ODA, pour l'amour des objets
Appartement ODA © ODA

ODA, pour l'amour des objets

Repéré pour leurs décors audacieux hauts en couleur, Arnaud Dollinger et Eve Ducrocq ont fondé leur société, ODA (Objets d’affection). Leur première galerie confirme leur talent créatif, teinté d’une modernité décalée et vintage. Rencontre avec deux passionnés.

‍

Quel est votre métier : décorateur, brocanteur, expert en mobilier ?

‍

Nous sommes ensemblier-décorateurs. C’est un choix assumé que nous avons exercé au marché Paul-Bert, à Saint-Ouen ; en changeant de décor chaque mois, nous racontions une histoire différente. Pièce par pièce, nous avons reconstitué l’atmosphère d’un appartement, avec Mériguet-Carrère pour les peintures et papiers peints des décors. Notre conviction ? Les assemblages de couleurs détonantes, les associations ou oppositions de meubles et d’objets, parfois insolites, interrogent, suscitent des envies chez les clients. Beaucoup de personnalités de la mode sont venues nous voir afin de créer des intérieurs plus personnels. Mais nous souhaitons aujourd’hui nous éloigner de l’étiquette du « marchand », trop prégnante.

Comment qualifier votre style ?

‍

Rassembler des objets d’époques différentes et imaginer des ambiances chics et décontractées, c’est notre coeur de métier ! Nous aimons mixer les motifs géométriques forts, les imprimés textiles, les coloris des tapis bariolés, le contraste des matériaux froids ou chauds, les formes sculpturales incroyables des Trente Glorieuses… Nous chinons en Hollande, Italie, Belgique… D’autres territoires sont à découvrir ; on pourrait imaginer, l’équivalent des pièces de Roche Bobois en Australie ou au Japon… Nous composons des décors chargés, même si ce n’est plus tellement novateur aujourd’hui ! Avec un penchant pour le design italien, nous nous sentons proches des univers fantasques de Dimorestudio, et, en référence aux années 1960 et 1970, de l’élégance et du glamour du couple Betty et François Catroux, du sens des couleurs et des motifs du décorateur anglais David Hicks… On aime, comme eux, s’affranchir des codes de la déco.

Le vintage, est-ce une tendance (in) ou (dé)finissable ?

‍

Depuis quelques années, le marché de la production industrielle de mobilier haut de gamme est en berne et la pandémie a accentué ce phénomène. Les grands éditeurs et fabricants italiens s’orientent désormais vers la production de rééditions en se plongeant dans les archives (ndlr : Maxalto et Cassina étant engagés dans cette voie-là depuis longtemps déjà). De ce fait, ils consacrent moins d’investissement aux projets des jeunes créateurs et à leur développement. Et le vintage est une définition un peu fourre-tout ! La cote élevée en salles de ventes de certains designers a donné une image haut de gamme du vintage ; avec les prix hallucinants des oeuvres, ce marché se rapproche de celui du marché de l’art en général. À une époque où personne ne s’intéressait au design de ces années-là, des galeries historiques telles qu’Yves Gastou ou Jacques Lacoste ont fait un travail formidable, très documenté. Elles ont apporté un beau témoignage, pour le grand public et les professionnels. Le succès des expositions (par exemple, Charlotte Perriand à la Fondation Louis Vuitton en 2019/2020) rend aussi le design vintage plus désirable. Mais avec les réseaux sociaux et certains marchands en ligne sortis de l’ombre, il est devenu un terrain de jeux qui rend parfois confuse la valeur des objets. Aujourd’hui, nous voulons réinsuffler de l’authenticité au vintage par le biais d’intérieurs singuliers.

Comment allez-vous évoluer au sein de votre nouvelle galerie ?

‍

Notre activité principale sera axée sur la déco, en proposant du mobilier vintage, de l’édition de grandes marques (sans tomber dans la présentation monomarque) et des créations de jeunes artistes émergents. Leur exposition est l’une de nos priorités, et particulièrement au féminin ! Camille Menard, fondatrice d’Agnst Design, travaille sur une conception du design décalée. Nous avons exposé son « Pull Down Mirror », un objet hybride très drôle, dont la hauteur se règle par la traction et l’effort d’une station de musculation ! D’autre part, Villa Arev, marque portée par Gabrielle Thomassian, céramiste, crée des pièces utilitaires très colorées, inspirées par le groupe Memphis, que l’on adore !

‍

Article extrait du numéro 211 d'Intramuros.

‍

‍

Rédigé par 
Anne Swynghedauw

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
12/10/2026
Areo, la polyvalence selon Alessandro Stabile

Le designer italien Alessandro Stabile dévoile, Areo en collaboration avec Kristalia. Une collection d'assises en métal pensée pour s'adapter aussi bien aux espaces intérieurs qu'extérieurs.

‍

Pour sa première collaboration avec l’éditeur italien Kristalia, Alessandro Stabile a imaginé Areo, une collection de sièges dont la conception repose sur l'utilisation de la tôle perforée. Un choix technique et esthétique qui dévoile des assises aux lignes fluides et élégantes, où le métal semble épouser les formes à la manière d'un tissu. Constituée d'une structure en tubes d'acier et d'une enveloppe en tôle perforée, la collection se décline en plusieurs versions, avec ou sans accoudoirs, toutes empilables grâce à un travail minutieux sur la forme des dossiers et la disposition des pieds.

© Matteo Girola

Une collection, plusieurs usages

Au-delà de son esthétique, Areo se distingue par une conception pensée pour simplifier les processus de fabrication. Les courbures bi-dimensionnelles de la tôle permettent notamment de supprimer l'étape d'emboutissage, réduisant ainsi les investissements, le temps et l'énergie nécessaires à la production. Autre particularité : sa capacité à passer de l'extérieur à l'intérieur grâce à un système de housses rembourrées, qui peuvent recouvrir partiellement ou entièrement la structure métallique. Une modularité pensée dès les premières étapes du projet, permettant à chaque version de conserver son identité propre. À travers la collection Areo, Alessandro Stabile propose ainsi une collection polyvalente, où recherche technique, confort et esthétique se répondent.

© Matteo Girola
Temps de lecture
6/10/2026
La Résidence, une semaine dédiée à l’éco-conception

Éco Impact lance la Résidence, une semaine intensive d'éco-conception mobilier réservée à 12 designers, au Domaine des Escaunes (Gard), du 4 au 11 avril 2027. Un programme 100% financé pour les artistes-auteurs (AFDAS) et les dirigeants de TPE/PME (subvention ADEME).

‍

Au programme : une immersion complète dans les outils d'analyse de cycle de vie et d'éco-conception, avec des experts pointus — Christophe Lemaire (Consiliom, pitch et argumentaire projet), David Legouix (FCBA, matériaux et innovation), Grégoire Gérard et Camille Cousté (Eco Impact) — et un grand témoin d'exception : Anthony Lebossé, cofondateur de Studio 5.5, lors d'un dîner-conférence.

À l'issue de la résidence, les participants présenteront leur projet devant un jury de professionnels reconnus : Carine Faure (Petite Friture), Alice Viault (Groupe Roset), Marie Carcassonne (Dynamo) et Martin Hallegouët (Bluedigo).

Temps de lecture
6/10/2026
RELEASE [AEC] change de dimension pour sa 2e édition

Pour sa 2e édition organisée le 20 octobre prochain, RELEASE [AEC] change de dimension : 25 agences d'architecture internationales viennent partager leurs retours d'expérience concrets sur l'IA et les nouvelles technologies et plus de 40 éditeurs de solutions dédiées.

Le rendez-vous est donné le 20 octobre à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris. Parmi les intervenants de cette 2e édition figurent notamment Anna Mytcul (KPF), Nitsan Bartov (Henning Larsen), Marco D'Ambrogio (Sweco Architects), Ami Nigam (Benoy), German Otto Bodenbender (BIG – Bjarke Ingels Group), Francis Baucher (Arte Charpentier), Philippe Chiambaretta et Adrien Pointeau (PCA-STREAM), François Muzard (enia architectes), Graham Ryder et Farouk Taoulilit (Viguier), Carlos Bañón (FORMAS.AI), George Guida (xFigura), Ismail Seleit (Gendo), Délhio Gaudé (Arquiz), Jean-Baptiste Nicolas (Unibail Rodamco Westfield), Amir Hossein Noori (Narva), Axel Wohlin (Arkyv) et Jens Majdal Kaarsholm (Motif), ainsi que Heatherwick St

Fidèle à son parti pris depuis la première édition, RELEASE [AEC] privilégie toujours les démonstrations concrètes, loin des simples présentations : chacun repart avec une vision claire de ce que ces solutions permettent de faire, dès aujourd'hui.

Les technologies, les solutions digitales et, bien entendu, l'intelligence artificielle transforment en profondeur la manière de travailler des professionnels de l'architecture et de la construction. C'est précisément ce mouvement que RELEASE [AEC] entend accompagner, en donnant à voir très concrètement ce qui est déjà à l'œuvre dans les agences les plus en pointe.

Pour plus d'informations et s'inscrire c'est ici : https://www.release-aec.com/fr/participer#register

Temps de lecture
8/10/2026
À Montpellier, Pierre Paulin siège en majesté

Au musée Fabre de Montpellier, l’exposition « Le design selon Pierre Paulin », ouverte jusqu’au 1er novembre, revient sur plus de cinquante ans de création d’un designer qui a fait de la matière le terrain d’une perpétuelle expérimentation.

‍

Des courbes, de la couleur et des formes, toujours. Mais cette fois-ci, c’est au design que le musée Fabre de Montpellier consacre son espace d’exposition temporaire. Avec « Le design selon Pierre Paulin », l’institution revient, jusqu’au 1er novembre, sur plus de 50 ans de création d’un designer obsédé par la forme. Un créateur qui n’a cessé de repousser les limites de l’assise pour donner corps à certaines des silhouettes les plus iconiques du XXe siècle. Influencé par son grand-oncle maternel, Frédy Balthazar Stoll, sculpteur formé dans l’atelier de Rodin, et son oncle paternel, Georges Paulin, designer automobile à qui l’on doit notamment l’invention du système Éclipse – permettant au toit des véhicules de se rabattre dans le coffre –, Paulin tire deux grandes lignes : la forme et le fonctionnalisme. Une pensée moderniste que l’étudiant en architecture intérieure au Centre d’art et des techniques (aujourd’hui Camondo) retrouve dans les travaux de l’entre-deux-guerres signés Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, qu’il admire. De cette influence naît le fauteuil Première réalisation. Une assise imaginée comme un prototype, mais qui révèle déjà des facultés certaines pour la conception et le pousse à réaliser ses premières pièces inspirées par la Scandinavie, où il séjourne en 1951. Rapidement édité par Thonet Frères et Meubles TV, puis exposé au Salon des arts ménagers en 1953, le designer s’engage dans une voie moderniste, troquant la géométrie nordique pour les formes organiques.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Naissance de l’esthétique Paulin

Loin des ensembliers qui avaient révolutionné la première moitié du XXe siècle, Paulin appartient à la seconde moitié du siècle, celle de l’industrie. L’arrivée de nouvelles fibres, dont le jersey, textile souple et élastique symbole de la révolution industrielle des années 1960, lui ouvre de nouvelles possibilités. Il imagine alors de nouvelles formes. Parmi elles, le Groovy et le Mushroom marquent cette décennie et lui confèrent l’image d’une époque colorée, notamment grâce à des figures comme Kho Kiang Ie, directeur artistique d’Artifort, ou le designer textile américain Jack Lenor Larsen, avec qui Paulin développe un nouveau langage. Un dialecte à part sur la scène du design qui lui vaut d’entrer au MoMA en 1969 – trois ans après avoir contribué au lancement de l’ARC initié par Jean Coural – grâce au F300 et à la Tongue Chair. Une assise si basse dont on lui avait dit qu’elle ne pourrait être commercialisée. Elle deviendra pourtant l’un des grands succès du designer, pour qui la hauteur de l’assise influe sur les échanges humains au sein d’un même lieu.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Ce rapport à l’espace, Paulin l’aborde également avec une structure mobile développée pour les salons. Bien des années plus tard, cette réflexion l’amène jusqu’aux appartements privés de l’Élysée, où il conçoit le célèbre fumoir du couple Pompidou. Une réalisation emblématique de son talent que le designer tentera d’exporter outre-Atlantique avec une collaboration avec Herman Miller et le développement du concept d’open loft. Un projet tombé à l’eau, sans doute trop précurseur à l’aube des années 1970.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Un design marqué par les innovations

De l’artisanat au concept du déhoussable, en passant par les structures exosquelettes des fauteuils Vague ou de la table Cathédrale, Paulin n’aura eu de cesse d’entremêler les concepts, les innovations et les styles. Et ce, jusqu’à revenir, vers la fin de sa vie, à une esthétique Art déco valorisant la géométrie. En témoignent encore aujourd’hui les tapis abrités par le Conseil économique et social de Paris, basés initialement sur les plans du concours remporté par Buren au Palais-Royal, ou le bureau dessiné pour François Mitterrand. Une remise en question perpétuelle de son travail qu’il poursuivra jusqu’à la fin, avec Ligne Roset ou Magis.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

De ses premières assises aux pièces devenues iconiques, l’exposition raconte la carrière d’un homme qui avait fait du design une matière à penser. L’occasion de redécouvrir – et d’essayer – certaines des silhouettes les plus célèbres du XXe siècle, façonnées par un esprit qui n’a cessé de réinterpréter ses dessins pour qu’à travers eux se lise une histoire moderne.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre
Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.