Village olympique 2024 : architecture d'aujourd'hui et savoir-faire d'hier
© Fleur Mounier

Village olympique 2024 : architecture d'aujourd'hui et savoir-faire d'hier

Pour le projet de construction du village olympique situé à Saint-Ouen (Seine Saint-Denis), l'architecte Anne Mie Depuydt s’est associé à la briqueterie Rairies Montrieux. Une collaboration d'envergure pour l'entreprise qui a innové pour répondre aux contraintes de ce projet ambitieux.

À l'approche des Jeux olympiques de Paris 2024, les chantiers sont nombreux en Île-de-France. Parmi les plus importants, la construction du village olympique, situé au Nord de la capitale, abritera 15 000 athlètes répartis sur un complexe de près de 52 hectares. Le plan masse dessiné par l'architecte Dominique Perrault dès 2015 comprend plusieurs secteurs parmi lesquels la zone D architecturée par Anne Mie Depuydt de l'agence parisienne UAPS. Diplômée de l'école Médicis, l'architecte flamande avait remporté le projet en 2019. Composée de 12 bâtiments de 21 mètres de côté, sa partie devrait recevoir 3 000 sportifs. Située en bord de Seine, cette parcelle n'est pas la plus grande, mais la plus vallonnée. Une particularité qui a permis à l'architecte de jouer sur les vues et les cadrages. « Vous savez, je ne suis pas française, alors moi les alignements ce n'est pas vraiment mon fort. J'ai préféré concevoir l'espace en quinconce pour offrir des perspectives et des vues différentes selon les espaces où vous vous trouvez. C'est également l'une des raisons pour lesquelles je travaille principalement avec des coupes, pour mieux comprendre l'espace, les dénivelées » précise-t-elle. Une singularité renforcée par la participation de Rairies Montrieux pour les façades de sept bâtiments.



Un partenariat de première importance pour Rairies Montrieux

Située en Maine-et-Loire, la briqueterie Rairies Montrieux est l'une des plus anciennes de France. Reconnue pour son savoir-faire, l'entreprise s'est imposée comme une évidence pour l'agence UAPS. « Je dois reconnaître que ça a été assez compliqué de convaincre les différents acteurs du projet de travailler avec Rairies Montrieux. Cependant, l'entreprise avait l'avantage de faire du sur-mesure et donc la capacité de s'adapter aux attentes que nous avions » reconnaît Anne Mie Depuydt. Dotée d'un laboratoire de recherche, l'entreprise a rapidement pu mettre au point des plaquettes singulières conçues spécialement pour ce projet. Triangulaires, convexes ou ondulées, elles ont été le résultat de nombreuses discussions et réflexions techniques, notamment concernant la finesse des produits, limités à 25 millimètres.

© Intramuros


À la recherche technique, s'est aussi ajouté un cheminement colorimétrique. « Pour ce projet comme pour beaucoup d'autres, je suis parti d'un tableau abstrait, car mes façades devaient être porteuses d'une forme d'abstraction. Cette fois c'était le tableau Evidence de Philip Guston. J'ai aimé ses couleurs et pour déterminer celles que j'allais reprendre pour le projet, je me suis appuyé sur un ami peintre, Philippe Fangeaux, qui m'a aidé dans le choix des harmonies colorées. » Un processus que l'architecte, grande amatrice d'Art, réitère fréquemment. Ainsi, ce sont 500 000 plaquettes émaillées de rose, de bleu, de vert, de blanc ou encore d'orange qui ont étaient posées à la main sur 5 413m² de façades. « Ce projet nous a permis de diversifier nos produits mais également de faire valoir notre panel de compétences. Mais c'est avant tout une histoire humaine entre une agence d'architecture ambitieuse et une PME » souligne Olivier Laval, directeur commercial de la société.



Un projet architectural favorable à l'environnement

Pour ce projet, l'architecte a souhaité faire preuve « d'une ambition environnementale extrêmement élevée. » Une décision qui repose sur trois piliers : une minimisation du bilan carbone, un confort thermique et une place importante accordée à la biodiversité. « Concernant l'aspect purement architectural, nous avons édifié notre secteur sur un principe de poteaux-poutres et planchers bois. L'ensemble repose autour d'un noyau en béton. Nous aurions pu le réaliser en bois, mais pour répondre aux normes incendies, nous aurions dû le recouvrir de plâtre et l'empreinte devenait égale à celle du béton. » Une conception plus écologique qui a nécessité un véritable questionnement quant à la fixation des plaquettes sur des murs en bois. « Nous avons aussi pensé nos bâtiments selon des simulations climatiques de 2050, ce qui a permis d’induire la position exacte des constructions. À cela se sont ajoutés des systèmes d'aération par le sol permettant de bannir des systèmes polluants comme la climatisation. »

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Au milieu de cet ensemble trône, un vaste jardin de 19 mètres de large sur plus d'une centaine de longueur. « Nous voulions accompagner ces constructions d'un projet paysager ambitieux. Nous avons donc réalisé un jardin agrémenté de 220 arbres plantés en pleine terre malgré sa surélévation de 9 mètres par rapport au bas du quartier. » Le résultat : un ensemble bioclimatique au centre duquel se trouve une oasis !


Un projet sur la durée


Réfléchi pour s'inscrire dans la durée, le projet a été conçu pour répondre aux besoins de futurs habitants ayant des profils différents. « Après les JO, les bâtiments accueilleront des étudiants, des familles propriétaires et des logements sociaux. Il était nécessaire de penser à l'héritage de ce quartier. » Dans cette optique, un double permis de construire a été déposé. « Le quartier ne changera pas, seulement les intérieurs. Nous avons à l'heure actuelle des cloisons provisoires qui seront abattues à la fin de l'été 2024 pour proposer des logements plus agréables. » Une perspective et un engagement sur le long terme pour ce chantier dont la livraison est prévue fin décembre.

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Rédigé par 
Tom Dufreix

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5/3/2026
Vind, une collection qui se fond dans le paysage

Imaginée par Kasper Salto pour le Louisiana Museum of Modern Art de Humlebæk au Danemark, la collection Vind marque un nouveau chapitre dans la collaboration de longue date entre le designer danois et Fritz Hansen. Une collection outdoor discrète et exigeante, pensée pour durer et s’effacer dans le paysage.

Née du mot danois signifiant « vent », la série Vind puise son inspiration dans l’architecture maritime et les forces naturelles qui façonnent le littoral du Louisiana Museum of Modern Art, situé à Humlebæk au Danemark. Conçue spécifiquement pour les espaces extérieurs du musée, cette collection de mobilier signée par le designer Kasper Salto incarne une approche du design à la fois humble, fonctionnelle et profondément contextuelle. « La chaise Vind est un outil pour s’asseoir, ce n’est pas une oeuvre d’art. Elle est conçue pour bien servir les gens, comme un hôte discret », confie le designer. La collection privilégie ainsi une expression calme, presque silencieuse, où chaque détail sert l’usage.

Collection outdoor Vind, design : © Fritz Hansen

La précision du geste discret

Les structures en aluminium thermolaqué, légères, durables et recyclables, assurent solidité et longévité, tandis que les assises, tressées à la main à partir de près de 150 mètres de corde en polyester, apportent texture et confort. Un travail artisanal qui requiert jusqu’à quatre heures par pièce et confère à chaque assise de subtiles variations, révélant un équilibre maîtrisé entre précision industrielle et geste humain. La collection Vind prolonge ainsi l’héritage de la chaise ICE™, conçue par Salto pour le café du musée au début des années 2000, tout en répondant à un autre esprit du temps : celui de la durabilité, de la simplicité et du « moins mais mieux ». Composée d’un fauteuil, d’une chaise et d’une table, la série s’intègre prend naturellement sa place au cœur des jardins, terrasses et espaces d’accueil, sans jamais rivaliser avec son environnement. Une présence juste, pensée pour accompagner le paysage plutôt que le dominer.

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5/3/2026
Le design radical allemand exposé à la Pulp Galerie

Pour l’ouverture de son nouvel espace, rue de Seine, la Pulp Galerie présente une exposition dédiée au collectif radical allemand Pentagon Gruppe.

Cinq designers mais une seule perspective : la radicalité de l’objet. Pour l’ouverture de son nouveau showroom, Pulp Galerie, fondée par Paul Ménacer-Poussin et Paul-Louis Betto, met à l’honneur le collectif allemand Pentagon Gruppe jusqu’au 21 mars. Composé de Gerd Arens, Wolfgang Laubersheimer, Reinhard Müller, Ralph Sommer et Meyer Voggenreiter, le groupement met en avant l'esthétique du non-fini. Fondé en 1985 à Cologne, en pleine guerre froide, Pentagon Gruppe se constitue avec l’idée qu’une révolution est possible par le design. À l’heure où l'artiste n'est pas vraiment considéré, et où l'interconnexion entre industrie et design est bien loin de celle de l’Italie, les créateurs s’inscrivent à rebours de leur époque. Faisant alors fi du fonctionnalisme et de la sobriété formelle héritée du Bahaus, le studio fait prévaloir l’idée sur le confort. L’objet doit être manifeste, et manifeste est la radicalité. Pièces massives et extrêmement lourdes, rayures apparentes et soudures volontairement grossières, les notions véhiculées doivent être visibles et inhérentes aux objets. À l’image du buffet Seerose de Wolfgang Laubersheimer réalisé en acier et en pierre de lave brute, la structure s’impose.

©narophoto

Une envie de faire bouger les lignes

Si le collectif demeure inclassable - bien qu'il soit objectivement tourné vers une radicalité ou le style domine le reste -, les pièces exposées laissent entrevoir l’idée de mouvement. Une omniprésence que l’on retrouve notamment sur le lit Folding bed reprenant la structure en compas de Jean Prouvé, la bibliothèque Shelf Unit for Cheap Glasses dotée de roulettes ou encore les porte-magazines Mai 68, évidentes transpositions matérielles de l’instabilité qui règne alors en France. Autant de références au secteur industriel. Mais c’est aussi dans une forme plus poétique que cette notion s’incarne. Du cours d’eau miniature abreuvant les plantes de l’imposante table Amazonia en pierre de ruhr, à la suspension mobile Voyage à Milan sur laquelle un train tourne, le mouvement traduit la liberté de création totale du studio seulement incarné par la froideur des matériaux et la rigidité des volumes. Une approche qui prendra fin après une dizaine d’années d’activité seulement, lorsqu'un ambitieux projet de café d’artiste itinérant et robotisé mènera Pentagon Gruppe à la faillite. Une aventure totale et radicale en tout point que la Pulp Galerie propose de découvrir par le biais d’une vingtaine d’objets.

L'exposition Pentagon Gruppe, Silent Brutality est à découvrir jusqu'au 21 mars 2026 à la Pulp Galerie, 30 rue de Seine, dans le 6e arrondissement de Paris.

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4/3/2026
Unwanted guest : une chirurgie plastique signée Pierre Castignola

Pierre Castignola expose Unwanted guest, une collection de mobilier fabriqué à partir de chaises Pierre Paulin découpées.

C’est sous le plafond argenté de la galerie ITEM IDEM, sorte de factory warholienne où se côtoient, sur des étagères Starck, des créations de Castiglioni ou Sottsass, que Pierre Castignola présente son deuxième solo-show. Une évidence pour le designer influencé par le design radical italien et intéressé par la sémiotique. Fidèle à son approche pour le moins déconstructiviste, ce dernier présente Unwanted guest, une exposition évoquant par son nom « l’idée d’un détournement respectueux de l'œuvre initiale ». Et pour l’occasion, c’est la chaise Tango dessinée par Pierre Paulin qui a été découpée et réassemblée. Inscrite dans la veine du Fauteuil 300, première chaise monobloc sortie en 1972, Tango s’est rapidement imposée dans le paysage quotidien de nos étés. « J'ai récupéré 39 modèles de cette assise à l’occasion de la rénovation de la piscine de Geldrop, en banlieue d'Eindhoven où j’ai fait mes études. Leur couleur rouge m’a beaucoup plu, mais elles sont restées longtemps entreposées dans mon atelier sans que je ne sache comment les utiliser. Et un jour, j’ai décidé d’en prendre quatre, de les découper un peu au hasard et d’observer » explique Pierre Castignola. Une approche radicale qui a alors donné naissance aux premières des 21 pièces qui composent la collection. « Mon premier solo-show portait sur le salon. Pour le second, j’avais envie d’autre chose, et comme je me considère d’une certaine manière invité involontairement dans l’univers de Pierre Paulin, la chambre d'amis m’est venu assez naturellement et elle a induit plusieurs objets allant du lustre au baby-foot. »

Fauteuil Unwanted guest

Un héritage redécoupé

Ni réel hommage, ni rupture totale avec l'œuvre de Pierre Paulin, Pierre Castignola propose une relecture du mobilier initial sous forme « d'innombrables variations. » Comme un passage assumé du sériel à l’unicité des pièces, le designer en profite également pour repenser son approche. « D’habitude, je travaille plutôt du plastique souple. Or celui-ci fait 3 à 4 millimètres d’épaisseur et son inflexibilité a imposé de repenser la démarche. » Outre l’aspect caractéristique de ses objets, le designer livre donc une collection ou les angles deviennent plus saillants, et les courbes davantage imposées par les limites plastiques. « Pour faire le fauteuil, je n’ai utilisé que des zones d’assises découpées, alors que le tabouret est constitué uniquement d’accoudoirs. » Des regroupements par similitudes qui font du designer non plus tant « un façonneur qu’un sélectionneur » orienté tout autant par son imaginaire que par la contrainte. Une particularité structurelle qui a aussi amené le designer à se pencher sur l’héritage de Pierre Paulin. « Quelqu’un m’a expliqué un jour que Pierre Paulin utilisait beaucoup le tube dans ses armatures. C’est quelque chose que j’ai repris ici pour y greffer mon approche et fabriquer quelque chose de nouveau, mais en écho. » Une confrontation entre deux univers, autant qu’entre deux époques radicalement opposées.

L’exposition Unwanted Guest de Pierre Castignola, à retrouver chez ITEM IDEM, 12 rue Bleue Paris dans le 9e arrondissement de Paris, du 4 mars au 12 avril 2026.

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26/2/2026
Gaudí réédité par BD Barcelona

En collaboration avec Monde Singulier, BD Barcelona réédite la collection de mobilier conçue par Antoni Gaudí pour la Casa Calvet et la Casa Batlló entre la fin du 19e et le début du 20e siècle. Entre rigueur structurelle et élans organiques, ces pièces historiques, reproduites à l’identique en chêne massif, réaffirment la modernité radicale d’un créateur pour qui architecture et design ne faisaient qu’un.

En relançant la Gaudí Collection, BD Barcelona remet en lumière un pan essentiel de l’œuvre d’Antoni Gaudí : son mobilier. Souvent éclipsées par la puissance iconique de ses bâtiments, ces pièces conçues entre 1898 et 1906 témoignent pourtant d’une vision totale, où chaque détail participe d’un même souffle créatif. Chaises, bancs, tabourets, portemanteau, miroir ou poignées de porte prolongent l’architecture dans l’espace domestique avec une cohérence rare.

Chaise Battló

Dès la Casa Calvet (1898-1899), première grande commande résidentielle de l’architecte à Barcelone, Gaudí dessine un ensemble de meubles en chêne pour les bureaux du rez-de-chaussée. Deux ans plus tard, il transforme la Casa Batlló (1904-1906) en manifeste organique et conçoit pour la salle à manger un mobilier sculptural devenu emblématique. Ces créations, aujourd’hui conservées au musée Gaudí du Park Güell, trouvent avec BD une nouvelle vie à travers des reproductions fidèles, réalisées selon les méthodes artisanales d’origine en chêne massif verni.

L’organique comme structure

Chez Gaudí, la ligne n’est jamais décorative : elle est constructive. Les dossiers se déploient comme des vertèbres, les pieds s’élancent tels des membres, les accoudoirs s’enroulent avec la tension d’un muscle. La célèbre Calvet armchair, assemblée à partir de cinq pièces formant un “cou” épais, des poignées arquées et un dossier en cœur, incarne cette synthèse entre expressivité et stabilité.

Fauteuil Calvet

Le Calvet stool, tripode et compact, joue d’une présence presque zoomorphe, tandis que le banc Calvet développe une structure fluide ponctuée de motifs floraux sculptés. À la Casa Batlló, la chaise et le banc adoptent des courbes plus osseuses encore, en écho aux balcons ondulants et à la toiture évoquant l’échine d’un dragon. L’assise, creusée avec précision, offre un confort surprenant, preuve que l’ergonomie occupait déjà une place centrale dans la réflexion du maître catalan.

Tabouret Calvet

L’exactitude comme hommage

BD est la première marque à rééditer ces pièces historiques, en respectant scrupuleusement matériaux et techniques traditionnelles. Chaque meuble est réalisé en chêne massif verni, numéroté et accompagné d’un certificat signé par le directeur de la Cátedra Gaudí garantissant son authenticité. Mais cette fidélité n’a rien de nostalgique. Elle rappelle au contraire combien ces formes demeurent actuelles. À l’heure où le design contemporain revendique organicité, expressivité et hybridation des disciplines, le mobilier de Gaudí apparaît d’une modernité intacte. Plus d’un siècle après leur conception, ces meubles ne relèvent ni du pastiche historique ni de la simple réédition patrimoniale : ils s’imposent comme des objets manifestes, où artisanat, sculpture et fonctionnalité s’équilibrent avec une audace toujours contemporaine.

Banc Battló
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