Les assises manifestes de Seraphyn Luce Danet
Chaise Gracile et Rocking-chair Signature, design : Seraphyn Luce Danet

Les assises manifestes de Seraphyn Luce Danet

Lors du salon Révélations, au milieu des gestes très maîtrisés des artisans dans la transformation de la matière, les assises Gracile et Signature de Seraphyn Luce Danet se dévoilaient dans des lignes fluides et remarquables.


En rupture avec les pièces des stands voisins, elles figuraient l’équation parfaite du métier d’art en parfaite évolution avec le savoir, l’innovation et les outils technologiques contemporains.


Gracile, ergonomie et confort conférés

Née de la recherche constante de fluidité, légèreté et sobriété de sa designer, Séraphyn Luce Danet, la chaise Gracile en bois de bouleau offre des courbes ergonomiques qui lui confèrent un confort réel. Fabriquée selon la technique additive de strato-conception, brevetée par le français Claude Barlier, sans assemblages apparents entre les différents composants d’une chaise classique, son procédé consiste en la décomposition de l’objet en une série de strates numériques, découpées dans des matériaux en plaques pour être par la suite compilées afin de reconstituer la pièce finale. Une méthode qui a pour avantage de prévoir des inserts de positionnement et de renforts, invisibles après montage. Le lamellé collé, ainsi obtenu, garantie la stabilité et la solidité de la pièce, validées par l’Institut Technologique FCBA. Une innovation technique qui permet de réduire à son minima l’épaisseur des sections et le poids à moins de 3 kg.

Chaise Gracile, design : Seraphyn Luce Danet

Pour la créatrice, cette chaise était difficilement réalisable selon les méthodes de fabrications traditionnelles, sauf à en travestir le dessin pour des raisons d’assemblage (contraintes mécaniques de l’ouvrage) ou d’usinage (pertes de matières, taux de rebus, fabrication des outillages, multiplication des interventions avec notamment le cintrage du bois en amont). Sa collaboration avec Jean-François Blanc, designer industriel devenu modéliste 3D, lui a permis d’exécuter les plans des pièces, ce qui a facilité les échanges avec les ateliers et l’implication de procédés de fabrication innovants. Sa rencontre enfin, avec l’Atelier Falher est déterminante. Centralienne de formation, puis ingénieur chez Mercedes en Allemagne, Armelle Le Corre avait repris cet atelier de menuiserie traditionnel pour y développer de l’innovation, dont la strato-conception, qui, une fois le processus de fabrication en place, permet la production en série.

Signature, la réécriture du geste

Poursuivant la même démarche, le second projet, Signature, rocking-chair en carbone creux monobloc, est une réécriture de mobilier ayant bercé son enfance. Un art de vivre sous les tropiques pour cette native des Caraïbes. À l’instar de Niemeyer dans sa quête visant à « tropicaliser » le style moderne de son époque, Seraphyn tend à réduire la ligne à l’expression d’un trait d’encre impulsif et dynamique, exprimant tout à la fois mouvement, légèreté et féminité. Une simplicité dont les performances complexes ne sont rendues possible qu’à travers le recours aux matériaux et procédés de fabrication innovants.

Rocking-chair Signature, design : Seraphyn Luce Danet

Le rocking-chair n’est pas qu’un siège, il permet de vivre une expérience. Le corps peut se mouvoir de manière lascive en même temps que l’objet et lui dicter son rythme. C’est un moment de détente et de réflexion, un mouvement de balance continue que Seraphyn envisage comme un trait de calligraphie ininterrompu et tout en courbe, un ruban noir. Réinscrire cet objet dans le temps présent suppose qu’il soit plus adapté au mode de vie contemporain et envisagé comme durable : « un rocking-chair outdoor, supportant la pluie, le soleil, les variations de température, et évoquant les sports de la glisse et de la performance tel le dépassement de soi ».

La rencontre avec Gérard Laizé, ex directeur du Via, alors qu’un premier prototype en bois est en fabrication, permet à Séraphyn de préciser son positionnement, l’expression de ses valeurs identitaires, mais aussi de sélectionner les matériaux et les ateliers en mesure de partager l’engouement d’une première édition et l’investissement qu’elle nécessite. Ainsi, l’atelier HEOL Composite, heureux de pouvoir démontrer et pousser plus loin ses performances – de pouvoir également exposer le résultat en dehors de ses domaines habituels (nautisme, aéronautique, industrie) – a insisté sur sa capacité à réaliser l’assise en porte à faux. Un challenge, un dépassement de leur pratique initiale, poussé par Séraphyn dans les exigences de finesse et de solidité pour un poids n’excédant pas les 5kg. Signature fait varier les épaisseurs de sa structure à la manière des pleins et déliés de la calligraphie et amplifie ses effets de torsion.

Un design qui raconte une histoire et que l’on peut lire également comme un hommage de belle facture aux catamarans de compétition qui traversent les océans jusqu’aux Caraïbes.

Rédigé par 
Sandra Biaggi

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22/1/2026
Sand Stone de Technogym : allier design et performance

À l’occasion de Maison & Objet, Technogym présentait Sand Stone, une collection inédite qui renouvelle les codes du design des espaces bien-être haut de gamme. Dévoilée au cœur du salon parisien, cette nouvelle ligne incarne une approche où esthétique, innovation et reconnexion à la nature dessinent une nouvelle ère du Wellness Luxury Living.

Inspirée par la minéralité du grès méditerranéen, la collection Sand Stone présente une palette pensée pour créer des environnements enveloppants et apaisants. Les tons neutres et les finitions toutes en détails dialoguent naturellement avec le bois, la pierre et les matériaux nobles utilisés, permettant une intégration fluide dans les contextes les plus exclusifs, des résidences privées aux hôtels et clubs de fitness premium.

Une collection pensée pour tout type d’entrainement

Plus qu’une signature esthétique, Sand Stone introduit une vision globale du bien-être. La collection permet de concevoir des espaces où cardio, musculation et entraînement fonctionnel cohabitent à travers un seul et même langage formel unique dans lequel chaque équipement participe à une expérience fluide, où la performance s’intègre naturellement à l’architecture intérieure.

Des matériaux sensoriels, qui conjuguent design et technologie

Et cette cohérence de langage se prolonge jusque dans le choix des matériaux. Les coques Speckled Stone, enrichies de mica naturel et de composants recyclés, évoquent la pierre authentique. Les structures Warm Titanium apportent une dimension technologique et contemporaine, tandis que les surfaces tactiles en finition Clay et les éléments en bois de hêtre et de frêne renforcent la dimension sensorielle et organique de l’ensemble.

Avec Sand Stone, Technogym compose un langage de design holistique, chaleureux et inclusif, transformant les espaces d’entraînement en lieux d’expérience, où le luxe se fait discret, naturel mais surtout profondément humain.

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22/1/2026
Au BDMMA, le design français made in Japan

Pour la cinquième année consécutive, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art présente les travaux de designers français et d’artisans japonais réunis dans le cadre du programme Edo Tokyo Kirari.

À l’heure où l’on parle de design global, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art propose quant à lui un design mondial. Lancé en 2021 afin de valoriser les exportations tout en ancrant les savoir-faire dans des enjeux patrimoniaux et sociaux, le programme Edo Tokyo Kirari, soutenu par Paris et Tokyo, réunit chaque année des designers français et des manufactures tokyoïtes.Riche d’ateliers, dont certains pluricentenaires, la ville offre un vaste éventail de savoir-faire, aussi bien dans les domaines de la verrerie et du bois que dans celui du textile.
Une aubaine pour Hanako Stubbe, Studio BehaghelFoiny et Florent Coirier, les trois designers sélectionnés cette année par l’institution parisienne.Réunis à la suite de vœux bilatéraux, les créateurs, chacun associé à deux entreprises japonaises, ont disposé de huit mois pour concevoir six pièces. Exposées jusqu’au 4 février dans une scénographie signée Jules Levasseur, les œuvres sont présentées en miroir des pièces les plus connues des studios. L’occasion de tisser des liens entre des approches européennes contemporaines et d’autres, nourries d’histoires et de techniques plus confidentielles.

©14Septembre Mobilier national


Des objets aux références culturelles multiples

« Lorsque je suis allé au Japon, j’ai remarqué que les Japonais utilisent souvent les caisses de bouteilles pour s’asseoir dans la rue ou comme tables. L’idée des rangements KOFFR, mi-table,mi-tabouret, réalisés avec Lllast, vient de là, de ce mode de vie », explique Florent Coirier. Car au-delà des questions d’artisanat et de technique, les créations traduisent surtout un lien discret mais profond avec la culture japonaise. La manufacture Mori Seimenjo et le Studio BehaghelFoiny à l'origine d'une veste d'intérieur,d'un lit transformable en pouf et d'un plaid, ont ainsi choisi les couleurs des pièces selon les espèces de fleurs endémiques de l’île d'Izu. Un clin d’œil à la fois culturel et environnemental. Cette attention se retrouve aussi dans les travaux d’Hanako Stubbe menés avec la manufacture Domyo, dont les panneaux décoratifs muraux s’inspirent de symboles japonais tels que Taiyō, le soleil, source de vitalité ; Moss, la mousse, évoquant douceur et sérénité ; ou encore Sakura, le cerisier. Un parti-pris visuel fort, et différent de sa collaboration avec la maison familiale Maekawa Inden, où le cuir laqué est traité de manière plus sobre,invitant à l’introspection.
En complément, l'exposition invite aussi les visiteurs à aborder une autre facette tout aussi connue du Japon : ses boissons. Réalisés par les manufactures Glass-Labet Kimoto Glass Tokyo, deux styles de verres rendent, chacun à leur manière, hommage au saké et au thé par le biais de nouvelles textures et des nouvelles formes.


À noter qu'une sélection de produits issus des précédentes éditions est en vente au sein du concept store HIS, 2 rue du Renard, dans le quatrième arrondissement de Paris, jusqu'au 4 février.

©14Septembre Mobilier national
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21/1/2026
Une collaboration inédite entre Swatch et Guggenheim

Avec sa nouvelle collection Swatch × Guggenheim, l’horloger suisse poursuit son Art Journey en traduisant quatre icônes de l’art moderne en objets du quotidien, à la croisée de l’art, du design et de la pédagogie.

Depuis plus de quarante ans, Swatch explore les frontières entre art et objet usuel. En ce début d’année 2026, la marque suisse ouvre un nouveau chapitre avec une collection réalisée en collaboration avec le musée Guggenheim de New York et la collection Peggy Guggenheim de Venise composée de quatre montres, inspirées d’œuvres majeures de Degas, Monet, Klee et Pollock.

Collection Swatch x Guggenheim

Un dialogue transatlantique entre art et design

Cette collaboration s’inscrit dans une relation ancienne entre Swatch et l’institution Guggenheim, amorcée dès les années 1990. La collection revendique un dialogue culturel entre deux continents et deux champs créatifs que sont l’art muséal et le design industriel. Les œuvres sélectionnées, dont trois sont conservées à New York et une à Venise, sont réinterprétées non comme des reproductions, mais comme des compositions graphiques adaptées à la montre. Un parti pris fidèle à l’ADN de Swatch, qui considère le temps comme un médium créatif autant qu’une mesure.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Klee’s Bavarian Don Giovanni

Quatre œuvres, quatre écritures visuelles

Swatch × Guggenheim se décline ainsi en quatre univers artistiques distincts. Degas’s Dancers transpose la grâce fragmentée des Danseuses vertes et jaunes (1903) d’Edgar Degas, dans une composition centrée sur le mouvement, jouant sur les cadrages et les aplats colorés. Monet’s Palazzo Ducale s’inspire des vibrations lumineuses du Palais Ducal vu de Saint-Georges Majeur (1908) de Claude Monet avec un cadran qui se révèle sous UV, évoquant les variations chromatiques chères à l’impressionnisme.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Monet’s Palazzo Ducale

Plus conceptuelle, Klee’s Bavarian Don Giovanni exploite la géométrie narrative de Paul Klee dans son œuvre The Bavarian Don Giovanni (1919) et introduit une roue de calendrier multicolore, dont la variation quotidienne fait écho à l’instabilité poétique de l’œuvre originale. Enfin, Pollock’s Alchemy restitue l’énergie gestuelle de l’expressionnisme abstrait de Jackson Pollock avec Alchemy (1947), à travers une composition libre, presque explosive, où le cadran et le bracelet deviennent surface picturale continue.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Pollock’s Alchemy

Une collection qui au-delà de l’objet, affirme une vision : celle d’un art qui ne se contemple pas uniquement au musée, mais qui peut s’inviter dans le quotidien. En traduisant des œuvres patrimoniales en pièces accessibles, Swatch revendique un rôle de passeur culturel, tout en soutenant la conservation des collections Guggenheim.

Collection Swatch x Guggenheim, modèle Degas’s Dancers
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20/1/2026
Le design, véritable moteur de croissance pour le secteur contract

Le marché du contract s’affirme de plus en plus comme l’un des segments les plus dynamiques de l’ameublement en France. Selon une étude structurelle sur le marché contract menée par l’Ameublement français, le Codifab et MKG, la transformation de l’hôtellerie et la montée en puissance des concepts lifestyle placent le design, l’usage et l’exécution au cœur des stratégies de différenciation de la filière.

À la croisée de l’architecture, du design et de l’exploitation commerciale, le secteur du contract est en plein cœur des mutations de l’hôtellerie, de la restauration et plus largement des lieux recevant du public. Dans un contexte de montée en gamme des concepts, de recherche d’identité et d’évolution des usages, le mobilier devient un levier central de différenciation pour ces espaces. Encore minoritaire en valeur, le secteur du contract n’en constitue pas moins l’un des segments les plus dynamiques du marché français. Ce dernier représente une réelle opportunité de création de valeur, à condition d’en maîtriser les logiques économiques, les circuits de décision et les contraintes opérationnelles propres à ce marché professionnel.

Un marché structuré par l’hospitality

Estimé à 675 millions d’euros par an, le marché du contract ne pèse encore que 5 à 6 % du chiffre d’affaires global du secteur en France. Pour autant, cette part relativement modeste masque cependant une dynamique bien plus engagée que celle du résidentiel. Le contract bénéficie en effet de l’essor direct des projets d’hospitality, qui placent l’expérience utilisateur, le confort et la cohérence esthétique au cœur de leur proposition de valeur. Si l’hôtellerie et l’hébergement touristique concentrent la majorité des volumes, notamment à travers les rénovations lourdes, les repositionnements de gamme et l’émergence de concepts lifestyle, la restauration de son côté constitue l’autre pilier du marché, portée par le renouvellement fréquent des concepts et la nécessité de se distinguer dans des environnements très concurrentiels. Au sein de ces deux univers, le mobilier devient un élément structurant du récit de marque et de l’expérience utilisateur.

Hôtel Maison Hamelin par Maison Malapert et Groupe Kerstone / Resistub Production & SOCA © Christophe Bielsa

Un parc hôtelier en pleine reconfiguration

Avec près de 690 000 chambres réparties sur 17 000 établissements, le milieu hôtelier français figure parmi les plus développés d’Europe. Bien que sa croissance soit contenue, le marché connaît une profonde reconfiguration : l’hôtellerie traditionnelle recule, tandis que les segments haut de gamme, luxe et lifestyle affichent une dynamique nettement plus soutenue, traduit par des attentes en matière de design, de qualité et de singularité des espaces. La rareté du foncier et la hausse des coûts de construction obligent à investir dans des projets de rénovation, de transformation et de montée en gamme au sein des établissements existants. Une évolution qui renforce le rôle du mobilier et de l’agencement dans la valorisation de ces lieux.

OKKO Hotels par EROZ Architecture / BURIE (groupe HASAP), Resistub Productions, Alki, Drugeot Manufacture, Etoffes, Komut, ADOVA

Design, durabilité et services comme leviers de valeur

Dans le secteur contract, la réussite d’un projet se joue très tôt. La prescription intervient dès les phases de conception et de chiffrage, lorsque se définissent les choix structurants en matière de concept, de standards et de coûts. Architectes d’intérieur, assistants à maîtrise d’ouvrage et contractants généraux jouent un rôle déterminant dans l’orientation des solutions retenues, bien avant la consultation des fournisseurs. Les fabricants et agenceurs ont donc tout intérêt à se positionner comme de véritables partenaires de projet en adaptant des offres hybrides qui mêlent sur-mesure, production en série et personnalisation. La modularité des espaces, la réparabilité des produits et leur maintenabilité deviennent ainsi des critères décisifs, au même titre que l’esthétique.

Hôtel Les Lumières à Versailles par Kérylos Intérieurs © Amélie Labarthe
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