Les luminaires givrés d’Hadrien Hach
L'exposition de Hadrien Hach à l'hôtel de l'Industrie à l'occasion de la Paris Design Week 2025 ©JP Vaillancourt

Les luminaires givrés d’Hadrien Hach

Pour sa première collection, le designer français Hadrien Hach dévoile une série de luminaires réalisés en tissu de soie et en résine. Une technique développée à tâtons, pour un rendu délicatement givré.

Il est courant de dire que le geste se trouve au cœur de la pratique d’un designer, qu’il est relatif à un savoir-faire, à une culture. Au Japon, la découpe du bambou à l’aide d’un katana fait partie de ces mouvements-là. Hadrien Hach découvre cette pratique lors d’un voyage au pays du Soleil Levant en 2018. Mais ce n’est que six ans plus tard que le designer choisit de la figer en objet ; d’abord dans son essence d’origine, puis en plâtre pour pallier les fissures liées au séchage, et enfin en bronze pour plus de préciosité. Une évolution qu’il abandonne rapidement au profit de la résine, un matériau qui lui permet « de réaliser des prototypes seul, sans être soumis aux délais des fonderies ni aux contraintes du métal. » C’est donc dans un univers encore inconnu qu’il s’immerge début 2025. Commence une phase de recherche et développement menée à l’abri des regards, dans son atelier sarthois.

Le modèle Frozen Katana, comme les autres de la collection, joue avec les aspérités de la matière et l'aspect ascensionnel donné par le dégradé doré de la base ©JP Vaillancourt

Une collection inspirée par le geste et les voyages

Il y a des matériaux dont on connaît à l’avance le rendu, et d’autres, issus d’alchimies novatrices, qui ouvrent de nouvelles pistes. Attiré par la résine et ses propriétés techniques, Hadrien Hach entame une démarche prospective en quête de la bonne association. Travaillant d’abord avec de la fibre de verre grâce à laquelle il obtient une transparence centrale dans ses créations, Hadrien Hach finit par adopter le tissu de soie. « C’est un matériau que j’ai découvert un peu par hasard, et qui donne à la résine un effet translucide, presque givré » explique-t-il. Travaillé sous forme de feuilles enduites, le textile est ensuite mis à sécher pendant une journée dans la forme désirée. Convaincu que « la matérialité conduit à la forme », le designer, dont l’idée de flottement avait guidé des premiers prototypes, s’oriente finalement vers un style plus monolithique. Inspiré notamment par la tour The Shard, célèbre gratte-ciel londonien où il a vécu deux ans, ou par l’architecture vernaculaire africaine, il signe six familles de luminaires, dont la première s’intitule Frozen Katana. Un clin d’œil évident aux prémices de cette première collection, et au Japon, renforcé par l’usage de la feuille d’or. Un revêtement en écho “au temple de l’or de Kyoto et sans doute un peu au château de Versailles, à côté duquel j’ai grandi », raconte-il. Appliquées par fragments ou bien dégradées à l’alcool, ces dorures jouent avec la lumière. Que ce soit en reflétant l’environnement lorsque la lampe est éteinte, ou en filtrant la lumière lorsqu’elle est allumée, à l’image de l’applique Arrowslit dont le maillage réalisé grâce à une résille évoque une pixellisation ou une cartographie urbaine.

Comme un clin d'œil à l'enfance, le designer s'est inspiré des meurtrières visibles dans les châteaux-forts pour créer cette applique Arrowslit. Une référence architecturale détournée pour attirer le regard non plus vers l'extérieur, mais vers l'intérieur de l'habitat ©JP Vaillancourt

L’idée d’un design construit

Si les clins d'œil architecturaux sont si présents dans son travail, c’est en partie grâce à son parcours à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles. Une formation enrichie d’une approche centrée sur l’intérieur avec un diplôme en design d’objet obtenu à l’École Polytechnique de Milan. « Ça a été une année très rafraîchissante avec une vision complètement différente. En France, nous avions plutôt travaillé sur du logement social alors que là-bas, nous avons travaillé sur des projets de yachts et de villas. » Une expérience transversale à la croisée du fonctionnel et de l’ornemental, valorisée ensuite par un stage dans le département architectural de Louis Vuitton au cours duquel l’architecte travaille de nouveaux matériaux haut de gamme comme le papyrus ou le cuir d’anguille. S’en suivent des expériences dans le développement commercial pour un verrier et un sculpteur londoniens, avant un retour en France où il devient chargé d’affaires et de projets pour la Maison Pouenat. « J’ai toujours été à cheval entre le monde de l’entreprise et celui de la création. Et finalement, j’ai fini par créer une collection. » Un retour éclairé à la conception.

Ci-dessous à gauche la suspension Frozen Shard et à droite la lampe à poser Manaratan (le phare en arabe) ©JP Vaillancourt

Rédigé par 
Tom Dufreix

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17/4/2026
Concours « Unica-Menta / Back to the 80’s » : les candidatures sont ouvertes !

Pour célébrer les 40 ans de son produit Unica, la marque de fitness Technogym s’associe au magazine Intramuros et lance « UNICA-MENTE | Back to the 80s », un concours invitant designers et architectes à imaginer des espaces de bien-être immersifs, entre héritage des années 80 et visions contemporaines. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 29 mai !

Pensé comme une expérience globale, le wellness dépasse aujourd’hui le simple fitness pour intégrer repos, santé mentale, nutrition et lien social. Le concours « UNICA-MENTE | Back to the 80s » propose ainsi de concevoir un espace de bien-être hôtelier où l’architecture devient un catalyseur de sensations. Inspirés par les années 80 et l’univers d’Unica, les projets devront traduire une approche sensorielle du design, à travers la lumière, les matériaux, le végétal, le son et l’atmosphère. Au total, cinq axes devront structurer les propositions : le mouvement, la récupération, le bien-être mental, le social et de manière optionnelle, la nutrition.

Un concours en plusieurs étapes clés

Après le lancement officiel des candidatures à la mi-avril, les projets sont attendus au plus tard le 29 mai. Ces derniers seront ensuite soumis à un jury de professionnels du secteur - dont les noms seront dévoilés prochainement -, qui désigneront les lauréats le 5 juin. La remise des prix est ensuite attendue le 18 ou 19 juin prochain. Tous les projets seront évalués sur leur créativité, leur faisabilité, leur qualité de présentation et leur impact global.

Récompenses et visibilité

Le ou la lauréat(e) bénéficiera d’une mise en avant dans le magazine Intramuros et recevra des produits Technogym. Les dix meilleurs projets seront également exposés à Paris. Les trois premiers lauréats remporteront également un séjour de trois jours au Technogym Village, en Italie, avec une immersion au cœur des équipes design.

Modalités de participation  

Pour participer au concours, les candidats devront envoyer une présentation de 5 à 10 pages (format A3) de leur projet/concept accompagné d’une affiche d’exposition (format A1). Les projets seront à déposer via une plateforme dédiée.

Retrouvez toutes les informations et modalités du concours ICI.

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17/4/2026
RIMOWA x Lehni : vers une nouvelle contrée

À l’occasion de la Milan Design Week 2026, RIMOWA et Lehni dévoilent une collaboration inédite où l’objet de voyage trouve sa place dans l’espace domestique. Entre rigueur industrielle et élégance minimaliste, deux pièces en édition limitée redéfinissent le rangement comme un geste de design.

Présentée à Milan du 21 au 24 avril, la collaboration RIMOWA Lehni marque la rencontre de deux maisons centenaires réunies par une même culture du matériau. D’un côté, RIMOWA, dont les valises en aluminium accompagnent le mouvement depuis des décennies ; de l’autre, Lehni, référence suisse du mobilier moderniste et des systèmes modulaires. Ensemble, ils imaginent un banc et un tiroir conçus pour accueillir les valises cabine, deux solutions pensées pour la maison. Réalisées en aluminium anodisé noir ou argent, ces pièces, fabriquées à la main à Zurich, jouent sur un équilibre précis entre usage et mise en scène. Le banc peut recevoir jusqu’à deux valises, exposées simplement côte à côte dans une structure ouverte. Le tiroir, lui, propose un rangement plus compact, avec une composition empilée et un compartiment fermé pour les objets du quotidien. Dans les deux cas, chaque détail compte. Les étagères sont habillées d’un feutre mat anti-rayures développé sur mesure, discret mais essentiel, qui protège les surfaces tout en renforçant l’impression de douceur.

©Lehni x Rimowa

Deux héritages industriels au service d’un même matériau

Cette collaboration s’inscrit dans la continuité des trajectoires des deux maisons. Fondée en 1898, RIMOWA s’est imposée comme un acteur majeur du bagage premium en intégrant dès les années 1920 l’aluminium inspiré de l’aviation. Un matériau devenu depuis une signature. L’entreprise, aujourd’hui intégrée au groupe LVMH, continue de faire évoluer ses produits entre innovation technique et durabilité, comme en témoigne l’introduction du polycarbonate au début des années 2000 ou, plus récemment, sa garantie à vie. De son côté, Lehni, fondée en 1922 à Zurich, s’est construite autour d’un savoir-faire précis du travail du métal, nourri par des collaborations avec des figures du modernisme et par le développement de systèmes modulaires devenus emblématiques. En adaptant ici son langage formel aux valises RIMOWA, la marque suisse prolonge cette tradition tout en l’appliquant à un nouvel usage. Le projet RIMOWA Lehni apparaît ainsi comme un point de convergence entre deux histoires industrielles, où la précision technique et la durabilité restent des lignes directrices communes.

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17/4/2026
GUBI inaugure une GUBI House à Paris

Après deux premières ouvertures à Copenhague et Londres, GUBI vient d’inaugurer sa GUBI House parisienne, dans un appartement typique de la capitale. Un espace pensé comme un véritable lieu de vie, au sein duquel les produits s’inscrivent parfaitement dans leur environnement et offrent une expérience qui va au-delà d’un simple showroom.

C’est en plein coeur du 8e arrondissement, à quelques pas du Parc Monceau, dans un appartement de plus de 300m2, que la troisième Gubi House a choisit de prendre place avec  l’objectif principal de renforcer sa présence en Europe. Un espace unique, à l’image de la ville et de son héritage culturel, dont Marie-Kristine Schmidt, CEO de la marque, a accepté de nous partager la vision plus en détails.

Pourriez-vous nous en dire plus sur l’ADN des GUBI Houses ?

Les GUBI House sont nées d’un désir de dépasser la simple présentation pour aller vers l’expérience. Plutôt que de montrer des objets de manière isolée, nous créons des environnements où le design se comprend en relation avec la vie. Chaque House est façonnée par son contexte, mais toutes partagent la même intention : refléter la manière dont la collection s’inscrit dans le quotidien. Il s’agit surtout d’un dialogue entre les pièces, les époques et les personnes. Dans ce sens, la “House” est moins un format qu’un état d’esprit. Elle nous permet de présenter le design comme quelque chose avec lequel on vit, et non simplement quelque chose que l’on regarde.

GUBI House Paris © GUBI

Il s’agit de la première ouverture en France. Pourquoi était-il important pour la marque de s’implanter à Paris ?

Paris occupe une place unique dans le paysage mondial du design. Ce n’est pas seulement une ville influente, c’est aussi un lieu profondément interconnecté. Architecture, mode, art et design d’intérieur se nourrissent constamment les uns des autres pour créer un rythme culturel historique et contemporain. S’installer durablement à Paris nous permet de participer plus directement à ce dialogue entre passé et présent.

GUBI House Paris © GUBI

Qu’est-ce qui rend la GUBI House parisienne unique ?

Ce qui distingue GUBI House Paris, c’est l’intimité du lieu. Il s’agit d’un véritable appartement, doté d’une identité forte avec moulures, cheminées et détails architecturaux. Nous n’avons pas imposé un concept à l’espace ; nous avons travaillé avec ce qui existait déjà et le résultat s’intègre naturellement dans le contexte de la ville. La collection n’est pas mise en scène, elle est inscrite dans un mode de vie très spécifique à Paris et la manière dont les pièces s’enchaînent offre une expérience plus émotionnelle et sensorielle, ce qui donne moins l’impression de visiter un showroom mais plutôt d’entrer dans un intérieur privé.

GUBI House Paris © GUBI

Quelles sont vos ambitions à long terme pour cet espace ?

Nous envisageons GUBI House Paris comme une plateforme évolutive plutôt qu’un espace figé. Elle se transformera continuellement à travers de nouvelles installations, des lancements de produits et des collaborations, afin que chaque visite offre une perspective différente. En parallèle, nous souhaitons en faire un lieu d’échange dans lequel nous organiserons des dîners et des rencontres réunissant designers, architectes et créatifs de différentes disciplines. À terme, notre ambition est que la House devienne une composante du tissu culturel de la ville où l’on partage des idées, et pas seulement des objets.

GUBI House Paris © GUBI

Au-delà de cette ouverture importante, y a-t-il d’autres projets en développement, de nouveaux lancements, des projets spéciaux ou des collaborations à venir

GUBI est une marque en constante évolution, dans ses collections mais également dans la manière dont celles-ci sont présentées. Aux côtés de nouvelles créations et de rééditions d’archives, les collaborations restent essentielles pour élargir notre perspective. Un exemple récent est notre partenariat avec Bonacina 1889, avec qui nous avons réédité le fauteuil lounge P3 et la chaise longue P3S de Tito Agnoli. Cette collaboration associe plus d’un siècle de savoir-faire italien du rotin à la vision contemporaine de GUBI, reflétant notre attachement commun à l’intégrité des matériaux et à un design durable.

GUBI House Paris © GUBI

D’autres GUBI Houses sont-elles en préparation ?

Notre approche à travers ces GUBI Houses est de croître avec discernement. Chaque lieu repose sur la même idée, mais se façonne en fonction de son contexte. Ensemble, ces espaces constituent un réseau de lieux qui interprètent les collections à travers différents prismes culturels. À l’avenir, nous continuerons d’explorer de nouvelles implantations là où l’alignement est fort, avec la même intention : créer des espaces authentiques, singuliers et profondément ancrés dans leur environnement.

GUBI House Paris © GUBI
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15/4/2026
À la Carpenters Workshop Gallery, la sobriété en dialogue avec l’exubérance

La Carpenters Workshop Gallery expose jusqu’au 1er août une sélection de designers contemporains. Parmi eux, l'artiste Ingrid Donat dont les œuvres ont été mises en regard avec des pièces de Pierre Jeanneret, pour certaines repensées.

Il est souvent plus facile d’engager une discussion lorsque tout le monde parle la même langue. Et quand ce n’est pas le cas, reste à trouver un dialecte commun. Pour l'exposition Dialogues, la Carpenters Workshop Gallery située au 54 Rue de la Verrerie, dans le quatrième arrondissement de Paris, a choisi de réunir un corpus d'œuvres hétéroclites, mais toutes (ou presque) très contemporaines. Une articulation autour de laquelle se retrouvent une douzaine de designers et d’artistes dont les frères Campana, Nacho Carbonell, Rick Owens Furniture ou encore Wendell Castle. Des personnalités différentes dont les univers parviennent néanmoins à communiquer grâce à une scénographie valorisant les correspondances, notamment chromatiques, au gré des trois niveaux de la galerie. De quoi laisser entrevoir, à défaut de techniques communes, l'omniprésence de savoir-faire particuliers.

©Benjamin Baccarani

Une discussion hors du temps

Au rez-de-chaussée de l’exposition, c’est une autre forme de dialogue que la galerie a souhaité instaurer. Plus abouti que les autres, celui-ci ne conjugue plus les esthétiques, mais les fusionne, et ce, par-delà les époques. Ainsi, Ingrid Donat, spécialiste du bronze, ouvre un dialogue avec les pièces de Pierre Jeanneret. Parmi elles, deux Committee chairs et un Lounge Set ont pour l’occasion été retapissés par l’artiste contemporaine. Outre la nouvelle expression stylistique donnée par la toile de jute, elle propose une lecture plus contemporaine de l’objet tout en conservant, de par le choix de ce textile connoté industriel, l’âme de ce mobilier dessiné au milieu du siècle dernier. À cela s’ajoute également un bureau revetu en cuir et décoré des motifs signatures de l’artiste. Un langage pictural et ornemental que l’on retrouve sur de grandes compositions tapissant les murs de la galerie. Une manière de démontrer que l’art contemporain peut encore faire évoluer ces icônes modernistes déjà bien assises.

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