Carlo Urbinati : “Foscarini met désormais l’accent sur l’impact de la lumière dans la vie de chacun”

Carlo Urbinati : “Foscarini met désormais l’accent sur l’impact de la lumière dans la vie de chacun”

Foscarini devait dévoiler son nouveau projet VITE (VIES) au Salone del Mobile, finalement reporté à 2021 pour cause de crise sanitaire. Entretien avec Carlo Urbinati, président de Foscarini, pour nous présenter cette nouvelle approche de la maison italienne, qui parle de la lumière non plus à partir des lampes mais de ceux qui vivent avec.

Avec VITE (VIES), la lampe ne détient plus le statut d’objet. Cela marque-t-il un changement de stratégie de la maison Foscarini ?

Carlo Urbinati : Nous voulions trouver une nouvelle façon de présenter la lampe, qui va au-delà du simple produit. “Fare. Luce.” consiste à présenter un produit dans un environnement spécifique. Avec VITE, nous mettons désormais l’accent sur  l’impact de la lumière dans la vie de chacun. C’est pour cela, nous avons demandé à Gianluca Vassallo de se rendre aux quatre coins du monde et de capter la relation de 17 foyers avec leur lumière. Car chacune des lampes, qu’elle soit à Copenhague, Naples, Shanghai ou ici même à Venise, possède une histoire propre, intimement liée au foyer dans lequel elle se trouve. Les individus les ont choisis pour différentes raisons, et nous essayons de les montrer. Ce projet marque un tournant dans le sens où “Vite. Luce. Vera.” devient une devise de notre maison.

Vous placez l’humain au coeur de VITE (VIES). Cela traduit-il un changement de l’identité Foscarini ?

C.U. : Au contraire, nous rappelons que nous pratiquons un design qui a un sens, que nous créons pour les gens. Ces personnes que nous voyons dans ce projet, qui évolue chacun de leur manière avec la lumière, ce sont pour eux que nous réfléchissons et que nous créons. Ces personnes sont des individus comme vous et moi, des amis, des amis d’amis ou des connaissances.

Vous dites que c’est une évolution des projets Inventario, Ritratti et Maestri. Dans quel sens ?

C.U. : C’est une suite logique de ces trois projets. Lorsque Inventario est sorti en 2010, nous l’avons conçu comme un think tank : un magazine sur la culture du design qui s’inspire des arts visuels, de l’architecture, de la photographie ou de la sculpture. Puis vient Ritratti (2015), qui se concentre sur la lampe en tant qu’objet, mis en scène dans un environnement spécifique. En 2018, Maestrie met en lumière les artisans avec lesquels nous travaillons et le processus de production de nos lampes.
Pour le projet qui allait suivre, il fallait nous détacher de la mise en scène qui quelque part montre une faiblesse du produit. Il fallait plutôt présenter le produit dans divers lieux afin de montrer ses forces. C’est ainsi qu’est né VITE.

Le vécu de la lumière est désormais au centre du projet. Qu’advient-il de l’usage de la lampe ?

C.U. : VITE déplace le focus sur l’espace, dont la lampe en devient un élément constitutif. Cela nous permet de mieux appréhender la relation qu’elle possède avec son environnement. Nous n’aurons plus à extraire la lampe d’un environnement spécifique pour l’imaginer dans notre foyer, puisque VITE nous la présente dans une vingtaine éparpillés de part et d’autre de la planète.

Vous rapprochez-vous d’une vision d’architecte d’intérieur ?

C.U. : Plus exactement, nous produisons un élément qui permet de créer un espace. Cependant, avec VITE nous offrons à chacun les outils pour aménager son intérieur, qu’il soit un professionnel ou un particulier. C’est pour cela que nous avons fait l’effort de proposer un large panel d’inspirations, loin des images froides et mises en scène du passé.

Vous deviez présenter ce projet au Salone del Mobile 2020. Qu’en est-il de l’avenir de ce projet et de Foscarini ?

C.U. : VITE devait être le projet phare de notre Salone del Mobile. Étant donné les circonstances, nous travaillons à rendre le projet totalement digital afin de la partager au plus grand nombre. Nous devions aussi sortir un catalogue, qui met en avant nos créations et nos rééditions. Cependant, nous l’avons mis en stand-by, car nous considérons que ça n’est pas le moment de proposer de nouveaux produits.

Quel a donc été l’impact de la crise sanitaire sur Foscarini ?

C.U. : D’un point de vue commercial, nous avancerons à tâtons, mais je pense que le reste de l’année et celle qui vient seront compliquées.
En interne, cette période difficile nous a poussés à revoir notre fonctionnement. Nous avons dû travailler à distance pendant près de deux mois, et nous continuons à le privilégier. Nous avons dû réapprendre à travailler ensemble notamment lors des réunions virtuelles, qui m’ont d’ailleurs agréablement surpris : les échanges créatifs sont plus efficaces dans le sens où ils sont plus rapides, plus ciblés et favorisent le partage des idées puisque chacun parle à son tour.

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Carlo – New-York

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Lucia – Venise

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Nan Lang – Shanghai

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Rédigé par 
Rémi de Marassé

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Temps de lecture
30/9/2026
Artek x Hender Scheme : la patine du temps

Le finlandais Artek et le japonais Hender Scheme présentent une première collaboration autour du vieillissement naturel des matériaux et du pouvoir esthétique du temps.

Notre attachement à certains objets ne s’explique pas par leur valeur intrinsèque, mais par leur histoire. Celle qui cause l’usure et attaque parfois la forme, voire la fonction. C’est avec cette question du temps qui passe en toile de fond qu’Artek et Hender Scheme se sont associés. Spécialiste du mobilier en bois cintré depuis 1935, la marque finlandaise avait amorcé en 2024 un nouveau tournant en tolérant, à l’occasion d’une collection avec le studio Formafantasma, les défauts du bouleau dans ses assises. Un rapport au naturel que la société, fondée par Aino et Alvar Aalto, interroge cette fois-ci avec un fabricant de chaussures et d’accessoires en cuir, le japonais Hender Scheme.

Suspension ©Artek x Hender Scheme

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La valeur du temps

Si les objets sont façonnés par l’industrie qui les fait naître, cette collection entend montrer qu’ils continuent de vivre entre les mains de leurs utilisateurs. En faisant du cuir tanné végétal l’élément central de cette collaboration, les marques proposent un nouveau revêtement qui se patine naturellement avec le temps. Un rapport sensible à la vie des meubles qui confère aux pièces leur unicité. De ce choix naît aussi un échange entre les deux entreprises. La première introduit le langage stylistique du couple Aalto dans un univers codé et japonisant, lorsque l’autre importe son savoir-faire en dotant le célèbre Stool 60 de souliers de cuir. Un clin d’œil qui met en valeur le piètement en L caractéristique de la célèbre assise.

Tabourets Stool 60 avec « chaussures » ©Artek x Hender Scheme

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« New Craft » ou le concept d’un artisanat technologique

Cette nouvelle connexion est également l’occasion pour Hender Scheme de développer son concept de « New Craft ». Une idée selon laquelle l’artisanat et la technologie moderne se rencontrent et fusionnent au service de nouvelles réalisations. Parmi elles, la suspension A330 Golden Bell, dessinée par les Aalto. L’abat-jour en laiton est pour l’occasion réinterprété en cuir moulé. La technique traditionnelle du moulage humide est associée à l’impression 3D pour offrir de nouvelles qualités visuelles et tactiles sans altérer la forme initiale. Une proposition forte en écho au traitement plus classique du cuir valorisé sur différentes typologies dont une horloge, un porte-clés et des dessous de verre reprenant la forme courbe « Riihitie », imaginée par Aino Aalto. Dévoilés au London Design Festival, ces objets seront disponibles à la vente à partir du 10 octobre.

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Ci-dessous de gauche à droite : dessous de verre et horloge

Temps de lecture
30/9/2026
« Under Pressure » : Marie et Alexandre exposent à la galerie signé

Jusqu’au 10 octobre, le duo Marie et Alexandre présente à la galerie signé l’exposition « Under Pressure », dans laquelle la pression est explorée sous plusieurs aspects : dans les techniques et les matières employées, mais aussi, plus largement, dans leur rapport à la création.

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« L’idée derrière cette exposition était de travailler la pression un peu différemment, en utilisant des techniques diverses, avec cette idée d’explosion rapide, et de réussir à les allier toutes ensemble. » Pour cette exposition, le duo de designers formé en 2018 a choisi de faire de la pression son point de départ. Le titre, « Under Pressure », fait notamment référence à l’hydroformage, un procédé industriel dans lequel la pression de l’eau permet de donner forme au métal. Au sein de la galerie, Marie et Alexandre présentent ainsi des pièces façonnées par différentes forces et contraintes, réalisées en collaboration avec plusieurs artisans spécialisés. Mais la pression ne désigne pas seulement ici une technique de façonnage. Elle devient également une condition de création, exercée par la matière, par le temps, le doute, les choix parfois irréversibles ou encore la volonté de faire apparaître quelque chose qui n’existe pas encore.

Exposition "Under Pressure", collection de Vases en céramique émaillée, design : Marie et Alexandre © Charlotte Robin

Allier techniques et savoir-faire

Au sein de l’exposition, qui réunit une dizaine de pièces, les designers se sont associés à différents artisans pour explorer la pression sous toutes ses formes. Avec Antoine Giret, ils présentent ainsi une console, un système d’étagères et une chaise autour d’un travail de l'aluminium fondé notamment sur la vibration de la matière et la création de systèmes. Accompagnés par Jean-Marie Foubert, ils ont imaginé une collection de vases en céramique, déclinés en versions simple et double ainsi qu’en différents formats. Avec le verrier Simon Rio, ils sont allés vers un autre registre en imaginant une table basse dont le plateau est en verre thermoformé. Enfin, avec l’atelier Blam - notamment connu pour avoir participé à la réalisation du cheval mécanique apparu lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 -, ils ont imaginé une table sur piston ainsi qu’un médaillon en métal et feuille d'argent dont la forme naît directement de la contrainte exercée sur la matière. Ce dernier sera ensuite destiné à rejoindre la Cité du design de Saint-Etienne, récemment inaugurée.

Exposition "Under Pressure", médaillon et table sur piston, design : Marie et Alexandre © Charlotte Robin

À travers cette exposition, Marie et Alexandre semblent faire évoluer leur langage formel vers davantage de retenue. Les formes se resserrent et les moyens se réduisent, sans pour autant perdre leur fonction et leur intensité. Un moyen finalement pour le duo de questionner son propre processus créatif.

Exposition "Under Pressure", chaise et système d'étagères en aluminium, design : Marie et Alexandre © Charlotte Robin
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29/9/2026
Panton Cubes : le design en jeu

Imaginé par Verner Panton dans les années 1970, le système modulaire Panton Cubes est aujourd’hui réédité par Vitra sous la forme de quatre kits représentant des figures animales.

Imaginés par Verner Panton en 1974, les Panton Cubes associent jeu et design. Constitués de structures cubiques pouvant être assemblées entre elles à l’aide de clips, les cubes sont ensuite habillés de panneaux colorés ou chromés. Ce système permet de composer des volumes et des motifs variés, allant de sculptures figuratives à des constructions plus abstraites.

Développée par Vitra en collaboration avec Verner Panton Design AG à l’occasion du centenaire de la naissance du designer, cette réédition propose quatre modèles : un canard, un flamant rose, un chat et une girafe. Chacune des versions est proposée dans une combinaison de deux couleurs ou avec une finition chromée. Les modèles bicolores reprennent la palette vive caractéristique du travail du créateur danois. En laissant à chacun une grande liberté de construction, le concept des Panton Cubes illustre de manière ludique les possibilités offertes par un système modulaire.

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Ci-dessous : ©Panton Cubes - Vitra

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25/9/2026
"Multiples": an exhibition on series production at the BDMMA

Through October 3, the Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) is presenting the "Multiples" exhibition. A range of projects celebrating industrial design and the new relationships between designers and industry.

As we reflect on September's Paris Design Week, one thing is clear: collectible design seems to reign supreme. Yet, the less "Instagrammable" world of industrial design has not disappeared. To reaffirm its presence and offer a counterpoint to the current trend, the Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) presents "Multiples." Conceived as a return to basics, the exhibition is not "a status report on the sector", but rather aims to "provide an overview of research and textures centered on mass production", explains Frédéric Bouchet, deputy director of the institution. This diversity is reaffirmed through thirteen studios whose utilitarian and aesthetic objects celebrate production. Through this, the focus is not on creating for the sake of creating, but on the intelligence of replicable and viable systems.

©BDMMA

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A new relationship with industry, but the same idea of design

If the sector is experiencing "a change of state", it is partly due to the upheaval that has occurred in industrial production. "The relationship with industry has changed completely, requiring designers to shift their stance and be less passive regarding production. They are now encouraged to take hold of processes themselves or repurpose production methods to engage in self-publishing", analyzes Frédéric Bouchet. These new alternative paths are prompting some designers to question the challenges related to resources and how the materials used serve their intended purpose. "It seems to me that this concern is increasingly rooted in the local fabric, as seen in the work of Jules Levasseur. He convinced a company in Burgundy, where he is based, to take an interest in his project, and together they developed 'Projet S,' made from corrugated metal sheets. His challenge today is to channel production at his own scale to produce just the right number of furniture pieces." Beyond the challenge of economic adaptability, there is the issue of formal and technical reinterpretation. "How can one avoid being beholden to traditional publishing? How can I bring local industry into my own territory while generating value? These are the two major questions that emerge in the exhibition, notably through the work of Lila Guédin, who used industrial assembly techniques to create chairs, and Nicolas Verschaeve, who uses tool handles to create small interior objects like hooks and coat racks." These captures and reinterpretations of pre-existing industrial matrices open up new aesthetic and technical doors. Whether published or not, the projects selected by curators and exhibitors Lucien Icard and Kevin Lebouvier shed different lights on these new relationships with industry, favoring "a certain stylistic purity based primarily on assembly".

An exhibition to discover at the Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, in the 12th arrondissement of Paris, until October 3rd.

©BDMMA
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