SaloneSatellite : huit talents à suivre
© Ludovica Mangini

SaloneSatellite : huit talents à suivre

Passage obligé du Salone del Mobile, le SaloneSatellite était de retour pour sa 27e édition, révélant son lot de jeunes designers à suivre. Découvrez les coups de cœur Intramuros de l’édition 2026.

Sous la houlette de Marva Griffin Wilshire depuis sa création en 1998, le Salone Satellite, rendez-vous incontournable de la jeune garde du design à Milan, se dévoilait cette année sous le thème « Skilled Craftsmanship + Innovation ». Ils étaient plus de 700 designers, âgés de moins de 35 ans et venus de 39 pays, à avoir répondu à l’appel. Un panel de jeunes créateurs aux univers singuliers, venus défendre le design sous toutes ses formes, parmi lesquels la rédaction dévoile les huit talents qui ont retenu son attention.

JÜNGERKÜHN

Le studio berlinois JÜNGERKÜHN a été fondé en 2023 par les designers Konrad Jünger et Verena Kühn, rencontrés lors de leurs études en design produit. C’est durant cette période qu’ils développent un intérêt commun pour le numérique, la robotique et le comportement des matériaux analogiques, qui fera par ailleurs naître leur devise : « work in process ». JÜNGERKÜHN établit un lien « entre design industriel et artisanat numérique, avec une attention particulière portée aux matériaux ». Porté par le Digital Craft, le projet Soft Touch - système de sculpture sur mesure destiné au travail par soustraction sur céramique - présenté lors du SaloneSatellite, est très représentatif de leur démarche, qui allie outils numériques et matières. « Selon des facteurs tels que le degré de séchage ou l’épaisseur, le matériau réagit différemment. Le processus est défini, mais le résultat émerge de l’interaction entre la machine et le matériau. Cela reflète notre approche, qui consiste à concevoir des systèmes permettant une variation, plutôt qu’une reproduction à l’identique. » Un projet pour lequel le studio a par ailleurs été récompensé du troisième prix des Satellite Awards.

Projet Soft Touch

Liu Dong

Originaire de Pékin, en Chine, Liu Dong s’est formé à l’Université des arts de Berlin, dont il sort diplômé en 2019. Après des expériences dans différents studios de design, elle fonde son studio éponyme en 2025. Guidé par la créativité, il cherche avant tout à éviter la répétition : « Je ne recherche pas un contrôle absolu ; au contraire, j’accueille l’imprévu qui peut émerger. Je suis également attiré par une certaine forme de chaos. Mes projets embrassent l’imperfection et le hasard, tout en conservant un potentiel de production en série. » Inspiré d’un concept chinois contemporain qui dit « bien que façonné par l’homme, comme formé par la nature », il cherche à créer un équilibre entre machine, nature et intervention humaine. En témoigne la lampe TG-01, présentée au Salone, conçue comme une sorte de « lampe à récolter ». Celle-ci nécessite de l’utilisateur qu’il participe au processus de création, puisque ce dernier doit collecter des branches afin de créer une structure fonctionnelle à la lampe. « Il n’existe pas de configuration unique, ce qui rend chaque lampe singulière. Le processus favorise une reconnexion à la nature, où chaque branche devient un élément essentiel. »

Lampe TG-01

Taran Neckelmann

Designer norvégienne-allemande basée à Bergen, en Norvège, Taran Neckelmann définit son univers comme étant marqué par l’exploration du temps et de la longévité. « Je pense que nous avons la responsabilité de créer des objets qui durent. Mais il n’existe pas de réponse simple à cette question, et je m’intéresse aux mécanismes et aux stratégies qui permettent une résonance esthétique sur le long terme. » Son travail, inscrit dans la tradition scandinave, propose des objets cohérents qui introduisent de la répétition, de la géométrie et des jeux de matérialité. Pour le projet de tabourets Cooper, Taran Neckelmann explore la manière dont les techniques ancestrales et les motifs culturels peuvent conférer à un objet une forme de familiarité narrative. « J’ai grandi sur la côte ouest de la Norvège, dans une ville avec une forte tradition maritime. La fabrication de tonneaux y occupe une place importante dans la culture matérielle. C’est un savoir-faire présent dans de nombreuses régions du monde, ce qui le rend universellement reconnaissable. » Un projet qui s’inspire de plusieurs techniques norvégiennes, telles que le « lagging », mais également de l’artisanat japonais du « kioke ».

Tabouret Cooper

Birk Manum Bjerkan

Intéressé par le dialogue entre design et artisanat comme par la manière dont les matériaux « pensent » et se comportant entre eux, Birk Manum Bjerkan dispense une approche basée sur la construction. « En fonction du médium, j’essaie de créer des objets dotés d’une logique claire et d’un caractère cohérent. » Une approche qui rappelle celle de Jean Prouvé, l’un de ses maîtres à penser. Formé à la NTNU, en Norvège, et à l'Académie des Beaux-Arts de Brera, à Milan, le designer a lancé son propre atelier spécialisé dans le mobilier et la décoration intérieure, en 2024. « Un prolongement logique du design de mobilier » pour celui qui pratique également la peinture comme une autre manière de comprendre et de percevoir les matériaux à leur juste valeur. « C’est cette réflexion sur la valeur des éléments qui m’a notamment amené à travailler un fauteuil en bois de bouleau lamellé. C’est une essence norvégienne généralement utilisée à des fins de chauffage alors même que ce matériau est très polyvalent et jouit d’une longue tradition d’utilisation dans les pays nordiques en raison de sa bonne résistance au cintrage. »

Masaya Kawamoto

« Je pense que ma singularité réside dans la manière dont j'applique les techniques de travail du métal. » Basée à Tokyo où elle a fondé son studio en 2024, Masaya Kawamoto explore le lien entre les héritages traditionnels et la technologie moderne. Un pont que la designer illustrait cette année en présentant une chaise entièrement réalisée en métal selon les plans d’une pièce historiquement réalisée en bois, ou encore la lampe Bicone « inspirée de détails issus de luminaires emblématiques du passé ». Deux pièces à travers lesquelles la créatrice dévoile son intérêt pour la transformation et la réinterprétation des classiques modernistes par le biais du métal. Un univers diversifié en écho au passé de la créatrice - issue de l’École supérieure d’art de l’université Nihon - qui a débuté sa carrière chez un grand fabricant de mobilier de bureau puis au sein d”un cabinet de design lui ayant permis de toucher aux univers des équipements publics et de l’électroménager. « Bien que ma formation soit en design industriel pour la production de masse, je m'engage également à explorer des expressions expérimentales. Je cherche à équilibrer avec une beauté qui doit leur permettre d’exister en tant qu’objets de collection. » Une complémentarité qui lui avait valu d’exposer sa série PF à Alcova l’année dernière.

Hojo Akira

« Je pars de la structure plutôt que de la forme. L'apparence n'est pas le but, mais le résultat de la fonction, de la logique et de la fabricabilité. Dans cette approche, je recherche une condition où tous les éléments s'articulent de manière cohérente, sans complexité inutile » explique Akira Hojo. Une approche que le designer, installé à Tokyo, estime influencée par son expérience initiale comme designer interne pour des meubles de série. « Pour moi, l'industrie n'est pas une contrainte, mais un point de départ. Je construis des structures basées sur des procédés de fabrication tels que l'extrusion et les systèmes modulaires, en intégrant la production dès les premières étapes de la conception. » C’est notamment cette réflexion sur le processus qui a amené le designer à s'intéresser à la maille souple. Un matériau à l’origine de la chaise modulaire. « L’idée est que la structure n’impose pas de forme d’assise, mais qu’elle s’adapte au corps de l’utilisateur. Et le tout avec une grande stabilité, mais l’utilisation d’un minimum d’éléments. » Une application qui illustre correctement le rapprochement entre concept et réalité tout en veillant à « ce que la production, la structure et l’utilisation demeurent alignées. »

PLASMA-f

Fondé par Alberto Smaldone, le studio PLASMA-f entend ramener l’attention sur les procédés pour mettre en lumière la durabilité qui en découle. Ici, « chaque projet commence par une étude spécifique d’un matériau ou d’une technique de construction, plutôt que par une intention formelle prédéfinie ». Une approche qui confère généralement aux pièces du studio une forte géométrie. « La simplicité est le résultat d’un processus de réduction. En supprimant le superflu, l’objet peut atteindre un état où sa structure, sa logique et sa présence apparaissent clairement. C’est une manière de rendre les choses plus lisibles. » Un travail créatif tout autant qu’expressif, porté sur la proportion et l’équilibre à l’image de la pièce emblématique du studio : MIRACH. Réalisée entièrement en chutes de marbres issus des résidus de production, celle-ci évoque un certain goût pour l’efficience structurelle. « La structure est simplement composée d’éléments en forme de L maintenus ensemble uniquement par des tiges filetées tendues, configurées en une poutre précontrainte assemblée sans aucune colle, comme dans un pont. »

Banc Mirach © Michela Pedranti

Bryce Lim

À mi-chemin entre objets domestiques et objets de collection, les créations de Bryce Lim naissent dans un univers ni complètement étranger ni réellement familier. Diplômé d’une licence en design industriel (avec une spécialité innovation produit) à l'Université nationale de Singapour (NUS) en 2025, le designer s’intéresse « aux moments où la reconnaissance attire l’attention, mais où de subtils écarts commencent à déstabiliser la perception ». Un sentiment qui s’explique notamment par l’utilisation de matériaux inhabituels à l’image de la collection Squishy Vase réalisés en mousse de polyuréthane (PU). Une enveloppe étonnante, suggérant un certain poids et une certaine solidité pourtant déformable sous la pression. Façonnée à l’aide de moules imprimés en 3D, cette collection reflète l'intérêt du designer pour le potentiel expressif des matériaux et des procédés de fabrication, abordés à travers un prisme situé entre la production industrielle et l’artisanat. « Plutôt que de partir d’un résultat prédéfini, je laisse souvent le comportement des matériaux et des procédés guider mon travail. Et je pense que l’aspect futuriste que l’on peut voir dans mes objets ne vient pas de l’imagination de matériaux ou de formes entièrement nouveaux, mais d’une remise en question de ce qui existe déjà. »

Collection Squishy Vase
Rédigé par 
Maïa Pois et Tom Dufreix

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8/9/2026
Hall haus fait sa rentrée chez Monoprix

Pour cette rentrée, Monoprix invite Hall Haus à signer une collection de mobilier et d’objets décoratifs empreints d’une esthétique industrielle. À cette occasion, nous avons posé trois questions à Sammy Bernoussi, cofondateur du studio parisien.

Porté par un univers mêlé d'influences hip-hop et sportives, Hall Haus présente sa collaboration avec Monoprix. Première d’ampleur pour le studio, la collection distille un style industriel dans l’air du temps sur un large éventail de meubles et d’objets dédiés à la maison. Une approche contemporaine dont nous parle Sammy Bernoussi, l’un des quatre cofondateurs du collectif.

Hall Haus est souvent associée à une esthétique industrielle marquée par des plaques d’acier ajourées. Pourquoi avez-vous souhaité conserver ce parti-pris dans cette collection ?

Certes, on retrouve des plaques avec des trous, mais il me semble que nous nous sommes tout de même un peu détachés de cela en créant un pont avec Prisunic. Et ça passe notamment par des tubes cintrés. On avait déjà expérimenté cette technique, mais c’était difficile pour nous car nous avions de petits volumes de production. La collaboration avec Monoprix a ouvert de nouvelles portes formelles, mais aussi matérielles avec le chrome, excessivement cher sur des séries réduites. Par ailleurs, le fait de collaborer avec Monoprix nous a aussi donné l’opportunité de créer une vraie gamme complète. Esthétiquement on voulait qu’elle reflète nos créations passées, mais aussi ce que nous n’avions pas encore eu la chance de voir aboutir. On parle beaucoup de Bahaus aujourd’hui, donc ça nous amusait de mélanger les structures tubulaires de Breuer avec notre ADN. Cette collection est un mélange d’historique et de notre propre langage, notamment coloré. Pour rappel, Hall Haus vient des halls d'immeubles et de ce que renvoient ces espaces en termes de collectivité, mais la deuxième partie du nom et surtout une évocation de notre sensibilité pour le courant moderniste du Bahaus.

Monoprix - Hall Haus

La collection s’impose par ses nombreuses typologies différentes. Pourquoi ?

On a vraiment eu carte blanche pour ça. L’idée de départ était de proposer les essentiels de la rentrée puisque nous arrivions début septembre. On voulait qu’un étudiant puisse meubler son nouvel appartement avec du beau et pour pas cher. Qu’il puisse mettre peut-être 10 euros de plus pour avoir une pièce customisée. Il me semble que l’on a dessiné plus de 45 objets au départ pour finalement n’en fabriquer que 27. Nous avons sélectionné des typologies accessibles, mais nous avons aussi décidé d’en hybrider d’autres. Par exemple, nous avons enlevé le sèche-linge, mais des barres ont été ajoutées sur le paravent pour lui donner une nouvelle fonction d’étendoir. En découle un objet intéressant pour les petits appartements. En fait, je suis convaincu que chacun peut trouver une pièce utile pour son appartement.

Avec vos créations précédentes, les collectionneurs étaient habitués à la couleur. La collection que vous proposez semble pourtant faire l’éloge de la sobriété ?

C’est vrai que les créations du studio sont souvent personnalisables dans des couleurs vives, mais pour notre collaboration avec Monoprix, il fallait rationaliser. On a enlevé le rose, nous avons gardé le bleu uniquement pour le caddie et avons opté pour le jaune et le beige qui est un ton neutre et continu d’être très demandé. Et après nous avons simplement rehaussé la collection d’un petit peu de rouge en référence à Monoprix. Avec la base moderniste en chrome, nous étions très libres pour le choix des couleurs, donc ça s’est avéré très naturel.

Monoprix - Hall Haus
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4/9/2026
The Eames Houses : l’ouvrage d’une révolution

À l’occasion de la parution de l’ouvrage The Eames Houses, son auteur, Eckart Maise, et Antonio Navarro, directeur créatif de Kettal, reviennent sur la vision pionnière et créative du célèbre couple d'architectes américains.

Couple mythique de l’architecture, Charles et Ray Eames ont participé à faire entrer le modernisme dans le secteur de l’habitat. Près d’un siècle après leurs réalisations les plus célèbres, la maison d’édition Phaidon publie « The Eames Houses ». Plus qu’une monographie, l’ouvrage développé pendant deux ans revient sur huit projets explorant la préfabrication, la flexibilité ou encore les matériaux industriels. L'architecture n'est pas ici un exercice stylistique, mais un système généreux au service de la vie quotidienne. Pour revenir sur cette philosophie, nous avons posé quelques questions à Eckart Maise, ancien directeur de la création chez Vitra, mais également collaborateur de longue date de la famille Eames, et à Antonio Navarro, directeur artistique de l’entreprise espagnole Kettal qui lançait en avril dernier, la commercialisation d’un Pavillon Eames.

Livre The Eames Houses

Pour commencer, pourriez-vous rappeler le contexte qui a vu naître les maisons Eames ?

Eckart Maise : Ces maisons sont apparues aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, la grave pénurie de logements coïncidait avec un modèle industriel, désormais capable de produire des composants standardisés à très grande échelle. Il se trouve qu’en Californie, la population augmentait rapidement et l’évolution des modes de travail et de la vie familiale appelaient de nouvelles formes d’architecture domestique. Donc le programme Case Study House est lancé en 1945 par la revue Arts & Architecture de John Entenza. Il s’agissait de demander aux architectes de mettre les avancées dans le domaine des matériaux au service de logements modernes et économiques. Charles et Ray Eames ont conçu la maison comme un système plutôt que comme un objet à proprement dit. C’est-à-dire en favorisant une structure légère assemblée à partir de composants facilement disponibles et capable de s’adapter à différents sites, occupants et modes de vie.

Donc l’idée fondamentale des Eames était de créer un design modulaire industrialisé ?

Antonio Navarro : Absolument. Charles et Ray ont démontré que cette idée était viable à travers l’Eames House. Mais sa transformation en un système industriel pouvant être produit et distribué à plus grande échelle n’a pas fonctionné.  Le concept était probablement simplement trop en avance sur son temps. À la fin des années 1940, nombre des matériaux, composants et technologies nécessaires pour produire efficacement ce type d’architecture n’existaient pas encore ou n’étaient pas suffisamment accessibles. L’Eames House elle-même a été construite à partir de composants industriels initialement fabriqués pour d’autres usages. D’ailleurs, Charles et Ray ont développé une maison préfabriquée pour Kwikset, destinée à une production en série, mais l’entreprise a changé de propriétaire puis a fait faillite avant que le prototype puisse être construit.
L’architecture est beaucoup plus difficile à industrialiser que le mobilier. Chaque projet doit répondre à son climat, à sa localisation, à ses fondations, aux réglementations locales, aux réseaux et à la logistique. Donc l’idée était juste, mais il manquait un écosystème technique et industriel nécessaire pour la rendre possible. Aujourd’hui, nombre de ces conditions existent enfin.

Livre The Eames Houses

 

C’est ce qui a été démontré en avril à la Triennale de Milan avec le lancement d’un Pavillon Eames. Comment Kettal et le Eames Office ont-ils collaboré pour concevoir cette version 2026 qui n’est pas la réplique d’un plan, mais le prolongement d’une vision ?

EM : Le pavillon est né d’une recherche dans les archives consacrée aux maisons expérimentales et aux systèmes constructifs développés par Charles et Ray entre 1945 et 1955. L’Eames Office et Kettal ont traduit leurs principes récurrents — une trame structurelle, des composants préfabriqués et des panneaux de remplissage interchangeables — en un kit de pièces contemporain. Pour Kettal, la marque s’est imposée naturellement parce qu’elle possédait déjà une expérience dans la construction en aluminium et notamment de pavillons modulaires. Ses capacités d’ingénierie et de fabrication ont permis de faire aller les idées des Eames au-delà du prototype. L’idée n’était pas de reproduire un projet historique unique, mais de développer un système adaptable pouvant être fabriqué, configuré et étendu en fonction des exigences actuelles.

Et ces exigences ont certainement amené quelques changements ?

AN : Je ne dirais pas que nous avons changé l’architecture. Notre intention était de traduire le système original dans une production contemporaine tout en préservant sa logique, ses proportions et son caractère visuel. Dès le départ, nous voulions que le travail technique réalisé par Kettal soit presque imperceptible dans le résultat final.
Nous avons donc étudié l’Eames House en tant que prototype construit, en mesurant et en analysant ses composants, ses profils, ses surfaces, ses couleurs et ses détails constructifs. Cette étude a été associée aux recherches menées par l’Eames Office sur leurs autres projets architecturaux construits et non construits.

 

Mais passer d’un projet non-construit à un produit disponible à la vente nécessite une standardisation, notamment au niveau des éléments techniques ?

AN : Effectivement. Nous avons réduit le nombre d’éléments, rationalisé les assemblages et établi des règles claires de configuration. Paradoxalement, simplifier le système augmente ses possibilités, car les mêmes composants peuvent créer de nombreuses structures différentes.
C’est donc l’aspect technique que nous avons principalement modifié en introduisant des profilés en aluminium extrudé de haute précision, en améliorant l’isolation thermique et acoustique, et en prenant en compte les exigences contemporaines en matière d’étanchéité, de tolérances, de résistance aux intempéries, de durabilité et de réglementations locales. Nous avons également intégré l’éclairage, la ventilation, la régulation climatique et la connectivité. Il y a donc de la nouveauté, mais l’intelligence architecturale sous-jacente reste celle de Charles et Ray Eames.

Livre The Eames Houses

Comment expliquez-vous que cette intelligence, vieille de près d’un siècle, répond encore aux besoins et aux aspirations contemporaines ?

AN : Peut-être que le plus surprenant est que nombre des questions auxquelles Charles et Ray ont cherché à répondre sont devenues encore plus urgentes aujourd’hui. En tout cas, les facteurs sont multiples.
D’un point de vue technique, ils concevaient l’architecture comme un système adaptable plutôt que comme un objet fixe. Une trame rationnelle et un nombre limité de composants interchangeables permettent de configurer une structure pour différents usages, de l’agrandir, de la réduire, de la démonter ou de la déplacer. Les éléments peuvent être réparés ou remplacés individuellement, et les composants qui ne sont plus nécessaires peuvent être réutilisés ailleurs. Il s’agit d’une utilisation des matériaux beaucoup plus intelligente que lorsque chaque bâtiment est considéré comme un ensemble permanent et indissociable.
D’un point de vue sociologique, nos vies sont devenues de plus en plus mobiles et changeantes. Les familles s’agrandissent où se réduisent ; les entreprises se développent, se contractent ou déménagent ; et les frontières entre la maison, le travail et l’hospitalité continuent de s’estomper. Un espace adapté aujourd’hui peut devoir fonctionner de manière très différente dans cinq ou dix ans. Les Eames avaient compris que l’architecture devait accompagner ces changements plutôt que leur résister.
Il existe également une dimension environnementale. Dans certains contextes, l’architecture devrait être réversible, permettant de retirer une structure et de restaurer le paysage plutôt que de le transformer de manière permanente.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’ils ne concevaient pas une architecture correspondant à une image particulière de la vie moderne. Ils pensaient une structure capable de répondre à la vie à mesure qu’elle évolue.

 

En plus de leur fonctionnalité en tant qu’espaces de vie, les bâtiments des Eames étaient également visuels. Quel rôle les Eames et leur architecture filaire ont-ils joué dans l’esthétique moderniste et dans le célèbre programme des Case Study Houses ?

EM : Sur les 36 Case Study Houses proposées, Charles et Ray Eames ont développé le projet original de la Bridge House ainsi que l’Entenza House avec Eero Saarinen, puis l’Eames House qui a effectivement été réalisée. Bien que les 36 projets répondent à un même cahier des charges portant sur des logements économiques et contemporains, leurs approches architecturales différaient considérablement.

La contribution particulière des projets des Eames résidait dans le fait de considérer la structure métallique apparente, les composants industriels standardisés, le vitrage et les panneaux colorés à la fois comme un système constructif et comme une composition visuelle. Leur importance ne résidait pas dans la définition d’une esthétique unique des Case Study Houses, mais dans la démonstration que la standardisation industrielle pouvait favoriser la liberté architecturale et des modes de vie finalement très individualisés.

Livre The Eames Houses
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4/9/2026
Paris Design Week : l’Agenda d’Intramuros

La Paris Design Week est de retour dans la capitale du 10 au 19 septembre pour célébrer le design sous toutes ses formes. Petit tour des expositions à ne pas manquer lors de cette édition. 

5-7 septembre : Salon Shoppe Object Paris, Paris Expo Porte de Versailles, 75015 Paris

8-27 septembre : Exposition « Contrepoint » d’Anthony Guerrée, Musée Bourdelle, 16, rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris

9 et 10 septembre : Exposition « Trames » par Heju Studio chez Tarkett, 43 Rue de Saintonge, 75003 Paris

9-13 septembre : Exposition « The Light Library » par le Studio Meaningful, Galerie Ideal Place, 38, rue des Gravilliers, 75003 Paris

9-19 septembre : Exposition « Sotto Voce », 3 rue Paul Bert, 75011 Paris

avec : Clément Pasquier, Justine Ménard, Florie Berger, Mélissa Wago-Lala, Mathilde Martin et Sòler Paris

9-20 septembre : La « Re-prise de la Bastille » par le studio 5.5, Place de la Bastille, 75004 Paris

10-13 septembre : Exposition « Trois Pièces » avec Polimair, Lucas Zito et Tapicheri, 52 rue Charlot, 75003 Paris 

11-13 septembre : Exposition « Take one just in case », 10 rue Tesson, 75010 Paris initiée par Pierre Castignola et Alexandre Delasalle 

avec : Augustin Puzio, Atelier Burrata, made by ASTRONAUTS, Lana Arih, Jules Barton, Tin Alaya, Pierre Castignola, Laura Casañas Maya, Alice Clermont, Alexandre Delasalle, Laura Dominici x Basil Schu, Lewis Duckworth, e8 Tableware, Tim Teven, Diego Faivre, Lucas Muñoz Muñoz, Helene Falgayrette, Olga Flor, Lino Gasparitch, LS Gomma, Ebba Studio, Flora Lechner, Anna McAllister, Mark Malecki, Johanna Pichlbauer, Jovien Panné, Sacha Lefèvre, Sigurd Schelde, Marie Verdeil

10-14 septembre : Paris Design Week Factory :

Espace Commines : 17, rue Commines, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 116, rue de Turenne, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 16, rue des Minimes, 75003 Paris 

Galerie Ellia : 10, rue de Turenne, 75003 Paris

11 et 12 septembre : Ikea « l’Habitat de l’année », 4 rue François Miron, 75004 Paris

10 au 19 septembre : Installation PICNIC de Cluzel / Pluchon, Hôtel d’Albret, 31 rue des Francs Bourgeois, 75004 Paris 

10 au 19 septembre : Exposition « Bar Stool », Espace Brownstone, 26 rue Saint-Gilles, 75003 Paris initiée par Athime de Crécy et Quentin Frichet 

avec : AC/AL, Antonin Fassio, Arthur Desmet, CPRV, Athime de Crécy, Camille Donias, Claire Lavabre, Cluzel & Pluchon, Denise Merlette, Formel Studio, François Lafortune, Guillaume bloget, Guillaume Gindrat, Gini Moynier, Giuseppe Formica, Hugo Chaffiotte, Marine Quéré, Meta, Paul Tubiana, Quentin Frichet, Romain Sillon & Clara Ormières, Sacha Parent & Valentine Tiraboschi,  Sara Decampos, Théo Leclercq & Camille Viallet, Thelonious Goupil, Tobias Brunner et Wint Design Lab.

10 au 19 septembre : Frgmnt Design Week chez Heureux les curieux, 23 rue du Pont aux Choux, 75003 Paris 

avec : Alexandre Veillon, Alicia Bonnard, Amalgame Studio, Ariane Ronot, Atelier Anova, Atelier Apara, Atelier Perret, Benoit Porte-Proust, Claire Buet, Clémence Birot, Clémence Lucchini, Clément Thevenot, Céline Proust, David Jacquinot, Emma Batsheva Cohen, Faustine Perret, Florence Boujnah, Judith Chauvel-Levy, Kr.Atelier, Louis Daigre, Mahée Billères, Marine Gaillard, Marion Gaudino, Maxime Wan Meenen, Mickaël Gayet, Mileno Guillorel-Obregón, Nessim Kaufmann, Nicolas Guillamot, Olive®, Post Industrial Crafts, Richard Rondelez, Sarah Remy, Studio CoPain, Studio Évaporer, Studio Jumel, Tancrède de Beaumont, Théo Laverne, Valentin Bony, Vincent Cassat, Yohan Thomas en collaboration avec Etnisi, La Tête Dans Les Nuages, La Fabrique Materia, Matériaux Urbains, NaturLoop, Pierre Plume, Reed Material, Renature Materials et Tissium

10 au 27 septembre : Paris Design Week au BHV Marais, 52 rue de Rivoli, 75004 Paris

avec : Jean-Baptiste Durand et Simon Geringer, Théo Charasse avec Vous pouvez dormir dans la grange, Gaspard Fleury-Dugy, Laure Philippe avec le studio BrichetZiegler, Gregory Lacoua et BehaghelFoiny

10 septembre au 3 octobre : Exposition « Multiples », galerie des ateliers de Paris, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris 

avec : Camille Viallet & Théo Leclercq, Cluzel / Pluchon, CPRV, Jules Levasseur, Julie Richoz, Kevin Lebouvier - Klaes studio, Laure Philippe, Lila Guédin, Lucien Icard, Nicolas Verschaeve, Selah Creative Office, Studio Poirier Bailay, Valentine Tiraboschi & Sacha Parent,Thelonious Goupil et Unknown Untitled

10 septembre au 4 octobre : Exposition « La Tempête » de Jérémy Pradier-Jeauneau avec Fermob, Arc de Triomphe, Place Charles de Gaulle, 75008 Paris

10 septembre au 10 octobre : Exposition « Under Pressure » de Marie et Alexandre, galerie signé, 33 Rue Bonaparte, 75006 Paris 

11 septembre au 31 octobre : Exposition « Petals » de Patrick Jouin, Galerie de Sèvres, 4 place André Malraux, 75001 Paris

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3/9/2026
À Shoppe Object Paris, Intramuros expose « Second Life »

Pour cette deuxième édition de Shoppe Object Paris, Intramuros vous invite à venir découvrir l'exposition « Second Life » et le travail des designers mis à l’honneur dans les pages de notre dernier numéro à découvrir en kiosque.

Pour sa deuxième édition française, Shoppe Object Paris s’installe de nouveau Porte de Versailles du 5 au 7 septembre 2026. Dédié aux secteurs de la maison, du design et du lifestyle, le salon s'inscrit cette année dans la thématique globale de Who's Next : Le dîner. Imaginée en accord avec cette dernière, la scénographie s’articulera autour d’une grande table d’exposition regroupant plus de 80 marques, parmi lesquelles Michie Studio, Tiptoe ou Rikke Falkow.

Intramuros au cœur du dispositif

En écho à la dimension curatoriale du salon, Intramuros prendra part à l’événement en dévoilant l’exposition « Second Life », présentant les travaux des designers issus de notre numéro de septembre. Plus qu’un sujet dans l’air du temps, ce sont des perspectives concrètes et novatrices dont nous avons souhaité parler. Convaincus que les enjeux ne doivent pas nous amener à renoncer à produire, mais au contraire à ouvrir de nouveaux horizons créatifs en révélant le potentiel de la matière, cette thématique entend célébrer l’ingéniosité d’un secteur qui réinvente les gestes et les méthodes. Celles qui réparent, transforment, réemploient, reconditionnent et transforment ce que nous, consommateurs, destinons au rebut.Certains que la circularité ne peut se faire au détriment du désirable, notre sélection rassemble quatorze histoires que la rédaction vous invite à découvrir jusqu’à lundi au sein de Shoppe Object Paris :

- Sander Wassink

- Lucie Gholam

- Fab.BRICK

- Iranzo

- Polimair

- Rikkert Paauw

- ecoBirdy

- James Shaw

- Furniture For Good

- Dirk van der Kooij

- QDB Editions

- Carton Studio

- Maximum

- Antônio Frederico Lasalvia × Moroso

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