approche qui part souvent d’une expérience radicale, le designer John Sterck entame ici un dialogue entre forme, fonction et typologie. Artema est une lampe pensée pour s’adapter à l’espace. Dotée de trois pieds en aluminium souple et surmontée d’un simple abat-jour en origami A3, cette création aux allures insectoïdes témoigne d’une grande hétérogénéité stylistique. Sa pérennité réside dans sa capacité d’adaptation et dans la facilité d’interchangeabilité de l’abat-jour. Une réflexion sociale et démocratique où la simplicité va de pair avec l’accessibilité.

Max Milà Serra chez Vasto (Espagne)
Inspiré à la fois par la nature et par les structures issues de l’ingénierie, le designer Max Milà Serra joue sur les changements d’échelle pour développer un univers quasi scientifique. Fasciné par les limites structurelles, il conçoit ses luminaires dont GRIMSHAW comme de petites architectures prospectives. En miniaturisant ce qui est habituellement monumental, il met en scène câbles, articulations et composants habituellement dissimulés. Le résultat : une exploration poétique — presque robotique — des forces physiques qui structurent notre quotidien.

Dans la section Curated
1.1 Side Table par Silvia Sukopova (Slovaquie)
Il est bien plus simple de modifier l’échelle d’un objet dans un environnement numérique que dans la réalité. Ce constat est au cœur du travail de la designer Silvia Sukopova, qui explore les liens entre impression 3D et matérialité. Pour cette pièce, elle est partie d’un jouet d’enfant agrandi jusqu’à atteindre la taille d’un meuble. Ce changement d’échelle révèle les déformations et axes de construction de l’objet miniature. Devenu archétype géant, le guéridon adopte une forme légèrement déséquilibrée, presque tordue, renforcée par une surface feutrée obtenue par projection électrostatique de fibres.

Invert Sofa par Alan Prekop et Sebastian Komacek (Slovaquie)
Fruit d’un accident industriel, Invert Sofa est signé Alan Prekop en collaboration avec l’artiste Sebastian Komacek. Habitué à travailler l’acier inoxydable comme élément structurel, le designer propose ici une approche radicale : extraire le squelette normalement dissimulé d’un canapé pour en faire l’assise elle-même. Cette inversion est née de plis accidentels apparus lors d’une opération de cintrage mal calibrée. Le latex, habituellement responsable du confort, est relégué à un rôle structurel. Si l’assise perd en confort par rapport à un meuble classique, le renversement visuel produit une nouvelle charge émotionnelle. L’objet explore ainsi la relation entre conventions typologiques et potentialités structurelles.

Flare 09 par Studio Douze Degrés (France)
Initialement inspirée d’une scénographie conçue à partir de lentilles optiques pour un concert du label Cercle, la lampe Flare évolue aujourd’hui vers une nouvelle version mobile : Flare 09. Cette variation conceptuelle reprend les éléments constitutifs de la première pièce mais en change l’échelle en multipliant les modules. Plus clairement inscrite dans le champ du collectible design, elle prolonge l’identité du studio. Le projet est auto-édité et réalisé avec le savoir-faire d’une des rares usines spécialisées dans la fabrication de lentilles optiques sur mesure.

Crown of Thorns Stool par Benjamin Graham (États-Unis)
Inventée en Europe du Nord, la technique dite de la couronne d’épines permet l’assemblage de carrelets de bois selon un principe modulaire sans fixation. Presque disparue aujourd’hui, elle est remise à l’honneur par le designer Benjamin Graham. Formé à cette technique par un artisan du Colorado, il s’est intéressé à la transposition du treillis qu’elle forme dans le design contemporain. Ce travail de recherche a donné naissance à un tabouret composé de 465 éléments, auquel s’est ensuite ajoutée une table basse en verre. Au-delà de la valorisation d’un savoir-faire traditionnel, la pièce démontre comment la réarticulation de deux matériaux peut transformer radicalement l’esthétique d’une composition.

Shelf3000 Light par Franz Ehn (Autriche)
Interprétation minimaliste de la typologie de l’étagère, cette pièce issue de la série 3000 a été imaginée comme un témoin silencieux. Le verre trempé permet à la structure de s’effacer au profit de l’acier, à la fois structurel et ornemental. Les objets ne sont plus dissimulés mais mis en scène. Le paradigme décoratif évolue : l’étagère devient un dispositif qui révèle ce qu’elle accueille plutôt qu’un meuble qui s’impose visuellement.

Tablescapes
Studio DO (Belgique)
Fondé à Anvers par Dana Seachuga et Octave Vandeweghe, le studio développe une approche brute et intemporelle. Son travail propose ici un dialogue direct entre arts de la table et histoire de la sculpture sur pierre. Les pièces — gobelets, carafes, tables de cocktail ou assiettes — naissent de fragments architecturaux récupérés : pavés, appuis de fenêtres en pierre bleue ou éléments décoratifs abandonnés. Ces modules fonctionnels, souvent invisibilisés dans l’architecture, retrouvent une nouvelle vie grâce à des interventions minimales comme le sciage ou le perçage. Le résultat évoque les vestiges d’un paysage romantique.

In Layers par OOG Objects (Pologne)
La collection In Layers repose sur une exploration du verre par superposition de strates. Basée à Cracovie, Alicja Hajkowicz-Rudzka développe une identité fortement liée au processus. Plusieurs bulles de verre soufflé sont formées séparément puis assemblées à chaud — sans colle ni fixation — grâce au travail simultané de quatre artisans. Le verre opalin choisi permet de rendre visibles les différentes couches du matériau. Les volumes se superposent structurellement et visuellement, révélant l’irrégularité des formes et la densité du matériau.

Persona par Mila Zila (République tchèque)
Basée en République tchèque, la designer et artiste Ludmila Zilkova explore le verre comme matériau sculptural, à la frontière entre collectible design et art contemporain. Dans la série Persona, elle transforme des objets du quotidien — vases, couverts, miroirs ou verres — en formes expressives. Les propriétés physiques du verre jouent un rôle central : gravité, viscosité et chaleur participent à la formation de chaque pièce. Chaque objet devient ainsi le résultat d’un dialogue entre transformation matérielle, identité et tradition verrière locale.











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