Démission du nouveau directeur de l'ENSCI - Les Ateliers

Démission du nouveau directeur de l'ENSCI - Les Ateliers

Rémy Fenzy, nommé le 13 novembre dernier par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le ministre de la Culture Frank Riester, démissionne de son poste de directeur de l’ENSCI – Les Ateliers. À l’issue d’une ultime rencontre, la troisième, avec les élèves de l’école parisienne de création industrielle, l’ancien directeur de l’ENSP d’Arles a fait part de sa renonciation au poste de directeur de l’ENSCI – Les Ateliers.


Un processus de nomination opaque

Le feuilleton prend racine au mois de février 2019. Yann Fabès, alors directeur de l’ENSCI – Les Ateliers, présente sa démission au motif d’un « désaccord avec le ministère de la culture sur [son] statut administratif ». En poste depuis 2016, il est temporairement remplacé par la secrétaire générale de l’école Anne Nouguier, le temps que la procédure de recrutement se concrétise.
Une décision qui ne manque pas de surprendre et qui fait naître des inquiétudes dans les rangs des élèves. Dans un communiqué du 19 février, ils pointent du doigt les raisons de cette démission qui marque « un dysfonctionnement dans le dialogue entre la direction de l’école et ses tutelles » et « un manque de volonté de la part [des] tutelles d’assurer la pérennité du projet pédagogique porté par l’école ».

Le processus de recrutement du nouveau directeur de l’ENSCI – Les Ateliers est lancé au cours du mois de mars. Trois profils sont alors retenus : Jeanne Gailhoustet, directrice de l’ENSA Limoges, Emmanuel Mahé, directeur de la Recherche à l’EnsAD et Rémy Fenzy, directeur de l’ENSP d’Arles.
À titre consultatif, le conseil d’administration de l’ENSCI-Les Ateliers, composée d’élèves et de membres du personnel, de représentants des ministères de tutelles et de professionnels du design, soutient les candidatures des 2 premiers et émet des réserves quant à celle de Rémy Fenzy. Au vote, il totalise 4 voix « pour » qui ne sont autres que celles des représentants des ministères et d’un professionnel.
Malgré ce résultat, les ministères de l’Industrie et de la Culture entérine sa nomination au poste de directeur de l’ENSCI – Les Ateliers le 13 novembre.

Bien que l’avis du CA de l’école de la rue Saint-Sabin (Paris 11e) ne soit que consultatif, la nomination de Rémy Fenzy démontre une « une certaine opacité dans le processus de consultation » estime Émile, élève de 3e année à l’ENSCI – Les Ateliers.

Un candidat au projet peu convaincant

Début juillet, les entretiens par visioconférence avec les 3 candidats aboutissent à la découverte du projet pédagogique de Rémy Fenzy. Une candidature pauvre qui reflète « une mauvaise connaissance de l’école » selon les élèves.
Dans la journée du 20 novembre, le désormais ex-directeur a de nouveau présenté son projet. Alors que les élèves et les membres du personnel présents s’attendent à un projet enrichi comparativement aux précédents, ils constatent que rien n’a changé. “La forme convient mais le fond ne présente rien de convaincant” résume Émile, membre du bureau des élèves-élus. Il est reproché à Rémy Fenzy de s’appuyer sur un projet universitaire miroir de celui qui existe aujourd’hui. En proposant par exemple une année de césure déjà existante, ou des doubles cursus actuellement offerts, l’ex-directeur marque son manque d’ambition pour amener l’école dans une autre dimension et surtout sa méconnaissance de l’entité ENSCI – Les Ateliers.
À cela s’ajoute les polémiques qui le suivent depuis sa nomination au poste de directeur de l’ENSP d’Arles. Il a été reconduit en 2016 contre l’avis d’une majorité du personnel et des étudiants. Il lui est notamment reproché son attitude autoritaire envers les membres du personnel, ainsi que son manque d’investissement pour le futur de l’école. En juillet dernier, il a organisé une fausse inauguration des nouveau locaux de l’ENSP comme en témoigne les élèves du l’école arlésienne dans un communiqué : « Nous sommes toujours dans notre ancienne école, le matériel emballé dans des cartons, privés des ateliers qui font notre dynamisme ».

Une crise qui dure

Face à l’inaction des ministères de tutelles, les élèves passent à la vitesse supérieure. Le 24 septembre, les étudiants de l’école parisienne manifestent devant le siège de direction générale de la création artistique (DGCA), qui soutient la nomination arbitraire de Rémy Fenzy au poste de directeur de l’ENSCI – Les Ateliers. À la fin du mois d’octobre, une assemblée générale étudiante décide la mobilisation pour le mois suivant. Cette mobilisation prend la forme d’actions symboliques. Le premier week-end du mois de novembre, un mur de parpaings est construit dans la cour de l’école parisienne et le bureau du futur directeur est condamné à l’aide de planches.
La semaine du 4 novembre est marquée par une succession d’agora, d’ateliers et de conférences qui ont pour but d’affirmer le positionnement collectif des acteurs de la mobilisation. Patrick Bouchain, co-fondateur de l’ENSCI – Les Ateliers, discute des fondements de son école. Aurélien Fouillet y évoque le design et la politique. La mobilisation prend une tout autre tournure lorsque, le 13 novembre, la nomination de Rémy Fenzy est entérinée. Le blocage de l’école est voté, à l’unanimité, par les élèves et les membres du personnel présents, pour la semaine suivante. Et ce, jusqu’à ce qu’une réelle alternative soit proposée par les ministères de Bercy et de la rue de Valois.

Le mouvement de contestation est caractérisé par une solidarité entre les élèves et les membres du personnel de l’ENSCI – Les Ateliers, qui s’opposent à l’unisson à la nomination de Rémy Fenzy. À l’’instar du designer français Stéphane Villard qui enseigne rue de Saint-Sabin et affirme sa « solidarité au mouvement étudiant car leurs revendications sont très légitimes, et qu’entre autres éléments, la nomination de Mr Fenzy s’est faite en opposition avec les recommandations du CA et des membres du personnel qui ont pourtant été consultés pour avis ».
Un soutien qui dépasse les murs de l’école parisienne, puisque les élèves et les membres du personnel  de l’ENSP d’Arles expriment officiellement leur soutien à travers un communiqué, le 15 novembre. Tout comme l’Alliance France Design (AFD) qui déplore que « la voix des professionnels du design, des enseignants et des étudiants [n’ait] pas été entendue à sa juste valeur ».

Replacer l’école au coeur du projet

Ce cri d’inquiétude des élèves et du personnel de l’ENSCI – Les Ateliers traduit un mal plus profond, à savoir la tendance de l’administration publique à formater les écoles nationales de création. Le lissage des spécificités de chacune mène, à terme, à proposer les mêmes programmes que les écoles traditionnelles d’art. Ainsi, Émile déplore « l’entrée de l’ENSCI sur Parcoursup » et donc la disparition d’une partie de son concours d’entrée, qui fait l’identité et le rayonnement de son école.

L’école parisienne, qui a formé des designers de renom comme Matali Crasset, Constance Guisset ou Mathieu Lehanneur, est classée au second rang des écoles et universités d’Europe et d’Amérique dans le Red Dot Design Ranking 2016. Elle « est censée être le fleuron des écoles de design en France » avance Émile. À cette fin, élèves et personnel doivent construire un projet qui replace la création industrielle au premier plan. Un projet qui bénéficiera d’une qualité d’enseignement qui a fait la réputation de l’ENSCI – Les Ateliers, et que l’AFD explique « en partie [par] les rapports équilibrés et bienveillants construits entre la direction, les personnes enseignants et les étudiants ».
Pour le moment, le blocage est le mot d’ordre. Si bien que l’exposition « Terre et verre », qui devait débuter aujourd’hui, est reportée à une date ultérieure, encore inconnue. Issue de deux workshops encadrés, l’exposition sur les arts du feu et de la terre devait exprimer la rencontre entre de jeunes élèves designers de l’ENSCI – Les Ateliers et des artisans d’exception.


Rédigé par 
Rémi de Marassé

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©14Septembre Mobilier national


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À noter qu'une sélection de produits issus des précédentes éditions est en vente au sein du concept store HIS, 2 rue du Renard, dans le quatrième arrondissement de Paris, jusqu'au 4 février.

©14Septembre Mobilier national
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Une collaboration inédite entre Swatch et Guggenheim

Avec sa nouvelle collection Swatch × Guggenheim, l’horloger suisse poursuit son Art Journey en traduisant quatre icônes de l’art moderne en objets du quotidien, à la croisée de l’art, du design et de la pédagogie.

Depuis plus de quarante ans, Swatch explore les frontières entre art et objet usuel. En ce début d’année 2026, la marque suisse ouvre un nouveau chapitre avec une collection réalisée en collaboration avec le musée Guggenheim de New York et la collection Peggy Guggenheim de Venise composée de quatre montres, inspirées d’œuvres majeures de Degas, Monet, Klee et Pollock.

Collection Swatch x Guggenheim

Un dialogue transatlantique entre art et design

Cette collaboration s’inscrit dans une relation ancienne entre Swatch et l’institution Guggenheim, amorcée dès les années 1990. La collection revendique un dialogue culturel entre deux continents et deux champs créatifs que sont l’art muséal et le design industriel. Les œuvres sélectionnées, dont trois sont conservées à New York et une à Venise, sont réinterprétées non comme des reproductions, mais comme des compositions graphiques adaptées à la montre. Un parti pris fidèle à l’ADN de Swatch, qui considère le temps comme un médium créatif autant qu’une mesure.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Klee’s Bavarian Don Giovanni

Quatre œuvres, quatre écritures visuelles

Swatch × Guggenheim se décline ainsi en quatre univers artistiques distincts. Degas’s Dancers transpose la grâce fragmentée des Danseuses vertes et jaunes (1903) d’Edgar Degas, dans une composition centrée sur le mouvement, jouant sur les cadrages et les aplats colorés. Monet’s Palazzo Ducale s’inspire des vibrations lumineuses du Palais Ducal vu de Saint-Georges Majeur (1908) de Claude Monet avec un cadran qui se révèle sous UV, évoquant les variations chromatiques chères à l’impressionnisme.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Monet’s Palazzo Ducale

Plus conceptuelle, Klee’s Bavarian Don Giovanni exploite la géométrie narrative de Paul Klee dans son œuvre The Bavarian Don Giovanni (1919) et introduit une roue de calendrier multicolore, dont la variation quotidienne fait écho à l’instabilité poétique de l’œuvre originale. Enfin, Pollock’s Alchemy restitue l’énergie gestuelle de l’expressionnisme abstrait de Jackson Pollock avec Alchemy (1947), à travers une composition libre, presque explosive, où le cadran et le bracelet deviennent surface picturale continue.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Pollock’s Alchemy

Une collection qui au-delà de l’objet, affirme une vision : celle d’un art qui ne se contemple pas uniquement au musée, mais qui peut s’inviter dans le quotidien. En traduisant des œuvres patrimoniales en pièces accessibles, Swatch revendique un rôle de passeur culturel, tout en soutenant la conservation des collections Guggenheim.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Degas’s Dancers
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