Café-Débat EquipHotel : penser l’hôtellerie de demain
© EquipHotel

Café-Débat EquipHotel : penser l’hôtellerie de demain

Du 6 au 9 novembre, durant EquipHotel, Intramuros a co-animé des cafés-débats avec l’Ameublement français, sur leur stand baptisé Interior Design Center. Ont été abordés des sujets liés à la conception d’espaces CHR, la mutation et le développement du marché. Retrouvez le résumé des échanges du 9 novembre sur la thématique : penser l’hôtellerie de demain.


Six intervenants ont partagé leurs points de vue :

  • Emilie André, directrice de création, Studio Jean-Marc Gady
  • Anthony Bezin, Directeur des opérations, Veluestate et directeur général de LifeHotels
  • Donation Carratier, architecte d’intérieur CFAI, atelier Donatien Carratier
  • Chafik Gasmi, architecte d’intérieur et designer, Chafik Studio
  • Boris Gentine, directeur de création et associé, Saguez & Partners
  • Alix Thomsen, archi d’intérieur et décoratrice, studio Alix Thomsen

Comment faire évoluer les usages et les services à l’hôtel ? C’est la question centrale qui a servi de fil conducteur aux échanges, pour mieux appréhender l’évolution de l’expérience client.

Quels sont les nouveaux concepts qui apparaissent dans le paysage du contract ?

LifeHotels est un nouveau concept d’hôtellerie imaginé par Anthony Bezin, et créé en mars 2020 « au moment où on avait tous le temps de penser ». Un concept déployé sur deux hôtels à Marseille et à Bordeaux : « LifeHotels propose une offre d’hôtellerie économique qui essaye de révolutionner l’équilibre entre l’emplacement, la taille des chambres, le cycle de vie des produits et le prix proposé au client. » Au service de base ont été ajoutés une salle de fitness et un espace de coworking, puisque le point le plus important du concept est de permettre une utilisation hybride des espaces : « On ne va pas se revendiquer comme lifestyle, on va justement être un peu plus neutre dans l’esprit que l’on dégage avant de laisser le client utiliser l’espace comme il le souhaite » ajoute Anthony Bezin. En parallèle, les équipes de LifeHotels ont intégré un engagement RSE à leur démarche (meilleur tri des déchets, choix dans les matériaux utilisés).

© LifeHotels

Dans quelle mesure l’hybridation ne serait pas l’avenir de l’hôtellerie de demain ?

L’architecte d’intérieur Donatien Carratier insiste sur la nécessité de réinventer les concepts et les possibilités d’expériences proposées au client : « L’hôtel ne devrait-il pas se questionner sur ce qu’il est vraiment, à savoir une agora, un lieu de connexion entre la rue, le quartier et la ville ? Et là, la notion d’hybridation prendrait tout son sens. » Une hybridation qui peut se faire sur plusieurs plans, selon Boris Gentine : « On a de plus en plus de marques qui jouent le jeu de l’hybridation comme Yves Rocher avec l’hôtel-spa de La Grée des Landes en Bretagne, Maison du Monde Hôtel & Suites à Nantes ou encore Muji hôtel. » Une manière pour ces marques d’exprimer un ADN « art de vivre » : « Les lieux doivent favoriser l’échange et les rencontres. Et que l’on soit un hôtel, un bureau ou un magasin, cette logique est la même pour tous. »

Anthony Bezin, directeur des opérations chez Valuestate et directeur général de LifeHotels © EquipHotel
Donatien Carratier, architecte d'intérieur CFAI, atelier Donatien Carratier © EquipHotel

Hôtel de nuit vs hôtel de jour, deux expériences en une

Pour Donatien Carratier, c’est en jouant sur la gestion de temporalité jour/nuit, que l’hôtel peut se réinventer, et que l’hybridation peut prendre forme : « L’hôtel agora crée un lieu de convergence sur son entourage, avec un intérêt pour le client et pour l’opérateur. » Une convergence qui s’effectue par la prise en compte de l’environnement de l’établissement, rappelle Alix Thomsen : « La vie qu’il y a autour vient enrichir les expériences et faire en sorte que l’hôtel ne soit plus simplement un lieu où l’on vient dormir, mais un lieu où l’on vient vivre. »

© Donatien Carratier

L’hôtel : le futur du retail ?

En présentant le projet d’hôtel qu’il a réalisé pour Baccarat, Chafik Gasmi revient sur les passerelles possibles entre le retail et l’hôtel : « Je pense que le futur de l’hôtel, c’est le retail. Le métier de l’hôtel fondé sur les fondamentaux, c’est l’ancienne époque. » Il évoque notamment un espace inspirant pour le client qui lui permette par exemple de pouvoir acheter facilement des produits présentés dans les établissements, aussi simplement que l’on commande sur Internet aujourd’hui.

Faire parler les équipes

Pour donner vie aux concepts, il faut intégrer au maximum l’ensemble de l’équipe qui va intervenir dans l’établissement. Dans un de ses projets en cours, Chafik Gasmi a fait appel à tous les intervenants de l’hôtel. Ainsi, ils ont défini ensemble les enjeux du projet : « Les équipes font également partie du succès d’un établissement. » Une façon d’associer les équipes aux projets, qu’il s’agisse du dessin qui reste une première approche « réaliste » ou une projection 3D. « Il faut être juste, honnête et ne pas faire une image pour vendre, mais qui soit le support d’un projet et d’une réalité » précise Donatien Carratier.

Projet de l'hôtel du Louvre © Chafik Gasmi Studio

Comment définir l’expérience client ?

« Elle commence avant tout par une expérience humaine » selon Boris Gentine, et se fonde sur la conjugaison d’une expérience sensorielle liée à une part d’inattendu. Alors, comment improviser des moments de rencontres, des surprises ? Et comment transformer l’hôtel en une forme de théâtre ? Il explique : « On peut inventer ces usages et ces moments de vie en tant qu’architecte d’intérieur, mais on a surtout besoin des clients et de cette appétence pour ramener cette vie et cette sensorialité dans les espaces. »

© Saguez & Partners
Boris Gentine, directeur de création et associé, Saguez & Partners © EquipHotel

Alix Thomsen, qui a dessiné le projet de l’hôtel Paradisio, précise que l’expérience client doit être scénarisée dès le brief, et doit donc inclure le mobilier. Dans ce concept, le cinéma s’invite dans la chambre. L’hôtel se compose de chambres « standards » qui reprennent les codes de la salle de cinéma, mais également d’autres espaces de partage de salle. Et pour ce type d’expérience, concevoir le mobilier sur mesure est indispensable : un bon accompagnement des fabricants est essentiel. Ce sur quoi Boris Gentine rebondit : « C’est important d’être accompagné, mais aussi d’être écouté. C’est donc bien d’avoir un agenceur qui soit créatif, qui ait des idées et ouvert aux propositions et à la discussion. »

MK2 hôtel Paradisio © Alix Thomsen
MK2 hôtel Paradisio © Alix Thomsen

Ce dialogue avec le fabricant est primordial pour Emilie André, directrice de création du studio Jean-Marc Gady : « Nous avons autant à apporter à nos fabricants qu’eux ont à nous apprendre. C’est cet échange qui nourrit la créativité et permet de dépasser nos acquis respectifs, puisque nous n’avons respectivement pas le savoir absolu. Notre rôle est celui d’être le catalyseur entre tous ces savoir-faire afin de créer un langage perceptible pour tous. » Le dialogue avec les fabricants en amont des projets est d’autant plus important car il permet de « créer une relation de confiance » au moment de la conception, pour reprendre les mots d’Alix Thomsen.

Emilie André, directrice de création, Studio Jean-Marc Gady © EquipHotel
Chafik Gasmi, architecte d’intérieur et designer, Chafik Studio © EquipHotel

Des programmes d’accompagnement des fabricants

Cathy Dufour, déléguée générale de l’Ameublement Français, présente quelques initiatives mises en place en collaboration avec les fabricants : « Nous avons des fabricants qui font énormément de choses, mais qui ne savent pas le mesurer. » Elle mentionne notamment une estimation de décarbonation à l’horizon 2030 et 2050 pour la filière de l’ameublement : « Un meuble fabriqué en France est en moyenne 42 % moins polluant qu’un meuble importé. » Elle fait également remarquer que la France est un pays référence en termes de « production propre », et que la fabrication française est donc à privilégier au maximum pour des résultats concluants au niveau écologique, éthique mais également économique.

Alix Thomsen, architecte d’intérieur et décoratrice, studio Alix Thomsen © EquipHotel

Prendre des risques à tous les niveaux

Pour que ces nouveaux codes de l’hôtellerie soient explorés, c’est aussi aux porteurs de projets d’être proactifs, comme en est convaincu Boris Gentine : « Il va falloir prendre des risques à tous les niveaux. Il faut que tout le monde s’y mette pour accompagner ces changements. L’avenir appartient aux audacieux, mais ça, on le savait déjà, alors allons-y. »

Rédigé par 
Maïa Pois

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
8/9/2026
Paris Design Week : la création chinoise s’expose à Paris

À l’occasion de la Paris Design Week, la scène créative chinoise investit plusieurs lieux de la capitale. Du Palais-Royal au Marais, trois rendez-vous témoignent d’une création en mouvement, entre héritage culturel, expérimentation et nouveaux usages.

Longtemps associée à la production, la Chine affirme aujourd’hui une autre place dans le paysage international du design. À Paris, designers, artistes, architectes et éditeurs dévoilent à l’occasion de la Paris Design Week trois espaces aux approches multiples, loin d’une esthétique unique, mais réunies par une attention portée aux savoir-faire, à la matière et au dialogue entre héritage et création contemporaine.

Wu Bin donne forme au temps

Au coeur des jardins du Palais-Royal, la signature du designer et architecte d’intérieur Wu Bin est présenté à travers Le Pavillon du Temps du 9 au 17 septembre. Réalisée en acier inoxydable poli miroir et enveloppée d’une membrane inspirée du papier de Xuan, la structure évolue avec la lumière et les mouvements de son environnement. Divisé en trois segments, le pavillon se transforme au fil de la journée en un cadran solaire contemporain, à la frontière de l’art, du design et de l’architecture.

Le Pavillon du Temps, Wu Bin

Le « bon goût » selon la création chinoise

Du 10 au 14 septembre, le China Creative Pavilion réunit une vingtaine de marques et talents au sein de la Paris Design Week Factory. Sous le thème « Bon Goût ! Good Taste ! », le parcours interroge les relations entre esthétique, sensations et usages. Parmi les projets présentés, Anta s’associe à l’artiste Liu Tong autour d’une installation en papier inspirée de sa technologie ANTA FOLD, tandis que SDCC transforme des céramiques rejetées de Jingdezhen en revêtements architecturaux, conjuguant savoir-faire porcelainier et économie circulaire.

© SDCC

Quand l’art rencontre le quotidien

Enfin, l'exposition "Form Before Form", présentée à l’Espace AUBE du 9 au 19 septembre, marque les débuts européens de YUAN, un projet fondé à Pékin par Song Tao. Céramique, peinture, art floral et installations organiques s’y rencontrent autour d’une vision du design envisagé comme le prolongement d’une recherche artistique et d’une manière d’habiter. La céramiste Du Qinfen y présente notamment YUAN Collection 01, qui transpose son vocabulaire artistique dans des objets du quotidien.

Exposition "Form Before Form" à l'espace AUBE 
Temps de lecture
8/9/2026
Intramuros #229 : Second Life

Nous avons longtemps confondu nouveauté et progrès. Comme si avancer supposait nécessairement de remplacer. Comme si un objet, un matériau ou un bâtiment perdaient toute valeur dès lors qu’ils avaient déjà servi. Cette logique a façonné nos intérieurs autant que notre économie : produire, séduire, vendre, oublier. Puis recommencer. Encore et encore. Désormais, le réel nous oblige à regarder autrement ce qui existe déjà. Il ne s’agit pas de renoncer à créer, encore moins de céder à une quelconque nostalgie.

Mais, au contraire, d’élargir le territoire du projet. Réparer, transformer, réemployer, reconditionner, détourner. Tous ces gestes demandent autant d’intelligence que l’invention ex nihilo. Peut-être même davantage. Car composer avec l’existant impose des contraintes, une histoire et, parfois, des cicatrices. Le designer ne part plus d’une page blanche. Aujourd’hui, il écrit la suite.

Sommaire

Design 360

Design Story

Second life, L’âge de la deuxième matière

Dans les mailles d’Iranzo

Maximum, la matière en changement d’état

James Shaw : Agrégats colorés

Issey Miyake, expérience biophilique

Furniture for Good : la matière reprend forme

Sander Wassink, faire avec

Lucie Gholam, reconstruire un récit

Rikkert Paauw, composer avec l’existant

SEA LÍA : chirurgie plastique

.Oddity Fragrance, design parfumé

Dirk van der Kooij, la mémoire du plastique

ecoBirdy : à hauteur d’enfant

Semper & Adhuc, le temps repris

hors-studio, matières premières

deco.and, extravagant silence

Re-design, (Ré)incarner l’objet

Éditeurs, conscience collective


Matières

Fab.BRICK, refaire le mur

Antonin Mongin, la fibre design

Loumi Le Floc’h, lumière d’été

Rezign, le textile réinventé

pierreplume, les fibres du réemploi

Kami-Kami, quand la matière change de statut

In-situ

Ce qui est déjà làOne Yard, d’une industrie à l’autre

K5 : Valeur constante

Atelier Craft, Histoires inédites

Experimenta

Laboratoire des pratiques durables : quand la matière redessine le projet

In the Air

Salon Artisans d’Excellence : la matière à l’honneur

Concours Technogym x Intramuros : les lauréats de la deuxième édition

Hyline : invisibiliser les frontières

Studio MTX, quand la broderie change d’échelle

EquipHotel : les temps forts de l’édition 2026

Agenda

Retrouvez ce numéro en kiosques ou directement sur notre boutique en ligne.

Temps de lecture
4/9/2026
The Eames Houses : l’ouvrage d’une révolution

À l’occasion de la parution de l’ouvrage The Eames Houses, son auteur, Eckart Maise, et Antonio Navarro, directeur créatif de Kettal, reviennent sur la vision pionnière et créative du célèbre couple d'architectes américains.

Couple mythique de l’architecture, Charles et Ray Eames ont participé à faire entrer le modernisme dans le secteur de l’habitat. Près d’un siècle après leurs réalisations les plus célèbres, la maison d’édition Phaidon publie « The Eames Houses ». Plus qu’une monographie, l’ouvrage développé pendant deux ans revient sur huit projets explorant la préfabrication, la flexibilité ou encore les matériaux industriels. L'architecture n'est pas ici un exercice stylistique, mais un système généreux au service de la vie quotidienne. Pour revenir sur cette philosophie, nous avons posé quelques questions à Eckart Maise, ancien directeur de la création chez Vitra, mais également collaborateur de longue date de la famille Eames, et à Antonio Navarro, directeur artistique de l’entreprise espagnole Kettal qui lançait en avril dernier, la commercialisation d’un Pavillon Eames.

Livre The Eames Houses

Pour commencer, pourriez-vous rappeler le contexte qui a vu naître les maisons Eames ?

Eckart Maise : Ces maisons sont apparues aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, la grave pénurie de logements coïncidait avec un modèle industriel, désormais capable de produire des composants standardisés à très grande échelle. Il se trouve qu’en Californie, la population augmentait rapidement et l’évolution des modes de travail et de la vie familiale appelaient de nouvelles formes d’architecture domestique. Donc le programme Case Study House est lancé en 1945 par la revue Arts & Architecture de John Entenza. Il s’agissait de demander aux architectes de mettre les avancées dans le domaine des matériaux au service de logements modernes et économiques. Charles et Ray Eames ont conçu la maison comme un système plutôt que comme un objet à proprement dit. C’est-à-dire en favorisant une structure légère assemblée à partir de composants facilement disponibles et capable de s’adapter à différents sites, occupants et modes de vie.

Donc l’idée fondamentale des Eames était de créer un design modulaire industrialisé ?

Antonio Navarro : Absolument. Charles et Ray ont démontré que cette idée était viable à travers l’Eames House. Mais sa transformation en un système industriel pouvant être produit et distribué à plus grande échelle n’a pas fonctionné.  Le concept était probablement simplement trop en avance sur son temps. À la fin des années 1940, nombre des matériaux, composants et technologies nécessaires pour produire efficacement ce type d’architecture n’existaient pas encore ou n’étaient pas suffisamment accessibles. L’Eames House elle-même a été construite à partir de composants industriels initialement fabriqués pour d’autres usages. D’ailleurs, Charles et Ray ont développé une maison préfabriquée pour Kwikset, destinée à une production en série, mais l’entreprise a changé de propriétaire puis a fait faillite avant que le prototype puisse être construit.
L’architecture est beaucoup plus difficile à industrialiser que le mobilier. Chaque projet doit répondre à son climat, à sa localisation, à ses fondations, aux réglementations locales, aux réseaux et à la logistique. Donc l’idée était juste, mais il manquait un écosystème technique et industriel nécessaire pour la rendre possible. Aujourd’hui, nombre de ces conditions existent enfin.

Livre The Eames Houses

 

C’est ce qui a été démontré en avril à la Triennale de Milan avec le lancement d’un Pavillon Eames. Comment Kettal et le Eames Office ont-ils collaboré pour concevoir cette version 2026 qui n’est pas la réplique d’un plan, mais le prolongement d’une vision ?

EM : Le pavillon est né d’une recherche dans les archives consacrée aux maisons expérimentales et aux systèmes constructifs développés par Charles et Ray entre 1945 et 1955. L’Eames Office et Kettal ont traduit leurs principes récurrents — une trame structurelle, des composants préfabriqués et des panneaux de remplissage interchangeables — en un kit de pièces contemporain. Pour Kettal, la marque s’est imposée naturellement parce qu’elle possédait déjà une expérience dans la construction en aluminium et notamment de pavillons modulaires. Ses capacités d’ingénierie et de fabrication ont permis de faire aller les idées des Eames au-delà du prototype. L’idée n’était pas de reproduire un projet historique unique, mais de développer un système adaptable pouvant être fabriqué, configuré et étendu en fonction des exigences actuelles.

Et ces exigences ont certainement amené quelques changements ?

AN : Je ne dirais pas que nous avons changé l’architecture. Notre intention était de traduire le système original dans une production contemporaine tout en préservant sa logique, ses proportions et son caractère visuel. Dès le départ, nous voulions que le travail technique réalisé par Kettal soit presque imperceptible dans le résultat final.
Nous avons donc étudié l’Eames House en tant que prototype construit, en mesurant et en analysant ses composants, ses profils, ses surfaces, ses couleurs et ses détails constructifs. Cette étude a été associée aux recherches menées par l’Eames Office sur leurs autres projets architecturaux construits et non construits.

 

Mais passer d’un projet non-construit à un produit disponible à la vente nécessite une standardisation, notamment au niveau des éléments techniques ?

AN : Effectivement. Nous avons réduit le nombre d’éléments, rationalisé les assemblages et établi des règles claires de configuration. Paradoxalement, simplifier le système augmente ses possibilités, car les mêmes composants peuvent créer de nombreuses structures différentes.
C’est donc l’aspect technique que nous avons principalement modifié en introduisant des profilés en aluminium extrudé de haute précision, en améliorant l’isolation thermique et acoustique, et en prenant en compte les exigences contemporaines en matière d’étanchéité, de tolérances, de résistance aux intempéries, de durabilité et de réglementations locales. Nous avons également intégré l’éclairage, la ventilation, la régulation climatique et la connectivité. Il y a donc de la nouveauté, mais l’intelligence architecturale sous-jacente reste celle de Charles et Ray Eames.

Livre The Eames Houses

Comment expliquez-vous que cette intelligence, vieille de près d’un siècle, répond encore aux besoins et aux aspirations contemporaines ?

AN : Peut-être que le plus surprenant est que nombre des questions auxquelles Charles et Ray ont cherché à répondre sont devenues encore plus urgentes aujourd’hui. En tout cas, les facteurs sont multiples.
D’un point de vue technique, ils concevaient l’architecture comme un système adaptable plutôt que comme un objet fixe. Une trame rationnelle et un nombre limité de composants interchangeables permettent de configurer une structure pour différents usages, de l’agrandir, de la réduire, de la démonter ou de la déplacer. Les éléments peuvent être réparés ou remplacés individuellement, et les composants qui ne sont plus nécessaires peuvent être réutilisés ailleurs. Il s’agit d’une utilisation des matériaux beaucoup plus intelligente que lorsque chaque bâtiment est considéré comme un ensemble permanent et indissociable.
D’un point de vue sociologique, nos vies sont devenues de plus en plus mobiles et changeantes. Les familles s’agrandissent où se réduisent ; les entreprises se développent, se contractent ou déménagent ; et les frontières entre la maison, le travail et l’hospitalité continuent de s’estomper. Un espace adapté aujourd’hui peut devoir fonctionner de manière très différente dans cinq ou dix ans. Les Eames avaient compris que l’architecture devait accompagner ces changements plutôt que leur résister.
Il existe également une dimension environnementale. Dans certains contextes, l’architecture devrait être réversible, permettant de retirer une structure et de restaurer le paysage plutôt que de le transformer de manière permanente.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’ils ne concevaient pas une architecture correspondant à une image particulière de la vie moderne. Ils pensaient une structure capable de répondre à la vie à mesure qu’elle évolue.

 

En plus de leur fonctionnalité en tant qu’espaces de vie, les bâtiments des Eames étaient également visuels. Quel rôle les Eames et leur architecture filaire ont-ils joué dans l’esthétique moderniste et dans le célèbre programme des Case Study Houses ?

EM : Sur les 36 Case Study Houses proposées, Charles et Ray Eames ont développé le projet original de la Bridge House ainsi que l’Entenza House avec Eero Saarinen, puis l’Eames House qui a effectivement été réalisée. Bien que les 36 projets répondent à un même cahier des charges portant sur des logements économiques et contemporains, leurs approches architecturales différaient considérablement.

La contribution particulière des projets des Eames résidait dans le fait de considérer la structure métallique apparente, les composants industriels standardisés, le vitrage et les panneaux colorés à la fois comme un système constructif et comme une composition visuelle. Leur importance ne résidait pas dans la définition d’une esthétique unique des Case Study Houses, mais dans la démonstration que la standardisation industrielle pouvait favoriser la liberté architecturale et des modes de vie finalement très individualisés.

Livre The Eames Houses
Temps de lecture
4/9/2026
Paris Design Week : l’Agenda d’Intramuros

La Paris Design Week est de retour dans la capitale du 10 au 19 septembre pour célébrer le design sous toutes ses formes. Petit tour des expositions à ne pas manquer lors de cette édition. 

5-7 septembre : Salon Shoppe Object Paris, Paris Expo Porte de Versailles, 75015 Paris

8-27 septembre : Exposition « Contrepoint » d’Anthony Guerrée, Musée Bourdelle, 16, rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris

9 et 10 septembre : Exposition « Trames » par Heju Studio chez Tarkett, 43 Rue de Saintonge, 75003 Paris

9-13 septembre : Exposition « The Light Library » par le Studio Meaningful, Galerie Ideal Place, 38, rue des Gravilliers, 75003 Paris

9-19 septembre : Exposition « Sotto Voce », 3 rue Paul Bert, 75011 Paris

avec : Clément Pasquier, Justine Ménard, Florie Berger, Mélissa Wago-Lala, Mathilde Martin et Sòler Paris

9-20 septembre : La « Re-prise de la Bastille » par le studio 5.5, Place de la Bastille, 75004 Paris

10-13 septembre : Exposition « Trois Pièces » avec Polimair, Lucas Zito et Tapicheri, 52 rue Charlot, 75003 Paris 

11-13 septembre : Exposition « Take one just in case », 10 rue Tesson, 75010 Paris initiée par Pierre Castignola et Alexandre Delasalle 

avec : Augustin Puzio, Atelier Burrata, made by ASTRONAUTS, Lana Arih, Jules Barton, Tin Alaya, Pierre Castignola, Laura Casañas Maya, Alice Clermont, Alexandre Delasalle, Laura Dominici x Basil Schu, Lewis Duckworth, e8 Tableware, Tim Teven, Diego Faivre, Lucas Muñoz Muñoz, Helene Falgayrette, Olga Flor, Lino Gasparitch, LS Gomma, Ebba Studio, Flora Lechner, Anna McAllister, Mark Malecki, Johanna Pichlbauer, Jovien Panné, Sacha Lefèvre, Sigurd Schelde, Marie Verdeil

10-14 septembre : Paris Design Week Factory :

Espace Commines : 17, rue Commines, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 116, rue de Turenne, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 16, rue des Minimes, 75003 Paris 

Galerie Ellia : 10, rue de Turenne, 75003 Paris

11 et 12 septembre : Ikea « l’Habitat de l’année », 4 rue François Miron, 75004 Paris

10 au 19 septembre : Installation PICNIC de Cluzel / Pluchon, Hôtel d’Albret, 31 rue des Francs Bourgeois, 75004 Paris 

10 au 19 septembre : Exposition « Bar Stool », Espace Brownstone, 26 rue Saint-Gilles, 75003 Paris initiée par Athime de Crécy et Quentin Frichet 

avec : AC/AL, Antonin Fassio, Arthur Desmet, CPRV, Athime de Crécy, Camille Donias, Claire Lavabre, Cluzel & Pluchon, Denise Merlette, Formel Studio, François Lafortune, Guillaume bloget, Guillaume Gindrat, Gini Moynier, Giuseppe Formica, Hugo Chaffiotte, Marine Quéré, Meta, Paul Tubiana, Quentin Frichet, Romain Sillon & Clara Ormières, Sacha Parent & Valentine Tiraboschi,  Sara Decampos, Théo Leclercq & Camille Viallet, Thelonious Goupil, Tobias Brunner et Wint Design Lab.

10 au 19 septembre : Frgmnt Design Week chez Heureux les curieux, 23 rue du Pont aux Choux, 75003 Paris 

avec : Alexandre Veillon, Alicia Bonnard, Amalgame Studio, Ariane Ronot, Atelier Anova, Atelier Apara, Atelier Perret, Benoit Porte-Proust, Claire Buet, Clémence Birot, Clémence Lucchini, Clément Thevenot, Céline Proust, David Jacquinot, Emma Batsheva Cohen, Faustine Perret, Florence Boujnah, Judith Chauvel-Levy, Kr.Atelier, Louis Daigre, Mahée Billères, Marine Gaillard, Marion Gaudino, Maxime Wan Meenen, Mickaël Gayet, Mileno Guillorel-Obregón, Nessim Kaufmann, Nicolas Guillamot, Olive®, Post Industrial Crafts, Richard Rondelez, Sarah Remy, Studio CoPain, Studio Évaporer, Studio Jumel, Tancrède de Beaumont, Théo Laverne, Valentin Bony, Vincent Cassat, Yohan Thomas en collaboration avec Etnisi, La Tête Dans Les Nuages, La Fabrique Materia, Matériaux Urbains, NaturLoop, Pierre Plume, Reed Material, Renature Materials et Tissium

10 au 27 septembre : Paris Design Week au BHV Marais, 52 rue de Rivoli, 75004 Paris

avec : Jean-Baptiste Durand et Simon Geringer, Théo Charasse avec Vous pouvez dormir dans la grange, Gaspard Fleury-Dugy, Laure Philippe avec le studio BrichetZiegler, Gregory Lacoua et BehaghelFoiny

10 septembre au 3 octobre : Exposition « Multiples », galerie des ateliers de Paris, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris 

avec : Camille Viallet & Théo Leclercq, Cluzel / Pluchon, CPRV, Jules Levasseur, Julie Richoz, Kevin Lebouvier - Klaes studio, Laure Philippe, Lila Guédin, Lucien Icard, Nicolas Verschaeve, Selah Creative Office, Studio Poirier Bailay, Valentine Tiraboschi & Sacha Parent,Thelonious Goupil et Unknown Untitled

10 septembre au 4 octobre : Exposition « La Tempête » de Jérémy Pradier-Jeauneau avec Fermob, Arc de Triomphe, Place Charles de Gaulle, 75008 Paris

10 septembre au 10 octobre : Exposition « Under Pressure » de Marie et Alexandre, galerie signé, 33 Rue Bonaparte, 75006 Paris 

11 septembre au 31 octobre : Exposition « Petals » de Patrick Jouin, Galerie de Sèvres, 4 place André Malraux, 75001 Paris

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.