Inox, bois précieux et chalumeau : dernier hommage à Maria Pergay
Table basse Marronnier, Paris, 2014 © galerie Demisch-Danant

Inox, bois précieux et chalumeau : dernier hommage à Maria Pergay

Maria Pergay s’est éteinte le 31 octobre dernier à l’âge de 93 ans. Créatrice majeure dans le champ des arts décoratifs français, elle ne se considérait ni comme designer, ni comme décoratrice. Ce qui l’animait avant tout, c’était cette joyeuse collaboration avec ses précieux artisans… 

Elle était arrivée à Paris à la fin des années 1930 après avoir fui la Moldavie avec sa mère. Pour subvenir à ses besoins, elle avait d’abord décoré des vitrines de magasins de haute couture tels Hermès ou Durer. C’est à ce moment qu’elle a découvert le monde des artisans, en réalisant des sculptures d’oiseaux en Vitrex avec l’aide d’un serrurier. Puis par ses participations aux salons Bijhorca, elle se fit connaître du Tout-Paris. Divers futurs collaborateurs pousseront la porte de son enseigne Place des Vosges, dont le producteur d’acier d’Uginox, Gérard Martel. C’est ainsi qu’elle commencera à explorer l’inox, matériau, selon elle, « aussi précieux que le plus précieux des bois ». Elle concevra pour Uginox des pièces voluptueuses aux formes gracieuses et sensuelles tel Tapis volant (1967-1968). Arrivera ensuite sa désormais iconique chaise Anneau (1967-1968), idée survenue pendant qu’elle pelait une orange.

Lit Tapis Volant, Paris, 1967-1968 © galerie Demisch-Danant

Jamais elle ne dessinait, sa bonne entente avec les artisans lui permettait de travailler directement à l’atelier ou à l’usine. « Dans beaucoup de manufactures, il y a souvent un seul homme qui sait effectuer un travail bien spécifique, confie son fils Alexis Pergay. Chez Uginox, un seul ouvrier savait faire les reprises de soudure propre au mobilier de Maria. Elle aimait travailler avec lui car elle comprenait et visualisait parfaitement les contraintes. »

Une reconnaissance internationale

Puis la collaboration avec la maison Jansen lui permettra de se faire connaitre à l’international. Elle meublera le palais présidentiel de Bourguiba à Carthage, l’amenant à devenir, de fil en aiguille, la décoratrice attitrée des palais saoudiens et de l’aristocratie des pays du Maghreb. Après l’achèvement de ces chantiers pharaoniques, ça sera au tour de la galeriste Suzanne Demisch de la contacter : « La rencontre avec Suzanne va lui permettre de créer des pièces démentielles, raconte Alexis. Maria était vraiment boostée par Suzanne, elles étaient très complices ». Apparaissent alors des pièces d’inox incrustées de délicats motifs en bois précieux, nacre et galuchat. En cela, la rencontre avec le jeune ébéniste Hervé Morin et son atelier MAONIA sera déterminante. D’un tempérament fidèle, c’est désormais avec lui que Maria Pergay poursuivra l’aventure. 

Chaise Anneau, Paris, 1967-1968 © galerie Demisch-Danant

Régulièrement présents sur le stand de la galerie Demisch-Danant aux plus grandes foires d’art international comme la TEFAF, l’œuvre éloquent de Maria Pergay s’inscrit dignement dans l’histoire des Arts décoratifs français. Intramuros lui rend un dernier hommage en republiant un témoignage qu’elle avait confié à Suzanne Demisch : « Une chose qui me surprend et qui est un grand honneur, ce sont toutes les personnes qui m’ont aidée à fabriquer mes objets. C’était dur de trouver des gens qui voulaient les fabriquer. Un jour, quand j’ai visité un atelier pour la première fois, les jeunes artisans m’ont tous dit qu’ils ne savaient pas comment faire ce que je voulais. J’ai alors demandé au plus vieux, celui qui avait travaillé sur les meubles Louis XV, des années avant. Il m’a dit : « Vous êtes sûre que vous voulez faire ça ? ça va coûter cher ». J’ai répondu que plus un objet demandait de travail, de précision, d’habileté, plus j’étais contente. Et il a commencé à travailler comme un jeune homme. Ils m’ont tellement appris ».

Bureau Marqueterie, Paris, 2005 © galerie Demisch-Danant
Rédigé par 
François Reutin

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26/1/2026
Domus, l’art d’habiter selon Ginori 1735 et Luca Nichetto

A l’occasion de Maison & Objet in the City, le designer Luca Nichetto et Ginori 1735 présentaient en ce debut du mois de janvier la collection Domus, composée d’un ensemble de pièces qui redéfinit l’habitat contemporain. Entre mobilier, luminaires et objets, la collection compose un langage sensible où design, usage et héritage s’entrelacent.

C’est au sein de la galerie Joseph à Paris que la marque italienne Ginori 1735 dévoilait en exclusivité sa nouvelle collection. Imaginée par le designer Luca Nichetto, la collection Domus signe une nouvelle étape dans l’exploration de l’univers domestique pour la marque. En effet, cet ensemble de pièces comme un écosystème complet, adapté à tous les espaces intérieurs mais également extérieur. Cette capsule offre une vision de l’habitat globale, au sein de laquelle chaque pièce participe à une faire valoir une vision d’ensemble.

Collection Domus, design : Luca Nichetto pour Ginori 1735

Une alliance entre tradition et vision contemporaine

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26/1/2026
« Weight of Light » : la seconde exposition du Modulnova Art Project

Jusqu’au 15 février 2026, le showroom parisien de Modulnova accueille l’exposition photographique « Weight of Light » dédiée au travail de Renato D’Agostin. À travers dix-sept clichés argentiques, l’artiste vénitien dialogue avec l’univers de la marque italienne autour de la lumière.

C’est dans le cadre de la seconde édition du Modulnova Art Project, à la croisée de l’art, de l’architecture et du design que la marque de cuisine italienne présentait début janvier son nouveau projet intitulé Weight of Light. Après Photopastel de Patrizia Mussa, célébration de la mémoire et des lieux suspendus, la marque s’est tourné vers Renato D’Agostin, figure majeure de la photographie contemporaine et qui propose ici un projet entreobscurité et révélation, geste et contemplation.

La lumière comme matière première

Chez Modulnova comme chez D’Agostin, la lumière n’est jamais un simple outil : elle devient matière première. Les dix-sept photographies qui exposées à Paris rendent sensibles l’attention portée aux détails comme c’est le cas dans les collections de la marque italienne. Conçu comme un récit initiatique en trois actes intitulés L’origine dans l’obscurité, Devenir lumière et Le poids de la lumière, le parcours nous plonge dans une expérience de transformation. La chambre noire - dans laquelle les photographies prennent vie - occupe une place centrale. Un travail de patience et de minutie qui prend vie dans l’obscurité sous la lumière rouge, à travers un processus artisanal qui résonne avec la philosophie de Modulnova, pour qui le temps, la précision et l’écoute sont au cœur de toute création. « Pour toutes les photographies, il faut beaucoup de patience pour permettre à chaque détail d’apparaitre au fur et à mesure. Pour cette exposition, j’ai aimé l’idée de faire dialoguer les photographies avec les collections de Modulnova, notamment avec les matériaux » expliquait Renato D’Agostin.

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Sand Stone de Technogym : allier design et performance

À l’occasion de Maison & Objet, Technogym présentait Sand Stone, une collection inédite qui renouvelle les codes du design des espaces bien-être haut de gamme. Dévoilée au cœur du salon parisien, cette nouvelle ligne incarne une approche où esthétique, innovation et reconnexion à la nature dessinent une nouvelle ère du Wellness Luxury Living.

Inspirée par la minéralité du grès méditerranéen, la collection Sand Stone présente une palette pensée pour créer des environnements enveloppants et apaisants. Les tons neutres et les finitions toutes en détails dialoguent naturellement avec le bois, la pierre et les matériaux nobles utilisés, permettant une intégration fluide dans les contextes les plus exclusifs, des résidences privées aux hôtels et clubs de fitness premium.

Une collection pensée pour tout type d’entrainement

Plus qu’une signature esthétique, Sand Stone introduit une vision globale du bien-être. La collection permet de concevoir des espaces où cardio, musculation et entraînement fonctionnel cohabitent à travers un seul et même langage formel unique dans lequel chaque équipement participe à une expérience fluide, où la performance s’intègre naturellement à l’architecture intérieure.

Des matériaux sensoriels, qui conjuguent design et technologie

Et cette cohérence de langage se prolonge jusque dans le choix des matériaux. Les coques Speckled Stone, enrichies de mica naturel et de composants recyclés, évoquent la pierre authentique. Les structures Warm Titanium apportent une dimension technologique et contemporaine, tandis que les surfaces tactiles en finition Clay et les éléments en bois de hêtre et de frêne renforcent la dimension sensorielle et organique de l’ensemble.

Avec Sand Stone, Technogym compose un langage de design holistique, chaleureux et inclusif, transformant les espaces d’entraînement en lieux d’expérience, où le luxe se fait discret, naturel mais surtout profondément humain.

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Au BDMMA, le design français made in Japan

Pour la cinquième année consécutive, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art présente les travaux de designers français et d’artisans japonais réunis dans le cadre du programme Edo Tokyo Kirari.

À l’heure où l’on parle de design global, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art propose quant à lui un design mondial. Lancé en 2021 afin de valoriser les exportations tout en ancrant les savoir-faire dans des enjeux patrimoniaux et sociaux, le programme Edo Tokyo Kirari, soutenu par Paris et Tokyo, réunit chaque année des designers français et des manufactures tokyoïtes.Riche d’ateliers, dont certains pluricentenaires, la ville offre un vaste éventail de savoir-faire, aussi bien dans les domaines de la verrerie et du bois que dans celui du textile.
Une aubaine pour Hanako Stubbe, Studio BehaghelFoiny et Florent Coirier, les trois designers sélectionnés cette année par l’institution parisienne.Réunis à la suite de vœux bilatéraux, les créateurs, chacun associé à deux entreprises japonaises, ont disposé de huit mois pour concevoir six pièces. Exposées jusqu’au 4 février dans une scénographie signée Jules Levasseur, les œuvres sont présentées en miroir des pièces les plus connues des studios. L’occasion de tisser des liens entre des approches européennes contemporaines et d’autres, nourries d’histoires et de techniques plus confidentielles.

©14Septembre Mobilier national


Des objets aux références culturelles multiples

« Lorsque je suis allé au Japon, j’ai remarqué que les Japonais utilisent souvent les caisses de bouteilles pour s’asseoir dans la rue ou comme tables. L’idée des rangements KOFFR, mi-table,mi-tabouret, réalisés avec Lllast, vient de là, de ce mode de vie », explique Florent Coirier. Car au-delà des questions d’artisanat et de technique, les créations traduisent surtout un lien discret mais profond avec la culture japonaise. La manufacture Mori Seimenjo et le Studio BehaghelFoiny à l'origine d'une veste d'intérieur,d'un lit transformable en pouf et d'un plaid, ont ainsi choisi les couleurs des pièces selon les espèces de fleurs endémiques de l’île d'Izu. Un clin d’œil à la fois culturel et environnemental. Cette attention se retrouve aussi dans les travaux d’Hanako Stubbe menés avec la manufacture Domyo, dont les panneaux décoratifs muraux s’inspirent de symboles japonais tels que Taiyō, le soleil, source de vitalité ; Moss, la mousse, évoquant douceur et sérénité ; ou encore Sakura, le cerisier. Un parti-pris visuel fort, et différent de sa collaboration avec la maison familiale Maekawa Inden, où le cuir laqué est traité de manière plus sobre,invitant à l’introspection.
En complément, l'exposition invite aussi les visiteurs à aborder une autre facette tout aussi connue du Japon : ses boissons. Réalisés par les manufactures Glass-Labet Kimoto Glass Tokyo, deux styles de verres rendent, chacun à leur manière, hommage au saké et au thé par le biais de nouvelles textures et des nouvelles formes.


À noter qu'une sélection de produits issus des précédentes éditions est en vente au sein du concept store HIS, 2 rue du Renard, dans le quatrième arrondissement de Paris, jusqu'au 4 février.

©14Septembre Mobilier national
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