Objets

Avec “La Pièce”, Beaubleu signe une collaboration inédite avec la Monnaie de Paris et livre une collection limitée façonnée par la technique du monnayage.
En s’associant à la Monnaie de Paris, la marque parisienne Beaubleu, fondée en 2017 et identifiable à ses aiguilles rondes, ouvre une nouvelle voie dans le savoir-faire horloger. Par la technique du monnayage, le cadran n’est plus assemblé, mais conçu comme une pièce frappée. La matière se creuse ou s’élève sous le choc, avant d’être gravée pour accrocher la lumière. Le cadran devient ainsi monobloc, délaissant les éléments rapportés au profit d’une surface unique traitée de diverses manières.
Pensée par le designer Nicolas Ducoudert, la collection se compose de deux modèles, La Pièce n°1 et La Pièce n°2, traduisant chacun une identité formelle différente. Le premier évoque un empilement de feuilles, structuré par des cercles non-concentriques qui suggèrent la course du soleil. Le second, quant à lui, pousse la complexité technique plus loin, avec des index usinés dans la masse et des finitions multiples sur un seul bloc, créant un contraste sophistiqué entre les surfaces. Dans les deux cas, le cadran s’impose comme un paysage miniature, animé par la “Seconde Volante”, signature de Beaubleu, qui survole la composition avec légèreté. Même la couronne, dissimulée à 3 heures, s’efface pour préserver la pureté visuelle. Avec ces designs alliant innovation et savoir-faire ancien, la jeune marque horlogère franchit un nouveau cap.
©Beaubleu x Monnaie de Paris

À l’occasion de Collectible Brussels, Fannie Tomas et Manon Viratelle présentaient un bureau pas comme les autres. Imaginé comme un espace de travail figé, l’espace regroupait les travaux de 33 designers réunies pour bousculer les codes du monde du travail.
« Ici, nous sommes dans un monde matriarcal dans lequel les minorités sont surreprésentées et les métiers du care sont non seulement mis en avant, mais également les plus rémunérateurs », annonce Fannie Tomas, co-curatrice de l’exposition Not(es) for later, aux côtés de Manon Viratelle. Effectivement, la proposition semble quelque peu utopique, mais c’est pourtant bien l’idée matérialisée à l’occasion de la Collectible Fair de Bruxelles. Réunissant 33 femmes artistes, reconnues et émergentes, les deux curatrices ont investi Cloud Seven. Créé en plein cœur de la ville par Frédéric de Goldschmidt, ce lieu hybride, à la fois espace d’exposition et lieu de coworking, a, pour l’occasion, fusionné ses usages pour devenir un lieu immersif. Ici, pas de cimaises blanches ni de passages dégagés. Au contraire, les tasses de café à moitié vides traînent çà et là, éparpillées entre les carnets de notes et les écrans allumés sur lesquels défilent les messages d’un monde nouveau. Un espace d’exposition dans lequel le visiteur est invité à déambuler, regarder et découvrir progressivement les 46 créations alternatives imaginées en écho aux notions de pouvoir, de hiérarchies, de dangers et d’invisibilisation.

Le détournement comme mot de désordre
Ici, tous les objets sont connus, mais rarement sous la forme présentée. Véritable lieu manifeste, l'endroit est peuplé de d'éléments de bureautique détournés, puisés parmi les créations des designers sollicitées pour ce projet. « Lorsque l’on demande à quelqu’un ce qu’il fait dans la vie, la réponse est généralement son métier. Aujourd’hui, le travail est une partie constituante de notre individualité, et c’est ce que nous voulions interroger par le biais du design en reconstituant un monde décalé », explique la commissaire Fannie Tomas, également chercheuse sur les questions de travail au centre d’art de l’ISELP à Bruxelles. C’est dans cette optique que l’exposition donne à voir des pièces surprenantes, à l’image de la souris d’ordinateur tissée par Josefine Dransfeld. « Cette designer allemande a mis au point un logiciel permettant de retranscrire une image en schéma que l’on peut ensuite réaliser en dentelle. L’association entre artisanat et design lui est venue car c’est un art typique du village de sa belle-famille, et cette découverte a inspiré son oeuvre. » Une réappropriation contemporaine d’une pratique, elle, plus ancienne, qui se retrouve également dans le travail de la designer Pauline Pastry. « Son père a longtemps travaillé en fonderie, et Pauline a été influencée par les vapeurs toxiques qu’il a inspirées et par cette notion de danger liée à son activité. Elle a donc imaginé un clavier en fonte d’aluminium brute sur lequel subsistent uniquement sept lettres : work die. » Une vision brutale du monde du travail à laquelle font écho le fauteuil de bureau de Lola Mayeras, recouvert de textile selon les codes du tailoring pour interroger les rapports hiérarchiques, mais aussi le tabouret d’Emma Cogné, recouvert de chutes de moquette caractéristiques des bureaux. Autant de propositions issues des vécus des artistes. Mêlant des regards très différents sur notre rapport au labeur, l’événement ne se revendique pas tant comme une exposition de design qu’un univers immersif alternatif et décalé. « Le ton employé est volontairement humoristique, mais c’est une manière de critiquer en creux les structures de travail de notre société », confie Fannie Tomas.
Un cadre amusant, certes, mais qui pourrait, à l’occasion, donner quelques bonnes idées…
Ci-dessous à gauche ©Luciana L.Schutz
Sur la table : lampe Optimus de laurence x marion, ciseaux de Olga Flor, suspension Lamp 01 de Zora Beyeler, tissage Weaving Code par Amandine David, bougie Emerging Absurdity de Yeonsu.
Sur le mur sculpture murale Mecane script de Maud Rondot, photographies Control room et Untilted de Luciana Schutz
Ci-dessous à droite ©Luciana L.Schutz
De gauche à droite : Lampadaire Radiante #2 de Honorine Pardon, Morph lamp de Prisca Razafindrakoto et sculpture Dots de Sophia Taillet

Erwan Bouroullec dévoile Music Studio 5 et Music Studio 7. Deux enceintes filaires développées pour Samsung et imaginées pour s’intégrer dans n’importe quel espace de vie.
« Mes créations sont principalement des meubles, c’est-à-dire des typologies figées, la notion de mouvement peut parfois me manquer. Avec Samsung, qui est une marque technologique, on avance avec l’idée d’une mutation civilisationnelle et c’est assez différent », entame Erwan Bouroullec. Habitué à collaborer avec la marque coréenne, le designer livre Music Studio 5 et Music Studio 7. Deux enceintes dotées d'une connectivité Wi-Fi et pour le second modèle, d’un aspect plus monolithique, de haut-parleurs gauche, avant, droit et orientés vers le haut, offrant un son spatial tridimensionnel. Un projet qui fait écho à la télévision The Serif, livrée en 2016 avec son frère Ronan. Une pièce alors très novatrice et considérée, du haut de ses quatre longs pieds, comme « le téléviseur idéal pour les clients Samsung qui ne voulaient pas de télé », explique Guillaume Rault, vice-président Samsung France Electronics. Un petit paradoxe qui marquait l’arrivée d’une vision lifestyle chez Samsung. « L’idée était de penser des objets qui s’intègrent facilement dans les intérieurs et privilégient la qualité de vie des occupants. Dans cette démarche, la télé Frame a eu un gros succès, et les enceintes s’inscrivent dans cette continuité », explique le designer.

Une enveloppe universelle
« Samsung a une immense histoire manufacturière. La marque a commencé en créant des radios et des frigos et n’a cessé de s’étendre. Aujourd’hui, il y a un objet de la marque dans chaque maison, de Rio de Janeiro à Montélimar ! » Un constat dont a découlé un évident besoin d’universalité. Pour y répondre, Erwan Bouroullec combine deux géométries : un cercle et un cône. « Je suis né à la campagne et, lorsque j’étais jeune, j’écoutais beaucoup de musique. Ces formes sont simplement celles que l’on retrouve sur les grosses enceintes lors des concerts. » Une sorte d’évidence qui l’amène à trouver le dessin presque instinctivement. « Je n’aime pas ce qui est disruptif. La voix est une chose très ancienne, comme la musique, et il ne fallait pas tout réinventer, mais simplement venir créer une enveloppe adaptée. Dans les enveloppes, on transporte beaucoup de signes qui influencent notre ressenti. Par exemple, si vous mangez dans une assiette qui n’est pas très belle, le repas vous paraîtra moins bon. C’est la même chose ici », explique le designer qui souhaite dépasser l’hypercontemporanéité des formes. « Je pense qu’il y a quelque chose de très darwiniste dans le design. Les choses ne viennent pas de nulle part et c’est mon rôle, en tant que designer, d’enlever ce qui n’est pas nécessaire pour permettre à l’objet de s’intégrer dans tous les intérieurs, qui sont des univers riches et donc complexes. » Une réflexion qui le pousse à travailler avec des codes connus : la façade en métal perforé pour le devant et une coque en plastique aux traits tirés minimalistes pour l’arrière.

Le design en guise de première étape
« Chez Samsung, nous n’avons jamais vraiment su comment s’équilibrent le design et la technologie, explique Guillaume Rault. Néanmoins, nous cachons de plus en plus cette dernière au profit du design, car c’est lui qui détermine notre affection pour l’objet. » Ici, ce n’est donc pas la technologie qui a conditionné l’apparence, mais l’inverse. « Les ingénieurs du Samsung Audio Lab, basé en Californie, se sont adaptés à la forme pour développer le système interne. Et l’enceinte a de minimaliste que l’arrière arrondi de la Music Studio 5 épouse presque parfaitement le profil du haut-parleur », analyse Erwan Bouroullec. Une ergonomie qui ne passe ni par la maniabilité de l’enceinte ni par sa miniaturisation, mais par l’interaction entre sa taille, son volume, son poids et sa puissance. « Music Studio 5 et Music Studio 7 sont ergonomiques vis-à-vis de ce qui les entoure. Il ne s’agissait pas de faire l’objet le plus léger ou le plus petit, mais de créer une véritable atmosphère. » Une question relative à l’environnement de l’objet et, de fait, au besoin d’universalité. Car, aussi invisible soit-il, le son demeure porteur d’émotions, et c’est donc tout naturellement que l’enceinte, même éteinte, doit accompagner ce ressenti.

Ikea lance la collection GREJSIMOJS. Dédiés aux enfants, les objets ont été pensés pour stimuler l’imagination tout en s’intégrant naturellement dans la maison.
Et si les monstres n’étaient pas si méchants ? Et s’il n’y avait vraiment pas d’âge pour intégrer des aires de jeu à son intérieur ? Avec des “si”, on peut refaire le monde, tout comme avec un peu d’imagination et quelques touches de couleur. C’est ce que propose IKEA avec sa nouvelle collection GREJSIMOJS, dédiée aux plus jeunes. Un nom peu familier à nos oreilles, mais qui renvoie à l'idée universelle « d’un petit bidule qui traîne dans la maison », explique Enrica Magnalardo, responsable France de l’aménagement et de l’inspiration. Un objet sans catégorie précise, qui trouve simplement sa place dans le quotidien. C’est précisément cette typologie libre qui est au cœur des 33 produits imaginés par 12 designers internationaux, qui, après avoir défini ensemble les grandes lignes du projet, ont développé leurs pièces indépendamment. « En Suède, nous avons une notion très forte, celle de l’“allowing”. C’est l’idée qu’un certain désordre est non seulement accepté, mais essentiel à l’apprentissage. Cette approche est indissociable du sens de la praticité qui fait partie de notre ADN », poursuit Enrica Magnalardo.
Conjuguant fonctionnalité et fantaisie, la collection interroge notre manière de rendre les objets du quotidien plus ludiques. Cela passe par un usage assumé de la couleur, par des géométries qui transforment les surfaces en terrains de jeu ouverts, ou encore par des figures animales stylisées. Parmi les designers invités, Akanksha Deo revient sur la genèse de GREJSIMOJS.

Quelles directives vous ont été données pour développer cette collection ?
Avant de recevoir le brief pour GREJSIMOJS, tout notre département de conception a été invité à jouer pendant deux jours. On nous a demandé de repenser à notre enfance, aux objets que nous aurions aimé avoir autour de nous, ceux qui auraient pu susciter notre émerveillement, nous réconforter, nous inciter à faire des bêtises ou à inventer sans fin. Mais nous ne concevions pas uniquement pour les enfants. Nous devions également tenir compte du point de vue des adultes qui partagent leur univers, ceux qui vivent parmi ces objets et en prennent soin. Le défi consistait donc à trouver un équilibre subtil pour créer des produits qui placent les enfants au cœur de l'histoire, tout en s'intégrant harmonieusement dans le quotidien des adultes à la maison. Par exemple, pour mes coussins empilables, je me suis inspirée de la façon dont les enfants voient des possibilités là où les adultes ne voient que des objets. Une forme douce sur le sol peut devenir un galet flottant sur de la lave, des bonbons ou des boutons géants et colorés, ou encore un gâteau à plusieurs étages. Ces coussins sont destinés à évoluer au gré de l'imagination, s'empilant en tours, roulant comme des pneus, s'alignant pour des jeux ou se transformant en parcours d'obstacles, changeant constamment au fil de l’histoire. L’autre élément à prendre en compte est la stratégie des couleurs. Elle combine des tons vifs et des teintes plus sourdes et « sales », créant une palette expressive mais visuellement sobre. Au final, il s'agissait de concevoir des objets qui véhiculent le jeu non pas comme une activité, mais comme un sentiment qui peut habiter l'espace, prêt à être intégré à tout âge.

Mais en tant que designer, quelle image aviez-vous de l'univers enfantin d’IKEA avant de commencer ?
J'ai toujours pensé qu’il s’agissait d'un petit monde à part entière. C'est un endroit où l'imagination peut s'épanouir, où les objets ne sont pas seulement fonctionnels, mais ouvrent la porte à de petites merveilles quotidiennes. En même temps, concevoir des produits pour les enfants est une grande responsabilité. Nous disons souvent que les enfants sont nos clients les plus importants, et cette conviction façonne tout ce que nous faisons. Pour en revenir à l’aspect créatif, si nous voulons stimuler l’exploration ou de nouvelles façons de jouer, la sécurité reste primordiale. Nous étudions donc différents groupes d'âge, nous cherchons à comprendre comment les enfants bougent, pensent et interagissent avec le monde, et parfois, nous les invitons directement à participer au processus de conception. Pour cette fois, un petit groupe est venu au siège de la marque utiliser nos prototypes et nous avons regardé.

Lorsque l’on regarde la collection, on voit que les animaux sont omniprésents et semblent évoquer des monstres sympathiques ?
Les animaux apparaissent tout au long de la collection et, dans mon cas, ils ont pris la forme de deux personnages imaginaires conçus comme des décorations murales à assembler soi-même. J'ai été séduite par l'idée de créer comme moyen de tisser des liens, car fabriquer quelque chose de ses propres mains permet de se sentir connecté à cet objet d'une manière plus profonde et plus personnelle. Enfant, j'aimais collectionner des objets issus de la nature, courir après les papillons, observer la forme de leurs ailes, leurs motifs, leurs minuscules détails. Ces pièces sont une réinterprétation ludique de ce souvenir fondamental. Aux côtés des oiseaux et des insectes, elles vivent quelque part entre réalité et imagination.


Le designer Julien Roos livrait en décembre un calice et une patène au Chapitre de Notre-Dame de Paris. Un projet technologique avec à la clé une réinterprétation des codes habituels.
« J’ai fait un bac S parce que j'intellectualise les choses, j’aime comprendre comment elles fonctionnent », explique Julien Roos, designer discret et cultivé, à qui l’on doit, en guise de premier projet, la table du Conseil des ministres. Une composante d’un aménagement livré en même temps que son DSAA (Diplôme Supérieur d’Art Appliqué) à Olivier de Serres, et imaginé selon « le principe des vertèbres, pour permettre une modularité en fonction du nombre de personnes présentes ». Une approche biomimétique du design, non pas guidée par la science, mais par l’envie de faire un design sensé et avant tout vivant. C’est avec ce prisme que le designer s’est récemment retrouvé intégré au cercle très fermé des créateurs ayant travaillé pour la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour laquelle il livrait en décembre un calice et une patène.

Un parcours porté par l’Histoire
« Petit, je voulais être historien ou archéologue. » Des rêves qui n’ont jamais vraiment quitté le designer d’aujourd’hui. « Lorsque j’étais en BTS, le sujet du diplôme de fin d’année devait tourner autour de l’idée de la Conservation. Je voulais prendre le contrepied de la conservation matérielle pour partir vers quelque chose immatérielle. Et comme il s’agissait alors du centenaire de l’armistice, je me suis lancé dans un projet autour du devoir de mémoire, notamment par le biais du patrimoine bâti comme les monuments commémoratifs. » Un lien constant entre design, Histoire et actualité qui l’amène, deux ans plus tard, en DSAA, à s’intéresser à Notre-Dame de Paris, ravagée par les flammes peu de temps auparavant. « À cette époque, on parlait beaucoup de la reconstruction de la future flèche, et je voyais passer des propositions très contemporaines, parfois même délirantes », se souvient le designer, qui a grandi face à la vaste église de Molsheim, en Alsace. « Je me suis dit qu’il y avait là un défi, à savoir attirer de nouveaux regards et susciter un intérêt, tout en s’inscrivant dans la continuité du lieu. » C’est avec cette idée que le designer rencontre le curé de son village qui, de fil en aiguille, l’amène à faire la connaissance de Caroline Morizot, du Comité diocésain d’art sacré. C’est cette dernière qui lui propose de concevoir un calice et une patène à destination du Chapitre de Notre-Dame, une instance religieuse en charge de la couronne d’épines.

Un besoin de fonctionnalité
Vaguement familier avec les principes religieux, le designer se plonge dans la lecture de textes sacrés et spécialisés sur le trésor, tout en écoutant des musiques médiévales. « Je voulais comprendre les symboles et les représentations pour imaginer quelque chose de neuf. C’était la première fois que le Chapitre faisait appel à un designer plutôt qu’à un orfèvre, car il ne voulait pas du Viollet-le-Duc revisité, mais un objet nouveau et surtout fonctionnel. » Une volonté claire, formalisée dans un cahier des charges sommaire : des objets réalisés dans une matière précieuse et durable, visibles de loin mais facilement manipulables.
Comme dans chacun de ses projets, Julien Roos cherche à concilier la vocation symbolique de l’objet et la notion de vivant. « Lors de ma visite de la cathédrale en chantier, j’ai été marqué par les motifs floraux et les bourgeonnements omniprésents. Assez vite, l’idée de la couronne d’épines s’est imposée. » Dans la chambre de son appartement parisien, le designer, également influencé par les lignes organiques des créations de Noé Duchaufour-Lawrance et de Mathieu Lehanneur, réalise quatre prototypes en impression 3D. À chaque itération, les voûtes s’affirment, tandis que le piètement évidé, pensé pour plus de légèreté, évolue jusqu’à rappeler inconsciemment la forme polylobée des ornements médiévaux.

Un sacré condensé de technologies
Au-delà du dessin, la modernité du projet se manifeste aussi dans sa conception. « On ne m’avait pas donné de budget précis, mais il fallait que le coût reste raisonnable malgré l’utilisation d’une matière précieuse et une fabrication complexe. » Julien Roos collabore finalement avec MMB volum-e. « Après une première proposition de fabrication en impression 3D titane, nous avons finalement privilégié un usinage CNC en laiton pour faciliter les finitions et permettre l'application d'une dorure. » Une technique purement mécanique, mais réalisée par une Entreprise du Patrimoine Vivant, précise le designer, pour qui le savoir-faire manuel reste essentiel. Nécessitant d’être régulièrement refait, un revêtement en or ou en argent à rapidement été écarté au profit d’une finition palladiée, plus résistante. « Il n’avait sans doute jamais été utilisé pour des objets liturgiques, mais son rendu gris chaud qui reflétait les pierres de la cathédrale m’a immédiatement séduit. » Réalisés par l’atelier de dorure Bertin Aubert, le calice et la patène sont ensuite microbillés. « Je ne voulais pas d’un effet miroir qui aurait nui à la lisibilité des lignes, mais pas non plus d’un rendu totalement mat, au risque de perdre la préciosité de l’objet. Le microbillage a justement permis d’obtenir cet aspect satiné que l’on voit aujourd’hui. »
À mi-chemin entre des lignes très tirées, franches et géométriques rappelant la culture scientifique de Julien Roos et un univers plus organique inspiré de la nature, ce projet offre une vision représentative de son travail mêlant artisanat et technologie, et répondant finalement à l’ambition d’une tradition modernisée.


Création du studio CPRV, la lampe en papier Aplat est désormais éditée par Hay.
Imaginée par le duo français CPRV, la lampe Aplat entre aujourd’hui au catalogue de l’éditeur danois Hay. Une reconnaissance internationale pour ce luminaire en papier, à la fois minimal et sculptural, qui incarne pleinement la philosophie du studio fondé en 2020 par Camille Paillard et Romain Voulet. Dessiné initialement en 2023, le luminaire explore les qualités plastiques du papier de soie. Translucide, légèrement irrégulier, le matériau filtre la lumière et diffuse une lueur douce, évoquant celle d’une bougie. Par un jeu de plis, d’axes symétriques et d’angles nets, la feuille plane se transforme en volume architecturé. Une construction élémentaire, réduite à l’essentiel.

Fidèle à l’approche de CPRV — pour qui le minimalisme relève davantage d’une logique que d’un style — la lampe est livrée à plat et montée par l’utilisateur. Son assemblage intuitif associe un abat-jour en papier à une tige en acier thermolaqué noir et à une base en métal assortie. Un crochet discret permet de la déplacer facilement au gré des besoins. Compatible avec une ampoule LED standard, Aplat est disponible en deux formats (44 ou 66 cm de hauteur). De quoi trouver sa place sur une étagère, un bureau ou un rebord de fenêtre, accompagnant chaleureusement le déclin de la lumière du jour. Avec Aplat, CPRV poursuit son exploration d’un design simple dans lequel chaque détail compte.

Partenaire de Shoppe Object Paris, Intramuros revient sur les belles découvertes de cette première édition qui prit ses quartiers parisiens 17 au 19 janvier dernier à la porte de Versailles.
Depuis plus de 35 ans, WSN group accompagne et valorise les industries créatives en imaginant des rendez-vous où dialoguent innovation, savoir-faire et marchés. Cette dynamique s’est récemment enrichie avec Matter and Shape en 2024, véritable passerelle entre mode, architecture et design, puis avec Who’s Next Home, dédié aux univers lifestyle et à l’objet. Un nouvel horizon qui ne cesse de s’élargir puisque l’année s’est ouverte avec Shoppe Object Paris, organisé du 17 au 19 janvier 2026 à la Porte de Versailles. Né de la collaboration entre ANDMORE et WSN, ce salon — dont Intramuros est partenaire — marque la première édition parisienne de l’événement new-yorkais. Il ambitionne de proposer une lecture exigeante du design contemporain et de rassembler les différentes sphères créatives du design européen et nord-américain. Pensé comme un « salon dans le salon », l’événement, scénographié par le Studio Costa-Molinos, met en lumière une multitude de projets mêlant mobilier, art de la table, objets décoratifs et accessoires. En voici une sélection.
Polimair
Lancée en mars 2024, la marque Polimair présentait sa chaise Beluga. Fabriquée en France à partir de plastique marin recyclé à 100 %, cette pièce se distingue par un assemblage sans vis ni colle. Réparable, elle se compose d’éléments — accoudoirs, assise, dossier — disponibles en huit coloris, offrant de vastes possibilités de personnalisation.

Alki
La coopérative basque Alki présentait sa nouvelle gamme d’accessoires aux côtés des chaises Biboline et Lasai, des tables Egon, ainsi que du tabouret Uhin, récemment réédité. Une sélection complétée, entre autres, par un livre consacré à la marque, paru en fin d’année.

Transparent
La marque audiophile suédoise Transparent, fondée par Per Brickstad et Martin Willers (anciens membres du studio People People), exposait une large partie de sa gamme connectée. Célèbre pour ses enceintes transparentes en aluminium et verre trempé, la marque présentait également le spectaculaire Brutalist Speaker, déjà aperçu à Milan et plus récemment présenté dans nos pages.

Flos
L’éditeur italien mettait à l’honneur ses petites lampes à poser, parmi lesquelles les différentes déclinaisons colorées de l’iconique Lampadina d’Achille Castiglioni, mais aussi Mayday de Konstantin Grcic, Bon Jour Unplugged de Philippe Starck, sans oublier la Bilboquet de Philippe Malouin.

Atelier Zemonsta
Influencée par un parcours en anthropologie et une expérience fondatrice au Maroc, Audrey Abbal-Duteille développe un langage visuel nourri de formes, de motifs et de couleurs. Sa collection de luminaires en aluminium Switch & Match incarne une vision du design en mouvement grâce à un diffuseur mobile.

Burgio.
Basé à Florence, BURGIO. est un studio de design contemporain qui explore la céramique à travers la culture du café et du partage. Façonnée et émaillée à la main en Italie, la marque présentait sa collection Super Glossy : des surfaces ultra-brillantes et une palette de couleurs vives qui transforment les tasses en objets à collectionner.

Fredericks & Mae
Fondé en 2007, Fredericks & Mae est un studio de design new-yorkais animé par une passion commune pour les matériaux, la couleur et la curiosité tactile. Installée à Brooklyn, la marque détourne des objets du quotidien pour en faire des pièces ludiques et visuellement singulières, à l’image de ses planches à découper Confetti.

Finn
Finn est un studio de design fondé par Paula Giecco et installé à Buenos Aires, où sont fabriqués les objets. À la frontière entre bijou et petit rangement, la marque évolue dans un univers poétique et légèrement rétro. Réalisées à partir de chutes d’acétate, les dernières boîtes évoquent de micro-architectures colorées, témoignant d’une approche sensible et d’un artisanat contemporain.

Manu Matters
Facilement identifiable grâce à son plissé — devenu une signature — Manu Matters présentait une nouvelle fois Jane, sa lampe à poser. Déclinée en trois dimensions (Baby, Teen et Lady), cette lampe filaire est fabriquée à partir de bouteilles en PET recyclé. Opaque, semi-opaque ou translucide, pied et abat-jour se déclinent dans une large palette de couleurs pour des compositions sur mesure.

Serax
Connue pour ses objets dédiés à la maison, Serax brouille les typologies et multiplie les styles à travers des collaborations variées. La marque présentait notamment le vase hibou After Midnight issu de sa collaboration avec Marni, mais aussi des pièces étonnantes comme la collection Les Objets Mouleversants de Wouters & Hendrix ou les vases-sacs de Kseniya Kravtsova. Un dialogue audacieux avec des designs plus classiques signés Kris Van Assche ou Ann Demeulemeester, révélant l’étendue du savoir-faire de la manufacture belge.

Minkyu Park
Minkyu Park est une marque de design franco-coréenne qui explore le potentiel caché des objets du quotidien et des formes négligées. Jouant avec l’irrégularité et la mémoire, la marque développe des structures modulaires et de petits objets. Les bougies incarnent pleinement cette esthétique raffinée, minimaliste et poétique, offrant une expérience évolutive où le design devient aléatoire au fil de la fonte de la cire.


Le designer Guillaume Delvigne et la marque Eldvarm se sont associés pour créer Fumi. Une collection hivernale chaleureuse où les esprits scandinaves et japonais se rencontrent.
L’hiver approche et, avec lui, tout son lot d’objets réconfortants et utiles. Principalement connu pour ses pièces de mobilier, le designer Guillaume Delvigne a collaboré avec Louise Varre, fondatrice de la marque Eldvarm. Créée en 2015 à Stockholm et spécialisée dans les accessoires de cheminée, cette dernière marie design scandinave et savoir-faire français. Un mélange porteur de sens pour le créateur formé à l’École de design de Nantes Atlantique puis au Politecnico di Milano, et ancien collaborateur de Marc Newson. Frugale dans sa composition, avec pour seules pièces essentielles un serviteur et un range-bûches, la collection Fumi l’est aussi dans son esthétique. Un parti pris imaginé pour coller aux intérieurs épurés et contemporains dans lesquels les poêles à bois remplacent progressivement les cheminées volumineuses. Un point de départ contextuel qui a poussé le designer à chercher l’inspiration bien au-delà de la Scandinavie.

Faire feu de tout bois pour la sobriété
« Je voulais créer quelque chose que l’on est heureux d’utiliser, mais aussi de montrer », explique Guillaume Delvigne, dont le projet s’inscrit dans l’esthétique sobre caractéristique d’Eldvarm. Et pour cela, quelle meilleure inspiration que le pays du Soleil-Levant ? Inspiré par les balais japonais dont le manche se termine par une forme d’éventail, le designer a fait de la géométrie son axe de recherche principal. « Ce que Louise appréciait dans mes objets, c’était l’aspect sculptural de mon travail », relève le designer. Un constat qui l’amène à penser des objets qui puissent être « scénographiés comme des œuvres d’art » et à travailler l’acier thermolaqué et des essences naturelles comme le bois et le frêne. Une matière inerte et une autre noble, assemblées par des vis volontairement laissées visibles. Une manière pour le créateur de souligner les connexions culturelles et techniques, mais également d’assurer un design « minimal sans être simpliste », conclut Louise Varre.


Pour sa première collection, le designer français Hadrien Hach dévoile une série de luminaires réalisés en tissu de soie et en résine. Une technique développée à tâtons, pour un rendu délicatement givré.
Il est courant de dire que le geste se trouve au cœur de la pratique d’un designer, qu’il est relatif à un savoir-faire, à une culture. Au Japon, la découpe du bambou à l’aide d’un katana fait partie de ces mouvements-là. Hadrien Hach découvre cette pratique lors d’un voyage au pays du Soleil Levant en 2018. Mais ce n’est que six ans plus tard que le designer choisit de la figer en objet ; d’abord dans son essence d’origine, puis en plâtre pour pallier les fissures liées au séchage, et enfin en bronze pour plus de préciosité. Une évolution qu’il abandonne rapidement au profit de la résine, un matériau qui lui permet « de réaliser des prototypes seul, sans être soumis aux délais des fonderies ni aux contraintes du métal. » C’est donc dans un univers encore inconnu qu’il s’immerge début 2025. Commence une phase de recherche et développement menée à l’abri des regards, dans son atelier sarthois.

Une collection inspirée par le geste et les voyages
Il y a des matériaux dont on connaît à l’avance le rendu, et d’autres, issus d’alchimies novatrices, qui ouvrent de nouvelles pistes. Attiré par la résine et ses propriétés techniques, Hadrien Hach entame une démarche prospective en quête de la bonne association. Travaillant d’abord avec de la fibre de verre grâce à laquelle il obtient une transparence centrale dans ses créations, Hadrien Hach finit par adopter le tissu de soie. « C’est un matériau que j’ai découvert un peu par hasard, et qui donne à la résine un effet translucide, presque givré » explique-t-il. Travaillé sous forme de feuilles enduites, le textile est ensuite mis à sécher pendant une journée dans la forme désirée. Convaincu que « la matérialité conduit à la forme », le designer, dont l’idée de flottement avait guidé des premiers prototypes, s’oriente finalement vers un style plus monolithique. Inspiré notamment par la tour The Shard, célèbre gratte-ciel londonien où il a vécu deux ans, ou par l’architecture vernaculaire africaine, il signe six familles de luminaires, dont la première s’intitule Frozen Katana. Un clin d’œil évident aux prémices de cette première collection, et au Japon, renforcé par l’usage de la feuille d’or. Un revêtement en écho “au temple de l’or de Kyoto et sans doute un peu au château de Versailles, à côté duquel j’ai grandi », raconte-il. Appliquées par fragments ou bien dégradées à l’alcool, ces dorures jouent avec la lumière. Que ce soit en reflétant l’environnement lorsque la lampe est éteinte, ou en filtrant la lumière lorsqu’elle est allumée, à l’image de l’applique Arrowslit dont le maillage réalisé grâce à une résille évoque une pixellisation ou une cartographie urbaine.

L’idée d’un design construit
Si les clins d'œil architecturaux sont si présents dans son travail, c’est en partie grâce à son parcours à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles. Une formation enrichie d’une approche centrée sur l’intérieur avec un diplôme en design d’objet obtenu à l’École Polytechnique de Milan. « Ça a été une année très rafraîchissante avec une vision complètement différente. En France, nous avions plutôt travaillé sur du logement social alors que là-bas, nous avons travaillé sur des projets de yachts et de villas. » Une expérience transversale à la croisée du fonctionnel et de l’ornemental, valorisée ensuite par un stage dans le département architectural de Louis Vuitton au cours duquel l’architecte travaille de nouveaux matériaux haut de gamme comme le papyrus ou le cuir d’anguille. S’en suivent des expériences dans le développement commercial pour un verrier et un sculpteur londoniens, avant un retour en France où il devient chargé d’affaires et de projets pour la Maison Pouenat. « J’ai toujours été à cheval entre le monde de l’entreprise et celui de la création. Et finalement, j’ai fini par créer une collection. » Un retour éclairé à la conception.
Ci-dessous à gauche la suspension Frozen Shard et à droite la lampe à poser Manaratan (le phare en arabe) ©JP Vaillancourt

Monoprix dévoile sa collection annuelle réalisée en partenariat avec la villa Noailles et un designer. Cette année, la marque s’est associée à Jean-Baptiste Fastrez pour la réalisation d’une collection chromée aux reflets futuristes.
Lauréat du Grand Prix du jury de la Design Parade Hyères en 2011, le designer Jean-Baptiste Fastrez s’est associé à cette institution et Monoprix. Une collaboration pour laquelle le créateur également scénographe a imaginé un ensemble de quinze petits objets décoratifs allant du bougeoir au tabouret en passant par le miroir. Focus sur l’esprit de cette collection en vente à partir du 16 septembre.

Pourquoi avoir accepté cette collaboration avec Monoprix ?
Monoprix est pour moi l’une des dernières entreprises grand public à valoriser le travail des designers indépendants, car la plupart des marques ont aujourd’hui des bureaux de création intégrés. Et puis, travailler avec Monoprix, c’est également concevoir des objets pour tous, pas seulement pour une certaine partie de la population ou un petit nombre d’institutions et ça, c'était très stimulant ! D’autant qu’il y a avec Monoprix un côté très statutaire. On rentre presque dans une dimension patrimoniale, notamment en écho à Prisunic.
Votre travail de designer est souvent basé sur un jeu de contrastes qui interroge l’objet. Est-ce que cela a aussi été le cas dans cette collection ?
Oui, bien sûr, mais davantage sur la phase d’imagination. Je me suis beaucoup inspiré de l’architecture des villes utopiques, que ce soit The line, l’immense projet controversé dans le désert saoudien avec des formes post-modernes, ou le cinéma de science-fiction évidemment. Je pense à des films comme “2001, L’Odyssée de l’espace” de Stanley Kubrick ou encore “Interstellar” de Christopher Nolan et le robot chromé que l’on y voit. De manière générale, ce sont surtout les objets liés au futur. Mais ce qui est amusant, c’est que l’on peut aussi y voir une certaine résonance avec la vieille vaisselle un peu Art déco, à la Puiforcat, que l’on peut retrouver chez nos grands-parents. La notion de confrontation se trouve surtout dans les époques et dans les styles.

Sans surprise, cette nouvelle collection est encore extrêmement visuelle de par son matériau. Pourtant, elle semble encore très différente de vos autres créations ?
Souvent, Monoprix demande aux créateurs de refaire ce qu’ils font habituellement, mais sous le branding de la marque. Je n’avais pas du tout envie de refaire les formes très rondes que l’on m’associe, à l’image du miroir mural Zodiac que j’ai fait pour Moustache en 2021. J’ai donc dû travailler un nouveau visuel. Le temps de développement étant trop court pour faire du verre, j’ai travaillé l’acier. Comme nous sommes globalement tous attirés par ce qui brille, j’ai d’abord réalisé des prototypes avec des vernis de couleurs. C’était une manière de donner un côté silverware à mes pièces. Mais rapidement, on m’a proposé d’utiliser des bains de chrome coloré. C’était quelque chose que je n’avais jamais essayé et j’ai beaucoup aimé le résultat. Des pièces ultra réfléchissantes, qu’on n'a pas l’habitude de voir, un peu comme des miroirs violet, jaune, bleu ou simplement argentés.
Le shooting de la collection est lui aussi assez surprenant. Pouvez-vous nous en dire plus ?
D’habitude, les shootings ont souvent lieu dans des maisons idéales, au bord d’une piscine etc… Nous avons réalisé le nôtre dans le désert des Bardenas dans le nord de l’Espagne. Je me suis dit que changer le cadre changeait la place des objets. C’était donc une manière de rendre la collection plus abstraite. Le désert fonctionnait bien car il faisait écho à mes inspirations, à la vie sur Mars et aux robots d’exploration. C’est d’ailleurs dans cette optique là que les photos ont été réalisées au ras du sol, comme pour donner l’impression qu’il s’agit d’édifices extraterrestres. Et puis cette esthétique chromée en plein milieu d’une zone aride, crée un contraste qui renvoie beaucoup à une vision futuriste selon moi. Ça renforce l’aspect organique et à la fois synthétique des formes qui font l’identité de la collection.


Créée par François Dautresme en 1965, la Compagnie Française de l'Orient et de la Chine (CFOC) fête ses 60 ans. À cette occasion, Valérie Mayéko Le Héno, architecte DPLG et directrice artistique depuis 2016, évoque les évolutions de cette société indissociable des savoir-faire asiatiques.
Voyageur passionné et aventurier en quête de nouveautés, François Dautresme a fondé la CFOC en 1965. Quelle place occupe aujourd'hui son héritage dans l'identité de la marque ?
En tant que directrice artistique de la marque depuis 2016, je crois pouvoir dire que la manière dont nous travaillons est assez proche du concept de départ puisque nous continuons de voyager beaucoup à travers l'Asie. C'est important de garder un pied dans cette zone, où se trouve une douzaine de pays avec lesquels nous collaborons, mais aussi au-delà – en Italie pour l'édition textile, au Maroc pour les éponges et la broderie, au Portugal pour le travail de l'acier et des couverts, et au Mexique pour la fibre de palme -, car ce que nous cherchons, c'est avant tout un savoir-faire particulier ou de nouvelles techniques. Nous partageons de fait la passion de l'artisanat, mais aussi le plaisir de trouver des ateliers familiaux, des petites structures. Cette notion est très importante pour nous, car depuis 1965, l'idée est de valoriser des produits manufacturés. À travers ça, l'héritage principal est sans doute celui d'être du contact.

La place du geste est donc véritablement importante au sein de la CFOC, mais comment concilier les savoir-faire anciens et asiatiques avec les besoins des consommateurs européens ?
Il y a longtemps eu un gap entre nos deux régions. Il y a encore une quinzaine d'années, les arts de la table en Chine se limitaient majoritairement à des bols et à des baguettes tandis qu'il était coutume de s'asseoir proche du sol en Asie alors nous avions tendance à nous asseoir de plus en plus haut en Europe. Il a donc fallu adapter tout cela à nos usages. Dès les années 90, à l'époque où la CFOC proposait principalement du mobilier chiné, souvent aux Puces de Pékin, François Dautresme a commencé à dessiner des éléments destinés au marché français. Un premier pas que nous avons complètement généralisé en 2011-2012, en insufflant à la compagnie alors en perte de vitesse, une nouvelle vision davantage adaptée à nos modes de vie, aux usages.

Et comment cela se traduit-il en termes de création ?
Nous avons voulu faciliter l'échange de regard entre l'Europe et l'Asie. Un bureau de style est ainsi né à Paris. Nous y travaillons à deux pour ce qui est de la conception design, plus une troisième personne chargée de la production. Celle-ci est principalement basée en Asie, car nous n'avons pas d'intermédiaire, et c'est elle qui nous permet de développer des produits sur le long terme – généralement entre 4 et 10 mois – et d'entretenir des relations pérennes avec les ateliers pour ne pas être sur du one-shot. Pour la majorité d'entre eux, notre collaboration oscille entre 8 et 10 ans, et c'est ce qui nous permet de pousser les savoir-faire et développer de nouveaux produits.

L'une des richesses de la CFOC, c'est également l'étendue des matériaux travaillés. Comment les réinvente-t-on pour ne pas tourner en rond au bout de 60 ans ?
En fait, la question est surtout technique. Ce sont généralement des déclinaisons. Par exemple pour la laque, dans les années 50 à 70, on ne trouvait que des couleurs naturelles. Progressivement, on a évolué vers des colorants alimentaires pour diversifier les teintes, sans pour autant perdre le savoir-faire ancestral à base de sève de laquier. Cette année, nous proposons par exemple deux nouvelles couleurs, le bleu jun et l'ambre jun que nous avons travaillé avec notre coloriste basé dans un village près de Hanoï, au Vietnam. Pour ce qui est du tissu, la CFOC évolue notamment en passant de fibres naturelles à des fibres textiles pour répondre à des besoins spécifiques. C'est le cas de notre tapis tressé Kilim (une technique indienne) où le jute est remplacé par de la laine.

De manière plus précise, comment avez-vous pensé la collection anniversaire ?
Elle a été guidée par une démarche en quelque sorte historique. J'ai réuni les origines de la CFOC en me replongeant dans de vieux articles de presse, des archives photographiques des anciennes boutiques et leurs vitrines aux scénographies imaginées par François Dautresme, mais aussi des produits dans les catalogues de vente. Bref, je me suis immergé dans la riche histoire de la société et j'ai confronté le passé et le présent. C'est ça qui m'a amené à développer la forme des ombrelles pour nos tapis, le concept de naturalité, le travail du pojagi – une méthode de couture que l'on peut rapprocher du patchwork -, le velours de soie que l'on retrouve sur les contrepointes Samarcande travaillées avec du lin par des artisanes brodeuses, sans oublier la réédition d'objets dans le rouge CFOC. Tous ces axes nous ont permis de créer des pièces en série limitées ou numérotées.

Sur le plan commercial, la CFOC s'est progressivement ouverte au B2B. Qu'est-ce que cela a changé dans votre approche et quels sont les prochains défis à venir ?
Effectivement ! Depuis plusieurs années, nous développons le B2B pour proposer nos services des chefs ou des établissements hôteliers. C'est une autre manière de voir les choses. L'un de nos projets significatif est certainement la réalisation de pièces sur mesure pour l'hôtel SO/ Paris réalisé par le cabinet RDAI et livré en 2022. Parallèlement à ces nouveaux marchés, nous souhaitons également développer notre notoriété et étendre notre réseau aujourd’hui composé de trois boutiques sur Paris et de revendeurs en région. Nous réfléchissons donc à ouvrir un nouveau showroom ou des pop-ups store dans des zones balnéaires.


La maison Puiforcat spécialisée dans l'argenterie sort Jersey, une nouvelle collection de couverts dessinés par Jasper Morrison.
C'est un petit pas de côté dans l'univers de la marque française traditionnellement connue pour son travail de l'argent massif. Pour cette nouvelle collection appelée Jersey, Puiforcat a collaboré avec Jasper Morrison. Connu pour son esthétique sobre et minimaliste, le designer britannique aux créations hétéroclites signe de nouveaux couverts de table après KnifeForkSpoon dessinés pour Alessi en 2004. Une personnalité qui s'inscrit dans le sillage des précédentes éditions de la maison, basées sur un équilibre constant entre le fonctionnalisme et l'élégance contemporaine.

Et l'argent devint du bois
Il aurait pu s'agir d'une nouvelle alchimie qui aurait mal tourné. Pourtant, il n'en est rien. Adepte de la philosophie du design « Super normal » - pensée selon laquelle un dessin sobre et discret permet à un objet d'être plus utilisable et durable - dont il revendique son travail, Jasper Morrison livre un ensemble en bois de cerisier (sakura) dessiné sans la moindre touche d'argent. Inspiré par la culture japonaise, le créateur offre un ensemble aux lignés épurées, constitué d'un set de couverts de table (fourchette, couteau et cuillère) et un autre de service, agrémentés d'une paire de baguettes (et son repose baguette en métal argenté). Recouvert d'une fine couche de laque japonaise appliquée au chiffon grâce à la technique du fuki-urushi, le veinage du bois est sobrement mis en valeur. Une sinuosité naturelle renforcée par l'aspect satiné de la finition. Une collection qui s'associe avec élégance au « Dinner service » en argent réalisé en 2023 par l'artiste Donald Judd.


Le Musée des Arts Décoratifs propose jusqu'au 30 mars de pousser la porte de la chambre, espace d'intimité par excellence, dont l'évolution des usages traduit près de 400 ans d'histoire de la société. Une exposition tout autant indiscrète qu'intéressante.
Regarder par la serrure. Voici l'indiscrétion à laquelle la Musée des Arts Décoratifs de Paris invite ses visiteurs jusqu'à la fin du mois de mars. Dans une sorte de rétrospective dédiée à l'un des espaces les plus impénétrables de nos intérieurs, le MAD propose de porter un regard chronologique du XVIIIe siècle à nos jours. Condition sine qua non à l'indépendance et à l'émancipation pour Virginia Wolf, la chambre, à soi ou partagée, est le témoin privilégié de l'évolution sociétale de nos us et coutumes. Tout à la fois théâtre de la vie intime et décor de mises en scène à vocations sociales, elle illustre depuis toujours la porosité entre sphère publique et privée. Une fluctuation de la frontière évoquée au travers de douze thématiques.

L'objet engendré par l'époque
Tantôt espace de restriction des libertés dont la femme fut la première touchée, tantôt espace d'expression avec l'arrivée progressive de la technologie, la chambre est avant tout un microcosme dont l'évolution progressive demeure très liée à la société, entraînant la création de nouveaux objets. Matérialisations de courants de pensée, tous témoignent d'une époque. L'hygiénisme du XIXe siècle voit ainsi se développer une multitude de pièces. Les baignoires intègrent la chambre à mesure que de nouveaux ustensiles de coquetterie débarquent, devenant des supports aux designs les plus en vogue. En témoignent les bourdaloues - pot de chambre féminin – dont l'usage se démocratise, et les exemplaires se déclinent plus ou moins richement. Le XXe siècle est également celui des mutations sociales rapides. La révolution sexuelle offre une nouvelle perception du désir et du plaisir intimement liés à la chambre. Un sujet que des artistes comme David Hockney ou Zanele Muholi immortalisent sur différents médiums, et sur lequel nombre de designers travailleront plus tard, notamment avec la démocratisation des sex-toys.

Mais les bouleversements modernes sont également sources d'inspiration pour de jeunes esprits novateurs, futures références du design. Parmi eux, Verner Panton dont la Living tower incarne la volonté d'un repli protecteur, très vite remplacé par le besoin de communier dans les 70's. Une époque où entrent alors en scène des studios stars comme Archizoom, Memphis ou bien plus récemment, les frères Bouroullec.

La technologie au pied du lit
Le poste radio, le walkman, le minitel rose, les téléphones portables ou encore la téléréalité. Depuis près d'un demi-siècle, l'intimité de la chambre à coucher se trouve bousculée par l'arrivée de supports médiatiques extérieurs. Plus petits, moins bruyants (parfois), plus complets, tous ont su convaincre leur public. Un fait auquel l'exposition dédie la fin de son parcours. Affichés en grand, les réseaux sociaux et leurs personnalités lifestyle les plus influentes comme Léna Mahfouf ou Sophie Fontanel, font désormais partie intégrante de notre intimité partagée. Un constat sur lequel s'ouvre un espace dédié à la surveillance. Un lieu d'interrogation utile après ce balayage historique rapide depuis les toiles d'Antoine Watteau et Edouard Vuillard situées à quelques mètres de là, si proches et si lointaines. Donnant la possibilité au visiteur de coucher sur le papier ses pensées, la dernière salle de l'exposition propose de renouer avec l'intimité ultime, celle que l'on entretient avec sa propre personne.


La start-up Urban Native dévoile la trottinette T9, son premier projet. Un produit design entièrement repensé pour répondre aux besoins du consommateur dans l'univers urbain.
Une recherche radicale de la simplicité pour réduire l'objet à sa fonction première. Voici l'idée dominante derrière Urban Native, une start-up européenne - entre la France, l'Espagne et le Portugal - à l'origine de la trottinette T9. Spécialisée dans la haute technologie, la société fondée il y a cinq ans, vient de sortir son premier produit. Un moyen de locomotion en apparence classique, mais derrière lequel se cache un savant mélange de sensation et de praticité. Fruit d'une volonté de retrouver la « sensation du ride », et du besoin d'une véritable alliée pour arpenter les villes, la T9 est une invention novatrice. Imaginée frugale mais résistante, elle s'impose comme une petite deux roues sans équivalence sur le marché, et un exemple de design prospectif appliqué à l'univers des mobilités douces. « Nous proposons avec ce produit en titane, un outil permettant d'être en cohérence et en résonance avec les révolutions sociologiques, technologiques et environnementales en cours » explique Julien Vaney, fondateur d'Urban Native.

Répondre à un besoin urbain
Parti du constat que rien ne lui convenait pour bouger dans Paris avec aisance, vélos électriques trop encombrants et trottinettes trop fragiles ou trop lourdes, Julien Vaney a souhaité révolutionner cet univers. C'est de cette idée première qu'est né le désir de concevoir une nouvelle trottinette faite pour l'environnement urbain. Rapidement, deux lignes directrices se sont dégagées. « D'une part, je voulais remettre du plaisir au cœur du transport en retrouvant des sensations de vitesse et un confort de glisse. D'autre part, j'ai remarqué grâce à mon parcours en maths-physique, que les trottinettes produites sur le marché ne sont pas pensées par des entreprises de deux-roues, mais par des sociétés d'électronique qui intègrent des concepts déjà existants. Or, pour qu'une trottinette fonctionne, elle doit avoir la capacité de rouler comme un vélo, mais le marché actuel ne pense pas vraiment au confort et encore moins à la légèreté, déplore Julien Vaney. Pourtant, c'est une problématique au cœur de son utilisation, car c'est ce qui permet de la rendre portative et amusante à conduire. »
Un cheminement émotionnel et quasi-sociologique qui a guidé quatre années de recherche et de développement,mené par la dizaine de personnes d'Urban Native, mais également par un maillage d'une centaine d'ingénieurs auxquels l'entreprise a fait appel tout au long de cette évolution.

Un design pour allier confort et praticité
« Contrairement au développement du vélo étalé sur plus de 150 ans - roues de même taille, puis l'ajout de frein ou encore de vitesses -, celui de la trottinette a été beaucoup plus court. Le drame de cette machine, c'est que si l'on veut en faire un véhicule vraiment performant, il faut tout redessiner. C'est pourquoi nous sommes partis d'une page blanche » relate le fondateur d'Urban Native. Une démarche qui a engagé de nombreux prototypes et la création de nouveaux éléments, comme les roues de douze pouces entièrement dessinées, ou des systèmes novateurs à l’image de la recharge par câble USB type C, une première mondiale pour cette typologie d'objets. Des détails en apparence, mais des atouts en réalité permettant à la T9 d'allier au confort de la pratique, celui de la vie quotidienne. Une double notion due en grande partie au cadre. Fabriquée dans une usine portugaise, cette pièce très résistante en titane absorbe les bosses sans amortisseur grâce aux facultés naturelles de ce matériau. Son architecture ultra-légère de deux kilos, place ce cadre bien en deçà du poids général sur le marché. « C'était une question particulièrement importante également sur le plan de l'autonomie. Avec cette conception efficace, cette batterie et le freinage régénératif, la T9 bénéficie d'une autonomie de 25 kilomètres ! » Mais au-delà de ce facteur, l'aspect formel de la trottinette a également été imaginé pour minimiser son emprise au sol une fois pliée. « Ce n'est pas un facteur anecdotique, car l'encombrement freine souvent les personnes dans l'achat d'un vélo ou dans le fait d'amener sa trottinette sur son lieu de travail » assure Julien Vaney.

Véritable concentré de design prospectif, la T9, à l'origine de deux brevets, est le reflet d’une philosophie. « Dieter Rams disait “Good design is a minimum design”. Pour nous, il s'agit avant tout de faire valoir un design efficace et environnementalement intéressant en valorisant la pérennité du produit et en remplaçant le superflu par des éléments utiles. » Ainsi, l'appareil n'intègre presque pas de plastique et toutes ses pièces sont facilement remplaçables. « C'est une machine faite pour durer à l'image d'un sac de luxe. Elle doit tenir dans le temps et nous espérons qu'elle deviendra ainsi iconique. C'est pourquoi, après ce projet, nous ne souhaitons pas nous diversifier, mais continuer de sortir d'autres versions de la T9 jusqu'à ce qu'une machine occupe chaque appartement » conclut Julien Vaney.


Directeur artistique d'Airborne depuis 2022 et plus jeune créateur à avoir intégré la collection permanente du Mobilier national, Maxime Lis offre un univers contrasté et hétéroclite.
C'est une galerie banale aux objets eux, très surprenants : tabouret chauffant grâce à une bougie, mini-bar concept à l'allure 60's ou encore miroir de sorcière contemporain. Présentée au 16 galerie de Montpensier à Paris, cette exposition réalisée en collaboration avec Airborne - dont deux pièces sont présentes -, convoque le goût de Maxime Lis pour un design prospectif entre inspirations d'hier et nécessitées d'aujourd'hui. En résulte de petits ensemble surprenant qu'un demi-siècle semble parfois séparer. Refusant toute perte de liberté, le designer cumule les collaborations diverses pour nous offrir à la manière de petites capsules, des créations ayant pour seule ligne directrice, la conjugaison d'un design ludique et fonctionnel avec un minimum de matière.

L'acte minimum fait acte de résistance
Par ses créations, Maxime Lis souhaite « réinvoquer l'humain par des pièces qui semblent aujourd'hui froides et sans âme. Les objets ont tendance à prendre plus de place que l'Homme, or ce ne sont que des extensions. » Sacralisant l'usage sans renier son goût pour l'ornementation, le designer trouve un équilibre créatif dans la porosité qui existe entre la forme et le fonctionnalisme. « Il y a aujourd'hui dans les intérieurs toutes sortes d'objets qui ne sont pas forcément bien pensés et qui ne vont pas les uns avec les autres car les achats sont réalisés en oneshot. » estime le créateur qui souhaite « sortir les objets du placard pour les présenter » Une idée qui induit l’utilité comme l’esthétisme et passe par « l'acte minimum ». Un concept développé par Maxime Lis dans un manifeste en faveur d'une certaine épure. « Je pense que le geste du designer doit être le plus sobre possible pour répondre correctement aux besoins. D'abord car la frugalité en termes de matériaux est indissociable des crises - sociales, environnementales… - qui m'inspirent. Ensuite, parce que favoriser la simplicité visuelle permet de lutter contre la disparité des éléments et favorise une unité salvatrice. »

Penser la matière pour ne pas penser la couleur
Une « simplicité visuelle » qui ne signifie pas une disparition de la puissance esthétique comme le souligne le créateur du fauteuil B52 créé en 2021. « Cette assise est l'illustration même du concept d'acte minimum. Elle n'est pas très technique avec peu de points d'assemblage et une absence de décor, mais elle est extrêmement visuelle grâce à sa conception entièrement en verre. » Un partipris qui favorise le questionnement et le ludique, et qui, à l'image de l'inox majoritairement utilisé, rend service à l'artiste. « Je ne suis pas coloriste et je ne m'amuse pas tellement avec les couleurs. C'est pourquoi j'imagine d'abord toutes mes pièces en noir pour penser uniquement la forme et l'usage. Dans un second temps, le métal comme le verre ont les avantages de refléter ou laisser voir l'environnement, rendant l'objet intemporel dans la mesure où il dialogue avec le décor dans lequel il se trouve. La création est donc très soluble, mais ne perd pas son identité pour autant. » Une vision confirmée dans la galerie où ces pièces côtoient un fauteuil AA bleu et une Table bis rose de chez Airborne.

Un coup d'œil en arrière, un coup de pied en avant
Inspiré par une certaine primitivité d'hier, et les besoins d'aujourd'hui, Maxime Lis revendique des objets vecteurs de sentiments. « J'aime que l'on ne puisse pas dater mes objets et que l'on s'interroge sur leurs usages. Je ne veux pas qu'ils soient trop faciles pour que l'on s'y attache et que l'on ait envie de les garder » reconnaît-il devant un mini-bar rétro dissimulant un cendrier, un verre, un récipient et un emplacement pour une bouteille. Sensible à la notion d'ingénierie autant que par celle d'interaction entre le matériel et le vivant, cet auto revendiqué « géotrouvetout » créé à hauteur d'humains. « J'ai réalisé un portemanteau très sculptural allant du sol au plafond, avec des accroches très hautes et très basses pour amener de la vie. D'une part, car les enfants pourront interagir avec, et d'autre part parce que sa hauteur induira également des mouvements très imagés de lancers. » Une démarche que l'on retrouve également dans le soliflore. « Il y avait l'idée de faire un objet qui puisse mettre en valeur de manière très simple un petit élément ramassé en pleine nature de manière presque naïve. Une sorte de pied de nez à la domotique qui a longtemps été un concept très technique de mise en valeur, mais qui n'a jamais réellement percé. » Ajoutez à cela, un jeu de couverts encastrables qui questionne les traditions, un chausse pieds réalisé dans une simple feuille de cuir ou encore une création moitié jeu de dames, moitié sculpture et pour obtenir un aperçu du monde disparate et hybride de Maxime Lis.
L’exposition est à voir jusqu’au 15 septembre 16 galerie de Montpensier, Paris 75001.

Réunis par Casa Italia Paris 2024 à l'occasion des Jeux olympiques, Flos et B&B Italia ont fait rayonner le savoir-faire transalpin au sein du Pré Catalan.
Le design et l'Histoire aux portes de Paris. Désignées ambassadrices du design italien, les deux marques Flos et B&B Italia ont été mises à l'honneur du 26 juillet au 11 août dernier par Casa Italia Paris 2024. Réunis autour du projet de décoration et d’éclairage du CONI (Comité Olympique National Italien), ces deux étendards de la création contemporaine se sont implantés au Pré Catalan à l'occasion des Jeux olympiques. Un joli clin d'œil à l'Histoire puisque c'est dans ce même établissement que le Baron Pierre de Coubertin dînait il y a 130 ans pour célébrer la naissance des JO modernes. Un espace chargé d'histoire sur lequel le rouge et le vert, couleurs de cette nation championne du design, ont flotté cet été.

Mobilier et éclairage : l'interconnexion
Imaginé comme une représentation idéale de l'hospitality made-in-Italy, Casa Italia Paris 2024 s'est approprié l'intérieur comme l'extérieur de l'édifice de style Napoléon III. Tout au long de cette promenade transalpine située à l'orée du bois de Boulogne, les systèmes d'éclairages signés Flos ont été habilement mêlés au mobilier édité par B&B Italia, lui-même agrémenté des pièces d'artistes indépendants. Une concordance dans laquelle se sont côtoyées des pièces d'hier et d'aujourd'hui.
Parmi les immanquables du design moderne, la Serie UP de Gaetano Pesce aux célèbres rondeurs, s'exposait non loin de quelques autres créations contemporaines bien connues. On note entre autres les chaises Le Bambole (Les Poupées) de Mario Bellini, les tables Planck de Piero Lissoni ou encore la table Allure O’ de Monica Armani.

À l'extérieur, une branche développée en 2007, était exposé un ensemble éclectique allant des chaises Ribes de Antonio Citterio au fauteuil Crinoline de Patricia Urquiola en passant par les tables Borea de Piero Lissoni, architecte et designer indissociable de son pays.
Un ensemble divers dont la mise en lumière par Flos a été étudiée en collaboration avec le laboratoire de technologie de l’éclairage et de l’innovation Fabertechnica, l’architecte d’intérieur Bianca Patroni Griffi et le cabinet d’architecture IT'S.

Le design sous un jour nouveau
Guidée par son goût de l'esthétisme à l'italienne, la marque a déployé dans le jardin du Pré Catalan, des lampadaires en travertin impérial de Toscane et en pierre de lave de l'Etna signés Michael Anastassiades. Un pas de côté également technologique avec la branche Flos Architectural dédiée à l'éclairage professionnel, qui a mis au point The Tracking Magnet, un système breveté équipé de luminaires à LED à fixation magnétique, en version spot ou linéaire.

Pour les plus nostalgiques, Flos avait également pourvu les différents espaces de quelques-uns de ses modèles les plus identifiables. Du Taraxacum et Viscontea par Achille et Pier Giacomo Castiglioni au Zeppelin de Marcel Wanders, tous dialoguaient joyeusement avec les plafonds de ce monument historique auquel étaient suspendus des modèles plus récents, comme Glo-Ball de Jasper Morrison, Arrangements de Michael Anastassiades et le Bellhop Floor de Barber Osgerby. Un itinéraire visuel scénographié pour rappeler qu'en matière de design, les Italiens restent sur le podium !
