"Tous independants, tous interdependants" : la force du reseau make ici

"Tous independants, tous interdependants" : la force du reseau make ici

Pour ses prix Intelligence de la main 2020, dans la catégorie Parcours, le jury réuni par la fondation Bettencourt a récompensé Nicolas et Christine Bard, fondateurs du réseau Make ici.  Plus que de fablabs ou de « makerspace », ils préfèrent parler le terme de manufactures pour identifier leurs différents lieux en France, qui rassemblent artisans d’art, designers, architectes et professionnels de la fabrication numériques.


Réseau de manufactures collaboratives et solidaires, la force de Make ICI, aujourd’hui, est d’avoir réussi à créer dans plusieurs régions de France, des lieux qui sont de vrais écosystèmes de l’industrie créative. Les résidents ont pour points communs d’être entrepreneurs, de placer le design au cœur de leurs activités – soit en étant designers ou en travaillant avec des designers – , et de mutualiser leurs compétences pour se développer. Car ces espaces comportent différents dispositifs d’accompagnement à l’entreprenariat, souvent absentes des formations initiales. Et c’est ce pari sur l’intelligence collective qu’a voulu récompenser la Fondation Bettencourt, en distinguant le couple fondateur dans la catégorie Parcours.

Comment définissez-vous vos manufactures ?

Christine et Nicolas Bard : Le terme le plus courant pour désigner ce concept est makerspace mais nous avions envie d’un mot français. Nos lieux sont des manufactures sociales et solidaires à but lucratif, dont les bénéfices générés sont intégralement réinvestis. Notre ambition est d’aider une génération d’artisans d’art à vivre correctement de son savoir-faire. Pour cela, nous avons réuni un ensemble de dispositifs qui constitue, à nos yeux, les éléments clés de la réussite : l’accès commun à des équipements traditionnels et numériques; un compagnonnage avec d’autres artisans qui permet de rompre l’isolement; une proximité avec d’autres disciplines alors qu’en France, les savoirs sont trop séparés. Enfin, une solidarité à tous les stades de l’activité -de la conception à l’accès au marché. La philosophie de MAKE ICI ? Tous indépendants, tous interdépendants. Il est aussi important d’être autonome que de pouvoir se faire aider lorsque cela s’avère nécessaire. A MAKE ICI, les entrepreneurs en difficulté ont toujours quelqu’un à proximité pour leur donner un coup de main.

Que signifie le prix Intelligence de la main/ Parcours pour vous ?

CHRISTINE ET NICOLAS BARD, COFONDATEURS MAKE ICI

ChB&NB. Nous sommes très fiers d’avoir été distingués, d’autant que nous connaissons l’exigence de la Fondation en termes d’excellence et d’innovation. Cette reconnaissance est très importante pour nous car elle vient valider notre façon de penser l’artisanat d’art. Notre initiative est souvent observée avec intérêt mais on nous reproche de n’être pas assez puriste. Nous pensons, au contraire, que les artisans ne peuvent rester dans l’entre-soi. Ils doivent travailler avec des designers, des industriels... Un ferronnier d’art peut créer un prototype pour Airbus; une maroquinière, formée par Hermès, fabriquer la ceinture qui servira de récompense pour le concours de danse hip-hop créé par la marque Redbull, comme cela fut le cas pour deux de nos résidents. L’artisanat d’art doit s’ancrer dans le XXIe siècle ; conjuguer les savoir-faire ancestraux avec les techniques, et les désirs, de demain.

Quels projets allez-vous développer grâce à cette récompense ?

ChB&NB. Il va nous donner l’opportunité d’inaugurer de nouvelles manufactures, quatre sont déjà prévues, avec un ancrage dans les savoir-faire spécifiques des régions où nous allons nous implanter. Celle de la rue Ordener, à Paris s’organisera autour du travail sur le bois, le métal, le cuir et le textile. À Wasquehal, entre Lille et Roubaix, nous allons investir les anciennes imprimeries des catalogues Trois Suisses et allons naturellement promouvoir les savoir-faire textiles. A Tours, nous avons noué un partenariat avec le Théâtre National pour travailler autour des métiers du spectacle avec notamment des ateliers de costumes. Chaque lieu abritera environ 30% de savoir- faire locaux. Une façon de dynamiser le tissu industriel français, et redonner aux régions toute leur vitalité.

« Histoires d’ICI » est une websérie qui présente différents résidents du réseau. Découvrez ci-dessous le parcours de l’Atelier Noue.

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3/4/2026
Les métiers d’art en vitrine au BDMMA

Le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art ouvre l’exposition « 30 Faubourg, l’art du quotidien made in Paris ». L’occasion de valoriser des métiers d’art contemporains disséminés aux quatre coins de la capitale.

Parallèlement aux Journées Européennes des Métiers d'Art (JEMA), qui auront lieu du 7 au 12 avril, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art (BDMMA) présente « 30 Faubourg, l’art du quotidien made in Paris » jusqu’au 16 mai. Chargée de la curation, l’agence Sinople met en avant 29 créatrices et créateurs installés à Paris et dans sa petite couronne. « Ici, vous ne trouverez pas de matériaux précieux ni d’objets sous cloche, car ce n’est pas le propos. Nous voulions replacer les métiers d’art dans le quotidien, en montrant que ces ateliers sont toujours présents près de chez nous », explique Julien Strypsteen, cofondateur du studio spécialisé dans les industries créatives.

Outre la localisation des ateliers et les savoir-faire, la sélection s’est également fondée sur la contemporanéité des objets. « Chez Sinople, nous avons une vision minimaliste et assez radicale qui nous caractérise. L’enjeu était de montrer un héritage de Paris sans tomber dans un aspect purement patrimonial. » Mêlant lifestyle, mode et art, l’agence a également souhaité illustrer un héritage fortement ancré dans son époque en convoquant cinq ateliers engagés dans l’upcycling. « Qu’il s’agisse de réparer des couverts, de transformer des chaussures ou de restaurer des montres de manière plus contemporaine, l’idée était de mettre en lumière la seconde vie, un aspect plus rarement valorisé. »

Bougies par Eska ©eska.paris et structure lumineuse par AlexisNeon ©alexis_neons

Un archétype de pop-up store

Véritable exposition aux airs de faux commerce, « 30 Faubourg, l’art du quotidien made in Paris » se distingue par sa mise en scène. Habitué aux expositions plus classiques, le BDMMA propose cette fois-ci une scénographie d’inspiration commerciale. En écho aux pièces exposées et à la volonté d’inscrire les savoir-faire dans le quotidien des Parisiens, l’espace reprend les codes du retail. Confié à Index Office, l’aménagement de la galerie a été pensé pour l’inscrire dans la continuité des nombreux commerces du faubourg. « L’idée était de donner l’impression qu’une nouvelle boutique venait d’ouvrir afin d’inviter les passants à entrer. C’est une sorte de vrai-faux concept store, avec tous les codes habituels que sont les présentoirs en bois et métal, ou encore une structure en néon d'AlexisNeon, placée en vitrine. Comme nous n’avions pas le droit de vendre, nous nous sommes aussi inspirés des cartels d’une célèbre marque pour afficher les prix et les QR code renvoyant directement vers les boutiques en ligne. »

Avec une large fourchette de prix débutant à 20 euros, la sélection entend réaffirmer la place singulière des artisans d’art dans la ville et auprès de ses habitants, au-delà même du corpus présenté pour l’occasion.

Exposition « 30 Faubourg, l’art du quotidien made in Paris » jusqu'au 16 mai, 30, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12e.

Enceinte Studio Quiproquo x Adam Ruiz x Marco Roy ©studio_quiproquo ©arz_adam @marco_.roy et sac et coupelle Baptiste Meyniel x Atelier Shazak ©baptiste.meyniel, ©ateliershazak
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31/3/2026
Les perspectives tissées de Gaspard Fleury-Dugy à la galerie Chevalier Parsua

Le designer Gaspard Fleury-Dugy présente Continuum, une collection de tapis dont l’un d’eux est visible à la galerie Chevalier Parsua jusqu’au 18 avril. Un nouveau terrain d'exploration stylistique et colorimétrique pour le créateur connu initialement par ses objets en volume.

Pour changer de dimension, mieux vaut ne pas perdre le fil. Repéré pour ses vases tricotés en 2024 et sa série tournée vers l’univers du totem et de la colonne l’année suivante, Gaspard Fleury-Dugy a exposé à Milan comme à Eindhoven et Stockholm. Mais c’est à Paris, ville de résidence et d’expérimentation, qu’il dévoile Continuum, une première collection de tapis. Après des études à l’Ecole Dupperé puis à la Swedish School of textiles, cette nouvelle typologie aurait pu être un commencement, mais c’est finalement comme une déclinaison de ses précédents travaux qu’elle apparaît. Un choix surprenant qui n’a pourtant rien de décousu. « Il y a tout un cheminement logique entre mes dessins, mes maquettes, les différents objets présents dans l’exposition et les tapis. Effectivement, je viens d’un univers ou le motif à toujours eu une forme attirante. Mais ce qui m’intéresse, ce sont les sauts entre la 2D et la 3D ; entre les plats et les volumes » précise le créateur. C’est d’ailleurs cette idée qui l’a amené à nommer l’exposition, présentée à la galerie Chevalier Parsua jusqu’au 18 avril, Arrondir les angles.

Habiller l’espace

Spécialisée dans le textile mural pour la partie Chevalier, et les tapis avec l’éditeur Parsua, la galerie se dote de tentures au mur et au sol. Deux environnements entre lesquels un espace vide demeure. « Lorsque la collaboration avec la galerie a commencé, je tenais à dessiner les maquettes des tapis. Je suis arrivé avec plein de propositions que nous avons étalé partout par terre. Dans le même temps, je me suis rendu compte que les angles de cet espace blanc et rectiligne n’étaient pas habillés. Je me suis demandé comment y remédier. La réponse a été de retranscrire les perspectives du lieu sur les tapis. » Une approche très géométrique et abstraite de l’architecture qui a amené le designer à travailler de manière moins conventionnelle qu’à l'accoutumé. « Pour un designer textile, son fond de commerce, c’est plutôt de faire des motifs au raccord, c'est-à-dire qui se répètent à l’infini. Ici, la nouveauté pour moi était de créer une composition placée qui puisse se regarder de tous les côtés. C’est ce que l’on appelle un motif placé, unique » explicite le designer également curateur de l’exposition et à qui l’on doit la sélection d’art africain et les photographies de Georges Rousse, dont les anamorphoses dialoguent naturellement avec les tapis.

©Galerie Chevalier Parsua X Gaspard Fleury-Dugy exhibition_soft object

Une identité visuelle assez différente

Habituellement reconnaissable à ses fils polymères aux couleurs vives, parfois fluo, rappelant l’univers du sportswear, Gaspard Fleury-Dugy à cette fois-ci adopté des couleurs plus profondes et calmes. Une contrainte plus qu’un choix, imposée par la gamme Parsua. « Les tapis sont tissés en Iran avec des laines teintées par des colorants naturels. Il a donc fallu réfléchir autrement, et comme je n’étais pas très familier avec ces couleurs, j’ai joué sur les contrastes. » Un parti-pris dont se dégage une certaine vibration, également soutenue par la technique. « Si l’on prend l’exemple des vases, lorsque je les travaille sur ordinateur, un pixel correspond à une maille. Ici, la technique n’est pas la même. Un nœud correspond à une pointe de couleur et la méthode artisanale créée un léger crantage. On peut y voir une sorte de dialogue avec les projets précédents présentés jusqu’au 9 mai au Pavillon Vendôme de Clichy. » Plus qu’un nouvel objet, c’est surtout une déclinaison de son travail habituel, confié pour la première fois à d’autres mains, que le designer propose de découvrir. Un lien entre idée et geste solidement noué tout au long de l’année de travail pendant laquelle Continuum s’est tissée.

Exposition Arrondir les angles, à la galerie Chevalier Parsua, 41 rue de Seine, 75006 Paris, jusqu’au 18 avril.

Exposition Salto, au Pavillon Vendôme, 2 rue du Guichet, 92110 Clichy, jusqu’au 9 mai.

Le portrait de Gaspard Dugy-Fleury est à retrouver dans le numéro 224 d’Intramuros, en vente sur notre boutique.

©Galerie Chevalier Parsua X Gaspard Fleury-Dugy exhibition_soft object
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27/3/2026
Maap d’Erwan Bouroullec : destination poétique au bout des doigts

Présentée l’an dernier à Milan, Maap, la dernière création d’Erwan Bouroullec, arrive sur le marché. Une création à fleur de peau imaginée pour Flos.

« Maap est la concrétisation d'un désir qui m'habite depuis longtemps : créer des luminaires imposants dont la lumière se diffuserait au travers d'une grande surface. Et pour imaginer ce modèle, j'ai puisé mon inspiration dans deux obsessions de longue date que sont la géométrie et les structures naturelles » explique Erwan Bouroullec. S’il s’agit certainement de l’un des plus grands luminaires de Flos, Maap compte peut-être aussi parmi les plus légers. Une notion, centrale dans la démarche du designer,  à laquelle cette grande applique murale doit sans doute un peu de sa poésie.

Fasciné depuis longtemps par les matériaux ultra-fins dont le papier, le designer s’est intéressé au tyvek, notamment connu sous forme d’enveloppes indéchirables. Une robustesse structurelle qui a amené ce médium dans le monde de l’éclairage ou il n’avait que très peu été utilisé. Mise en forme comme un sac, la matière prend place sur une base murale lumineuse cruciforme dotée de quatre ampoules. Fixée magnétiquement grâce aux Dots (dont le nombre évolue selon la taille du luminaire), la membrane peut être facilement manipulée. Disponible en trois formats (Wall 1, Wall 2, Wall 3 selon le nombre de Dots au mur), Maap peut mesurer jusqu’à 3,2 mètres de largeur par 1,5 mètre de hauteur.

Le modèle W3 de Maap ©Flos

Une matière sensible à travailler

L’une des particularités de Maap, c’est peut-être sa capacité à se magnifier au fur et à mesure des manipulations. Si l’idée d'utiliser des cartes a été un point de départ rapidement abandonné en raison de leurs fragilités, le rendu, lui, n’en est pas si éloigné, rappelant ces papiers usés par les voyages et sur lesquels semblent retranscrites les dénivelées. Mais ici, ce n’est pas tant l’œuvre involontaire du temps que celle consciente des utilisateurs qui est à l’origine des froissements. « Maap aurait tout aussi bien pu s'appeler Maak, clin d'œil à "make", puisque son principe repose sur un geste élémentaire, le "faire" de la main. Sa forme malléable est une invitation à laisser libre cours à notre instinct de création » développe son designer. Lorsque le tyvek est froissé, il adopte des formes organiques et singulières, offrant la possibilité de donner plus ou moins de caractère au luminaire. Au-delà de l’aspect esthétique, cette action relève surtout d’un besoin structurel. Sans ces pliures, le papier perdrait de son volume, et Maap de son effet. Ainsi enveloppée, la création d'Erwan Brouroullec propose également une nouvelle approche de la durabilité. Protégée mais facilement accessible, la source lumineuse dure dans le temps, là ou son design, lui, change d’une simple pression de la main. Comme un nuage égaré, ce produit nouvellement lancé par Flos, évolue au gré du temps.

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24/3/2026
À TEFAF Maastricht, Formafantasma planchait sur un ensemble moderne

Avec Formation, le studio Formafantasma présentait à TEFAF Maastricht une collection contemporaine imaginée autour de la planche. Une approche en lien avec un certain goût pour le moderniste et la sobriété.

Qualifiant eux-mêmes leur esthétique de « restreinte », Andrea Trimarchi et Simone Farresin, fondateurs de Formafantasma, présentaient Formation à TEFAF Maastricht. Conçue pour la galerie Friedman Benda, la collection s’inscrit dans la continuité de leurs recherches sur les archétypes du mobilier et l’évolution de notre rapport aux objets domestiques. Cette fois-ci, le studio s’est attaché à la planche comme forme primaire, presque indissociable du mobilier lui-même. Plutôt que de la transformer, les designers ont choisi de l’utiliser telle quelle pour devenir table, assise ou rangement, sans jamais perdre son identité initiale. Ce parti pris donne lieu à un jeu géométrique rigoureux, enrichi par l’introduction d’aluminium brossé et de panneaux LED. Ces derniers, par leurs proportions, évoquent les écrans contemporains, inscrivant le projet dans son époque malgré une logique d’assemblage très classique. Tout l’enjeu réside alors dans cet équilibre temporel. Une démarche nourrie par des figures comme Frank Lloyd Wright, pour sa capacité à conjuguer artisanat et technologie, ou George Nakashima, pour sa vision du bois comme matière vivante.

Avec Formation, Formafantasma revendique ainsi une sobriété expressive. La collection, réduite à une sophistication assez minimale (bien que rehaussée de touches plus contemporaines), propose un salon hors du temps, mais à cheval sur les époques.

Courtesy of Friedman Benda and Formafantasma ©JeroenvandeGruiter
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