
Formafantasma ou le design analytique
Unanimement acclamé par l’industrie et les musées, ce duo nous invite depuis ses débuts à poser au design les questions qui fâchent, tout en y apportant des réponses élaborées sans gâcher le plaisir des yeux.
On ne présente plus ce duo transalpin formé par Andrea Trimarchi et Simone Farresin, deux diplômés de la Design Academy d’Eindhoven qui, plus que jamais, ont su appliquer à leur travail l’approche expérimentale de la célèbre académie. Dès ses débuts, en 2009, le studio s’est en effet inscrit dans une démarche à part, poursuivant parallèlement la création de produits pour les éditeurs et la recherche avant-gardiste plus personnelle, l’une nourrissant l’autre et vice versa. D’où l’intérêt particulier que suscite leur travail partout dans le monde, entraînant les collaborations les plus variées, de l’édition de produit à la scénographie, en passant par le conseil pour des marques et les expositions. Tout le monde veut la caution Formafantasma, mélange parfait entre esprit analytique et désirabilité esthétique.

Premières collaborations
Toujours l’oeil affûté, la galeriste Libby Sellers les déniche pour les mettre à l’honneur à Londres, exposant leur projet Moulding Tradition, où des céramiques siciliennes et notamment les traditionnelles têtes de Maures étaient remises en question dans leur rapport à l’identité locale. C’était en 2010. Depuis, Fendi a suivi, avec le cuir cette fois, ou encore la chicissime cristallerie viennoise J. & L. Lobmeyr, qui réalise leur projet Still pour l’art de la table, un système à charbon pour filtrer l’eau du robinet. Flos, Bitossi, Artek et bien d’autres emboîteront le pas, pendant que des projets plus expérimentaux pousseront le duo à creuser une approche réfléchie et novatrice qui mêle recherches approfondies, exploration de matériaux et engagement sur des questions environnementales et sociales. C’est tout un questionnement plus large sur la culture, la consommation et la durabilité qui s’engage avec Formafantasma, dans lequel le produit devient une forme de narration visuelle et analytique, sans oublier son ancrage dans les problématiques de son temps.

L’importance des matériaux
Ainsi, en 2010, leur série Autarchy s’intéresse aux matériaux durables et à l’autosuffisance en matière de production. Dans ce projet, Formafantasma explorait l’utilisation de matériaux naturels locaux et renouvelables en se concentrant particulièrement sur la terre cuite et les processus artisanaux liés à cette matière. Plus tard, en 2017, à la NGV Triennial de Melbourne, puis en 2018 à la Triennale de Milan, ce sera au tour d’Ore Streams d’illustrer leur intérêt pour les matériaux issus du recyclage et de l’économie circulaire. En collaboration avec des experts en chimie, Formafantasma y étudiait les métaux extraits des déchets électroniques pour créer plusieurs objets, tout en soulevant des questions sur l’exploitation minière et les processus de fabrication de l’électronique. En réutilisant ces matériaux comme source de création, le duo continuait là son parcours, cherchant à sensibiliser le public aux impacts environnementaux des industries modernes. Mais le champ d’investigation du duo ne connaît pas de limites, comme le prouvait encore l’année dernière l’ensemble de meubles baptisé La Casa Dentro, produit par les galeristes romains de Giustini Stagetti et exposé à la Fondazione ICA de Milan. Ici, c’est tout le cliché de la domesticité genrée qui se retrouvait décortiqué et pris à contrepied, jouant le contraste entre l’esthétique tubulaire du modernisme et les fioritures sans équivoque d’une fleur peinte ou d’une broderie cousue main. L’occasion pour Formafantasma de mettre à mal la virilité sobre et rigoureuse vantée à l’époque par certains comme Adolf Loos, en opposition à l’ornement « criminel » des courants vus précédemment dans l’histoire des arts décoratifs. Un énième travers du design qui ne pouvait pas échapper à la loupe de Formafantasma. Quel sera le prochain ?

Dernières actualités
En juin 2025, le duo avait passé un nouveau cap avec une première exposition américaine à New York à la galerie Friedman Benda. Intitulée Formation, cette dernière présentait un ensemble de 11 pièces en bois, où la planche est utilisée en tant que forme primaire pour se déployer à travers des produits allant du sofa à la chaise en passant par la table ou encore des lampes. Un projet remarqué, qui a de nouveau été mis à l’honneur en mars 2026 à l’occasion du salon TEFAF à Maastricht, pour un rendu tout en équilibre, à l’image du duo.

















