Wendy Andreu, tisseuse d'objets
Wendy Andreu © Neige Thébault

Wendy Andreu, tisseuse d'objets

Wendy Andreu lance son studio en 2016. Reconnue pour avoir imaginé le procédé Regen qui lui a permis de créer tout un artisanat, elle développe depuis des pièces éclectiques autour de ce dernier, entre autres projets de mobilier, joaillerie ou aménagements d’intérieur. En septembre 2024, elle était lauréate des Grands Prix de la création pour récompenser l’ensemble de son travail.

Wendy Andreu a été formée à l’école Boule en métal avant d’intégrer l’Académie d’Eidhoven en design pendant 5 ans jusqu’en 2016. À peine sortie d’école, elle lance son « one Women business » afin d’être indépendante et commencer les projets et les collaborations, notamment avec Faye Toogood à l’époque. Depuis, elle a installé son atelier à Paris dans le 19e arrondissement au sein de Métropole 19 pour élaborer ses projets, mais également de continuer à mener des recherches sur son procédé Regen, qu’elle développe depuis maintenant 10 ans.

Dragon Autumn Armchair, 2022

Un artisanat unique

L’aventure Regen commence en 2014, lorsque, dans le cadre d’un projet d’école elle décide d'élaborer une collection textile d’accessoires de pluie - qui donnera le nom à son procédé qui n’est autre que la traduction littérale de pluie en néerlandais - et qui s’avère être un réel saut dans le vide pour la designeuse qui n’a aucune expérience dans le domaine. « J’avais une formation en métal suite à mon passage à l’école Boule, c'est le métier que j'ai appris et donc se lancer dans le textile en faisant des moules en métal n’a pas été le plus simple au départ. J’ai commencé alors que je ne savais pas faire, et pour contourner le problème j’ai dû trouver des solutions alternatives. » Sans formation pour manier les machines à tisser, elle décide de coller les matières, du latex et de la corde de coton à l’époque, pour parvenir au résultat estompé. Une technique réalisée comme un test au départ sur un simple échantillon expérimental qui lui permet finalement de développer tout un artisanat qui aujourd’hui lui est propre. « Il y a toujours une innovation qui s’ajoute au fur et à mesure des années et comme je n’ai aucune référence pour m’aider j’invente des choses, ce qui me permets d’acquérir de nouveaux savoir-faire au fil du temps. »

Soft Stools, 2022 © Vanni Bassetti


Des objets très techniques, qui nécessitent des heures de travail pour créer la « peau textile » parfaite, confectionnée à partir d’un moule en métal, pour ne pas oublier ses origines et sa formation initiale. Wendy Andreu confectionne tous ses moules et utilise toutes sortes d’outils, parfois inattendus, comme un couteau de jardinier ou encore un peigne pour chien, l’objectif étant de pouvoir arriver au résultat attendu. Des pièces toutes uniques, confectionnées à la main avec l’aide d’une tapissière pour toutes les finitions. Parmi ses réalisations, on peut citer l’imposante Dragon chair, l’assise Soft Stools ou plus récemment la Ghost Chair réalisée dans le cadre de l’exposition « Les Aliénés du Mobilier national. »

Ghost Chair, utilisée dans le cadre de l'exposition "Les aliénés du Mobilier national" © Isabelle Bideau

L’importance du process

Et si son procédé de départ se développe à partir de ficelle collée avec du silicone, elle aime continuer de jouer avec les matières et les contraintes pour étendre sa technique. « Je suis assez curieuse de tous les matériaux, mais particulièrement des techniques et des process, et la manière de les modifier pour arriver à de la nouveauté. » Avec la marque française Polène, elle a travaillé à partir de rébus de cuir pour une édition limitée de 200 miroirs. Pour MontBlanc, elle a travaillé sur un comptoir de 9 mètres de long avec la contrainte d’adapter sa technique aux normes coupe-feu, puisque le bâtiment est situé dans un espace public. Enfin, avec l’entreprise coréenne Hyosung, qui fabrique des fibres en lyocelle - matière notamment utilisée pour renforcer les pneus - elle a confectionné le fauteuil Tyre.

Fauteuil Tyre, 2023 © Neige Thébault

Des innovations techniques qui demandent des temps de recherche importants et surtout nécessaires pour continuer de faire évoluer la pratique, mais auxquelles la designeuse ne souhaite pas accorder 100 % de son temps. « J’aime me dire que j’ai une partie prospective dans mon travail avec ces temps de recherche pour développer ma technique et de l’autre côté l’aspect commission et commandes de pièces. Les deux vont ensemble, la prospective permet d’inspirer la commission et la commission permet de financer la recherche. » Une idée qui rejoint son envie de faire du design avant tout, sans avoir d’étiquette précise ou de chemin tout tracé. « Il n’y a pas d’esthétique particulière qui prédomine dans mon travail, je dirais plus que ce sont plutôt les process qui m’interpellent. Mon univers n’est pas formel mais très rationnel, je cherche surtout à comprendre comment les choses sont faites. »

Autres projets inspirés

En parallèle de sa pratique autour de Regen, Wendy Andreu travaille sur des projets qui allient différents matériaux, notamment le métal et plus récemment le verre, dans le cadre de sa résidence au CIRVA durant laquelle elle a élaboré la collection de vases Jardin Mécanique. Pour Théorème Éditions, elle collabore sur la seconde collection de l’éditeur avec le miroir Maze et pour Rimowa, elle imagine la table basse Aircraft.

Table basse Aircraft pour Rimowa, 2022 © Gregor Kaluza
Collection de vases Jardin Mécanique, en collaboration avec le CIRVA © Thierry Depagne

Avec le designer Bram Vanderbeke, rencontré sur les bancs d’Eidhoven, elle collabore sur différents projets, notamment sur les pièces Triple Pyramid & Upside Down Pyramid, réalisées avec la galerie Nilufar dans le cadre de l'exposition FAR lors de la Design Week de Milan en 2019, ou encore sur l’aménagement intérieur de la boutique du musée du design de Gand, en Belgique. Un travail qu'elle réalise seule ou en collaboration, mais qui répond toujours à une commande spécifique, qu'elle aime voir aboutir. « Ça me rend heureuse de faire quelque chose pour quelqu’un, c’est d’ailleurs pour ça que je suis designer et pas artiste. J’aime l’aspect de commande pour faire plaisir aux autres.»

Miroir Maze pour Théorème Editions, 2022 © Valentin Fougeray

Pour les mois à venir, les projets devraient continuer d’osciller entre réponses aux commandes, temps de recherche et élaboration de nouvelles collaborations. En parallèle, la designeuse confie avoir un rêve, celui de créer un jour, un best-seller, une pièce anonymisée qui ferait partie du quotidien. Bien qu’elle conçoit que son design soit pour le moment plutôt Collectible, on sait bien qu’il ne faut jamais dire jamais…

Rédigé par 
Maïa Pois

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©Modulnova

Une grammaire de la matière

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©Modulnova

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©Modulnova

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À Milan, Cassina dévoilait ses nombreuses nouveautés

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Pour cette saison, Cassina transformait son flagship de la via Durini sous la direction de Mikal Harrsen. Rehaussé de couleurs chaudes et vibrantes — également déployées sur un large écran dès l’espace d’accueil — le lieu se voulait être immersif. C’est dans ce cadre que l’éditeur italien a mis en scène ses dernières créations. Qu’il s'agisse des nouveaux coloris comme sur la table Plana de Charlotte Perriand et les tables basses 780/783 de Gianfranco Frattini, ou de nouvelles créations contemporaines, l’ensemble se déployait au fil d’un même parcours scénographique ouvert. Portées par une palette chromatique audacieuse, les installations composaient une narration fluide prolongée jusqu’à la terrasse, transformée pour l’occasion en refuge outdoor. Un cadre idéal pour célébrer la collaboration entre l’éditeur et Persol, illustrant le dialogue entre héritage et innovation au cœur de « The Cassina Perspective ».

©Cassina

Des assises en tout genre

Dès l’entrée du showroom, Cassina souhaitait plonger le visiteur dans un univers radical en déployant le système Ardys imaginé par Patricia Urquiola. Recouvert d’un textile technique, ce canapé composable aux volumes généreux évoque une certaine idée de la douceur dans un style ultra-contemporain. Une sensation due au textile technique très visuel, à mi-chemin entre le velours et l’aspect matelassé d’une doudoune. En contrepoint, le fauteuil Plintea de Chiara Andreatti apporte une élégance plus sobre avec son enveloppe protectrice et son piètement asymétrique aussi bien adapté aux espaces domestiques qu’aux environnements contract. Dans un registre plus rigoureux, Cassina réédite la chaise CH66 de Nicos Zographos, développée avec Karakter, réaffirmant l’intemporalité du Bauhaus à travers une ligne continue en acier. Cette esthétique dialogue avec celle, plus expérimentale, de la Peacock Chair de Verner Panton, dont on célèbre le centenaire. Une pièce audacieuse, aux formes libres et à la structure métallique légère, animée par des coussins colorés modulables qui offrent à l’assise une allure ludique. Enfin, le fauteuil Hotte de Philippe Starck convoque quant à lui la mémoire des gestes ruraux et de l’artisanat à travers un tressage en osier minutieux.

©Cassina

Un corpus d’idées lumineuses

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©Cassina
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