À la biennale de Venise, le verre est design et poétique
Vue de l’exposition FontanaArte. Vivere nel vetro © Enrico Fiorese, Courtesy Le Stanze del Vetro

À la biennale de Venise, le verre est design et poétique

Dirigée par quatre designers de légende, l’agence milanaise de production de verre FontanaArte a fait du verre un matériau élégant, affranchi de ses contraintes industrielles. Ce qu’explique « Vivere nel vetro », exposition satellite à la 59e biennale d’art contemporain de Venise. Un hommage muséal immanquable à cette société iconique.


Depuis 2012, sur l’île de San Giorgio Maggiore, le projet culturel et espace d’exposition Le Stanze del Vetro, abrité par la fondation Giorgio Cini, a pour but de proposer des évènements dédiés « à l’étude des formes modernes et actuelles de l’art du verre. » Cette année, sous la houlette de Christian Larsen, curateur au MAD de New York, « Vivere nel vetro, House of Glass » présente environ 85 pièces produites par FontanaArte, agence de verre flotté créée par Luigi Fontana, en 1881. Didactique, chronologique, l’exposition très esthétique démontre à travers six salles le rôle majeur de la société italienne dans l’évolution formelle et fonctionnelle de ce matériau, au fil de ses différentes directions.

Gio Ponti et Pietro Chiesa : de l’Antique Revival au modernisme des formes

Après un plongeon au cœur du savoir-faire de l’agence, dans les années 1930, à travers un film, focus est fait sur l’apport de Gio Ponti, directeur entre 1932 et 1933, au design inspiré de l’antiquité classique, illustré parmi d’autres exemples par coupe et piédestal (1934), en verre, bois et métal, évoquant un fût de colonne cannelée. De même, l’évènement explique le travail du maître verrier Pietro Chiesa, qui le rejoint à la direction à partir de 1933. Ce dernier ayant fait intervenir les artisans de son propre atelier au sein de la société a su proposer un langage plastique neuf dont témoignent des tables en verre incurvé, à l’épure moderniste.

Vue de l’exposition FontanaArte. Vivere nel vetro, Max Ingrand, Lampe, 1957© Enrico Fiorese, Courtesy Le Stanze del Vetro
Vue de l’exposition FontanaArte. Vivere nel vetro, Gae Aulenti, Table Tour, 1993 et au second plan, Ettore, Vase, 1979 et Umberto Riva, Lampe de table, 1980 © Enrico Fiorese, Courtesy Le Stanze del Vetro

Max Ingrand, poète de la lumière et des reflets

Les deux salles suivantes réévaluent à juste titre la contribution du maître verrier français Max Ingrand, à la tête de FontanaArte, entre 1954 et 1967. Ses lignes de lustres et de miroirs figurent parmi les objets en verre design les plus poétiques à la maison. Son Chandelier Dahlia de 1958 rappelle les pétales d’un bourgeon en fleurs de verre courbé, fixées à une structure métallique rayonnante, alors que son miroir avec lampe pilote (1955), composé de verre concave et réfléchissant, de cabochons de cristal et laiton, crée de splendides jeux de lumière exacerbés par le rétroéclairage et les cristaux.

Vue de l’installation House of Glass, exposition FontanaArte. Vivere nel vetro © Enrico Fiorese, Courtesy Le Stanze del Vetro

Gae Aulenti, le verre personnalisable

Directrice entre 1979 et 1996, Gae Aulenti innove avec un design multifonction et met en exergue la créativité de ses créateurs – Piero Castiglioni, Renzo Piano, Ettore Sottsass et Umberto Riva -. Giova, sa lampe de table iconique en verre soufflé et métal, à la fois luminaire et vase (1964), implique le propriétaire dans l’usage de la pièce. Ainsi disait-elle, en 1972, lors de l’exposition « Italy, The New Domestic Landscape », au MoMA de New York : « Un objet design est constitué d’éléments mettant en exergue leur finalité d’origine, tout en restant ouvert à leur fonctionnalité future. » Près de splendides pièces de Sottsass ou Riva, on découvre encore Tour, table d’Aulenti en verre, acier chromé et pneu (1993), aux titre et pieds évoquant la légendaire compétition française, tout en faisant joyeusement allusion à Roue de bicyclette, premier Ready Made de Marcel Duchamp.

Vue de l’installation House of Glass, exposition FontanaArte. Vivere nel vetro © Enrico Fiorese, Courtesy Le Stanze del Vetro

« House of Glass », une utopie ?

Au fil du parcours, le visiteur prend réellement la mesure du caractère visionnaire de l’agence, culminant dans les derniers espaces. Là, une enfilade de salles rythmée par des murs de verre illustre une « maison de verre » constituée uniquement d’objets FontanaArte, interagissant entre eux et dans l’espace. Le verre comme matériau idéal ? Certes, si des modernistes comme Pierre Chareau ou Mies Van Der Rohe ont repris en partie ce postulat, le mérite revient à Fontana et Ponti qui, avant eux, ont su détourner le verre industriel en matériau pour objets et mobilier domestiques élégants et luxueux.

FontanaArte, Vivere nel vetro, Le Stanze del Vetro, Fondazione Giorgio Cini, Isola Di San Giorgio Maggiore, 30124 Venezia (It) – Jusqu’au 31 juillet 2022. Entrée Libre.

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17/9/2026
Frgmnt : pour un design désirable

Après un premier événement en juin, Frgmnt a souhaité réitéré l’expérience en présentant, à l’occasion de la Paris Design Week, sa première exposition intitulée « Edition 01 ». Visible jusqu’au 19 septembre, celle-ci entend mettre sur le devant de la scène « les matières que personne ne regarde ».

Pour sa première participation à la Paris Design Week, Frgmnt a sélectionné pas moins de 43 designers et 11 fabricants de matériaux, réunis pour présenter une démarche et des pièces imaginées à partir de matières, de chutes et de rebuts industriels oubliés ou délaissés. Initiée par Meryl Benitah, l’initiative Frgmnt est d’abord celle d’un défi créatif lancé en juin dernier. Pendant 48 heures, des groupes de designers, associés pour l’occasion, ont imaginé des pièces à partir de médiums souvent considérés comme « non désirables ». Du bois au métal, le projet intégrait également de nouveaux matériaux, à l’image de celui conçu par Etnisi à partir de pare-brise, ou encore le Tissium développé par la société Maximum. « On était un peu sur le format d'un hackathon, mais dédié au design. On est partis de matériaux qui étaient soit récupérés, soit revalorisés pour montrer que le réemploi ou même la seconde vie peuvent être des choses désirables. Même si les participants ne se connaissaient pas, il y a rapidement eu une certaine émulation créative, et très vite des groupes se sont formés et ont réussi à sortir des pièces en deux jours seulement », confie Meryl Benitah.

Table basse LNKD par Emma Batsheva Cohen, Clémence Lucchini et Tancrède De Beaumont / Table d'appoint Dør par Céline Proust © Etienne Boulanger

Cette initiative a retenu l’attention de Sabrina Piperno, gérante de l’espace Heureux les Curieux, qui a souhaité soutenir le projet en proposant à Frgmnt de s’exposer en septembre pour la Paris Design Week. « Pour cette édition, l’idée était d'inviter d'autres partenaires fabricants de matériaux pour créer, d’une part, cette matériauthèque et, d’autre part, de faire venir des designers ayant la même démarche. Que ce soit à travers la matière ou la démarche de fabrication design », poursuit Meryl Benitah.

Ecran ambiant et chaises chimères Sunset Chamber par Théo Laverne et Nicolas Guillamot © Intramuros

Une nouvelle manière de penser la matière

Déployée sur deux étages, l’exposition présente des univers singuliers, réunis par une même ambition : créer à partir de l’existant ou explorer le potentiel de nouvelles matières. « Il y a plein de manières de faire un objet bien conçu et qui répond aux besoins du marché. Certains font du réemploi, d'autres répondent par la matière, quand certains le font par la fonction. Mais tous racontent une histoire à travers une pièce, et toujours en se demandant comment créer des objets qui soient désirables sur le long terme. » Une interrogation qui a amené des designers à s’associer avec des fabricants à l’image de hors-studio dont la lampe Caretta Caretta a été réalisée en Celullio, un matériau développé en collaboration avec Matériaux Urbains. Ce dernier est également à l’origine de Paperio, un nouveau médium sur lequel Atelier Alcova s’est appuyé pour donner vie à Tecto. De leur côté, d'autres créatrices et créateurs présentent des pièces originales issues de leur propre démarche. On retiendra notamment Atelier Perret, à l’origine de la suspension Séléné réalisée à partir de marc de café, mais aussi le vase T65 conçu à partir de pain par le studio Copain, et enfin le concept d'Emma Batsheva Cohen autour de l’optimisation du cuir végétal.

Miroir Soulmates par Clement Thevenot, fauteuil, lampe et petite table Tash'rit par Emma Batsheva Cohen © Intramuros

Favoriser les rencontres

Autant de profils et de pistes explorées qui entendent démontrer que des matières, a priori délaissées, peuvent devenir désirables dès lors que le design s’en empare. « Mon objectif personnel est de favoriser ce lien entre les fabricants, les designers, mais aussi les prescripteurs, en créant un joli écosystème qui va les faire collaborer et permettre à ces pièces de se retrouver dans des hôtels, des restaurants, et favoriser leur développement à grande échelle. » Avec cette exposition, c’est donc de nouvelles passerelles entre les secteurs clés du design que Meryl Benitah entend construire.

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17/9/2026
Triode inaugure le 28, son nouvel espace d’exposition

Triode a récemment inauguré le 28, un nouvel espace parisien pensé comme un terrain d’expression libre pour les designers. Pour ouvrir le bal, Jean et Oliver Pelle, fondateurs du studio américain Pelle, présentent l’exposition « Metallic Reverie » composée de dix pièces inédites autour du métal et de la lumière.

Ni galerie, ni showroom. Installé au 28 rue Jacob, dans le 6e arrondissement, le 28 entend proposer un nouveau format d’exposition. Imaginé par Jacques Barret, fondateur de Triode, ce nouvel espace invite des designers représentés par la maison à dépasser la seule présentation de leurs collections. À chaque exposition, ces derniers ont carte blanche pour dévoiler une facette plus personnelle de leur univers. Pour cette première invitation, Triode retrouve ainsi Jean & Oliver Pelle, quatre ans après leur première exposition commune à Paris.

Collection Light Objects par Oliver Pelle

Deux regards sur la matière et la lumière

Architectes de formation et installés à Brooklyn, Jean et Oliver Pelle développent une pratique à la frontière de l’architecture, de l’artisanat et de l’expérimentation. Pour l’exposition « Metallic Reverie », le duo a imaginé dix œuvres spécialement conçues pour le 28, réunies autour d’un même matériau : le métal. Jean Pelle y présente notamment sa série de luminaires Fountain, nourrie de souvenirs et de paysages observés en Corée et sur les côtes américaines tandis qu’Oliver Pelle explore à travers Light Objects la rencontre entre lumière, matière et espace. Deux écritures bien distinctes mais réunies par une même attention portée à la matérialité. Une manière d’inaugurer le 28 en donnant à voir ce que ce nouveau lieu entend précisément révéler : l’intime personnalité des designers.

Luminaire Cityscape, collection Fountain par Jean Pelle
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Garnier & Linker signe sa première collection outdoor

À l’occasion de la Paris Design Week, Garnier & Linker a dévoilé Aurora, sa première collection de luminaires outdoor. Une nouvelle étape pour le studio, qui transpose son travail autour de la matière et de la lumière à de nouveaux usages.

Avec Aurora, Garnier & Linker brouille les frontières entre intérieur et extérieur. Pour cette première incursion vers l’outdoor, le studio ne rompt pas avec son vocabulaire formel mais choisit au contraire de le prolonger. Plusieurs pièces existantes sont ainsi ré-interprétées en introduisant notamment un nouveau matériau : la fonte d’aluminium. Jusqu’alors déclinés en bronze ou en plâtre, les luminaires gagnent ici une expression plus architecturale, adaptée aux contraintes de l’extérieur sans perdre l’identité propre au studio.

Applique Aura, collection Aurora © Garnier & Linker

La matière comme fil conducteur

Employée seule sur les appliques Nezu et Kora, ou associée à l’albâtre pour les modèles Teree et Theo, la fonte d’aluminium enrichit les recherches menées par le duo autour des matières et de leurs interactions avec la lumière. En plus de ces modèles, la collection s’enrichit de six autres pièces inédites intitulées Aura, Cronos, Eos, Gaia, Retina et Thala. Développée au sein de l’atelier du studio situé près de la forêt de Fontainebleau, la collection s’inscrit dans la continuité d’une démarche où matière et texture façonnent l’objet. Et si l’aluminium répond naturellement aux exigences d’un usage pour extérieur, ces pièces sont également imaginées pour prendre place dans des espaces intérieurs. Présentée comme le premier chapitre d’une offre appelée à s’étoffer, Aurora entend ainsi repenser le luminaire outdoor en l’affranchissant de ses codes traditionnels pour l’intégrer pleinement au langage du studio.

Applique Eos, collection Aurora © Garnier & Linker
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17/9/2026
Alki revisite Kuskoa avec Kuskoa M

Quinze ans après le lancement de Kuskoa, Alki et Iratzoki Studio font évoluer cette collection emblématique avec Kuskoa M.

Créée par Iratzoki Studio en 2011, Kuskoa s’est imposée comme l’un des best-sellers d’Alki avec son principe de coque en chêne posée sur un chevalet en bois massif. La marque dévoilait, à l’occasion de la Paris Design Week, Kuskoa M. Composée d’une chaise, de deux tabourets de hauteurs différentes et d’un banc, la collection a été imaginée pour les restaurants, les bars, les cantines comme les cuisines. Avec ses diverses hauteurs et typologies, cet ensemble peut ainsi offrir plusieurs configurations au sein d’un même espace.
Dotée d’une structure tubulaire en acier thermolaqué, l’assise développe une nouvelle expression graphique. Disponible dans plusieurs finitions, elle offre à chacun la possibilité de composer sa propre pièce, en célébrant le monochrome, ou au contraire, les contrastes entre métal, bois et textile. À noter que la coque peut-être tapissée dans son entièreté ou seulement en face avant.

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