La manufacture Cogolin publie un livre pour ses 100 ans
A l’occasion de son 100e anniversaire, la manufacture Cogolin vient de publier début novembre aux éditions Albin Michel le livre Tapis d’artisanat d’art.
Né dans le petit village Cogolin, non-loin de St-Tropez, la manufacture Cogolin a vu le jour en 1924, et s’est depuis illustré comme un acteur fort du secteur, s’accompagnant de nombreux créateurs de renom, tels que Jules Leleu, Jean-Michel Frank, Christian Bérard, Sir David Hicks ou encore Jean Cocteau qui viendront signé des modèles aujourd’hui présents dans les archives de la marque. Sous la direction de Serge Gleizes, cet ouvrage est l’occasion de dévoiler les secrets et les coulisses de la maison, qui a habillé les intérieurs du monde entier, et qui compte bien continuer.
Maria Jeglinska a grandi entre la France et la Pologne. Après de premières expériences à Paris, elle fonde son studio à Varsovie en 2012 pour y développer des projets qui oscillent entre pratique et recherche. Tournée vers le rapport à l’espace, elle place l’humain et l’usage au cœur de son travail.
« C’est important pour moi d’avoir une partie pratique mais également un aspect de recherche plus académique. En créant mon studio, je voulais justement me laisser un espace de réflexion où je peux tout simplement développer des idées. Je pars du principe que l’humain doit être au centre, et que les objets doivent nous servir. » Formée à l’Esad de Reims puis à l’Écal de Lausanne, d’où elle sort diplômée en 2007, la designer franco-polonaise a longtemps jonglé entre la France et la Pologne. Elle travaille notamment pendant trois ans à la Galerie kreo avant de finalement fonder son studio à Varsovie en 2012.
Pour ses projets de mobilier, de scénographie et d’exposition, Maria Jeglinska accorde une grande importance à la relation que l’objet entretient avec l’espace. « On peut parler d’échelle de l’objet, mais il faut aussi prendre en compte l’espace, car un objet n’est jamais vraiment seul : il s’inscrit dans un contexte spécifique. » Une idée qu’elle explore notamment dans son projet Portable Walls, réalisé pour le musée des Arts décoratifs de Budapest. À partir d’un objet choisi dans la collection du musée – en l’occurrence, une chaise du designer hongrois Sándor Mikó –, elle imagine une série de quatre structures amovibles aux formes abstraites, déplaçables dans l’espace pour créer différentes atmosphères selon leur disposition. Une réflexion sur la place occupée par les objets dans l’espace qui l’anime depuis longtemps : « La relation de l’objet à l’espace a toujours été importante pour moi. J’ai mené de nombreux projets autour de ce lien, de ces mini-architectures qui peuvent fonctionner ensemble ou de manière indépendante. » Une démarche qu’elle poursuit dans ses scénographies, notamment à la Villa Noailles, en travaillant sur l’architecture de l’espace et ainsi placer l’objet au centre de l’attention. « On passe autant de temps à regarder une chaise qu’à s’asseoir dessus. Dans mon travail, je cherche une ergonomie aussi bien visuelle que fonctionnelle. »
Dans toutes ses collaborations, Maria Jeglinska commence par s’imprégner du contexte pour en définir le cadre. « Le contexte donne déjà des premiers éléments de réponse, mais le dessin, le geste, la main, me permettent de retranscrire mes intuitions. » En 2020, en pleine crise sanitaire, elle collabore avec l’American Hardwood Export Council, chargé de la promotion des essences de bois américaines.
Pour ce projet, réalisé avec Benchmark, elle doit concevoir une table et une chaise en temps de pandémie en utilisant trois essences différentes. « J’ai travaillé sur l’idée d’une assise pensée comme une architecture, car je crois que la première manière de définir l’espace, c’est par notre corps. J’ai imaginé une chaise avec un grand dossier enveloppant qui crée une sorte de barrière avec le reste de l’espace. » En 2022, elle conçoit le porte-manteau Ramo pour l’éditeur polonais MDD, présenté au salon Orgatec, suivi plus récemment de la collection outdoor Flaner. Partant d’un dessin instinctif, elle s’est inspirée de l’archétype de la chaise dans son usage et sa fonction, mais se démarque par des piétements originaux que l’on retrouve sur toutes les pièces de la collection.
Début 2025, à l’occasion du salon Matter and Shape à Paris, elle présentait pour la première fois sa marque GestGest, créée avec son mari. Fabriquées en éditions limitées et numérotées, les pièces sont majoritairement réalisées à la main en Pologne, en Roumanie et en République tchèque. Parmi elles, le bout de canapé Portare et la chaise aux lignes architecturales Cabana. « GestGest rend hommage à toutes les gestuelles liées au projet : dans le geste de fabrication, dans le dessin, mais aussi autour de l’utilisateur et de l’usage. »
La frugalité n’implique pas la médiocrité. Bien choisir l’objet de ses désirs, c’est aimer pour durer, durer pour aimer, préférer le savoir-faire au savoir paraître, l’excellence à la nouveauté. Dans un temps court où tout se vaut, mettant sur un pied d’égalité toute chose créée à partir de bonnes intentions, « Intramuros » célèbre, une fois de plus, le goût du beau, du bien fait et du durable.
Qu’ils soient designers, horlogers, galeristes, éditeurs ou industriels, de Jean-Marie Massaud à Lehni en passant par Richard Mille, Flos ou la galerie kreo, tous ont comme point commun l’extrême exigence, le culte de la rigueur au service de la création d’objets ludiques et utiles. Une forme de nouvelle excellence n’ayant aucun besoin de matières précieuses, lourdes ou encombrantes : elle s’exprime d’abord dans la précision, la légèreté, la circularité, l’innovation au service du l’usage, rationnel ou pas.
Ni style ni label, l’excellence ne se proclame pas, elle se pratique. À l’heure où l’image circule plus vite que les idées et où la nouveauté prend trop souvent le pas sur la valeur réelle de l’idée et de son exécution, rappeler ce que signifie réellement le savoir-faire devient un acte nécessaire, valorisant une intelligence collective qui refuse de cloisonner création et industrie, usage et poésie, éthique et audace, sobriété et ambition, désir et responsabilité.
Sommaire
Design 360
Design story
Frédéric Sofia x Kettler, radical et sensible Kann Design : sobriété audacieuse Studio Œ, matières en exploration CPRV, Le minimalisme comme bagage Sophia Taillet, au service de l’émotion
Fritsch-Durisotti, le design sans limites Keiji Takeuchi, l’art du simple et du sensé. Samuel Accoceberry Clair-obscur Adrian Bursell, cocktail scandinave
Amazing !
Thom Browne, élégance subversive Galerie kreo, designer du design Lehni, heavy metal Carré Bleu : l’excellence à la française Flos : Identités lumineuses Jean-Marie Massaud : séduire pour durer Quiet Luxury, Force tranquille
Arts sur table Matières sensibles Prix Liliane-Bettencourt : récompenser l’excellence Bottega Veneta : l’audace comme signature Steinway & Sons. Haute symphonie L’horlogerie hors des gonds Bugatti : hyperbolique
Experimenta
Laboratoire des pratiques durables Vers une nouvelle grammaire des matériaux
In the air
Technogym x Intramuros : un concours pour imaginer la Home Gym du futur Paris Déco Off et Paris Déco Home 2026 redonnent la main aux artisans Shoppe Object bouscule Paris Au Mobilier national, l’exposition anniversaire célébrait l’art de faire ensemble Rivalen, fabricants français de luminaires durables. News Agenda
Retrouvez ce numéro en kiosque mais aussi directement sur notre boutique en ligne.
Avec le MAISON PERRIER® Art Prize, Perrier crée un concours international pour soutenir et accompagner les artistes émergents en arts visuels.
Héritière d’un nom historiquement associé à la finesse des bulles, MAISON PERRIER® s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle dynamique, tournée vers la création contemporaine. Lancée en 2023–2024 comme une entité à part entière distincte de la marque Perrier, MAISON PERRIER® prolonge toutefois un dialogue de longue date entre la maison et le monde de l’art. De l’Américain touche-à-tout Andy Warhol au publicitaire français Raymond Savignac, jusqu’à Philippe Starck qui célébrait en 2023 les 160 ans de la petite bouteille verte. C’est dans cette continuité que la marque annonce la première édition du MAISON PERRIER® Art Prize, un concours imaginé pour soutenir la nouvelle scène des arts visuels, avec une attention particulière portée à la peinture et au dessin. L’occasion pour Maison Perrier d’accompagner des artistes émergents en leur offrant un soutien financier et une visibilité internationale.
Pour cette première édition, l’entreprise s’est entourée d’un jury aux profils diversifiés :
Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou à Paris
Fabrice Bousteau, critique d’art, journaliste, conservateur et rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine et du Quotidien de l’Art
Jimena Blázquez Abascal, directrice du Centro Andaluz de Arte Contemporáneo (CAAC) à Séville
Cathia Lawson-Hall, cofondatrice du Comité d’acquisition Afrique du Centre Pompidou
Thomas E. Moore III, directeur exécutif de l’American Friends of the Louvre
Un corpus présidé par l’artiste ghanéen Amoako Boafo, figure majeure de l’art contemporain et reconnu pour ses portraits monochromes réalisés au doigt. Un travail pictural qui a valu, à cet ancien étudiant de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, le prix Walter Koschatzky Art Prize.
Un prix destiné aux artistes
Ouvertes jusqu’au 31 mars à minuit, les candidatures sont destinées aux artistes âgés d’au moins 25 ans et titulaires d’un diplôme en école d’art ou d’un établissement d’enseignement supérieur en arts plastiques, arts appliqués ou design graphique. La sélection s’appuiera sur un portfolio d’œuvres originales réalisées au cours des cinq dernières années, accompagné d’un court texte présentant la pratique, les influences et les ambitions des candidats. Le lauréat de cette première édition sera désigné courant mai par Amoako Boafo. Il bénéficiera d’une résidence artistique et d’un programme de mentorat de six semaines à Accra, au Ghana, au sein de la résidence dot.ateliers fondée par l’artiste. Ce premier temps d’accompagnement se poursuivra en 2027 avec la création d’une édition limitée MAISON PERRIER®, destinée à révéler la vision du lauréat au public international. Une perspective réjouissante, qui mériterait sans aucun doute un petit verre de bulles.
Pour sa 28e édition, La Source Garouste s'est emparée du Tabouret de Jean Prouvé. Un classique de l’architecte et designer, repensé en 55 versions alternatives prochainement proposées aux enchères.
C’est un exercice auquel certains designers, créateurs de mode ou architectes sont désormais fidèles. Pour cette 28e édition, l’association La Source Garouste s’est entourée de 55 créateurs pour réinventer, tant fonctionnellement qu’esthétiquement, le Tabouret de Jean Prouvé. Icône du design offerte par la maison d’édition Vitra, la pièce devient pour l’occasion un véritable support d’expression artistique et caritatif. Une complémentarité engagée dès 1991 par le couple d’artistes Elizabeth et Gérard Garouste, afin de soutenir des actions contre l’exclusion sociale. Visibles durant trois jours, du samedi 13 au lundi 15 décembre dans l'Hôtel de l’Industrie, place Saint-Germain-des-Prés à Paris, les pièces seront vendues aux enchères à partir de 500 euros. La vente, qui se déroulera le lundi à 20 heures, sera accessible sur place et via Piasa Live et Drouot.com. En guise d’avant-goût, la rédaction d’Intramuros a sélectionné cinq pièces coup de cœur.
Pierre Bonnefille
« J’ai choisi de travailler sur deux pièces en partie et contrepartie. Lorsqu’on les regarde, ce sont deux tabourets qui retranscrivent une part de mon univers, à la fois temporel et matiériste. On peut d’ailleurs voir un lien entre ma proposition et la philosophie de Jean Prouvé par la symbolique du temps, la pérennité. En effet, j’ai imaginé une relation temporelle en laissant la partie laquée originale opposée à une intervention très visuelle réalisée à base de carbone et d’oxyde de fer. Malgré ce contraste, le design final de ma création est une recherche d'équilibre, une conversation avec le temps… »
« Pour ma galerie à New York, j’ai fabriqué des guéridons qui comportent un piètement à base carrée avec un plateau rond, comme une pièce d’échec. C’était donc une évidence pour moi de réaliser un guéridon à partir du tabouret Prouvé. Pour qu'il fasse entièrement partie de mon univers, tous les éléments ajoutés sont en céramique et ont été fabriqués dans mon atelier, à Nogent-sur-Marne. Le plateau et les boules sont des éléments que j’ai repris de mes créations passées, et le tout est recouvert de motifs de couleurs vives travaillées comme une peinture. Outre le fait que ce guéridon devienne une pièce de mobilier unique et vivante, j’aime la notion de contraste qui s’en dégage, entre le froid, la sagesse de la pièce initiale, et la chaleur, la vivacité des couleurs de mes ajouts. Si Jean Prouvé a su mêler l’artisanat et l’industrie pour adapter son travail fonctionnellement et ergonomiquement, je suis loin de toutes ces préoccupations. Je pense les objets comme des pièces uniques, à la limite de l’utilitaire. Ma réinterprétation habille le tabouret sans l’abîmer. Les deux éléments que sont le plateau et la lampe sont liées,alors que l’œuvre de Jean Prouvé reste totalement indépendante. J'ai appelé ma création "Cartes sur table", comme un livre d’Agatha Christie car ce guéridon pourrait faire partie d'un décor intrigant, ponctué d'objets de différentes origines. »
« Jean Prouvé est au cœur de mon travail. Sa philosophie m’a inspiréedès mes études à l’ENSCI–Les Ateliers oùla cour de l’école porte d'ailleurs son nom. Au premier abord, j’étais donc très impressionné par cette pièce très iconique, mais je ne voulais pas trop me limiter. En l’examinant de plus près et en la démontant, j’ai compris très clairement sa structure. Ma démarche a été de la détourner tout en respectant son essence et son intégrité. Pour cela, j'ai voulu évoquer les années 60 et l'imaginaire américain, c'est-à-dire les structures métalliques au bord des routes et ce moulin en métal des westerns. Ces éléments font écho à Prouvé et à l’esprit de cette époque. Je me suis d'ailleurs inspiré d’une chanson de Michel Legrand écrite en 1968, date connue pour son changement de cycle de la société, qui ouvre le film "L’Affaire Thomas Crown". Même si le design n’est pas initialement pensé pour des pièces uniques, cette œuvre rappelle l’importance de la poésie et le pont avec les objets du quotidien. Je crois que c’est avant tout une sensibilité que j’ai voulu partager. Et pour cela, quoi de mieux que de rajouter des ailes pour que l'objet s’envole et une lampe pour qu’il éclaire ? Je me suis fait aider d’Estampille 52 pour le bois, de Maud Ruby pour les plumes. Le reste, c'est du remploi que j’ai trouvé dans mon atelier. En voyant la création finale, certaines personnes évoquent Jean Tinguely. Je suis passionné par ces pièces cinétiques, qui nous invitent à regarder et qui nous permettent de rêver. Les moulins sont des objets fascinants dont les mouvements induits par le vent restent toujours hypnotisants. Cette création est avant tout une pièce de fascination. »
« Notre proposition est un clin d’œil facétieux à l’héritage de Jean Prouvé. Nous aimons détourner les codes et raconter des histoires avec chacun de nos projets. Et pour celui-ci, le propos étant de créer une pièce unique, nous voulions que les codes industriels de Prouvé rencontrent un savoir-faire artisanal d’exception. Cette pièce ayant suscité notre curiosité, l’assemblage du piètement s’est très vite imposé à nos yeux comme un indice, une invitation à ouvrir l’objet en deux. En le déployant selon son axe, le tabouret s’est offert tel un éventail métallique, révélant en son cœur une tôle polie miroir à l'aspect sensible. Cette approche était une manière de révéler un champ des possibles vraiment intrigant, mais c’était aussi un clin d’œil à la tôle pliée, si chère au designer, qui ici semble consubstantielle à l'objet. »
« Avec "Main de fer, gant de velours", réalisé avec VLD Paris, L’Atelier des Étoffes et Dedar, nous avons voulu confronter la rigueur du Tabouret original de Jean Prouvé à un geste plus instinctif. L’objet originel, pensé avec une logique quasi industrielle, est fonctionnel, précis, mais aussi froid et rigide. Nous avons choisi d’y introduire une faille. Les incisions du métal ne sont pas de simples blessures, ce sont des gestes assumés, proches des entailles de Lucio Fontana, qui ouvrent un espace, une dimension plus expressive. En décapant la laque d’usine, nous avons révélé le métal nu, brut, avec ses variations et ses imperfections. Cependant, l’assise en velours de mohair offre un contrepoint calme, une douceur assumée. La pièce naît de cette tension. Elle reflète notre manière de conjuguer rationalité et émotion, en conservant la précision du plan initial de Jean Prouvé, et en apportant une poésie liée aux matières. C’est une question d’équilibre, de justesse. En mettant à nu le métal, il y avait également une forme de sincérité de la matière, une solidité évidente caractéristique. Détériorer la matière était une forme d’hommage passant par la confrontation. Ayant grandi au Liban, au milieu d’immeubles éventrés par la guerre, j’ai appris très tôt à reconnaître la beauté dans la blessure, dans ce qui reste debout malgré tout. "Main de fer, gant de velours" en garde l'empreinte. C'est une structure éprouvée, mais jamais effondrée. Le velours n’efface pas ces traces, il apporte une respiration, une douceur. »