Café-Débat EquipHotel : vers la fin des standards ?
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Café-Débat EquipHotel : vers la fin des standards ?

Du 6 au 9 novembre, durant EquipHotel, Intramuros a coanimé des cafés-débats avec l’Ameublement français, sur leur stand baptisé Interior Design Center. Ont été abordés des sujets liés à la conception d’espaces CHR, la mutation et le développement du marché. Retrouvez le résumé des échanges du 7 novembre autour de la fin des standards.


Pour débattre, neuf intervenants ont répondu présents :

  • Philippe Denavit, président du groupe Malvaux et membre du Conseil d’Administration de l’Ameublement Français
  • Flore-Anne de Clermont, responsable innovation, Valdélia
  • David Dalidec, architecte d’intérieur, agence David DALIDEC
  • Kelsea Crawford, architecte d’intérieur co-founder CEO, Cutwork Studio et son associé, l’architecte et designer Antonin Yuji Maeno
  • Laurent Maugoust architecte d’intérieur et directeur, agence Laurent Maugoust Architecture
  • Arnaud Berthereau, architecte d’intérieur et directeur, studio Briand&Berthereau
  • Alban Ruggiero, fondateur, groupe MELT
  • Frédéric Alzeari, directeur de création, RF Studio

Tandis que l’expérience client à l’hôtel est en constante évolution, peut-on aujourd’hui continuer de parler de standards à l’hôtel ou bien sommes-nous au contraire en train d’évoluer vers une déstandardisation ?

Réinventer la cellule traditionnelle de la chambre

Pour ouvrir ce débat sur les standards, Alban Ruggiero, président de MELT fondé en 2016, définit le concept défendu par son groupe comme étant de l’hôtellerie hybride non-standardisée. Pour expliquer cette idée, il évoque notamment son dernier projet mené avec le studio Briand&Berthereau, la marque Jost à Bordeaux : « Chez nous, aucun hôtel n’est fait pareil. On a fait le choix de ne jamais prendre les mêmes décorateurs et architectes sur nos projets afin d’avoir à chaque fois une nouvelle vision de l’hôtellerie. » Une vision fondée sur une programmation variée des services de l’hôtel, qui se ressent dans la conception même des espaces, puisque chez Jost, les espaces communs ont été pensés avant les chambres. Et pour cause : chez Jost, le rez-de-chaussée est un cabaret qui propose 4 à 5 événements par semaine sous différentes formes. La fonction d’hébergement est également revue pour accueillir une clientèle hybride : plusieurs types d’espaces sont proposés en fonction des moyens financiers, dortoirs, chambres familiales, suites de luxe… Cette idée d’accueillir un public diversifié répond aussi à une volonté de favoriser les échanges entre ces différentes populations.

Hôtel Jost à Bordeaux, studio Briand&Berthereau
Hôtel Jost à Bordeaux, studio Briand&Berthereau

L’architecte d’intérieur David Dalidec évoquera de son côté une recherche d’expérience à l’hôtel. « On sort petit à petit de la cellule traditionnelle dans laquelle on sait ce qu’on vient faire à l’hôtel. Aujourd’hui, on est plutôt dans une recherche d’émotions et de sensations. »

Hôtel Château de la tour, studio David Dalidec

Fort de son expérience de plus de 20 ans dans le domaine avec une soixantaine d’hôtels à son actif, l’architecte d’intérieur Laurent Maugoust connaît parfaitement les standards : « Le standard est universel en hôtellerie : on pousse la porte, on rentre dans un couloir, il y a une salle de bains à gauche, un placard à droite, une fenêtre en face avec un lit, une table de chevet et une télé. Malgré tout, en voyant comment les standards peuvent évoluer, cela nous pousse à être novateurs. » Il évoque une adaptation plutôt qu’une réinventation des standards.

Hôtel Gare de Lyon Bastille, Laurent Maugoust Architecture
Hôtel Gare de Lyon Bastille, Laurent Maugoust Architecture

L’hôtel n’est plus un vase clos

La réadaptation de la chambre, la prise en compte de l’expérience client est une traduction directe des évolutions des usages. Pour Frédéric Alzeari, directeur de création chez RF Studio :  « Aujourd’hui, il est important de reconnecter l’hôtel au reste de la ville, on parle alors de Social Hub, et cela permet de créer des liens. Je ne pense pas que la déstandardisation soit simplement esthétique, elle passe aussi par l’expérience et les services proposés. » Un point de vue partagé par Kelsea Crawford, cofondatrice de l’agence d’architecture Cutwork, qui souhaite faire évoluer les espaces à travers l’expérience recherchée par les clients :« Le concept d’hybridation de l’hôtel est le futur selon moi. Il y a aujourd’hui de plus en plus de choses à prendre en compte, et il faut être le plus souple possible dans chaque opération. » En fonction de la durée de séjour du client, il faut pouvoir proposer une offre la plus complète possible, à travers l’intégration d’un espace cuisine dans les chambres par exemple. Autre défi qu’ils se sont lancé : proposer une multitude d’usages dans un seul espace, comme c’est le cas de leur projet avec Bouygues où une chambre de 20m2 pourra décliner cinq utilisations différentes.

Déstandardiser la chambre ?

Pour Frédéric Alzeari, « pour déstandardiser,  il faut vraiment sortir de la norme. » Pour autant, il évoque la nécessité de respecter certains standards sur le plan légal d’une part, mais surtout pour parfaire aux attentes du client. Il y a des contraintes matérielles pour les tailles de lit, la présence de certains meubles ou non. Ainsi, casser les standards peut s’avérer périlleux, comme l’explique Alban Ruggiero : « Pour tous nos projets, on définit dès le début une liste de fonctions de la chambre avec une vision précise de ce que l’on veut proposer au client. Mais finalement, ce qui est difficile, c’est de créer une chambre qui soit nouvelle et que lors du résultat final, on puisse se dire : oui, ça change et ça fonctionne. »

Nouveau Concept Novotel, RF Studio
Nouveau Concept Novotel, RF Studio

Si la plupart des chambres restent donc très ancrées dans les standards et respectent des chartes très précises (cf éléments précédemment cités par Laurent Maugoust), les architectes d’intérieur et designers considèrent l’évolution des usages dans cet espace : on y dort, on s’y détend, on y travaille, on y fait des visio, on s’isole… Comme l’exprime Arnaud Berthereau : « Je ne sais pas ce qu’est le standard, et je ne sais pas si le standard d’hier est celui d’aujourd’hui et vice-versa, mais ce qui me paraît certain, c’est qu’en tant que designer ou architecte d’intérieur, on doit être un peu le catalyseur des usages qui se trouvent dans les hôtels et particulièrement dans l’espace chambre. » Pour sa mission sur l’hôtel Jost, un travail a été fait sur la compacité de la chambre, afin de proposer un espace dans lequel le client se sente bien et qui puisse avoir différents usages qui sortent justement de ces « standards ». Pour Laurent Maugoust, l’objectif principal sera toujours de surprendre le client, en trouvant un équilibre entre ce qu’attend le client et ce qu’il découvre, un équilibre qui va nourrir son expérience.

Vers la chambre reconfigurable ?

Antonin Yuji Maeno du studio Cutwork rebondit en évoquant notamment les washitsu, les chambres standards traditionnelles japonaises : « Ces chambres n’ont pas d’usage prédéfini. Ce ne sont pas des chambres à coucher, des chambres à dîner, des chambres à travailler ou à faire la sieste. Il s’agit simplement d’une chambre qui est ouverte et dans laquelle on va déplacer des panneaux coulissants et y ajouter un futon et une table pour créer ensuite un espace chambre. » Un principe qu’ils ont repris dans certains de leurs projets, où la télé peut par exemple être nichée derrière un panneau ou se dévoiler grâce à un système de rétroprojecteur. Ces espaces s’adaptent donc aux usages de chaque client : « On pense que le nouveau standard, c’est le washitsu, qu’il est reconfigurable et adaptable » conclut-il.

Projet de coliving avec Bouygues Immobilier, CUTWORK studio

Dans cette logique, le travail de RF studio avec Ligne Roset pour Novotel propose un éclairage intéressant, comme en témoigne Frédéric Alzeari : « Nous avons pensé la chambre comme n’étant pas un objet figé mais capable d’évoluer pour s’accorder à l’esthétique de son temps, composée d’éléments qui puissent être remplacés plus facilement. » Cette pratique induit une démarche plus écologique, puisque la chambre n’est plus changée tous les cinq ans, mais elle évolue en continu.

La dimension écologique dans la conception d’hôtel : un passage évident ?

La question de l’écologie arrive au cœur du débat et permet de pointer les efforts qu’il reste encore à faire malgré quelques avancées. En effet, d’après Flore-Anne de Clermont, responsable innovation chez Valdélia, 90 000 tonnes de mobilier sont jetés dans les bennes chaque année. Un chiffre encore trop important, mais qui pourrait diminuer si l’on communique différemment concernant le sujet du réemploi. « Plus on anticipe les besoins des clients et plus on pourra faire durer les produis plus longtemps et ainsi éviter le gâchis de mobilier. Les industriels ont une expertise à apporter, car ils ont une réelle connaissance fine des matériaux, du mobilier. » Un aspect d’up-cycling que Philippe Nalivet prend également très à cœur en tant qu’industriel, mais qui nécessite un travail de sensibilisation auprès des clients et en amont, dès la conception du meuble.

En parallèle, David Dalidec expose un autre chiffre fort : 60 % des clients sont prêts à payer plus cher pour accéder à des hôtels plus responsables. Et cette responsabilité passe à la fois par la mesure de l’empreinte carbone de son travail, en collaborant avec des acteurs locaux, en utilisant le plus de matériaux recyclés et qui soient le plus pérennes possible. L’objectif : évoquer une prise de conscience chez le maître d’ouvrage et ainsi lui proposer des actions concrètes.

Penser l’hôtel dans un hypercontexte ?

Pour tous, l’hôtel est aujourd’hui pensé comme un lieu transversal dans les activités, hybride dans les rencontres, poreux à l’écosystème qui l’entoure. Nécessairement multi-programme, il fait face à une activité complexe, dans une temporalité qui doit être gérée avec des espaces qui s’adaptent. C’est un lieu de vie. Pour Frédéric Alzeari, RF Studio nourrit sa vision de l’hôtellerie, par la diversité de son expérience : « Travailler sur des projets autres que ceux de l’hôtellerie, permet d’avoir une vision holistique des différents domaines d’application de l’architecture d’intérieur. » Il conclut en revenant sur l’importance de connaître le contexte (économique, industriel, géographique), car la standardisation se pose de ce point de vue-là : « C’est en se posant ces questions liées au contexte que l’on arrive à obtenir de nouvelles réponses. »

Rédigé par 
Maïa Pois

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8/9/2026
Paris Design Week : la création chinoise s’expose à Paris

À l’occasion de la Paris Design Week, la scène créative chinoise investit plusieurs lieux de la capitale. Du Palais-Royal au Marais, trois rendez-vous témoignent d’une création en mouvement, entre héritage culturel, expérimentation et nouveaux usages.

Longtemps associée à la production, la Chine affirme aujourd’hui une autre place dans le paysage international du design. À Paris, designers, artistes, architectes et éditeurs dévoilent à l’occasion de la Paris Design Week trois espaces aux approches multiples, loin d’une esthétique unique, mais réunies par une attention portée aux savoir-faire, à la matière et au dialogue entre héritage et création contemporaine.

Wu Bin donne forme au temps

Au coeur des jardins du Palais-Royal, la signature du designer et architecte d’intérieur Wu Bin est présenté à travers Le Pavillon du Temps du 9 au 17 septembre. Réalisée en acier inoxydable poli miroir et enveloppée d’une membrane inspirée du papier de Xuan, la structure évolue avec la lumière et les mouvements de son environnement. Divisé en trois segments, le pavillon se transforme au fil de la journée en un cadran solaire contemporain, à la frontière de l’art, du design et de l’architecture.

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© SDCC

Quand l’art rencontre le quotidien

Enfin, l'exposition "Form Before Form", présentée à l’Espace AUBE du 9 au 19 septembre, marque les débuts européens de YUAN, un projet fondé à Pékin par Song Tao. Céramique, peinture, art floral et installations organiques s’y rencontrent autour d’une vision du design envisagé comme le prolongement d’une recherche artistique et d’une manière d’habiter. La céramiste Du Qinfen y présente notamment YUAN Collection 01, qui transpose son vocabulaire artistique dans des objets du quotidien.

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8/9/2026
Intramuros #229 : Second Life

Nous avons longtemps confondu nouveauté et progrès. Comme si avancer supposait nécessairement de remplacer. Comme si un objet, un matériau ou un bâtiment perdaient toute valeur dès lors qu’ils avaient déjà servi. Cette logique a façonné nos intérieurs autant que notre économie : produire, séduire, vendre, oublier. Puis recommencer. Encore et encore. Désormais, le réel nous oblige à regarder autrement ce qui existe déjà. Il ne s’agit pas de renoncer à créer, encore moins de céder à une quelconque nostalgie.

Mais, au contraire, d’élargir le territoire du projet. Réparer, transformer, réemployer, reconditionner, détourner. Tous ces gestes demandent autant d’intelligence que l’invention ex nihilo. Peut-être même davantage. Car composer avec l’existant impose des contraintes, une histoire et, parfois, des cicatrices. Le designer ne part plus d’une page blanche. Aujourd’hui, il écrit la suite.

Sommaire

Design 360

Design Story

Second life, L’âge de la deuxième matière

Dans les mailles d’Iranzo

Maximum, la matière en changement d’état

James Shaw : Agrégats colorés

Issey Miyake, expérience biophilique

Furniture for Good : la matière reprend forme

Sander Wassink, faire avec

Lucie Gholam, reconstruire un récit

Rikkert Paauw, composer avec l’existant

SEA LÍA : chirurgie plastique

.Oddity Fragrance, design parfumé

Dirk van der Kooij, la mémoire du plastique

ecoBirdy : à hauteur d’enfant

Semper & Adhuc, le temps repris

hors-studio, matières premières

deco.and, extravagant silence

Re-design, (Ré)incarner l’objet

Éditeurs, conscience collective


Matières

Fab.BRICK, refaire le mur

Antonin Mongin, la fibre design

Loumi Le Floc’h, lumière d’été

Rezign, le textile réinventé

pierreplume, les fibres du réemploi

Kami-Kami, quand la matière change de statut

In-situ

Ce qui est déjà làOne Yard, d’une industrie à l’autre

K5 : Valeur constante

Atelier Craft, Histoires inédites

Experimenta

Laboratoire des pratiques durables : quand la matière redessine le projet

In the Air

Salon Artisans d’Excellence : la matière à l’honneur

Concours Technogym x Intramuros : les lauréats de la deuxième édition

Hyline : invisibiliser les frontières

Studio MTX, quand la broderie change d’échelle

EquipHotel : les temps forts de l’édition 2026

Agenda

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4/9/2026
The Eames Houses : l’ouvrage d’une révolution

À l’occasion de la parution de l’ouvrage The Eames Houses, son auteur, Eckart Maise, et Antonio Navarro, directeur créatif de Kettal, reviennent sur la vision pionnière et créative du célèbre couple d'architectes américains.

Couple mythique de l’architecture, Charles et Ray Eames ont participé à faire entrer le modernisme dans le secteur de l’habitat. Près d’un siècle après leurs réalisations les plus célèbres, la maison d’édition Phaidon publie « The Eames Houses ». Plus qu’une monographie, l’ouvrage développé pendant deux ans revient sur huit projets explorant la préfabrication, la flexibilité ou encore les matériaux industriels. L'architecture n'est pas ici un exercice stylistique, mais un système généreux au service de la vie quotidienne. Pour revenir sur cette philosophie, nous avons posé quelques questions à Eckart Maise, ancien directeur de la création chez Vitra, mais également collaborateur de longue date de la famille Eames, et à Antonio Navarro, directeur artistique de l’entreprise espagnole Kettal qui lançait en avril dernier, la commercialisation d’un Pavillon Eames.

Livre The Eames Houses

Pour commencer, pourriez-vous rappeler le contexte qui a vu naître les maisons Eames ?

Eckart Maise : Ces maisons sont apparues aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, la grave pénurie de logements coïncidait avec un modèle industriel, désormais capable de produire des composants standardisés à très grande échelle. Il se trouve qu’en Californie, la population augmentait rapidement et l’évolution des modes de travail et de la vie familiale appelaient de nouvelles formes d’architecture domestique. Donc le programme Case Study House est lancé en 1945 par la revue Arts & Architecture de John Entenza. Il s’agissait de demander aux architectes de mettre les avancées dans le domaine des matériaux au service de logements modernes et économiques. Charles et Ray Eames ont conçu la maison comme un système plutôt que comme un objet à proprement dit. C’est-à-dire en favorisant une structure légère assemblée à partir de composants facilement disponibles et capable de s’adapter à différents sites, occupants et modes de vie.

Donc l’idée fondamentale des Eames était de créer un design modulaire industrialisé ?

Antonio Navarro : Absolument. Charles et Ray ont démontré que cette idée était viable à travers l’Eames House. Mais sa transformation en un système industriel pouvant être produit et distribué à plus grande échelle n’a pas fonctionné.  Le concept était probablement simplement trop en avance sur son temps. À la fin des années 1940, nombre des matériaux, composants et technologies nécessaires pour produire efficacement ce type d’architecture n’existaient pas encore ou n’étaient pas suffisamment accessibles. L’Eames House elle-même a été construite à partir de composants industriels initialement fabriqués pour d’autres usages. D’ailleurs, Charles et Ray ont développé une maison préfabriquée pour Kwikset, destinée à une production en série, mais l’entreprise a changé de propriétaire puis a fait faillite avant que le prototype puisse être construit.
L’architecture est beaucoup plus difficile à industrialiser que le mobilier. Chaque projet doit répondre à son climat, à sa localisation, à ses fondations, aux réglementations locales, aux réseaux et à la logistique. Donc l’idée était juste, mais il manquait un écosystème technique et industriel nécessaire pour la rendre possible. Aujourd’hui, nombre de ces conditions existent enfin.

Livre The Eames Houses

 

C’est ce qui a été démontré en avril à la Triennale de Milan avec le lancement d’un Pavillon Eames. Comment Kettal et le Eames Office ont-ils collaboré pour concevoir cette version 2026 qui n’est pas la réplique d’un plan, mais le prolongement d’une vision ?

EM : Le pavillon est né d’une recherche dans les archives consacrée aux maisons expérimentales et aux systèmes constructifs développés par Charles et Ray entre 1945 et 1955. L’Eames Office et Kettal ont traduit leurs principes récurrents — une trame structurelle, des composants préfabriqués et des panneaux de remplissage interchangeables — en un kit de pièces contemporain. Pour Kettal, la marque s’est imposée naturellement parce qu’elle possédait déjà une expérience dans la construction en aluminium et notamment de pavillons modulaires. Ses capacités d’ingénierie et de fabrication ont permis de faire aller les idées des Eames au-delà du prototype. L’idée n’était pas de reproduire un projet historique unique, mais de développer un système adaptable pouvant être fabriqué, configuré et étendu en fonction des exigences actuelles.

Et ces exigences ont certainement amené quelques changements ?

AN : Je ne dirais pas que nous avons changé l’architecture. Notre intention était de traduire le système original dans une production contemporaine tout en préservant sa logique, ses proportions et son caractère visuel. Dès le départ, nous voulions que le travail technique réalisé par Kettal soit presque imperceptible dans le résultat final.
Nous avons donc étudié l’Eames House en tant que prototype construit, en mesurant et en analysant ses composants, ses profils, ses surfaces, ses couleurs et ses détails constructifs. Cette étude a été associée aux recherches menées par l’Eames Office sur leurs autres projets architecturaux construits et non construits.

 

Mais passer d’un projet non-construit à un produit disponible à la vente nécessite une standardisation, notamment au niveau des éléments techniques ?

AN : Effectivement. Nous avons réduit le nombre d’éléments, rationalisé les assemblages et établi des règles claires de configuration. Paradoxalement, simplifier le système augmente ses possibilités, car les mêmes composants peuvent créer de nombreuses structures différentes.
C’est donc l’aspect technique que nous avons principalement modifié en introduisant des profilés en aluminium extrudé de haute précision, en améliorant l’isolation thermique et acoustique, et en prenant en compte les exigences contemporaines en matière d’étanchéité, de tolérances, de résistance aux intempéries, de durabilité et de réglementations locales. Nous avons également intégré l’éclairage, la ventilation, la régulation climatique et la connectivité. Il y a donc de la nouveauté, mais l’intelligence architecturale sous-jacente reste celle de Charles et Ray Eames.

Livre The Eames Houses

Comment expliquez-vous que cette intelligence, vieille de près d’un siècle, répond encore aux besoins et aux aspirations contemporaines ?

AN : Peut-être que le plus surprenant est que nombre des questions auxquelles Charles et Ray ont cherché à répondre sont devenues encore plus urgentes aujourd’hui. En tout cas, les facteurs sont multiples.
D’un point de vue technique, ils concevaient l’architecture comme un système adaptable plutôt que comme un objet fixe. Une trame rationnelle et un nombre limité de composants interchangeables permettent de configurer une structure pour différents usages, de l’agrandir, de la réduire, de la démonter ou de la déplacer. Les éléments peuvent être réparés ou remplacés individuellement, et les composants qui ne sont plus nécessaires peuvent être réutilisés ailleurs. Il s’agit d’une utilisation des matériaux beaucoup plus intelligente que lorsque chaque bâtiment est considéré comme un ensemble permanent et indissociable.
D’un point de vue sociologique, nos vies sont devenues de plus en plus mobiles et changeantes. Les familles s’agrandissent où se réduisent ; les entreprises se développent, se contractent ou déménagent ; et les frontières entre la maison, le travail et l’hospitalité continuent de s’estomper. Un espace adapté aujourd’hui peut devoir fonctionner de manière très différente dans cinq ou dix ans. Les Eames avaient compris que l’architecture devait accompagner ces changements plutôt que leur résister.
Il existe également une dimension environnementale. Dans certains contextes, l’architecture devrait être réversible, permettant de retirer une structure et de restaurer le paysage plutôt que de le transformer de manière permanente.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’ils ne concevaient pas une architecture correspondant à une image particulière de la vie moderne. Ils pensaient une structure capable de répondre à la vie à mesure qu’elle évolue.

 

En plus de leur fonctionnalité en tant qu’espaces de vie, les bâtiments des Eames étaient également visuels. Quel rôle les Eames et leur architecture filaire ont-ils joué dans l’esthétique moderniste et dans le célèbre programme des Case Study Houses ?

EM : Sur les 36 Case Study Houses proposées, Charles et Ray Eames ont développé le projet original de la Bridge House ainsi que l’Entenza House avec Eero Saarinen, puis l’Eames House qui a effectivement été réalisée. Bien que les 36 projets répondent à un même cahier des charges portant sur des logements économiques et contemporains, leurs approches architecturales différaient considérablement.

La contribution particulière des projets des Eames résidait dans le fait de considérer la structure métallique apparente, les composants industriels standardisés, le vitrage et les panneaux colorés à la fois comme un système constructif et comme une composition visuelle. Leur importance ne résidait pas dans la définition d’une esthétique unique des Case Study Houses, mais dans la démonstration que la standardisation industrielle pouvait favoriser la liberté architecturale et des modes de vie finalement très individualisés.

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4/9/2026
Paris Design Week : l’Agenda d’Intramuros

La Paris Design Week est de retour dans la capitale du 10 au 19 septembre pour célébrer le design sous toutes ses formes. Petit tour des expositions à ne pas manquer lors de cette édition. 

5-7 septembre : Salon Shoppe Object Paris, Paris Expo Porte de Versailles, 75015 Paris

8-27 septembre : Exposition « Contrepoint » d’Anthony Guerrée, Musée Bourdelle, 16, rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris

9 et 10 septembre : Exposition « Trames » par Heju Studio chez Tarkett, 43 Rue de Saintonge, 75003 Paris

9-13 septembre : Exposition « The Light Library » par le Studio Meaningful, Galerie Ideal Place, 38, rue des Gravilliers, 75003 Paris

9-19 septembre : Exposition « Sotto Voce », 3 rue Paul Bert, 75011 Paris

avec : Clément Pasquier, Justine Ménard, Florie Berger, Mélissa Wago-Lala, Mathilde Martin et Sòler Paris

9-20 septembre : La « Re-prise de la Bastille » par le studio 5.5, Place de la Bastille, 75004 Paris

10-13 septembre : Exposition « Trois Pièces » avec Polimair, Lucas Zito et Tapicheri, 52 rue Charlot, 75003 Paris 

11-13 septembre : Exposition « Take one just in case », 10 rue Tesson, 75010 Paris initiée par Pierre Castignola et Alexandre Delasalle 

avec : Augustin Puzio, Atelier Burrata, made by ASTRONAUTS, Lana Arih, Jules Barton, Tin Alaya, Pierre Castignola, Laura Casañas Maya, Alice Clermont, Alexandre Delasalle, Laura Dominici x Basil Schu, Lewis Duckworth, e8 Tableware, Tim Teven, Diego Faivre, Lucas Muñoz Muñoz, Helene Falgayrette, Olga Flor, Lino Gasparitch, LS Gomma, Ebba Studio, Flora Lechner, Anna McAllister, Mark Malecki, Johanna Pichlbauer, Jovien Panné, Sacha Lefèvre, Sigurd Schelde, Marie Verdeil

10-14 septembre : Paris Design Week Factory :

Espace Commines : 17, rue Commines, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 116, rue de Turenne, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 16, rue des Minimes, 75003 Paris 

Galerie Ellia : 10, rue de Turenne, 75003 Paris

11 et 12 septembre : Ikea « l’Habitat de l’année », 4 rue François Miron, 75004 Paris

10 au 19 septembre : Installation PICNIC de Cluzel / Pluchon, Hôtel d’Albret, 31 rue des Francs Bourgeois, 75004 Paris 

10 au 19 septembre : Exposition « Bar Stool », Espace Brownstone, 26 rue Saint-Gilles, 75003 Paris initiée par Athime de Crécy et Quentin Frichet 

avec : AC/AL, Antonin Fassio, Arthur Desmet, CPRV, Athime de Crécy, Camille Donias, Claire Lavabre, Cluzel & Pluchon, Denise Merlette, Formel Studio, François Lafortune, Guillaume bloget, Guillaume Gindrat, Gini Moynier, Giuseppe Formica, Hugo Chaffiotte, Marine Quéré, Meta, Paul Tubiana, Quentin Frichet, Romain Sillon & Clara Ormières, Sacha Parent & Valentine Tiraboschi,  Sara Decampos, Théo Leclercq & Camille Viallet, Thelonious Goupil, Tobias Brunner et Wint Design Lab.

10 au 19 septembre : Frgmnt Design Week chez Heureux les curieux, 23 rue du Pont aux Choux, 75003 Paris 

avec : Alexandre Veillon, Alicia Bonnard, Amalgame Studio, Ariane Ronot, Atelier Anova, Atelier Apara, Atelier Perret, Benoit Porte-Proust, Claire Buet, Clémence Birot, Clémence Lucchini, Clément Thevenot, Céline Proust, David Jacquinot, Emma Batsheva Cohen, Faustine Perret, Florence Boujnah, Judith Chauvel-Levy, Kr.Atelier, Louis Daigre, Mahée Billères, Marine Gaillard, Marion Gaudino, Maxime Wan Meenen, Mickaël Gayet, Mileno Guillorel-Obregón, Nessim Kaufmann, Nicolas Guillamot, Olive®, Post Industrial Crafts, Richard Rondelez, Sarah Remy, Studio CoPain, Studio Évaporer, Studio Jumel, Tancrède de Beaumont, Théo Laverne, Valentin Bony, Vincent Cassat, Yohan Thomas en collaboration avec Etnisi, La Tête Dans Les Nuages, La Fabrique Materia, Matériaux Urbains, NaturLoop, Pierre Plume, Reed Material, Renature Materials et Tissium

10 au 27 septembre : Paris Design Week au BHV Marais, 52 rue de Rivoli, 75004 Paris

avec : Jean-Baptiste Durand et Simon Geringer, Théo Charasse avec Vous pouvez dormir dans la grange, Gaspard Fleury-Dugy, Laure Philippe avec le studio BrichetZiegler, Gregory Lacoua et BehaghelFoiny

10 septembre au 3 octobre : Exposition « Multiples », galerie des ateliers de Paris, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris 

avec : Camille Viallet & Théo Leclercq, Cluzel / Pluchon, CPRV, Jules Levasseur, Julie Richoz, Kevin Lebouvier - Klaes studio, Laure Philippe, Lila Guédin, Lucien Icard, Nicolas Verschaeve, Selah Creative Office, Studio Poirier Bailay, Valentine Tiraboschi & Sacha Parent,Thelonious Goupil et Unknown Untitled

10 septembre au 4 octobre : Exposition « La Tempête » de Jérémy Pradier-Jeauneau avec Fermob, Arc de Triomphe, Place Charles de Gaulle, 75008 Paris

10 septembre au 10 octobre : Exposition « Under Pressure » de Marie et Alexandre, galerie signé, 33 Rue Bonaparte, 75006 Paris 

11 septembre au 31 octobre : Exposition « Petals » de Patrick Jouin, Galerie de Sèvres, 4 place André Malraux, 75001 Paris

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