Groupe Accor : vers une redéfinition de la proximité
Concept Novotel par Hypothesis

Groupe Accor : vers une redéfinition de la proximité

Accor, un leader mondial de l’hôtellerie de l’hôtellerie, a connu une baisse de son chiffre d’affaires de 55 % en 2020 mais a pu disposer d’une trésorerie suffisante pour tenir le choc face à la crise du Covid-19. Surtout, grâce au design et à ses multiples expérimentations, Accor anticipe les bouleversements sociétaux et change de modèle avec agilité. Rencontre avec Damien Perrot, directeur du design pour le groupe.

Damien Perrot, directeur du design, groupe Accor

Damien Perrot, global senior vice-president design de l’hôtelier depuis six ans, est aux premières loges pour déceler les signaux faibles et analyser les grandes tendances. « Tout ce qui va nous permettre de vivre à quinze minutes de chez soi va prendre de plus en plus d’importance. Les prémices étaient en cours, mais le Covid-19 a tout accéléré, explique le designer. Dans 30 ans, il y aura une augmentation de 60% de la population mondiale citadine et les mètres carrés ne sont pas extensibles. Travailler seulement sur la mobilité ne suffit pas, il faut donc recréer des écosystèmes et trouver des moyens de vivre dans des espaces plus petits. Pourquoi, par exemple, ne pas aller faire sa cuisine à l’hôtel ? Il va aussi loger des locaux. Nous ne sommes qu’à l’aube du développement de nouveaux services. Le coworking n’est qu’un début.»

Concept Novotel par RF Studio

Proximité : l’hôtel mobile

« Quand on va à l’hôtel, ce n’est pas pour l’hôtel mais pour dormir dans un lieu proche du but du voyage : un concert, un événements sportif… On y va pour pouvoir vivre une passion. Notre but est de magnifier ce moment. »
Majoritairement situés en centre-ville, les hôtels sont souvent placés loin des événements qui se déroulent en périphérie ou en pleine nature. L’hôtel éphémère, construit à partir de chambres mobiles, est une première solution.

À deux pas de la piste des 24 Heures du Mans, au cœur des Rencontres photographiques d’Arles, à la Biennale d’architecture de Bordeaux ou sur les pistes d’Avoriaz…  Flying Nest, dessiné par Ora-Ïto en 2018 et conçu à partir d’une combinaison de containers (un pour une chambre), peut s’installer n’importe où en une semaine et pour une durée limitée. «  Les clients qui ont la possibilité de séjourner dans un hôtel Raffles peuvent aussi bien dormir dans 12 m2 confortables et aménagés simplement s’ils peuvent profiter d’une expérience particulière », souligne ainsi Damien Perrot. La singularité du moment, le côté éphémère rajoute aussi à la personnalisation. Sur le même sujet de la passion, les clients fans de foot pourraient aussi profiter, lors d’une rencontre internationale, d’un accueil par Didier Deschamps dans un package nuit + rencontre qu’Accor développe aussi dans ses hôtels plus traditionnels.

Poursuivant avec une déclinaison moins haut de gamme de ce modèle, l’innovation lab du groupe expérimente depuis 2019 Le Loft, 30 m2 habitables pour six personnes avec terrasse, cuisine et salle de bains, autonome en eau et en électricité pendant trois jours et facilement déplaçable. Cette maison mobile a été conçue en collaboration avec les équipes design du groupe ainsi qu’en externe avec Gruau, expert français de la transformation de véhicules, le studio Penson . À chaque fois, en termes de mobilier et de structure, il s’agit de faire léger, pratique et confortable.

Avec le renouveau des voyages en camping-car, et plutôt que de louer des vans, Accor propose des road trips, soit des parcours définis à l’avance avec accueil particulier dans les hôtels du groupe, ou buttler, dans des lieux plus surprenants. L’idée est de toujours proposer un service hôtelier mais aussi de multiplier les lieux.  

© Erwan Fiquet

Testé en 2018 et designé par le Français Ora Ito, Flying Nest est hôtel mobile et modulable se monte rapidement à proximité des événements sportifs et culturels pour permettre à ses résidents d’être au plus près de l’action avec tout le confort nécessaire.

L’hôtel ouvert sur la ville

« J’avais un fantasme depuis longtemps : pourquoi ne pas aller à l’hôtel dans la ville dans laquelle on vit ? »

Jusqu’ici, les hôtels étaient focalisés sur le voyageur, son besoin de retrouver comme la volonté de lui offrir  les mêmes standards partout dans le monde – il avait ainsi ses repères, savait à quoi s’attendre (ce qui avait également l’avantage de réduire les coûts de l’hôtelier). Le but était de plutôt l’isoler du reste de la ville avec des vitres teintées, des espaces de vie sur cour intérieure, entre le cocon et l’entre-soi protecteur. L’émergence du tourisme urbain et d’Airbnb – qui permettait, au début, de rencontrer les locaux en séjournant chez eux – a changé le rapport au voyage : découvrir les pays par les villes, en dehors des circuits touristiques habituels, vivre comme les citadins locaux s’affirme comme une tendance durable.

De plus, le mouvement « flygskam », la honte de prendre l’avion face à l’urgence climatique, né en 2018 en Suède, laisse augurer une baisse du trafic aérien, amplifiée par la crise du Covid-19 et la multiplication des outils de visioconférence qui permettent de limiter les voyages d’affaires en saut de puce. Résultat : les hôteliers doivent trouver une nouvelle clientèle pour remplir leurs chambres et le voisinage est sans doute son meilleur atout. La stratégie engagée dès 2008 par les hôtels Mama Shelter (Accor prend un tiers du capital en 2014) implantés dans des quartiers populaires et dont les restaurants et bars fréquentés par la clientèle locale réalisent la moitié du chiffre d’affaires va servir de modèle à nombre d’hôteliers. Soirée DJ, projections de films mais aussi rooftops qui offrent un autre panorama sur la ville… Les animations satisfont les voyageurs comme les habitants du voisinage.

Avec l’enseigne Jo & Joe, le groupe répond plus précisément aux envies des jeunes générations : un hôtel fréquenté aussi par la population locale dans ses parties communes grâce à ses animations et des chambres qui permettent d’accueillir des groupes d’amis.

L’ouverture sur la ville peut aussi se concrétiser de manière symbolique et visible physiquement : en modifiant les façades d’un Ibis au Brésil, avec son mobilier qui traverse la façade, ou encore à Barcelone, avec un trottoir qui pénètre à l’intérieur de l’hôtel.

Proximité multiple : voyageur à deux pas et travailleur à l’étranger

« On n’a pas besoin de faire 600 kilomètres pour partir en vacances. »

Un bref séjour à l’hôtel Molitor à Paris pour une Parisienne qui veut profiter à plein de la piscine, deux jours au cinéma-hôtel Paradiso (imaginé par MK2, sans lien avec Accor) pour voir des films à gogo dans sa chambre et sur grand écran… La micro-aventure peut prendre toutes les formes qu’il reste encore à imaginer avec plongée dans un univers particulier avec la décoration à l’avenant ou simplement découverte d’un quartier « comme si l’on y habitait ».

« À l’inverse, si on fait 600 kilomètres, ce sera pour rester plus longtemps, travailler tout en découvrant le pays. »

Les résidences de long séjour dans l’hôtellerie ont augmenté de 20 % en 2020 et pourraient encore croître. « On pourrait découvrir la Chine pendant deux mois en combinant semaines de vacances et travail, souligne Damien Perrot. Cela permettrait de réduire son empreinte carbone et de connaître un pays plus en profondeur. »

Concept Novotel par Sundukovy Sisters

Flexibilité et modularité : des espaces et du mobilier hybrides

« Je ne crois pas à la transformation des espaces mais plutôt à un usage différent suivant les moments, en modifiant l’atmosphère. Je suis plutôt partisan d’une fonction primaire et d’une fonction secondaire. »

De la même façon que les différences s’effacent entre les voyageurs et les locaux, que les frontières entre la façade de l’hôtel et l’aménagement urbain se floutent, les espaces de l’hôtel se font hybrides et peuvent changer suivant les moments de la journée.

Avec l’ordinateur portable ou la tablette, il est devenu possible de travailler en tout lieu et dans toutes les positions (à table, dans un fauteuil, couché). « À l’hôtel, le travail n’a pas à être une punition. Je n’ai pas envie d’une salle morbide, note Damien Perrot. Nous avons cessé de créer des espaces par fonctions pour favoriser l’atmosphère : je peux être au bar pour finir d’envoyer des e-mails, par exemple. » Puisque sur une table il est possible de travailler, de jouer, de manger comme de signer un contrat, « il suffit peut-être de changer la lumière ou le confort d’une chaise pour répondre à un nouvel usage, poursuit le directeur du design. Ce qui importe, ce sont les services offerts : connexion de bonne qualité, choix entre espaces cosy et plus conviviaux… à chacun de trouver sa place préférée ».

De l’importance du design et des modifications dans le mobilier

« Le côté clinique des objets, je n’y crois pas. C’est leur cycle de vie qui va devenir toujours plus important. »  L’avantage dans l’hôtellerie, c’est que, a priori, le nettoyage est permanent et n’a fait qu’être renforcé avec la pandémie. Si l’innocuité des objets reste nécessaire, elle ne doit pas pour autant être visible. Rassurer passe aussi par la familiarité, le confort et, désormais, le moins de production de carbone possible sur un cycle de vie. « Le développement durable est la clé. Il faut moins de matière, du traçage, la réutilisation des déchets… Nous venons de mettre en place un outil pour choisir les équipements et mobiliers qui prennent en compte ces éléments. Nous favorisons plus l’approche de l’impact à long terme des équipements avec les gens avec lesquels nous travaillons que la pose de panneaux solaires. Nous voulons réduire l’empreinte carbone sans aller à l’encontre de l’expérience. »

Concernant la forme du mobilier utilisé, Damien Perrot estime qu’« il faut oublier tout ce qu’on a appris, faire un reset pour réinventer certaines pièces de mobilier et adapter leur ergonomie aux ordinateurs portables comme aux tablettes. Il faut revoir les propositions tout en trouvant des solutions environnementales ».

Et pour cela, rien de tel que les designers : « Il faut cesser avec le design thinking comme méthode et travailler directement avec les designers, explique le vice-président. J’étais impressionné d’entendre le président de Thalès dire qu’il fallait cesser d’embaucher plus d’ingénieurs pour employer des designers qui aident à créer des outils plus fonctionnels. Ils ont la créativité et sont transversaux. Je crois que l’industrie en a conscience, et c’est un bon signe pour l’avenir. »

Rédigé par 
Soizic Briand

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5/1/2026
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La frugalité n’implique pas la médiocrité. Bien choisir l’objet de ses désirs, c’est aimer pour durer, durer pour aimer, préférer le savoir-faire au savoir paraître, l’excellence à la nouveauté. Dans un temps court où tout se vaut, mettant sur un pied d’égalité toute chose créée à partir de bonnes intentions, « Intramuros » célèbre, une fois de plus, le goût du beau, du bien fait et du durable. Qu’ils soient designers, horlogers, galeristes, éditeurs ou industriels, de Jean-Marie Massaud à Lehni en passant par Richard Mille, Flos ou la galerie kreo, tous ont comme point commun l’extrême exigence, le culte de la rigueur au service de la création d’objets ludiques et utiles. Une forme de nouvelle excellence n’ayant aucun besoin de matières précieuses, lourdes ou encombrantes : elle s’exprime d’abord dans la précision, la légèreté, la circularité, l’innovation au service du l’usage, rationnel ou pas. Ni style ni label, l’excellence ne se proclame pas, elle se pratique. À l’heure où l’image circule plus vite que les idées et où la nouveauté prend trop souvent le pas sur la valeur réelle de l’idée et de son exécution, rappeler ce que signifie réellement le savoir-faire devient un acte nécessaire, valorisant une intelligence collective qui refuse de cloisonner création et industrie, usage et poésie, éthique et audace, sobriété et ambition, désir et responsabilité.

Sommaire

Design 360

Design story


Frédéric Sofia x Kettler, radical et sensible
Kann Design : sobriété audacieuse
Studio Œ, matières en exploration
CPRV, Le minimalisme comme bagage
Sophia Taillet, au service de l’émotion


Fritsch-Durisotti, le design sans limites
Keiji Takeuchi, l’art du simple et du sensé.
Samuel Accoceberry Clair-obscur
Adrian Bursell, cocktail scandinave

Amazing !

Thom Browne, élégance subversive
Galerie kreo, designer du design
Lehni, heavy metal
Carré Bleu : l’excellence à la française
Flos : Identités lumineuses
Jean-Marie Massaud : séduire pour durer
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Arts sur table
Matières sensibles
Prix Liliane-Bettencourt : récompenser l’excellence
Bottega Veneta : l’audace comme signature
Steinway & Sons. Haute symphonie
L’horlogerie hors des gonds
Bugatti : hyperbolique

Experimenta
Laboratoire des pratiques durables
Vers une nouvelle grammaire des matériaux


In the air

Technogym x Intramuros : un concours pour imaginer la Home Gym du futur
Paris Déco Off et Paris Déco Home 2026 redonnent la main aux artisans
Shoppe Object bouscule Paris
Au Mobilier national, l’exposition anniversaire célébrait l’art de faire ensemble
Rivalen, fabricants français de luminaires durables.
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17/12/2025
MAISON PERRIER® Art Prize lance sa première édition

Avec le MAISON PERRIER® Art Prize, Perrier crée un concours international pour soutenir et accompagner les artistes émergents en arts visuels.

Héritière d’un nom historiquement associé à la finesse des bulles, MAISON PERRIER® s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle dynamique, tournée vers la création contemporaine. Lancée en 2023–2024 comme une entité à part entière distincte de la marque Perrier, MAISON PERRIER® prolonge toutefois un dialogue de longue date entre la maison et le monde de l’art. De l’Américain touche-à-tout Andy Warhol au publicitaire français Raymond Savignac, jusqu’à Philippe Starck qui célébrait en 2023 les 160 ans de la petite bouteille verte. C’est dans cette continuité que la marque annonce la première édition du MAISON PERRIER® Art Prize, un concours imaginé pour soutenir la nouvelle scène des arts visuels, avec une attention particulière portée à la peinture et au dessin. L’occasion pour Maison Perrier d’accompagner des artistes émergents en leur offrant un soutien financier et une visibilité internationale.

Pour cette première édition, l’entreprise s’est entourée d’un jury aux profils diversifiés :

  • Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou à Paris
  • Fabrice Bousteau, critique d’art, journaliste, conservateur et rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine et du Quotidien de l’Art
  • Jimena Blázquez Abascal, directrice du Centro Andaluz de Arte Contemporáneo (CAAC) à Séville
  • Cathia Lawson-Hall, cofondatrice du Comité d’acquisition Afrique du Centre Pompidou
  • Thomas E. Moore III, directeur exécutif de l’American Friends of the Louvre

Un corpus présidé par l’artiste ghanéen Amoako Boafo, figure majeure de l’art contemporain et reconnu pour ses portraits monochromes réalisés au doigt. Un travail pictural qui a valu, à cet ancien étudiant de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, le prix Walter Koschatzky Art Prize.

Un prix destiné aux artistes

Ouvertes jusqu’au 31 mars à minuit, les candidatures sont destinées aux artistes âgés d’au moins 25 ans et titulaires d’un diplôme en école d’art ou d’un établissement d’enseignement supérieur en arts plastiques, arts appliqués ou design graphique. La sélection s’appuiera sur un portfolio d’œuvres originales réalisées au cours des cinq dernières années, accompagné d’un court texte présentant la pratique, les influences et les ambitions des candidats. Le lauréat de cette première édition sera désigné courant mai par Amoako Boafo. Il bénéficiera d’une résidence artistique et d’un programme de mentorat de six semaines à Accra, au Ghana, au sein de la résidence dot.ateliers fondée par l’artiste. Ce premier temps d’accompagnement se poursuivra en 2027 avec la création d’une édition limitée MAISON PERRIER®, destinée à révéler la vision du lauréat au public international. Une perspective réjouissante, qui mériterait sans aucun doute un petit verre de bulles.

L'artiste Amoako Boafo ©MAISON PERRIER® Art Prize
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5/12/2025
Le nouvel hommage coloré de Monoprix aux années 70

Pour son troisième acte dédié au patrimoine de l’enseigne Prisunic, Monoprix signe un ensemble de rééditions emblématiques des grands noms du design des années 70. L’occasion pour la marque de réaffirmer son lien avec le design et son rôle de passeur entre patrimoine et création contemporaine, sur fond de création accessible à tous.

Pour la troisième fois, Monoprix célèbre le design des années 70 avec une nouvelle collection capsule. Majoritairement issues des catalogues Prisunic, les assises en tubulaire, les tables laquées et les luminaires aux courbes généreuses composent cette édition fidèle et contemporaine, teintée de couleurs pop. L’occasion pour Odil Mir, Jean-Pierre et Maryvonne Garrault ou Henri Delord de signer quelques variations de leurs créations, faisant dialoguer héritage et modernité. En charge de cet événement, Cécile Coquelet, directrice de la création chez Monoprix et responsable du bureau de style, de l’image, du merchandising et des collaborations, a répondu à cinq questions pour mieux cerner les enjeux de cette joyeuse collection, visible jusqu’au dimanche 7 décembre au 5 rue Saint-Merri, dans le 4ᵉ arrondissement de Paris.

©Monoprix


Cette présentation était le troisième acte des rééditions Prisunic. Pourquoi avoir voulu de nouveau faire la part belle aux années 70 ?

Effectivement, nous avions déjà consacré la première édition à cette décennie en 2021, parallèlement à une grande exposition qui avait eu lieu au Musée des Arts Décoratifs de Paris pour les 90 ans de Monoprix, puis en 2023 pour la seconde édition. À chaque fois, nous nous sommes intéressés aux années 70 car elles résonnent beaucoup avec les tendances actuelles. C’est une période où le design était très gai, que ce soit par les tubulaires en acier ou les couleurs pop. C’est ce que nous recherchons dans nos rééditions. Les pièces seventies n'ont pas pris une ride. A l’époque elles étaient modernes et design, aujourd'hui elles sont rétro et design, et c'est ce qui plaît !


Pour cette nouvelle édition, vous avez choisi de mettre à l’honneur les créations d’Odil Mir, de Jean-Pierre et Maryvonne Garrault, d’Henri Delord, ainsi que celles du studio Prisunic. Pourquoi cette sélection d’artistes ?

Odil Mir était à l’époque l’une des rares femmes designers présentes dans le catalogue Prisunic. Mais c’est aussi sa vision qui nous a intéressés, puisqu’elle est sculpteuse de formation, et cela se retrouve beaucoup dans ses objets. Ils sont à la fois sculpturaux et organiques, ce qui apporte une vraie légèreté. Ce mélange en a fait une figure importante des années 70.
Concernant Jean-Pierre Garrault, c’est un créateur qui était d’abord peintre, mais qui a vraiment touché à tout. Avec sa femme, Maryvonne, ils ont été designers textile et ont assuré, entre autres, la direction artistique de Formica. Et puis, au-delà du fait que nous rééditions ses pièces pour la troisième fois, il a aussi mené des collaborations très intéressantes avec Henri Delord, que nous souhaitions également remettre à l’honneur.


Dans quelle mesure avez-vous retravaillé les pièces avec les designers ?

Il y a toujours un travail de recherche que nous menons en interne. Cela passe par les catalogues que nous rachetons ou par des propositions issues des archives personnelles des designers. Il faut comprendre que certaines pièces n’ont jamais été éditées, ou alors en très peu d’exemplaires. C’est le cas des pièces d’Odil Mir. Quoi qu’il en soit, cela nous oblige généralement à refaire les fiches techniques. C'est un travail assez laborieux, mais qui nous permet aussi de rencontrer les designers, mais aussi de collaborer avec Yves Cambier, Francis Bruguière et Michel Cultru, les fondateurs de Prisunic. Ce sont souvent de longs échanges pour déterminer les bonnes couleurs, proches des originales, et comprendre comment l'objet était réalisé à l’’époque. Mais il arrive que nous soyons amenés à modifier des pièces qui se sont arrêtées au stade de prototypes. Je pense notamment à la lampe Lune de Jean-Pierre Garrault, qui était à l'origine en plastique. Outre le fait que ce soit très polluant, le plastique est inenvisageable pour de petites séries de 50 à 400 pièces puisque concevoir un moule pour si peu ne serait pas rentable. Nous avons donc opté pour de l'opaline. Finalement, on réfléchit beaucoup, avec la volonté d’être toujours au plus proche du dessin des années 70.

©Monoprix


Dans l’exposition visible jusqu’à dimanche, on retrouve d’autres typologies d’objets. Pourquoi avoir cette diversité ?

Pour la simple raison que Prisunic proposait un éventail d’objets très varié. Par exemple, au milieu des années 50, Andrée Putman avait réalisé des lithographies d’œuvres d’art en séries très limitées et vendues à 100 francs l’unité. En 2025, nous avons réédité des affiches dessinées par Friedemann Hauss en 1969. À l’époque, on retrouvait des motifs Prisunic sur toute une série de petits objets, notamment de la papeterie. C’est ce que nous avons refait pour ce troisième acte, avec des typologies allant du tablier au sac cabas, en passant par la vaisselle.
D’ailleurs, lorsque l’on parle d’archives, c’est vraiment cela. Le motif que l’on retrouve par exemple sur les assiettes provient d’un motif que notre graphiste Lucie Lepretre a retrouvé au cours d’une brocante sur de vieux objets Monoprix, et qu’elle a redessiné.


On parle de Prisunic et de rééditions, mais Monoprix c’est également des collaborations avec des designers contemporains. Comment cela s’articule ?

Pour bien comprendre, il faut remonter un peu en arrière. Monoprix a été créé en 1931 par les Galeries Lafayette et Prisunic en 1932 par le Printemps. Longtemps, il y a eu une course à l’inventivité, mais Prisunic s’est rapidement distingué avec une première collaboration avec Terence Conran en 1969. Ce fut le début de 18 éditions de catalogues où se sont succédé les designers. Le grand tournant a lieu en 1997 lorsque les deux marques fusionnent. Prisunic garde son bureau de style et Monoprix sa centrale d’achat. De cette fusion naît une première collaboration en 2000, en faisant de nouveau appel à Terence Conran. Puis il y a eu un vide pendant plusieurs années, avant que nous ne décidions de relancer ces collaborations avec India Mahdavi, Axel Chay et Jean-Baptiste Fastrez, mais aussi un partenariat avec l’École Camondo, le magazine Milk ou encore la chanteuse Jain.
L’idée, c’est d’étonner les clients avec de nouvelles choses. Nous sommes très libres, mais avec une stratégie commune : rendre le beau accessible à tous. Et c’est ce que nous avons souhaité avec la collection visible jusqu’à dimanche, rue Saint-Merri à Paris.

©Monoprix
Temps de lecture
5/12/2025
Julie Richoz enrichit sa collection Cicala pour Tectona

Huit ans après le lancement de Cicala, initialement composée d’une chaise et d’une table à manger, la designer Julie Richoz s’est réapproprié la collection pour imaginer cette fois un salon de jardin. De nouvelles pièces qui associent teck et inox, dans la continuité du travail entamé en 2017.

« Quand j’ai imaginé cette collection, j’avais envie de rendre le teck plus aérien et dansant, car je trouve qu’il est souvent associé à quelque chose d’assez lourd », explique Julie Richoz en évoquant la genèse de Cicala, lancée par Tectona en 2017. Mise au défi de revisiter cette collection pour en proposer une déclinaison, elle signe cinq nouvelles pièces : un fauteuil, deux canapés 2 et 3 places, ainsi qu’une table basse et une table d’appoint en granit. Comme pour les premières pièces, l’ensemble est empilable pour toujours plus de praticité. Le tissu des canapés sera proposé dans une version sable, avec la possibilité de le personnaliser selon les besoins ou les projets. Julie Richoz dévoile ici des pièces aux lignes rondes et aux volumes généreux, qui n’attendent plus que le retour des beaux jours pour briller !

À gauche : première partie de la collection Cicala, composée de la chaise et de la table à manger © Tectona / À droite : le nouveau fauteuil de la collection Cicala © Tectona

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