LZF : « Movida design » in Valencia

LZF : « Movida design » in Valencia

Dans le cadre de Valence capitale mondiale du design 2022, les fondateurs de la maison d’édition de luminaires LZF, évoquent l’évolution de la scène créative locale, qui a su embrasser les secteurs du design dans les années 90 pour en faire un axe fort du territoire aujourd’hui.


Marivì Calvo et Sandro Tothill se rencontrent fin 1992 à Valence. Elle, artiste-peintre, a vécu à New-York, Madrid et Paris avant de revenir dans sa ville natale. Lui, australien, musicien, y enseigne l’anglais. Pour les deux artistes, l’aventure débute de manière fortuite, alors qu’ils manipulent des placages de bois sur une table lumineuse et créent un luminaire idéal à usage privé. Ils lancent leur entreprise avec une commande de 600 pièces pour un hôtel de Majorque, passée au Salon du cadeau de Madrid où le couple a été invité. L’invitation faisait suite au succès d’un happening initié par le couple, où une quarantaine d’artistes étaient conviés à s’exprimer avec lumières et feuilles de bois. Nom de l’exposition : Luzifer. LZF né en 1994. Aujourd’hui, Marivì Calvo et Sandro Tothill collaborent avec des designers, des architectes, en majorité de Valence. Ils éditent une gamme de lampes graphiques et poétiques dont le dénominateur commun demeure l’emploi de fins placages de toutes essences et de toutes couleurs pour en diffuser la lumière, ainsi que la volonté d’une fabrication artisanale et locale.

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Dans quel contexte fondez-vous LZF à Valence au début des années 90 ?

Sandro Tothill : La vieille ville était délabrée et regorgeait de squatters, de punks, de gitans, de junkies, de travestis. Il y avait également une scène artistique très forte, avec de nombreux peintres, sculpteurs, écrivains, poètes vivant dans ce centre-ville aux loyers abordables. Je pense que quelque part, le noyau d’illustrateurs, de graphistes, de dessinateurs de bandes dessinées et de publicistes qui gravitait autour a donné l’élan pour un mouvement de design. Avec les architectes, ils ont constitué les nouveaux designers valenciens, dont beaucoup ont d’ailleurs ensuite enseigné le design ici.

Marivì Calvo : En effet, beaucoup de graphistes ont élargi leurs créations à la conception de meubles et d’objets pour des entreprises, dont la plupart n’étaient pas locales, mais installées au Pays basque ou en Catalogne. Valence a une longue tradition de fabrication de mobilier classique. Lorsque la crise a frappé, certaines entreprises ont vu l’opportunité de se reconvertir dans le design, et de travailler avec des designers. Martinez Medina, Punt mobles, Do+ce, Andreu World et Capdell ont été les pionniers.  

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Ces années venaient après la Movida, une période intense de révolution culturelle ?

S T : Il y avait une sorte de nostalgie dans l’air pour cette époque et un sentiment de changement vers quelque chose d’inconnu dont on ne savait pas si ce serait mieux ou pire. Cependant, je dirais que les conservateurs ont encouragé la création d’entreprises qui se sont ensuite tournées vers les talents du design pour créer des produits plus compétitifs au niveau européen.

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Lampe Minichou blanc, design LZF ©Santiago Relanzon

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Comment définiriez-vous l’essence du design valencien aujourd’hui ?

S T : Au cours des vingt dernières années, le design a prospéré à Valence, avec de merveilleux jeunes designers. Il y a cette combinaison d’un esprit scandinave, épuré, authentique et d’un style joyeux et coloré. Je suppose que c’est dû à la lumière que nous avons à Valence, et ce souffle méditerranéen qui influence une conception locale, une certaine qualité de vie et le plaisir des choses simples.

M.C : En Espagne, et à Valence aussi, il y a une longue histoire de l’artisanat (soieries, céramiques, marqueterie, ébénisterie …) longtemps fragilisée par la force d’un marché qui exigeait des produits peu chers, enfermant ces artisanats dans le folklore et les faisant disparaître. Aujourd’hui, le design contemporain renoue fortement avec cet héritage.

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Qu’attendez-vous de Valence capitale mondiale du design ?

MC : C’est l’occasion de faire connaître l’extraordinaire richesse de la culture et du design qui existe ici depuis des temps anciens avec les arts décoratifs. Un plan de la ville répertoriant les designers, artisans et entreprises qui oeuvrent pour l’excellence et l’innovation est en cours d’élaboration. Il s’agit d’un outil important pour établir des synergies entre tous les acteurs du secteur, les rendre visibles et les promouvoir.

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Lampe Dune, design LZF ©Santiago Relanzon

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Quelle est l’implication de LZF au sein de Valence Capitale mondiale du design ?

MC et ST : À partir de septembre, une exposition permanente se tiendra dans nos locaux. Nous exposerons et participerons à des conférences au Centre culturel del Carmen. Au Pavillon de l’Hôtel de Ville, Mayice Studio pour LZF va concevoir l’espace « La Maison du Futur ». Nous allons intervenir au Musée des beaux-arts San Pio V, et certaines performances collectives restent à concevoir autour de l’artisanat contemporain.

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Rédigé par 
Litza Georgopoulos

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© Matteo Girola

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