The I.C.E. Saint-Moritz : un concours d’élégance automobile sur glace
Concours The I.C.E Saint-Moritz, Suisse

The I.C.E. Saint-Moritz : un concours d’élégance automobile sur glace

Dans le décor alpin spectaculaire de Saint-Moritz en Suisse se tenait, les 30 et 31 janvier dernier, le concours d’élégance sur glace de Saint Moritz : The I.C.E.

Si, après l’opus expérimental de 2019, The I.C.E honorait cette année une quatrième édition où une cinquantaine de voitures exceptionnelles a paradé dans la mythique station suisse, elles se sont surtout livrées à de spectaculaires batailles sur glace durant les deux journées phares du concours.

Les concours d’élégance, une tradition automobile

Nés à la fin du XIXe - début du XXe siècle, c’est en réalité l’entre-deux guerre qui vit l’âge d’or des concours d’élégance automobile, en faisant la part belle aux créations des plus grands carrossiers de l’époque : Figoni & Falaschi, Saoutchik, Pinifarina ou encore Zagato. Après un déclin brutal à l’après-guerre, de nouveaux évènements ont progressivement vu le jour avec un intérêt croissant pour les automobiles anciennes. Aujourd’hui, les rares concours d’élégance de notoriété mondiale se comptent sur les doigts d’une main, avec ceux de Pebble Beach en Californie, de la Villa d’Este en Italie et de Chantilly en France (Chantilly Art&Elegance). A cette succincte liste s’ajoute le double évènement de Goodwood au Royaume-Uni : « The Festival of Speed » se déroulant au cœur de l’été et le « Goodwood Revival » à l’automne.

Concours The I.C.E Saint-Moritz, Suisse

The I.C.E propose quant à lui une expérience unique, revisitant le concept du concours d’élégance en proposant un évènement unique mais bicéphal, un concours « classique » réinventé avec des voitures évoluant avec vigueur sur une piste éphémère glacée où les figures de style créent un spectacle inédit. Le tout dans le cadre uniuqe de la station suisse qui, nichée à plus de 1800 mètres d’altitude, rdispose de grands hôtels, certes, mais aussi et surtout d’un lac alpin naturel (1600 mètres de long sur 500 de large) permettant, une fois gélé entièrement, de devenir une surface événementielle unique au monde. D’ailleurs, dès 1907, se tenaient déjà ici les « White Turf », spectaculaires courses de chevaux, ayant depuis cédé leur place au Polo sur glace et, depuis 6 ans, à The I.C.E.

I.C.E. Saint-Moritz : chefs d’œuvre en mouvement

Selon les mots de l’organisateur en chef Marco Makaus, l’intérêt du concept est à la fois de proposer un concours dynamique avec des voitures en action mais également d’offrir un panel de voitures d’une fabuleuse rareté dans un cadre ouvert aux activités sportives. Contrairement aux concours d’élégance traditionnels, les voitures participantes font bien plus qu’effectuer une parade au pas, elles assurent intensément le spectacle en se livrant à de réelles batailles d’adhérence sur glace.

Concours The I.C.E Saint-Moritz, Suisse

Le choix du site de Saint-Moritz n’est pas un hasard, la station olympique suisse étant l’une des stations de sports d’hiver les plus anciennes et plus huppées du monde. C’est dans ce contexte que la manufacture horlogère Suisse Richard Mille, connue pour son approche avant-gardiste et son exclusivité, tient un rôle fondamental dans la tenue de « The ICE ». Habitué des grands rendez-vous - la marque associe déjà son image et son goût pour l’excellence  à des événements comme « Le Mans Classic » ou le concours d’élégance Chantilly Arts & Elegance - Richard Mille n’a pas besoin de storytelling pour y associer son savoir-faire, tant la marque partage de points communs avec les secteurs automobiles et aéronautiques : exclusivité, performance, innovation, légèreté et résistance comme objectifs, ingénierie, utilisation du titane, du carbone et des nouveaux alliages comme moyens de les atteindre. L’association avec le sport de haute-performance s’est d’ailleurs faite dès les premières années de la marque avec des ambassadeurs comme Felipe Massa en Formule 1 et Rafael Nadal en tennis.

Un plateau unique au monde

Une partie importante de l’exclusivité de « The I.C.E. » provient de l’incroyable panel de voitures participantes. Selon Marco Makaus, le travail de sélection des automobiles est le principal défi de programmation. Comme pour toute compétition d’automobile classique les voitures concourent en différents plateaux dont un plateau d’entre-deux guerres et plusieurs plateaux décennaux. Les cinquante automobiles, rares et remarquables de l’édition 2026 sont ainsi dispatchés en plusieurs catégories : classique, course, hypercars et grands designs automobiles. Parmi tous les lauréats, c’est peut-être la Talbot-Lago T150 SS « goutte d’eau » qui retient le plus l’attention. Produite à seulement 25 exemplaires, la T150 SS incarne le prestige de l'automobile française d'avant-guerre et considérée par beaucoup comme l’une des plus belles voitures de tous les temps.

La Talbot-Lago T150C SS “Teardrop”

Elle concourrait d’ailleurs à St Moritz aux côtés de l’Aston Martin DB2/4 Drophead Coupe de 1954, de la Lancia Aurelia B24 de 1957, de la BMW 507 de 1957, de la Ferrari 250 SWB Competizione de 1961 et la Lamborghini Miura SV de1972. Techniquement, la T150 SS (pour Super Sport, ou châssis à empattement court) est doté d’un moteur à six cylindres en ligne développant 165 chevaux.  Son aérodynamisme ultra performant, signée du carrossier Figoni & Falaschi,  lui permet d’atteindre une vitesse de pointe de 180 km/h, grâce à sa silhouette en « Goutte d’Eau » ou « Larme », faite d’une ligne continue du nez jusqu’à l’arrière, d’ailes intégrées et d’une carrosserie fermée, fluide, presque organique. Un coup de crayon magique aux proportions parfaites, aux détails chromés minimalistes et à la peinture souvent bicolore aux contrastes spectaculaires.

Lauréats « the ICE » 2026

The « Icons on Wheels » (Design & élégance historique) : La Talbot-Lago T150C SS “Teardrop” de 1937

Best in Show Award : Talbot-Lago T150 SS de 1937

Barchettas on the Lake (Sport ouvertes & barchettas) : La Ferrari 750 Monza de 1955

Open Wheels (Grand Prix & monoplaces historiques) : La Maserati 4CLT de 1949

Birth of the Hypercar (Hypercar emblématiques) : La Jaguar XJ220 de 1993

Prix Best Sound Award US : Pontiac Vivant de 1965

Prix Spirit of St. Moritz : Ferrari Dino 206 S

Prix du public « Hero Below Zero » : McLaren F1 GTR

Rédigé par 
Philip Nemeth

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5/3/2026
Vind, une collection qui se fond dans le paysage

Imaginée par Kasper Salto pour le Louisiana Museum of Modern Art de Humlebæk au Danemark, la collection Vind marque un nouveau chapitre dans la collaboration de longue date entre le designer danois et Fritz Hansen. Une collection outdoor discrète et exigeante, pensée pour durer et s’effacer dans le paysage.

Née du mot danois signifiant « vent », la série Vind puise son inspiration dans l’architecture maritime et les forces naturelles qui façonnent le littoral du Louisiana Museum of Modern Art, situé à Humlebæk au Danemark. Conçue spécifiquement pour les espaces extérieurs du musée, cette collection de mobilier signée par le designer Kasper Salto incarne une approche du design à la fois humble, fonctionnelle et profondément contextuelle. « La chaise Vind est un outil pour s’asseoir, ce n’est pas une oeuvre d’art. Elle est conçue pour bien servir les gens, comme un hôte discret », confie le designer. La collection privilégie ainsi une expression calme, presque silencieuse, où chaque détail sert l’usage.

Collection outdoor Vind, design Kasper Salto © Fritz Hansen

La précision du geste discret

Les structures en aluminium thermolaqué, légères, durables et recyclables, assurent solidité et longévité, tandis que les assises, tressées à la main à partir de près de 150 mètres de corde en polyester, apportent texture et confort. Un travail artisanal qui requiert jusqu’à quatre heures par pièce et confère à chaque assise de subtiles variations, révélant un équilibre maîtrisé entre précision industrielle et geste humain. La collection Vind prolonge ainsi l’héritage de la chaise ICE™, conçue par Salto pour le café du musée au début des années 2000, tout en répondant à un autre esprit du temps : celui de la durabilité, de la simplicité et du « moins mais mieux ». Composée d’un fauteuil, d’une chaise et d’une table, la série s’intègre prend naturellement sa place au cœur des jardins, terrasses et espaces d’accueil, sans jamais rivaliser avec son environnement. Une présence juste, pensée pour accompagner le paysage plutôt que le dominer.

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5/3/2026
Le design radical allemand exposé à la Pulp Galerie

Pour l’ouverture de son nouvel espace, rue de Seine, la Pulp Galerie présente une exposition dédiée au collectif radical allemand Pentagon Gruppe.

Cinq designers mais une seule perspective : la radicalité de l’objet. Pour l’ouverture de son nouveau showroom, Pulp Galerie, fondée par Paul Ménacer-Poussin et Paul-Louis Betto, met à l’honneur le collectif allemand Pentagon Gruppe jusqu’au 21 mars. Composé de Gerd Arens, Wolfgang Laubersheimer, Reinhard Müller, Ralph Sommer et Meyer Voggenreiter, le groupement met en avant l'esthétique du non-fini. Fondé en 1985 à Cologne, en pleine guerre froide, Pentagon Gruppe se constitue avec l’idée qu’une révolution est possible par le design. À l’heure où l'artiste n'est pas vraiment considéré, et où l'interconnexion entre industrie et design est bien loin de celle de l’Italie, les créateurs s’inscrivent à rebours de leur époque. Faisant alors fi du fonctionnalisme et de la sobriété formelle héritée du Bahaus, le studio fait prévaloir l’idée sur le confort. L’objet doit être manifeste, et manifeste est la radicalité. Pièces massives et extrêmement lourdes, rayures apparentes et soudures volontairement grossières, les notions véhiculées doivent être visibles et inhérentes aux objets. À l’image du buffet Seerose de Wolfgang Laubersheimer réalisé en acier et en pierre de lave brute, la structure s’impose.

©narophoto

Une envie de faire bouger les lignes

Si le collectif demeure inclassable - bien qu'il soit objectivement tourné vers une radicalité ou le style domine le reste -, les pièces exposées laissent entrevoir l’idée de mouvement. Une omniprésence que l’on retrouve notamment sur le lit Folding bed reprenant la structure en compas de Jean Prouvé, la bibliothèque Shelf Unit for Cheap Glasses dotée de roulettes ou encore les porte-magazines Mai 68, évidentes transpositions matérielles de l’instabilité qui règne alors en France. Autant de références au secteur industriel. Mais c’est aussi dans une forme plus poétique que cette notion s’incarne. Du cours d’eau miniature abreuvant les plantes de l’imposante table Amazonia en pierre de ruhr, à la suspension mobile Voyage à Milan sur laquelle un train tourne, le mouvement traduit la liberté de création totale du studio seulement incarné par la froideur des matériaux et la rigidité des volumes. Une approche qui prendra fin après une dizaine d’années d’activité seulement, lorsqu'un ambitieux projet de café d’artiste itinérant et robotisé mènera Pentagon Gruppe à la faillite. Une aventure totale et radicale en tout point que la Pulp Galerie propose de découvrir par le biais d’une vingtaine d’objets.

L'exposition Pentagon Gruppe, Silent Brutality est à découvrir jusqu'au 21 mars 2026 à la Pulp Galerie, 30 rue de Seine, dans le 6e arrondissement de Paris.

©narophoto
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4/3/2026
Unwanted guest : une chirurgie plastique signée Pierre Castignola

Pierre Castignola expose Unwanted guest, une collection de mobilier fabriqué à partir de chaises Pierre Paulin découpées.

C’est sous le plafond argenté de la galerie ITEM IDEM, sorte de factory warholienne où se côtoient, sur des étagères Starck, des créations de Castiglioni ou Sottsass, que Pierre Castignola présente son deuxième solo-show. Une évidence pour le designer influencé par le design radical italien et intéressé par la sémiotique. Fidèle à son approche pour le moins déconstructiviste, ce dernier présente Unwanted guest, une exposition évoquant par son nom « l’idée d’un détournement respectueux de l'œuvre initiale ». Et pour l’occasion, c’est la chaise Tango dessinée par Pierre Paulin qui a été découpée et réassemblée. Inscrite dans la veine du Fauteuil 300, première chaise monobloc sortie en 1972, Tango s’est rapidement imposée dans le paysage quotidien de nos étés. « J'ai récupéré 39 modèles de cette assise à l’occasion de la rénovation de la piscine de Geldrop, en banlieue d'Eindhoven où j’ai fait mes études. Leur couleur rouge m’a beaucoup plu, mais elles sont restées longtemps entreposées dans mon atelier sans que je ne sache comment les utiliser. Et un jour, j’ai décidé d’en prendre quatre, de les découper un peu au hasard et d’observer » explique Pierre Castignola. Une approche radicale qui a alors donné naissance aux premières des 21 pièces qui composent la collection. « Mon premier solo-show portait sur le salon. Pour le second, j’avais envie d’autre chose, et comme je me considère d’une certaine manière invité involontairement dans l’univers de Pierre Paulin, la chambre d'amis m’est venu assez naturellement et elle a induit plusieurs objets allant du lustre au baby-foot. »

Fauteuil Unwanted guest

Un héritage redécoupé

Ni réel hommage, ni rupture totale avec l'œuvre de Pierre Paulin, Pierre Castignola propose une relecture du mobilier initial sous forme « d'innombrables variations. » Comme un passage assumé du sériel à l’unicité des pièces, le designer en profite également pour repenser son approche. « D’habitude, je travaille plutôt du plastique souple. Or celui-ci fait 3 à 4 millimètres d’épaisseur et son inflexibilité a imposé de repenser la démarche. » Outre l’aspect caractéristique de ses objets, le designer livre donc une collection ou les angles deviennent plus saillants, et les courbes davantage imposées par les limites plastiques. « Pour faire le fauteuil, je n’ai utilisé que des zones d’assises découpées, alors que le tabouret est constitué uniquement d’accoudoirs. » Des regroupements par similitudes qui font du designer non plus tant « un façonneur qu’un sélectionneur » orienté tout autant par son imaginaire que par la contrainte. Une particularité structurelle qui a aussi amené le designer à se pencher sur l’héritage de Pierre Paulin. « Quelqu’un m’a expliqué un jour que Pierre Paulin utilisait beaucoup le tube dans ses armatures. C’est quelque chose que j’ai repris ici pour y greffer mon approche et fabriquer quelque chose de nouveau, mais en écho. » Une confrontation entre deux univers, autant qu’entre deux époques radicalement opposées.

L’exposition Unwanted Guest de Pierre Castignola, à retrouver chez ITEM IDEM, 12 rue Bleue Paris dans le 9e arrondissement de Paris, du 4 mars au 12 avril 2026.

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26/2/2026
Gaudí réédité par BD Barcelona

En collaboration avec Monde Singulier, BD Barcelona réédite la collection de mobilier conçue par Antoni Gaudí pour la Casa Calvet et la Casa Batlló entre la fin du 19e et le début du 20e siècle. Entre rigueur structurelle et élans organiques, ces pièces historiques, reproduites à l’identique en chêne massif, réaffirment la modernité radicale d’un créateur pour qui architecture et design ne faisaient qu’un.

En relançant la Gaudí Collection, BD Barcelona remet en lumière un pan essentiel de l’œuvre d’Antoni Gaudí : son mobilier. Souvent éclipsées par la puissance iconique de ses bâtiments, ces pièces conçues entre 1898 et 1906 témoignent pourtant d’une vision totale, où chaque détail participe d’un même souffle créatif. Chaises, bancs, tabourets, portemanteau, miroir ou poignées de porte prolongent l’architecture dans l’espace domestique avec une cohérence rare.

Chaise Battló

Dès la Casa Calvet (1898-1899), première grande commande résidentielle de l’architecte à Barcelone, Gaudí dessine un ensemble de meubles en chêne pour les bureaux du rez-de-chaussée. Deux ans plus tard, il transforme la Casa Batlló (1904-1906) en manifeste organique et conçoit pour la salle à manger un mobilier sculptural devenu emblématique. Ces créations, aujourd’hui conservées au musée Gaudí du Park Güell, trouvent avec BD une nouvelle vie à travers des reproductions fidèles, réalisées selon les méthodes artisanales d’origine en chêne massif verni.

L’organique comme structure

Chez Gaudí, la ligne n’est jamais décorative : elle est constructive. Les dossiers se déploient comme des vertèbres, les pieds s’élancent tels des membres, les accoudoirs s’enroulent avec la tension d’un muscle. La célèbre Calvet armchair, assemblée à partir de cinq pièces formant un “cou” épais, des poignées arquées et un dossier en cœur, incarne cette synthèse entre expressivité et stabilité.

Fauteuil Calvet

Le Calvet stool, tripode et compact, joue d’une présence presque zoomorphe, tandis que le banc Calvet développe une structure fluide ponctuée de motifs floraux sculptés. À la Casa Batlló, la chaise et le banc adoptent des courbes plus osseuses encore, en écho aux balcons ondulants et à la toiture évoquant l’échine d’un dragon. L’assise, creusée avec précision, offre un confort surprenant, preuve que l’ergonomie occupait déjà une place centrale dans la réflexion du maître catalan.

Tabouret Calvet

L’exactitude comme hommage

BD est la première marque à rééditer ces pièces historiques, en respectant scrupuleusement matériaux et techniques traditionnelles. Chaque meuble est réalisé en chêne massif verni, numéroté et accompagné d’un certificat signé par le directeur de la Cátedra Gaudí garantissant son authenticité. Mais cette fidélité n’a rien de nostalgique. Elle rappelle au contraire combien ces formes demeurent actuelles. À l’heure où le design contemporain revendique organicité, expressivité et hybridation des disciplines, le mobilier de Gaudí apparaît d’une modernité intacte. Plus d’un siècle après leur conception, ces meubles ne relèvent ni du pastiche historique ni de la simple réédition patrimoniale : ils s’imposent comme des objets manifestes, où artisanat, sculpture et fonctionnalité s’équilibrent avec une audace toujours contemporaine.

Banc Battló
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