Fruit d'une première collaboration entre le studio Panter&Tourron et Vitra, l'Anagram sofa offre une modularité astucieuse en accord avec son époque.
Fondé il y a dix ans, le studio Panter&Tourron marque avec l'Anagram sofa un grand coup dans l'univers créatif de Vitra. Pour leur première collaboration avec la marque suisse, Stefano Panterotto et Alexis Tourron livrent une assise entièrement convertible permettant d'évoluer du canapé classique au confident en passant par des configurations plus originales, le tout par de simples clics. Une offre qui pérennise par son principe fonctionnel cette pièce de mobilier depuis bien longtemps centrale dans nos espaces de vie.
Lorsque Vitra se présente aux designers il y quatre ans, c'est avec une demande bien spécifique : comment fabriquer un canapé qui fonctionne presque comme un pont entre le moment présent et une situation de vie dans les 30 prochaines années ? « C'est de cette question qu'est née assez rapidement l'idée de modularité autour d'une plateforme flexible » explique le duo diplômé de l'École cantonale d'art de Lausanne (ECAL), jusqu'alors plutôt tourné vers l'univers de la tech et de la mode avec des collaborations pour Airbnb ou Balmain.
Sensible aux évolutions sociétales et sociales dans l'habitat et le meuble – où il fera ses premiers pas en 2019 avec Stefano Panterotto pour la présentation du luminaire Tense à Milan - Alexis Tourron explique avoir conçu le projet autour d'un îlot qui puisse être appréhendé de tous les côtés. « À l'époque, le point principal du salon était la cheminée, puis ça a été la télé. Elle s'est ensuite mise à être mobile et il n'y a plus réellement d'élément directionnel. Il fallait donc créer un système qui puisse s'adapter très simplement selon les circonstances. » C'est dans cette optique que les deux créateurs ont inventé un dossier/accoudoir - et une tablette - muni de deux pinces pour se greffer à l'assise. Prenant appui sur la base métallique, l'astucieux système pouvant soutenir jusqu’à jusqu'à 300kg, est entièrement dissimulé par la forme du module qui descend légèrement plus bas que le piètement disponible en blanc, noir et bordeaux. S'il a été dessiné « pour performer seul » explique Stephano Penterotto, « il est également en accord avec la notion de coliving qui sera amené à être de plus en plus présente. » En effet, un second système permet à chaque plateforme de s'assembler avec une ou plusieurs autres quelles que soient leurs tailles (165x110cm, 180x90 et 220x90). Une manière de transformer chaque îlot individuel en zone de vie commune. Son système de sangles ajustables sous l'assise permet aussi d'adapter l'objet à son usage. « On ne reçoit plus comme le faisaient nos grands-parents de manière très formelle. Le canapé est aujourd'hui devenu un lieu d'échange y compris avec son patron. » Une analyse dont résulte un ensemble s'apparentant plus à un assortiment de possibilités qu'à un meuble classique.
Durable par son fonctionnalisme, l'Anagram l'est autant par sa conception entre le Danemark et l'Italie. Sur une base en aluminium 80% recyclé, les housses sont disponibles dans de nouveaux tissus constitués à 100% de laine vierge de haute qualité ou de polyester intégralement recyclé. « Une volonté de marquer un engagement environnemental avec des modules en matières uniques de sorte à simplifier la filière de recyclage » explique le studio qui précise cependant la présence d'une couche de polyuréthane pour maintenir une bonne assise. « Nous l'avons encapsulé et zippée afin de pouvoir à terme la remplacer par une matière moins polluante ». À l'intérieur des housses, une mousse en PET recyclé et testée sur le long terme, assure à l'assise de ne pas perdre de confort grâce à des fibres étudiées pour ne pas casser. La partie supérieure du sofa repose sur des sangles tissées en PET recyclé. Ni collée ni agrafée, chacune est coincée dans un rail afin de pouvoir les changer en cas de rupture. Un développement qui favorise le changement et l'évolution à l'image de son principe, la modularité, et qui offre à l'Anagram sofa, des possibilités à la hauteur de son nom.
Jusqu’au 3 octobre, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente l’exposition « Multiples ». Un éventail de projets célébrant le design industriel et les nouveaux rapports entre designers et industries.
À l’heure du bilan de la Paris Design Week de septembre, un constat s’impose : le collectible semble régner en maître. Pourtant, le bien que moins instagrammable design industriel n’a pas disparu. Pour réaffirmer son existence, et en guise de contre-pied à la tendance, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente « Multiples ». Imaginée comme un retour aux fondamentaux, l’exposition n’est pas « un état des lieux du secteur », mais entend « brosser un panorama de recherches et de textures autour de la production en série », explique Frédéric Bouchet, directeur adjoint de l’institution. Cette diversité est réaffirmée par l’intermédiaire de treize studios dont les objets utilitaires et esthétiques célèbrent la production. À travers cette dernière, ce n'est pas l'idée de créer pour créer qui est valorisée, mais l'intelligence de systèmes réplicables et viables.
Un nouveau rapport à l’industrie, mais une même idée du design
Si le secteur connaît « un changement d’état », c'est en partie par le bouleversement qui s'est opéré au niveau de la production industrielle. « Le rapport à l’industrie a complètement changé et demande au designer de modifier sa posture, d’être moins attentiste vis-à-vis de la production. Il est désormais amené à s’emparer lui-même des processus ou à détourner des moyens de production pour pouvoir s’inscrire dans l’auto-édition », analyse Frédéric Bouchet. De nouveaux chemins de traverse qui poussent certains designers à s’interroger sur les enjeux liés aux ressources et à la manière dont la matière exploitée entre au service de l’usage. « Il me semble que cette préoccupation s’ancre de plus en plus dans un tissu local, à l’image du travail de Jules Levasseur. Il a amené une entreprise de Bourgogne, où il est installé, à s’intéresser à son projet et, ensemble, ils ont développé le Projet S, réalisé à partir de tôles ondulées. L’enjeu pour lui est aujourd’hui de canaliser la production à son échelle pour sortir le juste nombre de pièces de mobilier. » Mais outre le défi d’adaptabilité économique se pose celui de la réinterprétation formelle et technique. « Comment ne pas rester inféodé à l’édition ? Comment emporter l’industrie locale sur un territoire qui m’est propre tout en générant de la valeur ? Ce sont les deux grandes questions qui transparaissent dans l’exposition, notamment avec le travail de Lila Guédin qui a travaillé des techniques d’assemblage issues de l’industrie pour créer des chaises, ou qui Nicolas Verschaeve qui utilise des manches à outils pour créer de petits objets d’intérieur comme des patères et des porte-manteaux. » Ces captations et réinterprétations de matrices industrielles préexistantes ouvrent de nouvelles portes esthétiques ou techniques. Qu’ils soient édités ou non, les projets sélectionnés par Lucien Icard et Kevin Lebouvier, commissaires de l’exposition et exposants, portent autant d’éclairages différents sur ces nouveaux rapports à l’industrie, favorisant « une certaine épure stylistique d’abord basée sur l’assemblage ».
Une exposition à découvrir au Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris, jusqu’au 3 octobre.
Depuis 1993, les Grands Prix de la Création de la Ville de Parisaccompagnent les nouvelles générations de créateurs et créatrices dans lesdomaines de la mode, du design et des métiers d’art. Voici les huit lauréats decette 33e édition.
Créés il y a trente-trois ans, les Grands Prix de la Création s’inscrivent dans la politique de soutien de la Ville de Paris aux secteurs de la mode, du design et des métiers d’art. Organisés par le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art (BDMMA), ils récompensent cette année huit professionnels, chacun bénéficiant d’une dotation de 18 000 euros. Une goutte d’eau au regard des 350 candidatures reçues par les jurys, présidés cette année par Ionna Vautrin pour le design, Lisa Gachet pour la mode et Jeremy Maxwell Wintrebert pour les métiers d’art.
Prix Révélation Design : behagelfoiny
Antoine Behaghel et Alexis Foiny se rencontrent lors de leurs études aux Arts Déco. Peu à peu, inspirés par le ready-made, ils développent des projets autour de l’exploration des matériaux à leur disposition. Une démarche qui les conduit à fonder leur studio en 2020, autour d’une pratique inspirée desnéo-artisanats. « Nous sommes un point de connexion entre différents corps demétier, ce qui nous permet de nous réapproprier la création et la productiond’objets en mettant en place des manières de faire inédites. C’est notre ADN, même si nous étendons nos expertises à d’autres domaines comme la scénographie.Cette approche nous conduit à répondre à des problématiques liées à lasensibilisation à l’écologie et à l’enfance. » Une démarche qui a déjà attiré l’attention de galeries et d’institutions, comme Le French Design, qui les a intégrés à son palmarès FD100, ou le Mobilier national, qui a acquis leur bibliothèque Alupié en 2026.
Représentés par la galerie Signé, rue Jacob à Paris, Marie et Alexandre présentent actuellement "Under Pressure", une exposition d’objets mis en forme par pression. Un projet qui résume en quelque sorte leur travail, entamé il y a cinq ans après une rencontre à la Villa Noailles, lors de la Design Parade. Marie, passée par la HEAD de Genève et l’ECAL à Lausanne, et Alexandre, formé à l’ENSCI – Les Ateliers puis au California College of the Arts à San Francisco lors d’un échange universitaire, partagent une curiosité pour les savoir-faire qui les pousse à adopter une pratique itinérante. Entre visites d’usines et expérimentations sur le terrain, le duo collabore notamment avec Glas Italia, Dryade et Petite Friture. « Nos créations pour les galeries nous permettent de mener une recherche libre sur laquelle nous nous appuyons pour passer à des projets plus industriels. »
Coudre. Une activité qui occupe l’esprit d’Anthony Calydon depuis douze ans. Il commence par confectionner ses propres vêtements, fait un passage éclair à ESMOD, puis décide de poursuivre en autodidacte. Sa carrière débute doucement grâce à Instagram. En parallèle de son activité auprès d’artistes qu’il habille, il travaille comme modéliste pour des griffes émergentes. Mais pas question d’aller trop vite tant qu’il n’a pas trouvé son style, celui qui sera reconnaissable au premier coup d’œil. « J’ai toujours été inspiré par les designers japonais. J’avais envie de proposer quelque chose de fort, sans logo.Qu’on se dise en voyant mes pièces : ça, c’est Anthony Calydon. Et, peu à peu, j’ai fait du bord-côte et de la couture surjet ma signature. » Un univers et un travail ancrés dans leur époque, portés par une grande attention aux savoir-faire.
Ingénieure chimiste à l’INSA, puis titulaire d’un master à HEC, Samia Boukbir passe cinq ans dans le marketing et le développement international du maquillage avant de rejoindre un collectif consacré à la mode upcyclée. Son parcours professionnel se mue alors en voyage. « En 2016, je suis allée à Cuba et ma vie professionnelle a basculé, se souvient Samia Boukbir. J’ai découvert une société qui était entièrement basée sur la récupération, moi qui étais depuis presque sept ans dans l’industrie chez L’Oréal et Dior. Cela m’a poussée à me questionner. Quand je suis rentrée, j’ai quitté mon poste… et j’ai atterri aux Puces de Saint-Ouen ! » C’est dans ce berceau historique de l’économie circulaire à Paris que Samia installe Collectivo, officiellement lancé en 2022. Le collectif a depuis collaboré avec 22 designers. Chaque nouvelle collection est l’occasion d’ouvrir ce cercle à de nouveaux talents grâce à des appels à projets. « Tout part de nos sélections de matières à upcycler : c’est autour d’elles que nous construisons les plans de nos trois collections, autour de l’officewear réinventé, du sport et de l’innovation. »
L’histoire commence par l’achat d’un énorme sac orange. Un premier achat à l’origine d’un déclic. « C’était un acte d’émancipation. Pour mon papa, le sac était l’objet interdit pour un homme. Or, moi, il me fascinait ! » Il faudra cependant attendre un peu avant que Luca Colosimo ne se consacre à cet accessoire. Après des études en modélisme industriel pour le prêt-à-porter, qu’il déteste, une bourse qui lui permet de se former au prototypage en maroquinerie et des expériences chez Gucci, Isabel Marant et Paco Rabanne, il connaît, en 2020, une prise de conscience. Il lance alors sa propre griffe, à laquelle il attribue la date de naissance de son père : 10.03.53. De là naissent des créations sensuelles aux formes plutôt classiques, avec un intérêt particulier pour les matériaux innovants. « Aujourd’hui, nous faisons des sacs en papier, en béton armé, en cuir non traité… Nous nous amusons ! »
Prix Accessoires Bijoux Mode : Sarah Madeleine Bru
Formée dans une école de design à Nantes, Sarah Madeleine Bru comprend très vite qu’elle est passionnée par l’artisanat. Elle multiplie les stages et les missions en freelance alors qu’elle est encore étudiante, avant d’intégrer laCreative Academy, l’école du groupe Richemont basée à Milan, qui forme au design dans les secteurs de la joaillerie, de l’horlogerie et des accessoires. «Cela m’a permis d’intégrer la marque Dunhill, méconnue en France, mais qui est un peu comme Hermès pour homme. » Elle y reste un an, à l’époque où Kim Jonesen est le directeur artistique, avant d’être repérée par Louis Vuitton. Puis,en 2012, elle se lance en solo. « Au début, je vendais mes bijoux en argentessentiellement à mes amies. Puis j’ai eu de la presse, j’ai été identifiée etj’ai fait évoluer mes créations. Aujourd’hui, la haute joaillerie et les commandes spéciales ont pris le dessus. »
Sculptrice, bronzière et joaillière, Chloé Valorso découvre la technique de la fonte à cire perdue lors de ses études à Londres, à Central Saint Martins puis au Royal College of Art. « J’ai voulu apprendre la technique de A à Z.Normalement, les artistes vont chez des fondeurs extérieurs ou apprennent à réaliser quelques étapes. Je voulais tout maîtriser pour pouvoir innover. » Inspirée par les séminaires d’anthropologie, les ouvrages sur le nouveau matérialisme et l’éco-féminisme, la créatrice travaille par collages, donnant naissance à des objets proches de « cadavres exquis d’histoires, de mythologies », ouverts sur l’imaginaire. « Je travaille la plupart du temps à partir de matériaux imprégnés du vivant : des mues de serpents transmutées en bronze, des fleurs que j’immortalise grâce à une technique de fonte directe que j’ai développée.Je viens de réaliser des bougeoirs, associations de racines, de vertèbres de serpents et de fleurs récupérées dans les jardins parisiens. »
Prix Engagement Métiers d’art : Les Ateliers Victor Bert
Donner de la visibilité à un métier en voie de disparition : voici ce qui a poussé Victor Bert, peintre en lettres, à participer aux Grands Prix de la Création de la Ville de Paris. Fasciné depuis toujours par les monuments historiques, Victor suit une formation de tailleur de pierre à Amiens. C’est là qu’il découvre la gravure sur pierre et se prend rapidement de passion pour la lettre. Son CAP en poche, il s’installe à Paris, travaille tout en complétant son cursus par des cours de typographie et de calligraphie. « J’ai toujours su que la lettre dépassait la taille de pierre, qu’il fallait explorer une multitude de supports. Je n’ai ainsi jamais cessé d’enrichir ma pratique. C’est comme cela que j’ai découvert, en 2015, un documentaire sur la peinture en lettres américaine et que j’ai décidé de m’y mettre. »
Pensée par Thierry Dreyfus pour DCW éditions, la collection Seagull s’agrandit avec une nouvelle suspension de 160 cm. Un changement d’échelle qui conserve le principe fondateur du luminaire : donner à voir la lumière plutôt que la lampe.
Faire de la lumière une présence sans laisser le luminaire s’imposer dans l’espace : c’est le parti pris de Seagull, imaginée par Thierry Dreyfus. Pour la dessiner, le designer s’est inspiré du Johnson Wax Building de Frank Lloyd Wright, construit à la fin des années 1930, dont les tubes de verre diffusent la lumière extérieure vers l’intérieur. Une sensation que Thierry Dreyfus transpose à l’échelle domestique à travers une succession de tubes lumineux disposés horizontalement, dans une composition aux accents Art déco.
Suspension Seagull, design : Thierry Dreyfus
Nouvelles proportions, nouvelles possibilités
Déjà proposée dans une version de 120 cm, Seagull se décline désormais dans un format de 160 cm, pensé pour accompagner des tables plus grandes. Suspendu idéalement entre 80 cm et 1 m au-dessus du plateau, le luminaire étire la lumière plutôt que de la concentrer, dessinant un « toit de lumière », pour reprendre les mots de Frédéric Winkler, président et fondateur de DCW éditions Une nouvelle échelle qui ouvre également Seagull à d’autres usages car plus qu’un simple point lumineux, la suspension peut devenir un véritable trait dans l’espace, capable d’accompagner l’architecture et de guider le regard. Une approche qui prolonge les recherches de Thierry Dreyfus, connu pour ses installations lumineuses et ses collaborations avec Comme des Garçons, Raf Simons ou encore Peter Marino. L’objectif étant de mettre la lumière en scène, ici dans une version pensée pour le quotidien.
À l’occasion de la Paris Design Week, et jusqu’au 27 septembre, l’Hôtel de la Marine accueille une Méhari. Un véhicule hybride à l’allure lunaire, imaginé par Maison Lacmé comme un hommage aux métiers d’art.
Si l’Hôtel de la Marine s’est imposé comme l’un des lieux importants de la Paris Design Week, le choix audacieux de cette année a de quoi surprendre. Une drôle de voiture, stationnée en plein cœur de la cour et dont le compteur, tout juste sorti de l’atelier, semble déjà bloqué sur 40 075 kilomètres. Un problème ? Non, un indice. Car derrière ce profil que l’on connaît tous, celui de la Méhari produite par Citroën, se cache un véritable manifeste de design et un hommage aux métiers d’art.
Derrière ce projet se cachent Cécile et Antoine Tauvel, à l’origine de Maison Lacmé, fondée il y a deux ans. Leur objectif : créer des œuvres fonctionnelles à partir d’objets du quotidien. Une ambition qui a poussé les deux passionnés de voitures anciennes à s’intéresser au potentiel de laMéhari. « Pour beaucoup de Français, elle évoque les années 60 ou des souvenirs de vacances en bord de mer. Mais pour moi c’était aussi l’aspect lunaire qui me parlait et me rappelait les couvertures de certains albums de Tintin. Donc notre rôle était de révéler la symbolique et la rêverie déjà existantes »,explique Antoine Tauvel. Alors le couple imagine le cadre. Ce sera un doré, en écho aux arts décoratifs français et à l’histoire de l’art, apposé par touches sur un châssis transparent. « Ce qui nous semblait intéressant, c’était de faire naître un certain équilibre entre l’industrie et l’artisanat d’art en jouant sur les contrastes. » Une recherche esthétique menée avec un industriel français pour repenser la composition du polymère et éviter le jaunissement du châssis sur lequel une couche de céramique transparente a ensuite été appliquée. « L’enjeu était de muer cette typologie purement industrielle en objet d’art sans lui donner le statut d’objet de luxe. Il fallait donc d’abord susciter une curiosité formelle pour ensuite amener le regard sur les petits éléments », détaille Cécile Tauvel. Une quête de narration où l’automobile véhicule l’imaginaire.
Qui a dit qu’un enjoliveur et une lampe, ou encore un logo automobile et une broche, n’appartenaient pas aux mêmes mondes ? Certainement pas Maison Lacmé dont l’ambivalence des objets se trouve au cœur du projet.Chacun des douze éléments réalisés par des artisans d’art possède en effet une fonction pratique. « Cette voiture est un cheval de Troie, un cabinet de curiosités mobile qui recèle des choses en son sein », résume Antoine Tauvel à l’origine de ces doubles fonctions. « Cette idée est centrale. Nous avons réalisé tous les dessins préparatoires et les choix esthétiques en interne puis nous les avons présentés aux artisans. » Dès lors, le projet devient collaboratif et les esquisses sont ajustées dans un souci de cohérence esthétique. Le volant travaillé à partir de bois flotté et la sellerie brodéede coquillages ouvrent un horizon maritime, là où le compteur en marqueterie de plumes — bloqué sur la circonférence de la Terre — peut être extrait et utilisécomme horloge de bureau. Au-delà de l’usage, les techniques utilisées rappellent celles des grandes heures de l’art décoratif français. Parmi elles,la technique du trompe-l’œil mise en pratique pour remplacer les enjoliveurs en pierre par des versions peintes lorsque le véhicule roule.
Véritable « outil de déplacement poétique », la méhari de Maison Lacmé fait escale jusqu’au dimanche 4 octobre dans la cour de l’Hôtel de la Marine.