Interview

Nouvellement constitué, le groupe Accent Rouge a ouvert un nouveau showroom rue du Mail, à Paris. L’occasion d’échanger avec Daniel Setton, son PDG.
Avec l’ouverture de son showroom de 400 m² rue du Mail, en plein cœur de Paris, Accent Rouge franchit une nouvelle étape de son développement. Pensé comme un lieu de démonstration et d’échanges, cet espace met en scène l’ensemble de ses expertises - lumière, chauffage, portes & poignées et mobilier - au service des architectes, prescripteurs et professionnels de l’immobilier. Fort de 40 ans d’expérience, de 120 collaborateurs et de trois espaces d’exposition entre Paris et Lyon, le groupe affirme à travers cette adresse la volonté de proposer des solutions concrètes, techniques et adaptées, portées par un interlocuteur unique. Daniel Setton, PDG du groupe, revient pour nous sur la genèse de ce projet et sur la vision qui accompagne cette dynamique.

Le groupe Accent Rouge est l'héritier de quatre marques. Pouvez-vous nous en parler et nous expliquer cette volonté d'évoluer sous une seule et même bannière ?
Accent Rouge est né de la réunion de quatre marques historiques : Le Cèdre Rouge Business, Inédit Lighting, Passage Portes et Poignées sans oublier Worldstyle. Depuis plus de 40 ans, chacune d’elles a développé une expertise forte et une légitimité reconnue dans son domaine respectif. Cependant, au fil des projets, nous avons remarqué que nos clients ne cherchaient plus une réponse segmentée, mais une vision globale. Il nous manquait un lien visible, une bannière commune capable d’exprimer notre capacité à accompagner un projet dans son ensemble.
La création d’Accent Rouge marque cette évolution. Elle incarne le rassemblement de nos savoir-faire sur fond d’expertise, d’exigence et d’un sens du service. C’était aussi une manière d’affirmer notre positionnement en proposant des solutions décoratives et architecturales globales, cohérentes et sur mesure. Aujourd’hui, le groupe offre un accompagnement transversal, de la conception à la mise en oeuvre.
Votre expertise se scinde en 4 volets, à savoir le mobilier, la lumière, les portes et poignées sans oublier le chauffage. Qu’est-ce que cela change d’avoir une expertise globale ?
Cette approche transforme profondément la manière de concevoir un projet. Elle permet d’offrir une vision d’ensemble, portée par un interlocuteur unique capable de coordonner toutes les expertises. Pour nos clients, quels qu’ils soient, cela représente un véritable gain de temps. Mais c’est également la garantie d'une cohérence esthétique et technique.
Il faut bien comprendre qu’un projet ne se résume pas à juxtaposer des éléments. La finition d’un interrupteur peut dialoguer avec celle d’une poignée de porte, d’un montant, ou même d’un sèche-serviettes. Les matières, les teintes, les textures se répondent. L’ensemble doit s’accorder pour créer une harmonie globale. C’est cette capacité à penser le détail dans une vision d’ensemble avec nos clients qui fait la différence.

Vos projets s’étendent dans les secteurs de l'hôtellerie, des appartements privés, mais également des institutions culturelles, de l’urbain etc…. Comment le travail de votre bureau d’études s’articule avec celui des prescripteurs ?
Notre bureau d’études joue un rôle central. Il fédère les expertises techniques de chaque pôle et travaille en étroite collaboration avec les architectes, designers et maîtres d’ouvrage. Chaque domaine possède ses exigences spécifiques. En éclairage, par exemple, nous intégrons les contraintes normatives, les niveaux d’éclairement, l’efficacité énergétique ou encore la scénographie lumineuse. En chauffage, nous travaillons sur les puissances nécessaires selon les volumes, les usages, les systèmes de pilotage — notamment dans l’hôtellerie où le confort et la gestion énergétique sont essentiels. Sur les portes et le mobilier, la maîtrise des normes (coupe-feu, acoustique, tissus non-feu, accessibilité…) est déterminante. Notre rôle est d’anticiper ces contraintes techniques pour permettre aux prescripteurs de conserver une liberté créative totale. En fait, nous nous positionnons comme un partenaire technique et esthétique.
Vous travaillez avec des marques très connues comme Vitra pour le mobilier, et d’autres plus confidentielles comme l’éclairagiste espagnol Parachilna. Comment ce corpus est-il choisi ?
Le choix d’une marque résulte généralement d'une vision partagée. Nous privilégions des partenaires - majoritairement européens - qui défendent un véritable savoir-faire technique, une identité forte et une qualité de fabrication irréprochable. A partir de là, chaque marque doit apporter un univers distinct, tout en offrant une complémentarité avec les autres. Nous aimons révéler des signatures plus confidentielles, mais nous assumons aussi la présence d’icônes du design. Notre rôle est d’orchestrer cet équilibre tout en étant attentifs aux engagements environnementaux, aux matériaux recyclables, aux démarches RSE et aux innovations durables, qui deviennent aujourd’hui incontournables.


À l'occasion de sa nouvelle collection pour Monoprix en vente le 22 octobre, Axel Chay nous parle de son lien au design par le prisme de sa collaboration.
Seconde collaboration avec Monoprix, cette collection dessinée par Axel Chay arrive chez le distributeur ce mardi 22 octobre. D'abord éditée dans une version colorée et pop en février, cette réédition automnale entièrement chromée livre un nouvel aperçu du designer marseillais. Rencontré en juillet dans son appartement atelier où se répondent prototypes en courbe et mobilier Memphis, il nous avait parlé de ses inspirations et de son rapport au « beau ». Entretien avec ce créateur jovial tombé dans le design, quand il n'était pas si jeune.

Après Folies, vous présentez une nouvelle collection qui est la deuxième réalisée avec l'enseigne Monoprix. Pourquoi avoir accepté de renouveler l'opération ?
La première fois, j'avais accepté car c'est Monoprix et donc il y a toute une histoire avec Prisunic et une légitimé à faire du meuble et de la décoration. Ce n'était pas n'importe quelle marque de grande distribution. Il se trouve que la collection avait très bien fonctionné et renouveler l'opération était donc une belle opportunité et un super défi. C'était l'occasion de pousser de nouvelles portes que ce soit avec de nouveaux matériaux ou de nouvelles formes que l'on ne travaille pas en temps normal, car le coût de développement est énorme pour nous.
Mais justement, comment conjugue-t-on son design personnel qui a un coût relativement élevé et une fabrication artisanale, avec l'esprit de Monoprix, c'est-à- dire l'idée du design pour tous ?
Pour Monoprix, il a fallu penser l'objet en contrainte de coût, c'est-à-dire faire une pièce qui ne coûte pas cher à produire. Il y a donc de nouveaux paramètres qui se sont imposés comme le pays de fabrication, le nombre de pièces, ou encore la complexité. Mais le design pour tous, ça se traduit aussi visuellement. Donc l'esprit Monoprix, qu'il soit financier ou esthétique, m'a amené vers quelque chose de simple et d'intemporel.

Cette collection conjugue des courbes très contemporaines à la mode et une allure rétro presque 60-70's. C'est ça l'intemporalité, la navigation entre les époques ?
La collection d'octobre n'est pas inspirée d'une époque particulière, mais elle provient de ma culture design assez tardive. Mes parents n'avaient que du contemporain en décoration et je n'ai pas fait d'école d'art mais une école de commerce. C'est en sortant de mon master que je me suis intéressé au design moderne grâce à ma femme Mélissa qui chinait et mon frère qui est un artiste touche-à-tout avec qui je travaille aujourd'hui. Et j'ai découvert des choses géniales dans chaque décennie. Que ce soient les années 60 avec le développement de la courbe dans le design, l'esthétique 70's avec ce côté vieux James Bond ou encore les années 80 pour les créations notamment vestimentaires très affirmées. Ajoutez à cela l'Art cinétique ou Tom Wesselmann que j'adore... Bref, tout n'a pas été beau, mais tout est inspirant ! Donc mes créations sont surtout une digestion de ce qui a été fait avant. J'aime bien qu'une collection n'ait pas une allure trop ancrée dans son temps, mais qu'il y ait de petites ambiguïtés.
Et quoi de mieux que de changer le revêtement pour changer d'époque et de style. C'est finalement ce qui a été fait entre la collection de février et celle d'octobre ?
Oui effectivement. La première collection était très colorée ce qui a permis d'attirer l'œil et de la populariser en mettant les formes en valeur. Mais pour pouvoir rééditer les pièces, il fallait trouver quelque chose de différent. On est donc parti sur le chrome, car c'est à mes yeux quelque chose de « sexy » et c'est une valeur sûre.

Travailler le chrome, c'était aussi changer d'ambiance, passer d'une collection estivale à un ensemble plus hivernal, non ?
Je n'ai pas du tout pensé cette modification en termes de saisonnalité. Je n'intellectualise pas du tout la couleur, car ce n'est pas mon métier. Que ce soit pour Folies ou pour les nouveaux modèles, il s'agit surtout d'une question de goût et d'émotion. Pour la couleur, les formes sont très primaires, car la forme l'est. Il y a quelque chose qui tient presque du Memphis. Pour le chromé, il y a une forme de facilité encore plus grande, car le rendu est tout de suite très visuel et ça fonctionne avec tout, quel que soit l'objet. Quand j'étais jeune et que je n'avais pas encore de passion réelle pour le design, j'allais chez Emmaüs et je récupérais un buste sans valeur ou un vase inesthétique et avec une bombe de couleur ou chromé, je lui redonnais vie. J'avais ce besoin d'avoir un intérieur beau et scénographié qui sortait du lot. Aujourd'hui, ce n'est plus pareil car l'époque et mon travail ont changé, mais j'ai toujours ces besoins dans un coin de la tête.
Vous parlez de scénographie. Dans le cadre de vos collaborations avec Monoprix, le but était donc de concevoir un objet utile dans une scénographie faite pour recevoir ou bien penser l'objet pour qu'il soit scénique ?
Les deux. C'était important que l'objet soit assez fort pour créer son petit univers, qu'il existe par lui-même, mais il devait aussi créer une ambiance. C'est ce qui me plaît. J'aime aller au-delà de l’aspect décoratif pour essayer de faire quelque chose de beau qui fait plaisir. C'est ça le but de mon design et de cette collection finalement : faire plaisir.

La dernière édition du salon Workspace a fermé ses portes le 7 octobre dernier. Laurent Botton, directeur de l’évènement, revient sur les temps forts de cette manifestation tenue dans le contexte encore incertain de l’après pandémie. Pour lui, cette édition est celle des retrouvailles et des questionnements. La prochaine sera celle des premières réponses.

Alors que l’on annonce régulièrement la fin des lieux de travail, que les salons dédiés à l’aménagement tertiaire ne paraissent guère plus vaillant que le secteur qu’ils représentent, est-il raisonnable de consacrer un salon à cet objet paradoxal: le bureau, dont le nom désigne à la fois meuble et lieu de travail ?
Laurent Botton : Le salon avait déjà une longue histoire lorsque nous l’avons racheté en 2006. Nous avons repositionné une manifestation dédiée aux services généraux en deux manifestations distinctes, la première, Bureaux Expo, consacrée à l’aménagement de bureaux, et la deuxième aux services d’entreprises. Bureaux Expo a été rebaptisée Workspace Expo afin d’être mieux identifiée par nos partenaires internationaux, en particulier européens. Il faut savoir qu’après l’Allemagne, la France est le deuxième marché d’Europe en termes d’aménagement des espaces de travail. Notre force, et ce qui explique que nous continuons d’exister et même de croître, c’est que nous recevons les donneurs d’ordre, qui, faute de temps, ne peuvent se rendre sur des évènements du secteur comme Orgatech ou le salon du meuble de Milan. De ce fait, nous attirons les fabricants étrangers, côté exposant, tandis que notre visitorat augmente en France et dans les pays francophones limitrophes — Belgique, Luxembourg, Suisse romande…
Êtes-vous satisfait de la fréquentation de l’édition 2021 ?
L. B. : Nous avons reçu un peu moins de visiteurs qu’en 2019, qui était notre année de référence, ce qui est plus qu’encourageant.
Avez-vous observé chez vos exposants l’apparition d’une offre différente, post-pandémie ?
L. B. : Nous connaissons tous les répercussions de cette crise inédite sur le monde du travail, avec la montée en puissance du télétravail, souhaité ou subi, et les problèmes qu’il a posé aux employés comme aux entreprises, qui ont fait un travail extraordinaire en termes de connexion informatique, et la sécurisation des liaisons qui l’accompagne — les ransomware auraient crû de 68 % ! Pour nos exposants, qui traitent de l’aménagement de tout l’univers du bureau plutôt que des questions purement informatiques, 2021 reste un salon de questionnement : quelles sont les dynamiques qui vont s’affirmer, comment va-t-on s’y adapter ? Nous connaîtrons les premières réponses et les premières esquisses de futures tendances dans les mois à venir.
Avez-vous été tenté par une conversion du salon au format numérique ?
L. B. : Nous nous sommes bien sûr intéressés aux salons digitaux, mais ce format ne nous a pas convaincus. Notre manifestation met en avant des produits liés à l’univers du bureau — mobilier, cloisons, tables, etc. Le numérique ne peut pas restituer le toucher d’un matériau, sa couleur, ni le confort d’une chaise ou d’un fauteuil. Et sur le plan de la sociabilité, j’ai été vraiment frappé par le plaisir qu’avaient les gens à se rencontrer après deux années de régime distanciel. Ces retrouvailles dégageaient une énergie très positive, entre les discussions, les échanges de points de vue, les sourires. L’édition 2021 de Workspace nous a convaincus de la pertinence du présentiel !
L’édition 2021 de Workspace Expo a fermé ses portes en octobre, l’exposition 2022 reviendra à son calendrier d’origine et ouvrira fin mai — début juin. Ne craignez-vous pas que cette proximité de dates empêche les fabricants de préparer des nouveautés ?
L. B. : Nous avons presque 10 mois d’écart, quasiment une année sépare un salon de l’autre. Il faut également regarder cette temporalité dans son contexte. 2021 était un salon de questionnement, de confrontation d’idées, un salon dressant le bilan d’une période inédite. Les entreprises vont maintenant travailler d’arrache-pied pour intégrer ces retours et adapter leur offre à cette nouvelle donne, et je suis persuadé que l’édition 2021 apportera beaucoup de nouveautés dans les allées.
Au-delà des évolutions produits suscitées par la pandémie, avez-vous observé des tendances, des dispositifs ou des systèmes ?
L. B. : J’ai pu observer des équipements très colorés, aussi très adaptables, basés sur des systèmes démontables autorisant réassemblages et modifications au gré des besoins de l’entreprise. De mon point de vue, ces dispositifs sont intéressants, car ils correspondent à un monde où l’entreprise est de moins en moins figée. Une grande entreprise doit pouvoir se reconfigurer pour absorber la croissance ou la contraction des effectifs, survenant lorsqu’une société recrute, fusionne, change de périmètre d’intervention ou réorganise ses départements.
J’aimerais aussi mentionner les questions de made in France ou made in Europe, traduisant un souci d’écoresponsabilité. Ces questions vont au-delà de l’aménagement des espaces de travail, elles ont des répercussions sur les collaborateurs, les dirigeants d’entreprises. Il est probable qu’à l’avenir on croise dans nos allées de plus en plus de produits faisant appel au recyclage, soit le recyclage des composants d’un produit ou du produit tout entier.
Vous organisez un Prix de design, pensez-vous développer un prix mettant en lumière des produits ayant le moins d’impact sur l’environnement ?
L. B. : Nous sommes en train de réfléchir à la façon dont nous pourrions mettre en place non pas un label, ce qui dépasserait de beaucoup le domaine de compétences d’un salon, mais une manière de faire ressortir cette dimension coresponsable chez nos exposants. Imaginer un prix reste plus compliqué, car nos exposants interviennent dans tous les secteurs de l’aménagement bureau. Comment comparer les mérites environnementaux d’un revêtement de sol avec un logiciel ou des tables de travail ? Je pense là encore que nos partenaires mettront en lumière ces sujets durant les cycles de conférences organisées sur le prochain salon. Cette année, les débats avaient pour sujet principal le Post-Covid, je pense qu’ils aborderont à l’avenir les différents aspects de la question environnementale.