La scène design de la Villa Kujoyama
Vue de la Villa Kujoyama © Kenryou GU

La scène design de la Villa Kujoyama

En septembre, Adèle Fremolle a pris la tête de la Villa Kuyojama à Kyoto. L’incroyable bâtisse construite par l’architecte Kunio Kato à flanc de montagne fête cette année ses trente ans, et qui a accueilli depuis sa création une vingtaine de designers. Comme le souligne Christian Merlhiot, ex-résident puis co-directeur entre 2014 et 2017, nombre de créateurs passés dans ses murs attestent que « cette étape a transformé [leur] vie »


Inaugurée en 1992 à Kyoto, la Villa Kujoyama s’inspire du modèle de la Villa Médicis à Rome, créée elle en 1803. Elle fête donc ses trente ans, en tenant compte d’une interruption pour rénovation de 1992 à 1994, qui a donné aussi un second souffle à ses programmes. Placée sous la tutelle de l’Institut français et de l’Institut français du Japon, elle est l’unique résidence en Asie pour les artistes français. Elle bénéficie du soutien financier de la fondation Bettencourt-Schueller, qui vient de confirmer le renouvellement de son partenariat. Dans l’attente de l’arrivée de la future directrice, et sous la coordination de Samson Sylvain, directeur par intérim et attaché culturel à l’Institut français du Japon, une équipe de 4 personnes gère le lieu : un responsable de la communication, de production, un intendant et un responsable des lauréats (qui assure pour l’accompagnement sur place, la traduction…).
Une quinzaine de créateurs y séjournent chaque année, toutes disciplines confondues. En moyenne, les durées oscillent entre deux et six mois pour des projets individuels, et autour de 4 mois, pour les projets en duo.

Une scène design à Kujoyama

Si les premières années ont surtout été marquées par des créateurs issus du design produit, ces dernières suivent l’évolution du secteur en s’élargissant aux textiles, au graphisme, aux arts culinaires… et reflète aussi cette approche volontairement interdisciplinaire de la résidence. L’apport de la fondation Bettencourt-Schueller a permis aussi l’extension vers les métiers d’art, et l’intensification d’un travail de dialogue dans les projets. Sur les trois décennies, on constate des profils vraiment divers et des parcours variés, pour les résidents en design qui forment une vraie scène design. Patrick Nadeau, Benjamin Graindorge, François Azambourg, José Lévy, Goliath Dyevre, Pierre Charpin… ; tous ont été profondément marqués par ce passage. Co-directrice de la Villa Kujoyama de 2014 à 2017, Sumiko Oé-Gottini est depuis consultante et travaille pour différents programmes internationaux, dont celui de la Villa Kujoyoma. Pour elle, « il y a toujours un point de non-retour, dans le bon sens du terme. Les pratiques de design ont aussi beaucoup changé pendant ces trois décennies et les champs d’exploration aussi. C’est intéressant car les créateurs français ont par exemple une longueur d’avance autour de la question de la nourriture. »

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Vue aérienne de la Villa Kujoyama © Christian MERLHIOT

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Si José Lévy, résident en 2011, est imprégné de culture nippone depuis son enfance grâce à un grand-père collectionneur, son passage a laissé une empreinte sur place. Formé sur place au nébuta – technique traditionnelle qui met en œuvre le papier et le bambou – il a conçu la sculpture du samouraï Veilleur, devenue un emblème du site, après avoir été exposée au Musée de la Chasse et de la nature lors des DDays en 2016. Et pour Christian Merlhiot, « s’il peut aujourd’hui montrer de Kokeshis au PAD de Paris, c’est parce qu’il s’est nourri du Japon ». Le designer lui-même a développé des collections de mobilier à partir de tatamis chez Daiken.

L’expérience de la résidence

Comme l’exprime Sumiko Oé-Gottini, « la rencontre avec l’altérité culturelle, ou une nouvelle pratique artistique questionne. Pour autant ce n’est pas « l’autre » qui donne la réponse clé en main, mais c’est précisément l’expérience de la rencontre  traversée par le créateur qui va lui révéler sa propre identité créatrice (…). Il ne s’agit pas de s’emparer des éléments attachés à une culture pour les transposer ailleurs. La plupart des créateurs redécouvrent la valeur de leur propre pratique à l’issue de ces collaborations. »  (cf « identité et altérité, transmission des savoir-faire comme levier du dialogue international in Entretiens Albert-Kahn, cahier n° 49 (2021) in Entretiens Albert-Kahn, cahier n° 49 (2021))

Certains ont ainsi complètement changé leur regard, et réinterrogé la notion de temps dans le process de design. Selon elle, son rôle est « d’aider les créateurs à transformer le changement de « paradigme » engendré par ces nouvelles  rencontres et collaborations en un levier de création dynamique. C’est l’expérience de la traversée du Japon par les créateurs qui révèle aussi une période de leur  historie oubliée dans l’ombre de la standardisation. » À titre d’exemple, François Azambourg (résident en 2015) a créé un fauteuil en s’appuyant sur une technique qui avec un geste précis redonne une étanchéité au bois observée au Japon : Sur place, il sublime aussi les copeaux de bois : « en visitant une charpenterie,  j’ai découvert des copeaux de bois d’une épaisseur de papier à cigarette, d’une longueur incroyable, générés par l’utilisation d’un rabot sur la totalité de la poutre. On est à la limite de la matérialié. » Il testera différentes utilisations, dont des impressions. L’ensemble de ses travaux et « esquisses d’objets et embryons de produits » seront exposés au Musée des arts décoratifs.  

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Kokeshi Family, design José Lévy pour Leblon Delienne

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Car la Villa Kujoyama est avant tout une résidence de recherche, pas de création. Sumiko Oé-Gottini observe étonnamment que 50 % des résidents ont un profil ENSCI : « il y a une envie aujourd’hui de revisiter par rapport à l’industrie de revisiter la création industrielle, de réfléchir à la cohabitation des choix (savoir-faire, écologique), l’artisanat est vu comme le vestibule de l’industrie de demain au cœur de la plupart des projets. »

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Vue terrasse de la Villa Kujoyama © Kenryou GU

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Lors de la fermeture pour travaux en 1992, une association d’anciens résidents se crée pour être vigilants à la réouverture. La rénovation est l’occasion de repenser les programmes. À partir de 2014, les résidences s’ouvrent davantage aux des métiers d’art et le design : une évidence pour la direction de l’époque tant Kyoto est un creuset de savoir-faire. Et la catégorie Design devient nécessaire pour créer ce pont entre l’artisanat ancestral et l’inscription des métiers d’art dans un univers contemporain. À ce titre, le projet de la doreuse Manuela Paule-Cavallier a été explicite. En lien avec des artisans qui travaille l’étain de manière séculaire, elle a proposé à Goliath Dyèvre de se joindre à elle pour élaborer une forme de médiation en création, soit allier l’or et le métal pour donner une expression à la matière conçue comme rigide. Le projet a donné lieu au « petit théâtre de lumière » exposé aux DDays en 2015. Selon Sumiko Oé-Gottini « peut-être que le Japon traverse avec une certaine légèreté cette question de la contemporénaïté des métiers d’art ».

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Auditorium de la Villa Kujoyama © Kenryou GU

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Pour optimiser les séjours, l’accent est mis sur l’accompagnement, en amont, pendant, et après. Samson Syvain précise aussi que la période de résidence est finalement très courte, compte tenu du temps d’adaptation. « Un travail en amont est mis en place avec les lauréats systématiquement pour pouvoir identifier dans leurs projets de recherche les personnes à identifier et de prendre les rendez-vous à temps. » L’Institut français assure aussi un travail de diffusion dans les différents lieux de programmation des instituts au Japon : expositions, performances, rencontres… Sans noyer les résidents dans les commandes, la direction est attentive que ça reste bien une résidence de recherche. Sumiko Oé-Gottini intervient pour la préparation des résidents en amont de leur départ : « Avec l’Institut français on les encadre logistiquement et artistiquement. J’essaie de les driver dans leur projet pour favoriser une appropriation culturelle, une compréhension générale du paysage japonais, préparer les rencontres avec des contacts d’excellence (maître d’art, etc.) »


Vue du patio de la Villa © Kenryou GU
Studio de la Villa Kujoyama © Arnaud RODRIGUEZ

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Après la résidence

Avec Christian Merlhiot, Sumiko Oé-Gottini a insisté sur la préparation du retour. Un brin provocatrice, elle précise que pour elle « les projets les plus intéressants sont ceux qui se développent après l’expérience de résidence ». Dès le départ, la sélection des dossiers prend en compte cette intention de continuité « ce n’est pas un one-shot, mais cela s’inscrit dans la pratique du créateur et un échange de culture. » Alors, elle les « les prépare à l’atterrissage. Ceux qui reviennent ne retrouvent pas tout à fait leur place, de nouvelles pratiques s’ouvrent. » Certains poursuivent très fortement les liens tissés : Pierre Charpin a collaboré avec Arita, et Aurore Thibou designeuse textile, présentée à Première Vision à la suite de sa résidence, continue de travailler comme consultante auprès des artisans de Pangu.

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© Kenryou GU

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En trente ans, la Villa Kujoyama a construit un réseau de partenaires solides sur lesquels elle s’appuie pour aider à la diffusion des œuvres créées en son sein. Elle participe notamment au festival Viva Villa 5 ! avec les deux autres résidences (Médicis et Casa Velasquez), ce qui donne une belle visibilité à tous les résidents-pensionnaires, quelle que soit leur discipline.

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72 saisons à la Villa Kujoyama

Pour fêter ses 30 ans, la Villa Kujoyama a sorti en octobre dernier un ouvrage anniversaire intitulé « 72 saisons à la Villa Kujoyama ».

Editions Gallimard, 49 €.

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Rédigé par 
Nathalie Degardin

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25/9/2026
« Multiples » : une exposition sur la série au BDMMA

Jusqu’au 3 octobre, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente l’exposition « Multiples ». Un éventail de projets célébrant le design industriel et les nouveaux rapports entre designers et industries.

À l’heure du bilan de la Paris Design Week de septembre, un constat s’impose : le collectible semble régner en maître. Pourtant, le bien que moins instagrammable design industriel n’a pas disparu. Pour réaffirmer son existence, et en guise de contre-pied à la tendance, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente « Multiples ». Imaginée comme un retour aux fondamentaux, l’exposition n’est pas « un état des lieux du secteur », mais entend « brosser un panorama de recherches et de textures autour de la production en série », explique Frédéric Bouchet, directeur adjoint de l’institution. Cette diversité est réaffirmée par l’intermédiaire de treize studios dont les objets utilitaires et esthétiques célèbrent la production. À travers cette dernière, ce n'est pas l'idée de créer pour créer qui est valorisée, mais l'intelligence de systèmes réplicables et viables.

©BDMMA

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Un nouveau rapport à l’industrie, mais une même idée du design

Si le secteur connaît « un changement d’état », c'est en partie par le bouleversement qui s'est opéré au niveau de la production industrielle. « Le rapport à l’industrie a complètement changé et demande au designer de modifier sa posture, d’être moins attentiste vis-à-vis de la production. Il est désormais amené à s’emparer lui-même des processus ou à détourner des moyens de production pour pouvoir s’inscrire dans l’auto-édition », analyse Frédéric Bouchet. De nouveaux chemins de traverse qui poussent certains designers à s’interroger sur les enjeux liés aux ressources et à la manière dont la matière exploitée entre au service de l’usage. « Il me semble que cette préoccupation s’ancre de plus en plus dans un tissu local, à l’image du travail de Jules Levasseur. Il a amené une entreprise de Bourgogne, où il est installé, à s’intéresser à son projet et, ensemble, ils ont développé le Projet S, réalisé à partir de tôles ondulées. L’enjeu pour lui est aujourd’hui de canaliser la production à son échelle pour sortir le juste nombre de pièces de mobilier. » Mais outre le défi d’adaptabilité économique se pose celui de la réinterprétation formelle et technique. « Comment ne pas rester inféodé à l’édition ? Comment emporter l’industrie locale sur un territoire qui m’est propre tout en générant de la valeur ? Ce sont les deux grandes questions qui transparaissent dans l’exposition, notamment avec le travail de Lila Guédin qui a travaillé des techniques d’assemblage issues de l’industrie pour créer des chaises, ou qui Nicolas Verschaeve qui utilise des manches à outils pour créer de petits objets d’intérieur comme des patères et des porte-manteaux. » Ces captations et réinterprétations de matrices industrielles préexistantes ouvrent de nouvelles portes esthétiques ou techniques. Qu’ils soient édités ou non, les projets sélectionnés par Lucien Icard et Kevin Lebouvier, commissaires de l’exposition et exposants, portent autant d’éclairages différents sur ces nouveaux rapports à l’industrie, favorisant « une certaine épure stylistique d’abord basée sur l’assemblage ».

Une exposition à découvrir au Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris, jusqu’au 3 octobre.

©BDMMA
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24/9/2026
Les Grands Prix de la Création 2026 révélés !

Depuis 1993, les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris accompagnent les nouvelles générations de créateurs et créatrices dans les domaines de la mode, du design et des métiers d’art. Voici les huit lauréats de cette 33e édition.

Créés il y a trente-trois ans, les Grands Prix de la Création s’inscrivent dans la politique de soutien de la Ville de Paris aux secteurs de la mode, du design et des métiers d’art. Organisés par le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art (BDMMA), ils récompensent cette année huit professionnels, chacun bénéficiant d’une dotation de 18 000 euros. Une goutte d’eau au regard des 350 candidatures reçues par les jurys, présidés cette année par Ionna Vautrin pour le design, Lisa Gachet pour la mode et Jeremy Maxwell Wintrebert pour les métiers d’art.

Prix Révélation Design : behagelfoiny

Antoine Behaghel et Alexis Foiny se rencontrent lors de leurs études aux Arts Déco. Peu à peu, inspirés par le ready-made, ils développent des projets autour de l’exploration des matériaux à leur disposition. Une démarche qui les conduit à fonder leur studio en 2020, autour d’une pratique inspirée desnéo-artisanats. « Nous sommes un point de connexion entre différents corps demétier, ce qui nous permet de nous réapproprier la création et la productiond’objets en mettant en place des manières de faire inédites. C’est notre ADN, même si nous étendons nos expertises à d’autres domaines comme la scénographie.Cette approche nous conduit à répondre à des problématiques liées à lasensibilisation à l’écologie et à l’enfance. » Une démarche qui a déjà attiré l’attention de galeries et d’institutions, comme Le French Design, qui les a intégrés à son palmarès FD100, ou le Mobilier national, qui a acquis leur bibliothèque Alupié en 2026.

Ccollection Tubulure © behaghelfoiny

Prix Engagement Design : Marie et Alexandre

Représentés par la galerie Signé, rue Jacob à Paris, Marie et Alexandre présentent actuellement "Under Pressure", une exposition d’objets mis en forme par pression. Un projet qui résume en quelque sorte leur travail, entamé il y a cinq ans après une rencontre à la Villa Noailles, lors de la Design Parade. Marie, passée par la HEAD de Genève et l’ECAL à Lausanne, et Alexandre, formé à l’ENSCI – Les Ateliers puis au California College of the Arts à San Francisco lors d’un échange universitaire, partagent une curiosité pour les savoir-faire qui les pousse à adopter une pratique itinérante. Entre visites d’usines et expérimentations sur le terrain, le duo collabore notamment avec Glas Italia, Dryade et Petite Friture. « Nos créations pour les galeries nous permettent de mener une recherche libre sur laquelle nous nous appuyons pour passer à des projets plus industriels. »

Marie et Alexandre © Rebekka Deubner

Prix Révélation Mode : Anthony Calydon

Coudre. Une activité qui occupe l’esprit d’Anthony Calydon depuis douze ans. Il commence par confectionner ses propres vêtements, fait un passage éclair à ESMOD, puis décide de poursuivre en autodidacte. Sa carrière débute doucement grâce à Instagram. En parallèle de son activité auprès d’artistes qu’il habille, il travaille comme modéliste pour des griffes émergentes. Mais pas question d’aller trop vite tant qu’il n’a pas trouvé son style, celui qui sera reconnaissable au premier coup d’œil. « J’ai toujours été inspiré par les designers japonais. J’avais envie de proposer quelque chose de fort, sans logo.Qu’on se dise en voyant mes pièces : ça, c’est Anthony Calydon. Et, peu à peu, j’ai fait du bord-côte et de la couture surjet ma signature. » Un univers et un travail ancrés dans leur époque, portés par une grande attention aux savoir-faire.

© Anthony Calydon

Prix Engagement Mode : Collectivo

Ingénieure chimiste à l’INSA, puis titulaire d’un master à HEC, Samia Boukbir passe cinq ans dans le marketing et le développement international du maquillage avant de rejoindre un collectif consacré à la mode upcyclée. Son parcours professionnel se mue alors en voyage. « En 2016, je suis allée à Cuba et ma vie professionnelle a basculé, se souvient Samia Boukbir. J’ai découvert une société qui était entièrement basée sur la récupération, moi qui étais depuis presque sept ans dans l’industrie chez L’Oréal et Dior. Cela m’a poussée à me questionner. Quand je suis rentrée, j’ai quitté mon poste… et j’ai atterri aux Puces de Saint-Ouen ! » C’est dans ce berceau historique de l’économie circulaire à Paris que Samia installe Collectivo, officiellement lancé en 2022. Le collectif a depuis collaboré avec 22 designers. Chaque nouvelle collection est l’occasion d’ouvrir ce cercle à de nouveaux talents grâce à des appels à projets. « Tout part de nos sélections de matières à upcycler : c’est autour d’elles que nous construisons les plans de nos trois collections, autour de l’officewear réinventé, du sport et de l’innovation. »

© Collectivo

Prix Accessoires Mode : Luca Colosimo — 10.03.53

L’histoire commence par l’achat d’un énorme sac orange. Un premier achat à l’origine d’un déclic. « C’était un acte d’émancipation. Pour mon papa, le sac était l’objet interdit pour un homme. Or, moi, il me fascinait ! » Il faudra cependant attendre un peu avant que Luca Colosimo ne se consacre à cet accessoire. Après des études en modélisme industriel pour le prêt-à-porter, qu’il déteste, une bourse qui lui permet de se former au prototypage en maroquinerie et des expériences chez Gucci, Isabel Marant et Paco Rabanne, il connaît, en 2020, une prise de conscience. Il lance alors sa propre griffe, à laquelle il attribue la date de naissance de son père : 10.03.53. De là naissent des créations sensuelles aux formes plutôt classiques, avec un intérêt particulier pour les matériaux innovants. « Aujourd’hui, nous faisons des sacs en papier, en béton armé, en cuir non traité… Nous nous amusons ! »

Luca Colosimo © 10.03.53

Prix Accessoires Bijoux Mode : Sarah Madeleine Bru

Formée dans une école de design à Nantes, Sarah Madeleine Bru comprend très vite qu’elle est passionnée par l’artisanat. Elle multiplie les stages et les missions en freelance alors qu’elle est encore étudiante, avant d’intégrer laCreative Academy, l’école du groupe Richemont basée à Milan, qui forme au design dans les secteurs de la joaillerie, de l’horlogerie et des accessoires. «Cela m’a permis d’intégrer la marque Dunhill, méconnue en France, mais qui est un peu comme Hermès pour homme. » Elle y reste un an, à l’époque où Kim Jonesen est le directeur artistique, avant d’être repérée par Louis Vuitton. Puis,en 2012, elle se lance en solo. « Au début, je vendais mes bijoux en argentessentiellement à mes amies. Puis j’ai eu de la presse, j’ai été identifiée etj’ai fait évoluer mes créations. Aujourd’hui, la haute joaillerie et les commandes spéciales ont pris le dessus. »

Bagues Vipère et La Vague, Platine et diamants naturels © Aude Le Barbey

Prix Révélation Métiers d’art : Chloé Valorso

Sculptrice, bronzière et joaillière, Chloé Valorso découvre la technique de la fonte à cire perdue lors de ses études à Londres, à Central Saint Martins puis au Royal College of Art. « J’ai voulu apprendre la technique de A à Z.Normalement, les artistes vont chez des fondeurs extérieurs ou apprennent à réaliser quelques étapes. Je voulais tout maîtriser pour pouvoir innover. » Inspirée par les séminaires d’anthropologie, les ouvrages sur le nouveau matérialisme et l’éco-féminisme, la créatrice travaille par collages, donnant naissance à des objets proches de « cadavres exquis d’histoires, de mythologies », ouverts sur l’imaginaire. « Je travaille la plupart du temps à partir de matériaux imprégnés du vivant : des mues de serpents transmutées en bronze, des fleurs que j’immortalise grâce à une technique de fonte directe que j’ai développée.Je viens de réaliser des bougeoirs, associations de racines, de vertèbres de serpents et de fleurs récupérées dans les jardins parisiens. »

© Chloe Valorso

Prix Engagement Métiers d’art : Les Ateliers Victor Bert

Donner de la visibilité à un métier en voie de disparition : voici ce qui a poussé Victor Bert, peintre en lettres, à participer aux Grands Prix de la Création de la Ville de Paris. Fasciné depuis toujours par les monuments historiques, Victor suit une formation de tailleur de pierre à Amiens. C’est là qu’il découvre la gravure sur pierre et se prend rapidement de passion pour la lettre. Son CAP en poche, il s’installe à Paris, travaille tout en complétant son cursus par des cours de typographie et de calligraphie. « J’ai toujours su que la lettre dépassait la taille de pierre, qu’il fallait explorer une multitude de supports. Je n’ai ainsi jamais cessé d’enrichir ma pratique. C’est comme cela que j’ai découvert, en 2015, un documentaire sur la peinture en lettres américaine et que j’ai décidé de m’y mettre. »

Dorure sous verre gravé en cours © Chloé Brunet (Passerelle Studio)
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24/9/2026
DCW éditions agrandit la collection Seagull

Pensée par Thierry Dreyfus pour DCW éditions, la collection Seagull s’agrandit avec une nouvelle suspension de 160 cm. Un changement d’échelle qui conserve le principe fondateur du luminaire : donner à voir la lumière plutôt que la lampe.

Faire de la lumière une présence sans laisser le luminaire s’imposer dans l’espace : c’est le parti pris de Seagull, imaginée par Thierry Dreyfus. Pour la dessiner, le designer s’est inspiré du Johnson Wax Building de Frank Lloyd Wright, construit à la fin des années 1930, dont les tubes de verre diffusent la lumière extérieure vers l’intérieur. Une sensation que Thierry Dreyfus transpose à l’échelle domestique à travers une succession de tubes lumineux disposés horizontalement, dans une composition aux accents Art déco.

Suspension Seagull, design : Thierry Dreyfus

Nouvelles proportions, nouvelles possibilités

Déjà proposée dans une version de 120 cm, Seagull se décline désormais dans un format de 160 cm, pensé pour accompagner des tables plus grandes. Suspendu idéalement entre 80 cm et 1 m au-dessus du plateau, le luminaire étire la lumière plutôt que de la concentrer, dessinant un « toit de lumière », pour reprendre les mots de Frédéric Winkler, président et fondateur de DCW éditions Une nouvelle échelle qui ouvre également Seagull à d’autres usages car plus qu’un simple point lumineux, la suspension peut devenir un véritable trait dans l’espace, capable d’accompagner l’architecture et de guider le regard. Une approche qui prolonge les recherches de Thierry Dreyfus, connu pour ses installations lumineuses et ses collaborations avec Comme des Garçons, Raf Simons ou encore Peter Marino. L’objectif étant de mettre la lumière en scène, ici dans une version pensée pour le quotidien.

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22/9/2026
Astre Mobile sur la route des métiers d’art

À l’occasion de la Paris Design Week, et jusqu’au 4 octobre, l’Hôtel de la Marine accueille une Méhari. Un véhicule hybride à l’allure lunaire, imaginé par Maison Lacmé comme un hommage aux métiers d’art.

Si l’Hôtel de la Marine s’est imposé comme l’un des lieux importants de la Paris Design Week, le choix audacieux de cette année a de quoi surprendre. Une drôle de voiture, stationnée en plein cœur de la cour et dont le compteur, tout juste sorti de l’atelier, semble déjà bloqué sur 40 075 kilomètres. Un problème ? Non, un indice. Car derrière ce profil que l’on connaît tous, celui de la Méhari produite par Citroën, se cache un véritable manifeste de design et un hommage aux métiers d’art.

La plaque du boîtier de chauffage réalisée en héliogravure par Fanny Boucher & Lise Richardot et le levier de vitesse en porcelaine de Limoges par Ateliers Arquié ©Maison Lacmé

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Une collision entre industrie et artisanat

Derrière ce projet se cachent Cécile et Antoine Tauvel, à l’origine de Maison Lacmé, fondée il y a deux ans. Leur objectif : créer des œuvres fonctionnelles à partir d’objets du quotidien. Une ambition qui a poussé les deux passionnés de voitures anciennes à s’intéresser au potentiel de laMéhari. « Pour beaucoup de Français, elle évoque les années 60 ou des souvenirs de vacances en bord de mer. Mais pour moi c’était aussi l’aspect lunaire qui me parlait et me rappelait les couvertures de certains albums de Tintin. Donc notre rôle était de révéler la symbolique et la rêverie déjà existantes »,explique Antoine Tauvel. Alors le couple imagine le cadre. Ce sera un doré, en écho aux arts décoratifs français et à l’histoire de l’art, apposé par touches sur un châssis transparent. « Ce qui nous semblait intéressant, c’était de faire naître un certain équilibre entre l’industrie et l’artisanat d’art en jouant sur les contrastes. » Une recherche esthétique menée avec un industriel français pour repenser la composition du polymère et éviter le jaunissement du châssis sur lequel une couche de céramique transparente a ensuite été appliquée. « L’enjeu était de muer cette typologie purement industrielle en objet d’art sans lui donner le statut d’objet de luxe. Il fallait donc d’abord susciter une curiosité formelle pour ensuite amener le regard sur les petits éléments », détaille Cécile Tauvel. Une quête de narration où l’automobile véhicule l’imaginaire.

Les enjoliveurs en onyx par Hervé Obligi et les lanières en cuir de Russie par Elise Blouet ©Maison Lacmé

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Un concentré de savoir-faire

Qui a dit qu’un enjoliveur et une lampe, ou encore un logo automobile et une broche, n’appartenaient pas aux mêmes mondes ? Certainement pas Maison Lacmé dont l’ambivalence des objets se trouve au cœur du projet.Chacun des douze éléments réalisés par des artisans d’art possède en effet une fonction pratique. « Cette voiture est un cheval de Troie, un cabinet de curiosités mobile qui recèle des choses en son sein », résume Antoine Tauvel à l’origine de ces doubles fonctions. « Cette idée est centrale. Nous avons réalisé tous les dessins préparatoires et les choix esthétiques en interne puis nous les avons présentés aux artisans. » Dès lors, le projet devient collaboratif et les esquisses sont ajustées dans un souci de cohérence esthétique. Le volant travaillé à partir de bois flotté et la sellerie brodéede coquillages ouvrent un horizon maritime, là où le compteur en marqueterie de plumes — bloqué sur la circonférence de la Terre — peut être extrait et utilisécomme horloge de bureau. Au-delà de l’usage, les techniques utilisées rappellent celles des grandes heures de l’art décoratif français. Parmi elles,la technique du trompe-l’œil mise en pratique pour remplacer les enjoliveurs en pierre par des versions peintes lorsque le véhicule roule.

Véritable « outil de déplacement poétique », la méhari de Maison Lacmé fait escale jusqu’au dimanche 4 octobre dans la cour de l’Hôtel de la Marine.

Le compteur en marqueterie de plumes de Maison Vermeulen et le logo brodé par Marie Archambaud ©Maison Lacmé
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