15 Porte de droite : des découvertes humaines et culinaires

15 Porte de droite : des découvertes humaines et culinaires

Ouvert depuis mai 2024, 15 Porte de droite est le nouveau restaurant de la cheffe Justine Piluso. Une adresse secrète pleine de couleurs où architecture intérieure et pièces design traduisent une certaine vision de la gastronomie.

Une seule table, des convives inconnus et le tout dans un ancien garage à l'adresse mystère. Dit comme ça, le nouvel établissement de Justine Piluso a de quoi surprendre.

Après avoir fermé Le Cappiello, un établissement qu’elle a dirigé pendant cinq ans, la cheffe Justine Piluso, diplômée de l'Ecole Jean Drouant de Paris puis de l'Institut Bocuse de Lyon et participante de Top Chef en 2020, avait besoin d'un nouveau défi. Disons plutôt, un nouveau concept. « Avec mon mari Camille, nous voulions une table unique sur le principe de la table d'hôte où des personnes se rencontrent autour d'un repas, mais dans une version gastronomique » détaille la cheffe. À la recherche « d'un grand espace où le spectacle pourrait se trouver en cuisine », le couple a jeté son dévolu sur un ancien garage automobile après un an et demi de recherche. Successivement utilisé comme salle de sport et établissement de mixologie, “ce lieu hors du commun nous a séduit par sa grande hauteur sous plafond, ses entrées de lumières et l’impressionnant escalier en fer forgé”. Resté authentique, l'intérieur du bâtiment où se trouvent l'espace de restauration au rez-de-chaussée, et les bureaux à l'étage, a été repensé par Jules Mesny-Deschamps, architecte de l'agence Ouvrage.

‍

L'histoire commence sur une nouvelle page

Inspiré par la coque brutaliste en béton du garage, l'architecte a souhaité « greffer le patrimoine vivant de Justine, dont son rapport à la gastronomie, au sein du patrimoine architectural existant. » Mais passé cette volonté de conjuguer un bâti à la typologie particulière et une personnalité, Jules Mesny-Deschamps s'est véritablement attaqué à la fonctionnalité du lieu. « Chaque utilisation nous avait laissé une sorte d'héritage, du sol incliné dû à l'usage d'origine, aux arrivées d'eau pour les cours de mixologie » retrace-t-il. Désireux de conserver l'âme de l'édifice, l'architecte a gardé ces deux particularités, préférant réaliser une petite estrade centrale pour la table et simplement changer l'îlot de cuisine, signé Maison Volige, sans en modifier l'emplacement. Un parti-pris qui permet aujourd'hui à ces deux pôles essentiels de se répondre et d'ouvrir un dialogue culinaire et humain tout au long de la dégustation.

‍

Écrire par la lumière

Sensible à la lumière, source d’écriture à ses yeux,  et à sa nécessité dans l’art culinaire, Jules Mesny-Deschamps est venu dessiner les espaces en prenant compte des sources naturelles. « Nous en avions deux dans ce vaste espace. D’une part le mur en briques de verre au fond de la salle, et d’autre part les Velux au-dessus du plan de travail. » précise-t-il. Une diffusion zénithale grâce à laquelle la zone de conception se dote d'une lumière plus intense que le reste de la pièce, évoquant une scène de théâtre. « Je souhaitais également faire de ce lieu de réception de 130m², un environnement dans lequel Justine peut jouer en fonction de l'heure du jour ou de la nuit. » Un travail qui ne s'est pas tant traduit dans l'architecture existante que dans la disposition des luminaires. « Nous avons réalisé un univers très scénographié grâce à des spots que nous avons focalisé d'une part sur la table, et d'autre part sur le plan de travail. » Une autre manière de favoriser l'échange entre les invités et la Cheffe, en effaçant légèrement l'environnement.

‍

Un sucré-salé de références design

Outre le cadre qui sort de l'ordinaire, ce sont les objets en son sein qui attirent l'attention. Mêlant de célèbres pièces modernes et contemporaines à des objets quotidiens d'un autre temps chinés aux puces de Saint-Ouen et sur Selency, Justine Piluso parvient à offrir un cadre compréhensible et réconfortant à l’image de sa cuisine. Réunissant l'architecture industrielle dans sa matérialité la plus brute et la végétation ramenée par touches ponctuelles, Jules Mesny-Deschamps dessine des contours propices à un éclectisme design. Sous les auspices du luminaire Almendra de Patricia Urquiola trône la table. Imaginée sur mesure pour accueillir 14 convives, « la table est le poumon de l'endroit si la cuisine en est le cœur » explicite son créateur, Jules Mesny-Deschamps selon qui « l'utilisation d'un pin brûlé brossé s'imposait comme un trait d'union entre l'artisanat culinaire et l'artisanat menuisé pour lesquels il est toujours question d'assemblage. »

‍

Autour, comme pour signifier un certain retour au sens même du design et à la place du savoir-faire, les chaises Standard de Jean Prouvé prennent place dans différents coloris. Un choix en opposition radicale avec la table, mais en résonance évidente avec le tapis qui recouvre l'estrade. Dessiné par Jules Mesny-Deschamps, les courbes fleuries qui s'en dégagent sont inspirées des peintures flamandes du XIXe siècle. Un nuancier éclatant projeté sur le papier peint d'un mur courbe, érigé pour abriter les sanitaires. Autour, les quelques jarres d'où s'élève une végétation encore éparse, vient refermer le décor, favorisant une certaine intimité, « à la manière d'un jardin d'hiver voulu par Justine ». Un univers dans lequel les arts de la table ne sont pas non plus en reste avec des très belles céramiques signées Fanny Laugier.

Restaurant concept pour certains, showroom design pour d'autres, à moins que ce ne soit quelque part entre les deux, le 15 Porte de droite, livre une recette esthétique et gourmande assaisonnée d'un brin d'originalité !

Rédigé par 
Tom Dufreix

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
21/9/2026
Les lauréats du France Design Impact Award 2026

Le France Design Impact Award a dévoilé, le 18 septembre à Paris, les lauréats de sa deuxième édition. Le palmarès 2026 récompense, parmi plus de 200 projets, des réponses concrètes aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques.

Dévoilés le 18 septembre à l’Hôtel de l’Industrie à Paris, les lauréats du France Design Impact Award 2026 ont été sélectionnés parmi près de 200 candidatures. Présidé par la designer Ionna Vautrin, le Grand Jury a distingué 40 projets nominés selon leur capacité à produire des impacts environnementaux, sociaux et économiques tangibles. Créé dans le prolongement des Assises du Design de 2019, le prix entend rendre visible la contribution du design aux transformations de la société. Cette deuxième édition confirme surtout une évolution de son périmêtre. Moins centré sur l’objet fini, le design agit ici sur les usages, les infrastructures, les comportements et les systèmes.

C'est d'ailleurs dans l'optique de renforcer ces recherches transversales que Le France Design Impact Award passe désormais à un rythme biennal. Les candidatures pour l’édition 2028 ouvriront en novembre 2026. Mais d'ici là, retour sur les projets récompensés cette année, tant dans les secteurs de la mobilité et de la santé, que du réemploi ou de l’adaptation climatique.

‍

Catégorie impact environnemental

Prix Empreinte réelle — Déploiement du tri sélectif dans les espaces de transport, RATP. Le projet adapte 6 200 poubelles existantes du métro et du RER à la collecte multiflux, évitant leur remplacement.

‍
Prix Futur durable — Sea Blocks, Aurore Torrigiani & Olivier Meynard. Des modules de récifs artificiels low-tech, fabriqués à partir de coproduits marins, associent restauration des écosystèmes et sensibilisation du public.

‍

Catégorie impact social

‍
Prix de la cohésion sociale — Gamme SRT (Self Rehabilitation Technology), Distorsion & Dessintey. Des dispositifs ludiques et immersifs favorisent l’autonomie des patients et augmentent le temps de pratique en rééducation.

‍
Prix des transitions sociétales — Boxer 37.1, 37 Degrés. Ce boxer de contraception masculine thermique, réversible et durable, propose une nouvelle solution contraceptive et interroge le partage de la responsabilité contraceptive.

‍

Catégorie impact économique

Prix Solutions d’entreprise — Véhicule intermédiaire, Æmotion. Ce véhicule électrique à quatre roues se positionne entre le deux-roues et la voiture, avec un châssis de 79 cm de large et 80 % de pièces locales.

‍
Prix Solutions du quotidien — Mât Source®, Coopérative Mu & Water Connect. Cet équipement urbain multifonction associe point d’eau, brumisation et ombrage pour répondre aux fortes chaleurs tout en maîtrisant la consommation d’eau.

‍
Catégorie impact en faveur des transitions

Prix de la réinvention — [board], Entreautre. Une plateforme électrique modulaire permet d’adapter un même véhicule à plusieurs usages professionnels et de limiter la multiplication des véhicules.

‍
Prix de l’optimisation — InfraSystem®, Grégoire Borach, Procédés Chénel International & Iwoodlove. Ce système de structures intérieures démontables et réutilisables associe tubes en carton, connecteurs en peuplier et éléments en acier.

‍
Prix de la médiation — WALDI, Studio Cynara & Parc naturel régional des Vosges du Nord. Cet abri forestier en douglas local est conçu comme un kit assemblable par les bénévoles du Club Vosgien.

‍
Prix de l’engagement — Open Printer, Opentools. Cette imprimante open source, fabriquée à partir de composants standards et conçue pour être réparée, reçoit également le Coup de cœur du public, avec 5 117 votants.

‍
Prix de la transmission — Footing vertical, Tamim Daoudi & MBS Industry. Un système d’assistance mécanique permet à des personnes âgées ou en situation de handicap de pratiquer l’escalade en salle.

‍
Grand Prix

Le Grand Prix France Design Impact Award 2026 est attribué à 200 écarts, porté par EDF Pulse Design. Le projet développe pour SEI Guyane des kits solaires autonomes destinés aux villages isolés de Guyane, afin de remplacer les groupes électrogènes diesel par une production et un stockage d’énergies renouvelables. Le projet a été distingué pour son approche combinant impacts environnementaux, sociaux et économiques.

‍
Prix Espoir

Nouveauté 2026, la catégorie Espoir distingue des projets émergents encore en phase amont de développement ou de développement, afin de mettre en lumière des démarches dont le potentiel d’impact pourra contribuer demain aux transitions environnementales, sociales et économiques. Cette année, cinq projets ont été retenus :

- Vers une Pratique Gynéco Éthique de Juliette Ferry

- Demos d’Anaïs Cart

- Projet Chaleur de Lucile Sauzet

- Structures Standards de Laurine Schott et Collectif 17h25

-Histoires d’eau : quels usages par les habitants ? de Kenza Drancourt.

Parmi les cinq Lauréats Espoir, Projet Chaleur de Lucile Sauzet reçoit le Prix Espoir. Le projet s’empare d’un enjeu devenu très concret, les conséquences du changement climatique et de la chaleur. Ce projet apporte à la fois des réponses simples tout en faisant de l’exposition un outil de transmission et de sensibilisation.

Temps de lecture
30/9/2026
Artek x Hender Scheme : la patine du temps

Le finlandais Artek et le japonais Hender Scheme présentent une première collaboration autour du vieillissement naturel des matériaux et du pouvoir esthétique du temps.

Notre attachement à certains objets ne s’explique pas par leur valeur intrinsèque, mais par leur histoire. Celle qui cause l’usure et attaque parfois la forme, voire la fonction. C’est avec cette question du temps qui passe en toile de fond qu’Artek et Hender Scheme se sont associés. Spécialiste du mobilier en bois cintré depuis 1935, la marque finlandaise avait amorcé en 2024 un nouveau tournant en tolérant, à l’occasion d’une collection avec le studio Formafantasma, les défauts du bouleau dans ses assises. Un rapport au naturel que la société, fondée par Aino et Alvar Aalto, interroge cette fois-ci avec un fabricant de chaussures et d’accessoires en cuir, le japonais Hender Scheme.

Suspension ©Artek x Hender Scheme

‍

La valeur du temps

Si les objets sont façonnés par l’industrie qui les fait naître, cette collection entend montrer qu’ils continuent de vivre entre les mains de leurs utilisateurs. En faisant du cuir tanné végétal l’élément central de cette collaboration, les marques proposent un nouveau revêtement qui se patine naturellement avec le temps. Un rapport sensible à la vie des meubles qui confère aux pièces leur unicité. De ce choix naît aussi un échange entre les deux entreprises. La première introduit le langage stylistique du couple Aalto dans un univers codé et japonisant, lorsque l’autre importe son savoir-faire en dotant le célèbre Stool 60 de souliers de cuir. Un clin d’œil qui met en valeur le piètement en L caractéristique de la célèbre assise.

Tabourets Stool 60 avec « chaussures » ©Artek x Hender Scheme

‍

« New Craft » ou le concept d’un artisanat technologique

Cette nouvelle connexion est également l’occasion pour Hender Scheme de développer son concept de « New Craft ». Une idée selon laquelle l’artisanat et la technologie moderne se rencontrent et fusionnent au service de nouvelles réalisations. Parmi elles, la suspension A330 Golden Bell, dessinée par les Aalto. L’abat-jour en laiton est pour l’occasion réinterprété en cuir moulé. La technique traditionnelle du moulage humide est associée à l’impression 3D pour offrir de nouvelles qualités visuelles et tactiles sans altérer la forme initiale. Une proposition forte en écho au traitement plus classique du cuir valorisé sur différentes typologies dont une horloge, un porte-clés et des dessous de verre reprenant la forme courbe « Riihitie », imaginée par Aino Aalto. Dévoilés au London Design Festival, ces objets seront disponibles à la vente à partir du 10 octobre.

‍

Ci-dessous de gauche à droite : dessous de verre et horloge

Temps de lecture
30/9/2026
« Under Pressure » : Marie et Alexandre exposent à la galerie signé

Jusqu’au 10 octobre, le duo Marie et Alexandre présente à la galerie signé l’exposition « Under Pressure », dans laquelle la pression est explorée sous plusieurs aspects : dans les techniques et les matières employées, mais aussi, plus largement, dans leur rapport à la création.

‍

« L’idée derrière cette exposition était de travailler la pression un peu différemment, en utilisant des techniques diverses, avec cette idée d’explosion rapide, et de réussir à les allier toutes ensemble. » Pour cette exposition, le duo de designers formé en 2018 a choisi de faire de la pression son point de départ. Le titre, « Under Pressure », fait notamment référence à l’hydroformage, un procédé industriel dans lequel la pression de l’eau permet de donner forme au métal. Au sein de la galerie, Marie et Alexandre présentent ainsi des pièces façonnées par différentes forces et contraintes, réalisées en collaboration avec plusieurs artisans spécialisés. Mais la pression ne désigne pas seulement ici une technique de façonnage. Elle devient également une condition de création, exercée par la matière, par le temps, le doute, les choix parfois irréversibles ou encore la volonté de faire apparaître quelque chose qui n’existe pas encore.

Exposition "Under Pressure", collection de Vases en céramique émaillée, design : Marie et Alexandre © Charlotte Robin

Allier techniques et savoir-faire

Au sein de l’exposition, qui réunit une dizaine de pièces, les designers se sont associés à différents artisans pour explorer la pression sous toutes ses formes. Avec Antoine Giret, ils présentent ainsi une console, un système d’étagères et une chaise autour d’un travail de l'aluminium fondé notamment sur la vibration de la matière et la création de systèmes. Accompagnés par Jean-Marie Foubert, ils ont imaginé une collection de vases en céramique, déclinés en versions simple et double ainsi qu’en différents formats. Avec le verrier Simon Rio, ils sont allés vers un autre registre en imaginant une table basse dont le plateau est en verre thermoformé. Enfin, avec l’atelier Blam - notamment connu pour avoir participé à la réalisation du cheval mécanique apparu lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 -, ils ont imaginé une table sur piston ainsi qu’un médaillon en métal et feuille d'argent dont la forme naît directement de la contrainte exercée sur la matière. Ce dernier sera ensuite destiné à rejoindre la Cité du design de Saint-Etienne, récemment inaugurée.

Exposition "Under Pressure", médaillon et table sur piston, design : Marie et Alexandre © Charlotte Robin

À travers cette exposition, Marie et Alexandre semblent faire évoluer leur langage formel vers davantage de retenue. Les formes se resserrent et les moyens se réduisent, sans pour autant perdre leur fonction et leur intensité. Un moyen finalement pour le duo de questionner son propre processus créatif.

Exposition "Under Pressure", chaise et système d'étagères en aluminium, design : Marie et Alexandre © Charlotte Robin
Temps de lecture
29/9/2026
Panton Cubes : le design en jeu

Imaginé par Verner Panton dans les années 1970, le système modulaire Panton Cubes est aujourd’hui réédité par Vitra sous la forme de quatre kits représentant des figures animales.

Imaginés par Verner Panton en 1974, les Panton Cubes associent jeu et design. Constitués de structures cubiques pouvant être assemblées entre elles à l’aide de clips, les cubes sont ensuite habillés de panneaux colorés ou chromés. Ce système permet de composer des volumes et des motifs variés, allant de sculptures figuratives à des constructions plus abstraites.

Développée par Vitra en collaboration avec Verner Panton Design AG à l’occasion du centenaire de la naissance du designer, cette réédition propose quatre modèles : un canard, un flamant rose, un chat et une girafe. Chacune des versions est proposée dans une combinaison de deux couleurs ou avec une finition chromée. Les modèles bicolores reprennent la palette vive caractéristique du travail du créateur danois. En laissant à chacun une grande liberté de construction, le concept des Panton Cubes illustre de manière ludique les possibilités offertes par un système modulaire.

‍

Ci-dessous : ©Panton Cubes - Vitra

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.