L'univers coloré de Giulio Ridolfo exposé par Kvadrat
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L'univers coloré de Giulio Ridolfo exposé par Kvadrat

Pour sa participation à la Design Week de Milan 2026, Kvadrat dévoile cette année deux expositions, l’une en hommage au designer Frans Dijkmeijer et la seconde dédiée à la nouvelle collection Twisted Flowers repensée par Giulio Ridolfo. L’occasion pour ce dernier, régulièrement désigné comme le maître de la couleur, de nous parler de son travail et de son approche.

Figure devenue incontournable dans le monde du design textile, Giulio Ridolfo collabore depuis 2007 avec Kvadrat. Issu du monde de la mode, celui qui habille aujourd’hui les meubles est à l’origine de plusieurs best-seller de la marque danoise parmi lesquels Canvas 2, Remix, Steelcut ou encore Zulu. Avec une approche basée sur la couleur mais très liée à la dimension technique du fil, le designer développe un langage coloré, vivant et résolument contemporain dans lequel l’innovation occupe une place centrale. Son processus créatif est souvent décrit à mi-chemin entre l’intuition, l’anthropologie et une forme de botanique autodidacte. Et c’est justement guidé par des inspirations florales qu’il s’est intéressé à une archive de Frans Dijkmeijer repensée et déclinée en 21 coloris. Un travail technique et stylistique dont nous parle Giulio Ridolfo à l’occasion de l’exposition “In Rainbows”. Et pour découvrir la collection mise en scène par l’architecte Lorenzo Bini, rendez-vous au showroom Kvadrat de Milan, Corso Monforte 15.

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À l’occasion de la Design Week de Milan, Kvadrat présente l’exposition “In Rainbows” où l’on pourra découvrir la collection Twisted Flowers. De quoi s’agit-il ?

Twisted Flowers est une histoire de composition entre mon travail et celui de Frans Dijkmeijer. Cette collection est une reprise d’un tissage du designer - disparu en 2011 - que nous avons repensé avec une véritable attention à l’aspect tactile et visuel. Comme souvent, et c’était une passion commune avec Frans, j’ai travaillé la couleur en m’inspirant des fleurs. Nous avons collaboré avec une entreprise pour sélectionner des plantes de saison, pas exotiques, mais liées à notre environnement. On retrouve par exemple le rouge de la Fritillaria imperialis, le bleu du Ceanothus thyrsiflorus et le jaune du Gossypium qui composent presque un bouquet. J’ai cherché à traduire en couleurs l’expérience même de cueillir des fleurs, en les observant attentivement et en m’immergeant dans des peintures florales comme Le Rêve d’Odilon Redon que j’ai vu à Berne il y a des années. J'ai été frappé par un sentiment de suspension. Ce n’était pas vraiment onirique, mais suspendu, avec des couleurs indéfinies et une figure méditative. Bien sûr, ce que nous avons fait n’est pas une traduction littérale, le bleu n’est pas simplement bleu, et le rouge n’est pas rouge. Ce n’est pas comme utiliser un nuancier Pantone, ce que je n’aime pas du tout. Mais nous avons sélectionné des couleurs capables de créer une sorte d’interférence, une belle vibration, une pixellisation de la peau de l’objet.

Et vous présentez cela dans une mise en scène particulière…

Absolument. La partie showroom est habituellement plutôt celle des commerciaux, mais pas ici. Au début, j’avais pensé faire appel à un fleuriste mais j’ai finalement préféré travailler avec le bâti grâce à l’architecte milanais Lorenzo Bini. L’idée était d’envahir la structure, la transformer avec un effet plus fantaisiste, un peu magique. Je ne voulais pas d’un espace propre et minimal, mais créer un passage agréable où l’on peut rester et apprécier la qualité des couleurs. Dans cette cabane, il y a aussi du mobilier, que ce soient des standards comme le design danois ou italien contemporain, mais aussi des grands noms comme Carlo Scarpa, Cecilie Manz, Finn Juhl ou Jean Nouvel. Et puis comme je suis très attiré par la musique, j’ai collaboré avec un programmateur musical à Milan. Nous avons prévu quatre performances avec une approche basée sur la vibration, l’intuition, et le phasing qui est une technique utilisée par Steve Reich. En fait, cette installation tient presque du manifeste.

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Précédemment vous évoquiez le travail de Frans Dijkmeijer à qui Kvadrat consacre une exposition biographique à la Triennale. Quelle relation entreteniez-vous avec lui ?

La relation avec Frans a commencé par un grand respect mutuel. Il pensait en noir et blanc pour révéler les défauts et la beauté de la construction, tandis que je travaillais librement la couleur. Ça a été le point de départ de notre relation. À l’origine, je viens de l’industrie de la mode où j’ai été habitué à manipuler des textiles pour des robes, et puis depuis une quinzaine d’années je travaille pour des pièces de mobilier. Je suis devenu coloriste progressivement, avec une longue pratique dans la sélection des teintes, des textiles et des matérialités pour des entreprises du secteur du meuble. D’une certaine manière, mon occupation première était d’aider le projet à être vu, du prototype jusqu’à la solution industrielle, et c’est ce que j’ai fait avec Vitra ou Moroso avec qui j’ai commencé. Lorsqu’on m’a proposé de travailler avec la marque, je connaissais le design textile mais je ne voulais pas devenir designer textile. En revanche, je voulais bien intervenir sur la couleur, à condition d’instaurer un dialogue avec le créateur, et il se trouve que intervenir sur la couleur, à condition d’instaurer un dialogue avec le créateur, et il se trouve que c’était Frans Dijkmeijer. L’un de mes premiers exercices à ses côtés a été de réaliser une coloration sur un tissu avec un grain très marqué, un pinpoint ce qui ressemble à des grains de riz. C’est comme ça qu’est né Steelcut dont le nom vient de « Cut Steel » qui était est une technique de l’époque victorienne, où l’on découpait le fer en forme de diamant pour rappeler l’éclat des pierres précieuses. Ça a été un projet fondateur qui a défini ma position.

Vous êtes coloriste mais votre regard sur le textile est aussi empreint de technicité notamment avec le tissage à trois fils ?

L’idée que je travaille avec trois fils est devenue célèbre, mais en réalité je peux travailler avec cinq, six ou un seul. Tout dépend de la situation. Je suis très attiré par la gouache des artistes du XXe siècle, comme Paul Klee, ou par une certaine musicalité, comme chez Sibelius. Pour moi, la complexité d’une construction donne une qualité supplémentaire à la couleur. Il m’est arrivé de voir Frans utiliser un fil blanc avec deux noirs pour révéler les erreurs éventuelles dans le tissage et comprendre l’élément perturbateur. C’était une manière artisanale d’enrichir ses créations. Mais en parallèle, travailler avec Kvadrat m’a appris une grande rigueur. Leurs textiles doivent durer, être reproductibles, et l’approche en est presque scientifique. On ne peut pas avoir de variations incontrôlées. Dans ce contexte, l’idée de travailler avec trois couleurs est née comme une intuition. Je voulais comprendre quelle vibration pouvait apparaître en ajoutant un troisième fil. Quand on a mis au point Steelcut Trio, les résultats étaient étonnants car il y avait un effet changeant, comme dans la soie ou le taffetas, mais avec une différence essentielle. Là où le taffetas a deux faces, ici, il y en a trois. Ça crée une profondeur, une relation d’ombre et de lumière, une sorte de perspective. Cette recherche, nous l’avons poursuivie en nous inspirant de textiles différents, jusqu’à créer un fil composé de trois couleurs distinctes. Chaque fil devenait lui-même un mélange complexe. Deux fils ainsi construits donnent une impression d’infini où la couleur n’est jamais fixe. C’est le savoir-faire technique qui a donné Remix, et que nous continuons de développer aujourd’hui.

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La vibration des couleurs, la notion d’instabilité, de mouvement… il y a un côté vivant qui ramènerait presque à la mode, non ?

Le mouvement est inhérent à la mode car les textiles sont sur des corps et ils bougent. On a une sorte de troisième dimension qu’il faut prendre en compte. Quand je travaille avec un textile pour le mobilier, c’est davantage sculptural. On peut tourner autour. Et puis le mobilier a la particularité de pouvoir se doter d'accessoires ou d’ajouts qui peuvent modifier les impressions et les ressentis. Le tissu en fait partie. Avec certaines fibres comme celles de Kvadrat, la structure doit être robuste, mais l’étoffe peut donner une autre impression, de légèreté par exemple. Ça c’est propre au mobilier.

De ce point de vue là, considérez-vous le textile comme une sorte de filtre ?

Si vous faites référence à la sémiologie comme Roland Barthes, c’est un filtre. Mais en réalité, ça n’en est pas un. Le tissu est la première chose que vous touchez, c'est la peau d’un objet. Et en ça, c'est très sensuel, puisque quand vous voyez un meuble, vous le touchez d’abord, puis vous dites « quel beau canapé », « quel bel objet »… C’est, disons, en synchronie avec la forme de l’objet. Le filtre intervient quand vous filtrez l’information, quand vous commencez à considérer si c’est le bon textile, le bon canapé pour un usage donné ou la bonne couleur… enfin il me semble. Mais je suis coloriste et être coloriste signifie que l’on commence par le fil, et non par la coloration finale.

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Rédigé par 
Tom Dufreix

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29/7/2026
Marc Held (1933-2026), l’esprit libre du design français

Le designer, architecte et photographe Marc Held est décédé le 27 juillet à l’âge de 93 ans. Avec lui disparaît l’une des figures les plus singulières du design français d’après-guerre, un créateur dont l’œuvre, longtemps restée à l’écart des projecteurs, n’a cessé de gagner en reconnaissance au fil des décennies.

Marc Held (1932-2026), designer, architecte et photographe français. © DCW éditions

Autodidacte, Marc Held n’a jamais cherché à s’inscrire dans une école ou un courant. Son regard s’est construit au croisement de la photographie, de l’architecture et du dessin industriel, avec une même exigence : faire dialoguer intelligence d’usage, liberté formelle et poésie du quotidien. Une approche qui donnera naissance à plusieurs pièces devenues emblématiques, à commencer par le célèbre fauteuil Culbuto (1967), dont la silhouette ludique et le principe d’assise en mouvement continuent d’inspirer plusieurs générations de designers.

Fauteuil Culbuto, Marc Held pour Knoll International © Galerie Gastou

Cette volonté de faire entrer la modernité dans la vie quotidienne trouve dès 1966 l’une de ses expressions les plus fortes dans sa collaboration avec Prisunic. Pour l’enseigne, Marc Held imagine une collection de meubles en fibre de verre — lits, tables, bureaux et sièges — aux formes enveloppantes et résolument nouvelles. Au-delà de leur esthétique aujourd’hui emblématique des années 1960, ces pièces portaient une ambition profondément politique : rendre accessible au plus grand nombre un mobilier contemporain jusque-là réservé à quelques initiés. Marc Held résumait lui-même cette promesse par une formule restée célèbre : proposer « le beau au prix du laid ». Une utopie industrielle qui ne connaîtra pas la diffusion espérée, mais qui demeure l’un des chapitres majeurs de l’aventure de Prisunic et de la démocratisation du design en France.

Lit avec tables de nuit et lampes intégrées, Marc Held pour Prisunic, 1971.© Les Arts Décoratifs / Photo Jean Tholance

Mais réduire Marc Held au Culbuto et à ses créations pour Prisunic serait oublier l’ampleur de son parcours. Mobilier, architecture, photographie, urbanisme, son travail témoigne d’une curiosité rare et d’une volonté constante de penser les modes de vie autant que les formes. Cette liberté intellectuelle s’enracine sans doute dans une trajectoire personnelle hors du commun : enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale puis engagé très jeune dans la Résistance, il conservera toute sa vie une indépendance de pensée peu commune.

Desserte mini-bar en polyester renforcé de fibre de verre, dessinée par Marc Held pour Prisunic, vers 1968-1970. © @bazaar_brocante

Longtemps davantage célébré par les connaisseurs que par le grand public, Marc Held aura finalement vu son œuvre retrouver la place qu’elle mérite. Rééditions, expositions, publications et l’intérêt renouvelé des collectionneurs ont confirmé l’actualité d’un travail qui n’avait jamais cherché l’effet de mode, préférant l’intelligence des usages à la démonstration stylistique.

À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont croisé son chemin, la rédaction d’Intramuros adresse ses plus sincères pensées.

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17/7/2026
KVADRAT, l'intelligence de la matière

Avec THREE, sa nouvelle collection résidentielle de rideaux, et Loux, une série de tapis en lyocell, Kvadrat poursuit un travail engagé depuis plus d’un demi-siècle : faire du textile non plus un simple accompagnement de l’architecture, mais une matière  capable de la transformer.

Un rideau n’est jamais tout à fait un rideau chez Kvadrat. Il filtre la lumière, modifie la perception d’un volume, dessine une limite sans l’enfermer. Il peut même devenir une forme, presque une présence. La marque danoise aurait pu se contenter d’occuper la place confortable que lui ont offerte, depuis sa création en 1968, la qualité de ses textiles, la précision de ses couleurs et ses collaborations avec quelques-uns des grands noms de la création contemporaine. Elle a préféré considérer chaque nouvelle collection comme un terrain de recherche.

THREE - Kvadrat by Jannick Pihl Rasmussen

Chez Kvadrat, la technique n’intervient pas après l’idée pour lui donner corps. Elle participe à sa naissance. Par une intention. ET même, une forme. Isa Glink, directrice de la création de Kvadrat Residential, résume ainsi une méthode où le dessin, la fibre, le tissage, les traitements de surface, la couleur, la lumière, la performance et la circularité appartiennent à un même processus. Ce qu’elle nomme « l’intelligence matérielle » consiste précisément à regarder le textile assez profondément pour comprendre ce qu’il peut encore devenir.

DE LA SURFACE AU VOLUME

Présentée à Copenhague lors de 3daysofdesign 2026, la collection THREE porte cette démarche jusque dans son titre. Son point de départ est une surface ; son véritable sujet, la manière dont celle-ci acquiert une troisième dimension. Drapés, pliés, tendus ou cadrés, les rideaux ne sont plus exposés comme des échantillons mais comme des sculptures souples, capables de définir et d’activer l’espace. La collection explore ainsi le chanvre, la laine, le coton biologique ou le lin, mais aussi des fibres techniques choisies pour leurs performances, en sollicitant les qualités propres de chaque matière plutôt qu’en cherchant à les dissimuler.

THREE

Les gestes de la confection y sont valorisés, mis en scène, et non dissimulés.. Un pli traditionnel change d’échelle jusqu’à devenir une fonction architecturale. Une surpiqûre, une fermeture ou une tension ne relève plus du détail décoratif, mais construit un rythme, une profondeur, une manière nouvelle de suspendre le tissu. L’influence de la mode est perceptible, sans que Kvadrat adopte pour autant sa logique saisonnière et, donc, éphémère. Il ne s’agit pas de produire un effet destiné à être remplacé, mais d’inventer un vocabulaire appelé à durer.

Cette recherche se lit dans Tetra, dont le tissage ajouré et les fils de laine densément feutrés produisent une structure à la fois aérienne et tridimensionnelle. Dans Sky Cloud également, mélange de chanvre, de coton et de laine au toucher presque papetier. Ou encore dans Kajak et Stream Line, qui traduisent le mouvement de l’eau et l’apparition intermittente des lignes sous l’effet de la lumière. La palette elle-même oscille entre des tonalités minérales (sel, bois flotté, roche volcanique) et des couleurs plus franches, presque électriques. La couleur n’est jamais posée sur la matière. Elle naît avec elle.

THREE - Tetra

SAVOIR-FAIRE, SANS L’OSTENTATION

Avec Loux, Kvadrat aborde le sol selon une logique différente mais avec la même attention portée à la relation entre matière, lumière et mouvement. Les six tapis de la série sont entièrement réalisés en lyocell, fibre de cellulose régénérée dont la finesse évoque la soie. Leur densité (2,7 millions de fils par mètre carré) produit une surface particulièrement douce, dont les reflets évoluent selon l’angle de vue. Trois constructions sont proposées : un velours coupé uniforme, une alternance linéaire de boucles et de velours, et un relief sculpté à la main. Le luxe ne tient donc ni au motif ni à l’accumulation, mais à la richesse de l’expérience tactile.

Cette manière de partir de la matière plutôt que de l’image dit beaucoup de la philosophie de Kvadrat. La circularité n’y est pas traitée comme une esthétique reconnaissable, encore moins comme un supplément de vertu ajouté au produit une fois celui-ci dessiné. Elle devient un paramètre de conception parmi les autres : choix de monomatériaux lorsque cela est possible, réingénierie de références existantes, recours aux matières recyclées, réparabilité et prolongement de la durée d’usage. La stratégie de la marque associe ainsi innovation environnementale, maintenance et modèles de service destinés à conserver les produits plus longtemps.

Car un textile durable n’est pas seulement un textile dont la composition rassure. C’est aussi un textile que l’on désire conserver. Parce qu’il possède une présence, une intelligence et une capacité à continuer de dialoguer avec l’espace. En cela, Kvadrat défend une position assez rare : celle d’une entreprise profondément technique qui ne sépare jamais la performance de l’émotion, la recherche de l’usage ou la matière, du design.

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17/7/2026
UNOPIÙ, juste mesure

Présentée à Milan lors du dernier Salone del Mobile, CORA marque la première collaboration entre Unopiù et Federica Biasi. Une collection complète dans laquelle le teck, la corde et des volumes généreux composent un paysage domestique pensé pour ralentir le temps.

À Milan, le mobilier outdoor a une nouvelle fois cherché à effacer les frontières entre la maison et le jardin. Avec CORA, Unopiù ne se contente pourtant pas de transposer au-dehors les codes du salon intérieur. La marque italienne préfère considérer la terrasse comme un espace habité à part entière, avec ses propres matières, ses usages et son rapport particulier au temps.

Unopiù - Cora Credit : Thomas Pagani

Confiée à Federica Biasi, la nouvelle collection repose sur un équilibre que la designer cultive depuis ses débuts : associer la précision de la production industrielle à la sensibilité du geste artisanal. La structure en teck trace ainsi une architecture sobre, presque en retrait, tandis que le tressage en corde de polypropylène vient en assouplir les lignes. L’un construit, l’autre relie. De leur rencontre naît une collection dont l’identité tient moins à un effet formel qu’à la justesse de ses proportions.

LA TRAME DU CONFORT

Le mérite de CORA est précisément de ne pas confondre générosité et lourdeur. Fauteuils et canapés adoptent des assises profondes, accompagnées de coussins aux tonalités naturelles, mais conservent une certaine légèreté visuelle. Le tressage ménage des respirations dans la structure, tandis que les lignes horizontales installent une présence calme dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani

Cette recherche d’un confort enveloppant se décline à travers une chaise et une table ronde destinées au repas, un fauteuil, un canapé deux places, un transat simple ou double ainsi qu’une île bain de soleil. Plus qu’une succession de typologies, CORA compose un véritable vocabulaire permettant d’accompagner les différents moments de la journée : déjeuner, recevoir, lire ou simplement ne rien faire. La collection s’adresse ainsi aussi bien aux espaces résidentiels qu’aux projets hôteliers, où le mobilier extérieur doit désormais conjuguer hospitalité, résistance et cohérence architecturale.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - collection Egadi par Andrea Steidl / Credit : Thomas Pagani

CORA s’inscrit plus largement dans le projet collectif présenté par Unopiù à Milan, pensé comme un « Journal de Voyage » dans lequel plusieurs designers sont invités à porter un regard personnel sur l’héritage de l’éditeur. Federica Biasi en livre ici une interprétation retenue et tactile, fidèle à son goût pour les savoir-faire vernaculaires autant qu’à la culture méditerranéenne de la marque. Une manière de rappeler que le mobilier outdoor n’a pas nécessairement besoin de s’imposer pour prendre place dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
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16/7/2026
Les Cimes Bleues, l'esprit baulois sans le pastiche

À La Baule, rien n’est tout à fait neutre. Les villas, les institutions et les usages ont composé au fil du temps un imaginaire si puissant que toute tentative de l’évoquer prend le risque d’en forcer les traits. Donner une identité locale à un hôtel neuf sans le déguiser en vieille maison de bord de mer, tel est, en substance, le défi relevé avec intelligence et subtilité par Dorothée Delaye.

À La Baule-les-Pins, Les Cimes Bleues viennent d’ouvrir dans un bâtiment contemporain de sept étages, aux façades courbes dessinées par ASA Gimbert, agence fondée en 1982 par Joël Gimbert. Première adresse de La French Collection, la marque hôtelière du Groupe Giboire, l’établissement réunit 101 chambres, un spa, un bar et le restaurant Scapa. Une échelle suffisante pour que le décor ne puisse se contenter d’un effet de manche.

Dorothée Delaye n’est pas bauloise. C’est sans doute ce qui lui a permis d’observer la station avec la juste distance, en évitant aussi bien la carte postale que l’indifférence au lieu. Elle retient moins ses signes les plus évidents que ce qui structure réellement son art de vivre : le sport, les clubs, le Jumping, la voile, le tennis et le golf. Autant de codes familiers aux habitants comme aux visiteurs, transformés en vocabulaire plutôt qu’en accessoires décoratifs. « Sport chic » constitue ainsi le fil rouge du projet, mais chaque espace en propose sa propre interprétation.

La Baule en filigrane

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Dans le lobby, cœur social des Cimes Bleues, l’architecte d’intérieur installe l’atmosphère d’un club-house baulois contemporain. L’atrium végétalisé adoucit la hauteur du volume, tandis que les courbes du mobilier, les colonnes gainées de cuir, les tables en pierre, pâte de verre ou bronze et les textiles Pierre Frey et Élitis composent un paysage dense, mais jamais démonstratif. Les motifs de balles de golf, les rayures et quelques évocations marines (jusqu’au lustre monumental ponctué de bouées d’amarrage) sont suffisamment présents pour raconter La Baule, suffisamment décalés pour ne jamais la singer.

Cette même grammaire change d’accent chez Scapa. Pensé à l’origine comme le prolongement du club-house, le restaurant a pris une tonalité plus italienne lorsque sa carte s’est précisée. Dorothée Delaye y imagine une sorte de brasserie milanaise-bauloise, nourrie par l’Italie des années 1970 et par Carlo Scarpa. Terracotta, tonalités chocolat, bois, céramique et motifs presque cinétiques réchauffent un bâtiment que ses larges baies auraient pu rendre froid. Le lieu est enveloppant, fragmenté en différentes perspectives et banquettes, afin que l’on oublie rapidement ses dimensions.

LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson

Dans les chambres, le sport devient plus graphique. Vert Wimbledon, bleu Atlantique et orange terre battue distinguent les différentes ambiances. Les têtes de lit, les luminaires, les tables et les rangements ont été dessinés pour le projet. Les portes de dressing évoquent les tracés d’un court de tennis, tandis que certaines tablettes reprennent librement la forme des greens. Le procédé aurait pu devenir systématique. Il reste pourtant léger, tenu par une palette subtilement charmante et par la précision du sur-mesure.

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Car presque tout, ici, a été conçu spécifiquement. Dorothée Delaye s’appuie sur trois designers intégrés à son studio pour dessiner chaises, banquettes, têtes de lit ou abat-jour. Cette production dédiée répond certes à une réalité économique de l’hôtellerie, mais elle constitue surtout un outil de singularité : les pièces créées pour Les Cimes Bleues ne seront pas déplacées, six mois plus tard, dans une autre adresse.

Au spa Alaena, enfin, le récit s’éloigne des terrains de sport pour rejoindre la nature. Inspiré par la « golden hour », l’espace associe pierre, fibres naturelles, bronze, jaune doré et rose dans une lumière volontairement flatteuse. Dorothée Delaye prend ici le contre-pied du spa blanc et clinique pour fabriquer un sas, une bulle chaude où l’expérience commence avant même le soin.

LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson

Si les Cimes Bleues accueilleront toute l’année vacanciers, familles, séminaires, mais aussi Baulois venus boire un verre ou dîner, son principal est aussi de ne jamais afficher cette hybridité comme un programme. L’hôtel paraît déjà habité.
En donnant à chaque espace son histoire sans jamais surligner le scénario, Dorothée Delaye parvient à ancrer un bâtiment neuf dans une culture locale. Non pas en reconstituant La Baule, mais en lui donnant une nouvelle adresse incontournable.

https://www.cimesbleues.com

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
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