Le Monde selon Snøhetta

Le Monde selon Snøhetta

Au 67-69 avenue Pierre Mendès-France, dans le 13e arrondissement à Paris, s’élève un bâtiment spectaculaire conçu par l’agence d’architecture norvégienne Snøhetta où le groupe Le Monde réunit tous ses titres… un signe économique fort, à l’heure de la digitalisation de la presse et du télétravail.

Le nouveau siège du Monde est avant tout le résultat d’une collaboration hors pair entre deux hommes, Louis Dreyfus, le président du directoire du groupe, et Kjetil Thorsen, cofondateur de l’agence Snøhetta aussi connue pour la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie, la construction de l’Opéra d’Oslo ou la conception du pavillon du September 11 Memorial Museum à Ground Zero. Le bâtiment a remporté le Grand Prix SIMI 2020, dans la catégorie « immeuble neuf de bureaux de plus de 10 000 m2 ». Le Monde, Courrier International, Télérama, La Vie, Le HuffPost cohabitent dorénavant sur un même site, dans un bâtiment HQE, en compagnie de L’Obs, dans des locaux savamment aménagés et équipés de mobilier qui respecte toutes les nouvelles contraintes de la réglementation européenne : bilan carbone au plus bas et empreinte zéro déchet.

L’humain tient le premier rôle

Ce n’est pas la première fois que Le Monde déménage et à chaque fois, c’est une aventure exceptionnelle à manager avec doigté. Du boulevard des Italiens, à la rue Falguière, au boulevard Auguste Blanqui et aujourd’hui à l’avenue Pierre Mendès-France, Le Monde a toujours su choisir des architectes de renom : Le Baron Haussmann, Pierre du Besset et Dominique Lyon, Christian de Porzamparc… Pour ce nouveau défi, c’est l’agence Snøhetta qui a été retenue, et qui a travaillé en étroite collaboration avec SRA Architectes.

© Jared Chulski

Le projet qui était en cours depuis six ans a enfin vu le jour en 2020 dans Paris intramuros, grâce également à la volonté du maire du 13e arrondissement, Jérôme Coumet. Le bâtiment, par sa grande arche, assure ainsi une liaison entre deux espaces difficiles du quartier, les quais de Seine et les quais de la gare d’Austerlitz. La façade de verre aux reflets parcellaires laisse sans voix le visiteur.

Dans l’espace d’accueil, de grands escaliers signatures lient les premiers étages du bâtiment. Dans la salle de conférence de rédaction, unique en son genre, des escaliers en colimaçon font communiquer les deux étages de la rédaction. C’est là que l’agence a su créer et matérialiser le cœur du journal Le Monde, où naissent ses contenus et ses analyses : dans un puits ouvert entre le 4e et le 5e étage on trouve une agora pour journalistes où l’humain tient le premier rôle. Pour la première fois le cerveau d’un journal se matérialise dans l’espace.

© Jared Chulski

© Jared Chulski

Sur le toit, des terrasses accueillantes surplombent la Seine et Paris et permet aux collaborateurs du Monde de se retrouver. C’est un espace ouvert à tous.

Les agences SK § Associés et Archimage se sont chargées des espaces communs sur les sept étages, terrasse, cafeteria, restaurant… et de l’auditorium de 200 places. Un travail qui a consisté à trouver un dialogue avec les lignes architecturales et les matières utilisées par Snøhetta tout en exprimant un projet personnel. Pour des utilisateurs déjà aguerris à l’exercice de la communication, il fallait introduire dans l’auditorium une notion d’originalité. Un grand plateau de scène accompagné d’un gradinage confortable permet de rapprocher physiquement les spectateurs et offre la possibilité de spectacles acoustiques avec une grande souplesse d’adaptation à des scénographies visuelles, sonores ou vivantes différentes. Les fauteuils de l’auditorium sont signés Figueras.

Un signal fort

Louis Dreyfus n’a pas manqué de rappeler que le désir de Pierre Bergé, précédemment actionnaire du Monde, avait toujours été de privilégier l’espace de travail. Le choix d’un nouveau bâtiment est un signal économique fort, à l’époque de la digitalisation de la presse et de la généralisation du télétravail. Ces choix stratégiques et ces investissements en infrastructure démontrent une volonté du groupe de se doter d’un outil de travail à la fois beau et performant, favorisant l’émulation et qui fait du Monde une référence incontestable dans la profession.

© Jared Chulski

Avec la construction de ce bâtiment, le signe est donné de la capacité de tout un chacun de rester connecté les uns avec les autres, au sein d’un groupe dynamique et ambitieux. Le Monde vise 460 000 abonnés numériques fin 2021 (contenus et services) après avoir affiché une progression de 60% en atteignant 364 000 fin 2020. Un record.
Lors des prochaines visites, ne pas oublier de s’incliner devant le petit bureau d’Hubert Beuve-Mery calé sur le grand escalier. Un bureau collector d’un homme visionnaire qui n’avait pas hésité à défendre sa politique de développement du journal en pleine Espagne franquiste d’après-guerre lors d’une conférence à l’Université de Navarre en 1967. En deux ans, il avait réussi à doubler la diffusion du Monde. Louis Dreyfus est dans sa parfaite trajectoire.


Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
20/4/2026
Le Design Défilé met en lumière les enjeux de demain

Porté par le French Living in Motion, le Design Défilé, scénographié par l’agence JAKOB+MACFARLANE, met en avant 53 créations françaises illustrant chacune les défis auxquels le secteur du meuble doit aujourd’hui faire face. L’événement réunit ainsi, autour d’une ambition commune, des marques et des maisons engagées en faveur du made in France et de la durabilité.

Au cœur de Brera se tient un défilé pas comme les autres. Initié par le French Living in Motion, l’événement regroupe, jusqu’au 26 avril, 53 créations françaises, dont 38 pièces de mobilier. Parmi elles, 28 marques se mobilisent pour défendre un ensemble ancré dans les enjeux contemporains de durabilité. « Derrière l'appellation French Living, il faut bien comprendre que c’est une alliance entre l’ameublement français qui regroupe plusieurs marques pour les accompagner dans la mutation de la société, et le french design qui a pour vocation d’impulser l’innovation dans le secteur du meuble par le prisme du design. En d’autres termes, cette union, initiée en 2024, a pour vocation de faire rayonner le meuble français durablement. Et c’est tout le sens d’« In Motion » qui incarne cet esprit de dynamisme », explique Catherine Vereecke, directrice de la communication et des marchés pour l’Ameublement français.

©MOFO_Francesca Zama


Le collectif a ainsi puisé dans un large éventail de PME et d’ETI, actives aussi bien dans l’hôtellerie que dans le résidentiel. La sélection se déploie en deux espaces. Pensé comme un premier aperçu de la création design, le French Design présente 15 pièces de mobilier, indoor et outdoor, signées notamment par Andrée Putman, Elliott Barnes ou OUD Architecture, et éditées par des fabricants français tels qu’Airborne, Atelier Sumbiosis, Maison Pouenat ou Siegeair. Cette sélection est complétée par une seconde, mettant en lumière 13 maisons françaises, patrimoniales ou contemporaines, chacune présentant trois pièces emblématiques de son identité. Une manière, pour des maisons comme Franck Genser, Mercœur Édition ou Sokoa, d’exposer l’étendue de leurs savoir-faire et la créativité qui les caractérise. Selon Catherine Vereecke, « au-delà de la dimension patrimoniale, cette sélection a surtout été pensée pour envisager le mobilier comme une création en mouvement, en lien avec le corps, le geste et le temps ».

©MOFO_Francesca Zama


Une scénographie à la mode

Véritable fil conducteur de l’événement, la durabilité des pièces, tout autant que celle des entreprises et de leurs process, a incité les initiateurs de ce projet à faire de nouveau appel à l'agence JAKOB+MACFARLANE. Après avoir déjà collaboré à de nombreuses reprises avec le French Design, l’agence réinterprète cette fois-ci les codes de la mode. Reprenant l’idée d’un podium réalisé en bouleau et jouant avec la lumière, le duo s’est aussi et surtout penché sur la notion fondamentale du collectif : le mouvement. « L’idée qui nous a guidé pour cette scénographie était la volonté d’interroger le design. Comment les gens le perçoivent-ils, qu’en retiennent-ils, qu’en attendent-ils dans un monde complexe de polycrise ? Mais l’enjeu était également celui de l’évolution. » Considérant que le mobilier est bien plus que fonctionnel et qu’il influe également sur le lieu, les designers ont imaginé mettre en scène le pouvoir des meubles sur l’espace et sur l’homme. Le visiteur est ainsi invité à cheminer le long du podium, qui traverse l’espace de la cour extérieure vers l’intérieur. « Ici, rien n’est cloisonné. L’idée est de vivre le lieu au gré des éléments, en laissant libre cours à l’expression des savoir-faire. » Une manière de faire dialoguer les pièces et les savoir-faire, dont certains n’ont pas évolué depuis le XVIIIe siècle, mais qui se retrouvent aujourd’hui plus que jamais sous les projecteurs, à une époque où le sourcing local importe tout autant, sinon plus, que le geste traditionnel.

©MOFO_Francesca Zama
Temps de lecture
17/4/2026
Creative Call « Unica-Menta / Back to the 80’s » : les candidatures sont ouvertes !

Pour célébrer les 40 ans de son produit Unica, la marque de fitness Technogym s’associe au magazine Intramuros et lance « UNICA-MENTE | Back to the 80s », un Creative Call invitant designers et architectes à imaginer des espaces de bien-être immersifs, entre héritage des années 80 et visions contemporaines. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 29 mai.

Pensé comme une expérience globale, le wellness dépasse aujourd’hui le simple fitness pour intégrer repos, santé mentale, nutrition et lien social. Le concours « UNICA-MENTE | Back to the 80s » propose ainsi de concevoir un espace de bien-être hôtelier où l’architecture devient un catalyseur de sensations. Inspirés par les années 80 et l’univers d’Unica, les projets devront traduire une approche sensorielle du design, à travers la lumière, les matériaux, le végétal, le son et l’atmosphère. Au total, cinq axes devront structurer les propositions : le mouvement, la récupération, le bien-être mental, le social et de manière optionnelle, la nutrition.

Un Creative Call en plusieurs étapes clés

Après le lancement officiel des candidatures à la mi-avril, les projets sont attendus au plus tard le 29 mai. Ces derniers seront ensuite soumis à un jury de professionnels du secteur - dont les noms seront dévoilés prochainement -, qui désigneront les lauréats le 5 juin. La remise des prix est ensuite attendue le 18 ou 19 juin prochain. Tous les projets seront évalués sur leur créativité, leur faisabilité, leur qualité de présentation et leur impact global.

Récompenses et visibilité

Le ou la lauréat(e) bénéficiera d’une mise en avant dans le magazine Intramuros et recevra des produits Technogym. Les dix meilleurs projets seront également exposés à Paris. Les trois premiers lauréats remporteront également un séjour de trois jours au Technogym Village, en Italie, avec une immersion au cœur des équipes design.

Modalités de participation  

Pour participer au Creative Call,, les candidats devront envoyer une présentation de 5 à 10 pages (format A3) de leur projet/concept accompagné d’une affiche d’exposition (format A1). Les projets seront à déposer via une plateforme dédiée.

Retrouvez toutes les informations et modalités du creative call ICI.

Temps de lecture
17/4/2026
RIMOWA x Lehni : vers une nouvelle contrée

À l’occasion de la Milan Design Week 2026, RIMOWA et Lehni dévoilent une collaboration inédite où l’objet de voyage trouve sa place dans l’espace domestique. Entre rigueur industrielle et élégance minimaliste, deux pièces en édition limitée redéfinissent le rangement comme un geste de design.

Présentée à Milan du 21 au 24 avril, la collaboration RIMOWA Lehni marque la rencontre de deux maisons centenaires réunies par une même culture du matériau. D’un côté, RIMOWA, dont les valises en aluminium accompagnent le mouvement depuis des décennies ; de l’autre, Lehni, référence suisse du mobilier moderniste et des systèmes modulaires. Ensemble, ils imaginent un banc et un tiroir conçus pour accueillir les valises cabine, deux solutions pensées pour la maison. Réalisées en aluminium anodisé noir ou argent, ces pièces, fabriquées à la main à Zurich, jouent sur un équilibre précis entre usage et mise en scène. Le banc peut recevoir jusqu’à deux valises, exposées simplement côte à côte dans une structure ouverte. Le tiroir, lui, propose un rangement plus compact, avec une composition empilée et un compartiment fermé pour les objets du quotidien. Dans les deux cas, chaque détail compte. Les étagères sont habillées d’un feutre mat anti-rayures développé sur mesure, discret mais essentiel, qui protège les surfaces tout en renforçant l’impression de douceur.

©Lehni x Rimowa

Deux héritages industriels au service d’un même matériau

Cette collaboration s’inscrit dans la continuité des trajectoires des deux maisons. Fondée en 1898, RIMOWA s’est imposée comme un acteur majeur du bagage premium en intégrant dès les années 1920 l’aluminium inspiré de l’aviation. Un matériau devenu depuis une signature. L’entreprise, aujourd’hui intégrée au groupe LVMH, continue de faire évoluer ses produits entre innovation technique et durabilité, comme en témoigne l’introduction du polycarbonate au début des années 2000 ou, plus récemment, sa garantie à vie. De son côté, Lehni, fondée en 1922 à Zurich, s’est construite autour d’un savoir-faire précis du travail du métal, nourri par des collaborations avec des figures du modernisme et par le développement de systèmes modulaires devenus emblématiques. En adaptant ici son langage formel aux valises RIMOWA, la marque suisse prolonge cette tradition tout en l’appliquant à un nouvel usage. Le projet RIMOWA Lehni apparaît ainsi comme un point de convergence entre deux histoires industrielles, où la précision technique et la durabilité restent des lignes directrices communes.

Temps de lecture
17/4/2026
GUBI inaugure une GUBI House à Paris

Après deux premières ouvertures à Copenhague et Londres, GUBI vient d’inaugurer sa GUBI House parisienne, dans un appartement typique de la capitale. Un espace pensé comme un véritable lieu de vie, au sein duquel les produits s’inscrivent parfaitement dans leur environnement et offrent une expérience qui va au-delà d’un simple showroom.

C’est en plein coeur du 8e arrondissement, à quelques pas du Parc Monceau, dans un appartement de plus de 300m2, que la troisième Gubi House a choisit de prendre place avec  l’objectif principal de renforcer sa présence en Europe. Un espace unique, à l’image de la ville et de son héritage culturel, dont Marie-Kristine Schmidt, CEO de la marque, a accepté de nous partager la vision plus en détails.

Pourriez-vous nous en dire plus sur l’ADN des GUBI Houses ?

Les GUBI House sont nées d’un désir de dépasser la simple présentation pour aller vers l’expérience. Plutôt que de montrer des objets de manière isolée, nous créons des environnements où le design se comprend en relation avec la vie. Chaque House est façonnée par son contexte, mais toutes partagent la même intention : refléter la manière dont la collection s’inscrit dans le quotidien. Il s’agit surtout d’un dialogue entre les pièces, les époques et les personnes. Dans ce sens, la “House” est moins un format qu’un état d’esprit. Elle nous permet de présenter le design comme quelque chose avec lequel on vit, et non simplement quelque chose que l’on regarde.

GUBI House Paris © GUBI

Il s’agit de la première ouverture en France. Pourquoi était-il important pour la marque de s’implanter à Paris ?

Paris occupe une place unique dans le paysage mondial du design. Ce n’est pas seulement une ville influente, c’est aussi un lieu profondément interconnecté. Architecture, mode, art et design d’intérieur se nourrissent constamment les uns des autres pour créer un rythme culturel historique et contemporain. S’installer durablement à Paris nous permet de participer plus directement à ce dialogue entre passé et présent.

GUBI House Paris © GUBI

Qu’est-ce qui rend la GUBI House parisienne unique ?

Ce qui distingue GUBI House Paris, c’est l’intimité du lieu. Il s’agit d’un véritable appartement, doté d’une identité forte avec moulures, cheminées et détails architecturaux. Nous n’avons pas imposé un concept à l’espace ; nous avons travaillé avec ce qui existait déjà et le résultat s’intègre naturellement dans le contexte de la ville. La collection n’est pas mise en scène, elle est inscrite dans un mode de vie très spécifique à Paris et la manière dont les pièces s’enchaînent offre une expérience plus émotionnelle et sensorielle, ce qui donne moins l’impression de visiter un showroom mais plutôt d’entrer dans un intérieur privé.

GUBI House Paris © GUBI

Quelles sont vos ambitions à long terme pour cet espace ?

Nous envisageons GUBI House Paris comme une plateforme évolutive plutôt qu’un espace figé. Elle se transformera continuellement à travers de nouvelles installations, des lancements de produits et des collaborations, afin que chaque visite offre une perspective différente. En parallèle, nous souhaitons en faire un lieu d’échange dans lequel nous organiserons des dîners et des rencontres réunissant designers, architectes et créatifs de différentes disciplines. À terme, notre ambition est que la House devienne une composante du tissu culturel de la ville où l’on partage des idées, et pas seulement des objets.

GUBI House Paris © GUBI

Au-delà de cette ouverture importante, y a-t-il d’autres projets en développement, de nouveaux lancements, des projets spéciaux ou des collaborations à venir

GUBI est une marque en constante évolution, dans ses collections mais également dans la manière dont celles-ci sont présentées. Aux côtés de nouvelles créations et de rééditions d’archives, les collaborations restent essentielles pour élargir notre perspective. Un exemple récent est notre partenariat avec Bonacina 1889, avec qui nous avons réédité le fauteuil lounge P3 et la chaise longue P3S de Tito Agnoli. Cette collaboration associe plus d’un siècle de savoir-faire italien du rotin à la vision contemporaine de GUBI, reflétant notre attachement commun à l’intégrité des matériaux et à un design durable.

GUBI House Paris © GUBI

D’autres GUBI Houses sont-elles en préparation ?

Notre approche à travers ces GUBI Houses est de croître avec discernement. Chaque lieu repose sur la même idée, mais se façonne en fonction de son contexte. Ensemble, ces espaces constituent un réseau de lieux qui interprètent les collections à travers différents prismes culturels. À l’avenir, nous continuerons d’explorer de nouvelles implantations là où l’alignement est fort, avec la même intention : créer des espaces authentiques, singuliers et profondément ancrés dans leur environnement.

GUBI House Paris © GUBI
Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.