Lafuma Mobilier : “Nos clients cherchent du mobilier pérenne”
Chaises et table de la collection Balcony, Lafuma Mobilier 2023 © Pierrick Verny

Lafuma Mobilier : “Nos clients cherchent du mobilier pérenne”

Parmi les acteurs français de l’outdoor, Lafuma Mobilier s’est distingué ces dix dernières années en opérant un repositionnement de ses gammes. Après avoir repris les rênes de l’entreprise en 2014, Arnaud du Mesnil a construit avec ses équipes une stratégie de développement fondée sur ces convictions : miser sur la valorisation d’une fabrication française et sur la valeur apportée par le design, en perfectionnant le style et le confort, en travaillant en interne ou en faisant appel à des designers externes comme Big Game. L’entreprise est présente sur les deux marchés, particulier et contract, et n’hésite pas à « sortir » du cadre avec des collections capsules. Le studio de design interne et Baptiste Neltner, directeur du marketing et des collections nous partagent leur vision du secteur de l’outdoor.


Retrouvez notre dossier spécial outdoor dans le numéro 215 d’Intramuros.

‍

Comment avez-vous vu évoluer le marché de l’outdoor ces dix dernières années ?

La dernière décennie a été marquée par un engouement fort pour les espaces extérieurs qui ont été aménagés comme de véritables pièces de vie à part entière. La crise COVID, accompagnée d’un besoin vital de se ressourcer chez soi, a encore accentué cette tendance avec la création d’espaces complets : balcon, repas, lounge et bord de piscine. On a vu aussi beaucoup de personnes migrer vers la campagne avec des habitations plus grandes et des envies de produits plus généreux et plus confortables, mais aussi plus respectueux de l’environnement.

Des nouveaux segments sont-ils apparus ?

Plus que de nouveaux segments, on remarque la prise de conscience des enjeux environnementaux par nos clients et leur volonté de faire durer leur mobilier. Ils cherchent des pièces pérennes au design intemporel. Ils sont de plus en plus attentifs aux lieux de fabrication et à l’impact carbone de leur achat. Par ailleurs, avec la pression immobilière, on constate que les terrasses se densifient avec un besoin croissant en petits formats.

Maxi Transat Plus, Lafuma Mobilier 2023 © Pierrick Verny

‍

Quelles évolutions dans les attentes des consommateurs/usagers constatez-vous ?

L’écoconception et la durabilité des matériaux sont pour nous des axes majeurs de développement tant en France qu’à l’international. Nos clients ne veulent plus de produits « jetables ». Ils sont nombreux à nous acheter des pièces de rechange dont notre gamme s’étoffe année après année.

‍

Que constatez-vous en termes d’acteurs du secteur ? Cela a-t-il modifié votre positionnement ?

‍

Lafuma Mobilier étant déjà un acteur majeur du mobilier durable, tant du point de vue de la qualité produit (garantie 5 ans) que de l’impact environnemental (produits écoconçus, sourcing 100% local, réparabilité), ces tendances de fond nous ont plutôt confortés dans nos choix et nous poussent à aller encore plus loin.

Transabed, Lafuma Mobilier 2023 © Pierrick Verny
Chaises A propos, Nationale 7 Lafuma Mobilier, 2022 © Pierrick Verny

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

Cela a-t-il  modifié vos process de production ?

Pas particulièrement. Nous améliorons en continu nos process de fabrication avec des investissements réguliers afin de réduire encore notre impact environnemental. En parallèle, nous cherchons à proposer plus que du mobilier outdoor en travaillant sur des solutions complètes de proximité pour nos clients. Aujourd’hui, nous nous positionnons comme producteur local et responsable de référence.

‍

Comment avez-vous été impactés par le Covid ?

Cette période a été très complexe avec une très forte demande qu’il fallait servir rapidement sachant que des tensions importantes sur les approvisionnements nous obligeaient quasiment à travailler au jour le jour. Nos équipes ont été exemplaires et particulièrement réactives.

‍

Table de jardin Oron, Lafuma Mobilier 2022 © Pierrick Verny

‍

Avez-vous une équipe de design intégrée ?

Nous avons une équipe de Design & Style intégrée au service Collections & Marketing. Tout est pensé et conçu dans nos ateliers de production à Anneyron (26) et dans l’Ain (01).  Nous avons placé le Bureau d’études au centre de tous les services, comme une mini-usine, afin de placer le produit et la R&D au cœur de nos réflexions.

‍

Que vous apportent des collaborations avec des designers externes ?

Nous travaillons nos messages et notre storytelling saisonnier avec des agences de communication partenaires qui nous apportent un autre regard sur notre marque et nos collections. C’est une prise de recul bénéfique qui nous permet de toujours nous positionner à la place de nos clients et de trouver la bonne manière de faire savoir qui nous sommes et ce que nous fabriquons.

‍

Avez-vous monté des opérations spéciales ?

Nous avons fait de nombreuses collaborations, comme le maroquinier français Bleu de Chauffe ou encore avec la maison Jean-Paul Gaultier, emblème de la mode française. Nous avons aussi lancé de nombreux concours ou partenariats avec des acteurs du made in France aux valeurs similaires aux nôtres, qui nous ont permis de faire connaitre notre expertise et notre savoir-faire français d’excellence (label EPV obtenu en 2021). Les retombées sont multiples tant en print qu’en digital, avec un engouement véritable pour notre démarche d’écoconception sincère et transparente.

Chaises A propos, Nationale 7 Lafuma Mobilier, 2022 © Pierrick Verny
Table de jardin Oron, Lafuma Mobilier 2022 © Pierrick Verny

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

‍

Quelles évolutions majeures voyez-vous dans la conception?

Sans surprise, on constate que les basiques du métier restent des piliers de la conception. Les phases de sketches, modélisation et prototypage structurent vraiment notre réflexion, mais il est vrai que l’impression 3D a pris une place importante et nous permet de gagner en efficacité et en précision. La réalité augmentée nous aide aussi à projeter nos modèles dans les environnements de nos clients et conforter leur choix.

Vous annoncez un positionnement fort en terme de RSE ?

Nous travaillons intégralement avec des matériaux sourcés et transformés localement en France ou dans les pays limitrophes pour limiter nos émissions de CO2, ainsi que pour garantir une maîtrise de la qualité et une durabilité maximum de nos gammes.

Sur le plan des matériaux, nos aciers comportent jusqu’à 75 % de matière recyclée, notre aluminium 80 %, nos plastiques 17 % et nos cartons 100 % avec des cales en mousse faites à partir de filets de pêche recyclés. Nos nouveaux tapis sont issus du recyclage de bouteilles plastiques PET recyclées, et nous avons mis en place il y a 2 ans une collection 100 % upcyclée, appelée Nationale 7 par Lafuma Mobilier.

Notre production respecte les standards les plus stricts en terme de rejets de polluants. Enfin, nous menons une politique de réduction drastique de nos déchets en production avec de nombreux projets internes de réutilisation/revalorisation.

Comment travaillez-vous avec les prescripteurs?

Nous travaillons le plus souvent en direct avec nos clients que notre équipe de designers d’espace intégrée accompagne dans la réalisation du projet. Nous sommes capables de suivre nos partenaires des moodboards jusqu’à la réalisation des plans complets d’aménagement. Nous avons récemment travaillé avec Christele Ageorges avec nos petits pliants cuir issus de notre collaboration avec Bleu de Chauffe qu’elle a sélectionné pour la Manufacture Royale de Lectoure. Un projet incroyable !

‍

Chaises et table de la collection Balcony, Lafuma Mobilier 2023 © Pierrick Verny

‍

Quels axes de recherche & développement sont pour vous incontournables ?


L’enjeu principal et majeur pour le secteur est le contrôle et la réduction de son impact environnemental :

  • Limiter notre consommation en travaillant la durabilité des produits et leur réparabilité
  • Continuer à travailler avec des fournisseurs proches de notre lieu de fabrication pour limiter les émissions de C02
  • S’engager sur la qualité des matériaux et leur résistance  et qu’ils nécessitent peu d’entretien pour l’utilisateur
  • Travailler la recyclabilité des produits et leur traitement en fin de vie

‍

Quelles évolutions des usages percevez-vous ?

‍

La multifonctionnalité des produits avec en particularité le développement des usages in & outdoor est une évolution importante.

Le repas reste l’achat de référence sur le marché avec deux types d’offre : une première, très compacte, que nous adressons avec notre gamme Balcony et une seconde plus généreuse et représentée par notre gamme Oron. En parallèle, on constate un développement fort du segment lounge que nous travaillons activement.

‍

Rédigé par 

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
3/11/2026
BrichetZiegler, designers-makers

Depuis 2010, le studio BrichetZiegler explore le design comme un terrain d’expérimentation permanent. Entre Paris et la Haute-Savoie, le duo développe une pratique libre où dessin, autoproduction et collaborations avec les éditeurs se nourrissent mutuellement.

‍

Pierre Brichet et Caroline Ziegler se rencontrent en 2006 par l’intermédiaire du collectif de designers Dito, pour lequel ils travaillent sur des projets d’expositions élaborées « à autant de mains que de personnes », en parallèle de leur activité en agence. Assez rapidement, ils commencent à se voir en dehors du collectif : « Très vite nous nous sommes retrouvés de temps en temps pour dessiner. Nous ne savions absolument pas où cela allait nous mener, il n’y avait pas de vision claire ; cela a commencé simplement, de manière spontanée. » Une spontanéité et une complémentarité d’idées qui finissent par les convaincre de créer leur studio en 2010, à la suite de l’élaboration de leur première collection phare : la gamme outdoor Week-end, qui sera d’abord éditée par Oxyo en 2012 avant d’être reprise par Petite Friture en 2017.

Collection Week-end, Petite Friture

Créer avec liberté

Au-delà de l’aspect purement design, le duo ressent surtout un besoin de liberté dans la création, nourri par l’émulation entre les deux designers qui conçoivent tous leurs projets ensemble, de la première esquisse à la finalisation. « Nous aimons avoir ce côté page blanche au démarrage d’un projet, où nous nous accordons une vraie liberté. Nous nous montrons beaucoup ce que nous faisons, nous en discutons et c’est ce qui généralement débloque les choses. Souvent, le déclic, c’est nous qui le provoquons. » Un déclic qui peut naître d’un croquis, d’une image ou d’une simple phrase, mais aussi à travers une maquette ou un prototype. Car fabriquer et donner vie aux objets n’est pas l’étape d’après, mais bel et bien une partie intégrante du processus. C’est ainsi que, au cœur de la Haute-Savoie, au sein d’un atelier familial devenu laboratoire, les designers testent, maquettent et prototypent la plupart de leurs pièces, en parallèle de leur travail dans leur studio parisien. Une double approche à travers laquelle chaque projet alimente le suivant et ouvre un champ d’expérimentations unique.

Table Drift, Theoreme Editions © Brice Chatenoud

Entre autoproduction et édition

En 2015, ils décident de pousser le procédé encore plus loin avec le projet By Hands, une collection d’objets en autoproduction et en série limitée qui leur permet de montrer l’étendue de leur savoir-faire et qui fera naître plusieurs collaborations. La lampe Ombre portée est repérée par DCW Éditions et devient Niwaki en 2023 – qui n’est autre que la lampe installée sur le bureau du président Macron. Les étagères en bois Feuilles volantes sont, quant à elles, reprises en céramique par l’éditeur Moustache sous le nom d’Isola, tandis que Pulpo s’empare de la chaise Fine Lame qui devient le fauteuil Pilota. « Le fait de fabriquer à l’atelier nous permet d’avoir le produit rapidement et sans frustration. Nous pouvons ainsi tester le confort, voir ce qui marche et repérer directement les points faibles. » Grands passionnés de chaises, ils présentent dans un tout autre registre, lors de la Paris Design Week 2023, « The Wild Chairs », une exposition de dix prototypes issus d’expérimentations. La série s’installe ensuite au Labo lors de la Design Week de Milan en 2024, avant d’être acquise par le CNAP.

Lampe Niwaki, DCW Editions

Côté édition, le duo compte de nombreuses collaborations, notamment avec Habitat sur la table Torii, Toulemonde Bochart avec le tapis Brindilles, Eventail et Facette ou encore la Maison Drucker avec la chaise Valmy, pour ne citer qu’eux. En parallèle, le studio poursuit sa collaboration avec Petite Friture autour de la gamme Week-end, dont une version de canapé outdoor est prévue pour début 2027. Fin 2025, ils présentaient avec Theoreme Editions la chaise en bois massif Drift, aux lignes brutes et aux allures de pièce de galerie, mais qui n’en reste pas moins fonctionnelle, tandis que la table a été dévoilée en mars dernier.

Tapis Facette, Toulemonde Bochart

Début janvier 2026 à l’occasion du salon Maison&Objet, ils dévoilaient le tabouret à roulettes tout-terrain Grid avec 13Desserts, ainsi que la chaise Cut, issue de la série Industrial Art, avec Pulpo. Pour ce qui est des collaborations à venir, le duo a plusieurs projets en cours, notamment un buffet pour Kann Design qui devrait être révélé en janvier, ainsi que de nouvelles lampes pour DCW, prévues au printemps.

Tabouret Grid, 13Desserts

Laisser une trace

« Nous n’avons jamais cherché à avoir un style reconnaissable d’un produit à l’autre. Nous préférons dessiner des formes sculpturales et expressives. Nous aimons imaginer des objets différents de ce qui existe déjà, parce qu’ils racontent autre chose. » Plus que la recherche d’une identité formelle, il y a d’abord l’envie de créer des pièces qui marquent – des « ovnis », comme ils aiment les appeler – à l’image du tabouret Mezzadro des frères Castiglioni et de la chaise Zig Zag de Gerrit Thomas Rietveld, qu’ils citent volontiers comme références. « Il faut beaucoup de patience et de résilience, mais, au fond, nous cherchons surtout à concevoir des objets qui ont une certaine force et qui peuvent s’intégrer partout, traverser les modes afin de tenir dans le temps. »

Canapé outdoor Week-end, Petite Friture
Temps de lecture
29/10/2026
L.I : un projet gonflé, Prix spécial du concours Mobilier national - Jeune création

Prix spécial du concours Mobilier national – Jeune création, la table et les chaises L.I imaginées pour le Conseil des ministres proposent de nouvelles approches du design contemporain grâce à la technique du Drop Stitch et du carbone recyclé.

L.I, deux lettres pour légèreté et innovation. Trouvé « un peu à la dernière minute », le nom de la table et des chaises imaginées par Yanis Bontemps, Paul Seiller et Victor Galineau privilégie le factuel au lyrisme des appellations. Une absence de fioritures en écho à l’approche du trio, constitué lors de leur dernière année d’études à l’Ensaama pour répondre à l’appel à projets du Prix de la jeune création du Mobilier national. Le défi ? Proposer un ensemble de mobilier facilement installable et pouvant être stocké sur un monte-charge pour la salle du Conseil des ministres de l’Élysée. Une double contrainte sur laquelle les trois designers travaillent pendant plusieurs années avec l’ARC. Livré pour les Journées du patrimoine 2026, le projet avait déjà été récompensé en 2020 par un Prix spécial imaginé pour ce projet.

© Julien Seiller

 

Une table gonflable

« Le concept initial de la table était de la faire gonflable pour qu’elle se déploie rapidement », explique Yanis Bontemps. L’idée porte les trois étudiants d’alors à s’intéresser au Drop Stitch fabriqué par la société Musthane. « Pour faire simple, il s’agit d’une membrane gonflable dont les deux parois, haute et basse, sont reliées entre elles par des fils de nylon cousus. Par un phénomène physique, la structure se met en tension lorsqu’elle est gonflée et offre quelque chose de très rigide avec une simple pression d’un bar. » Utilisée dans certains paddles, cette technologie est aujourd'hui principalement présente dans le secteur militaire, notamment sous forme de coussins pour la réparation d’ailes d’avions.

Autoportant, le Drop Stitch amène le studio à imaginer une table dans laquelle le monte-charge n’est pas un simple outil de transport, mais devient un élément constitutif. Utilisé comme pied central, le chariot est pourvu d’une structure dépliable dotée de huit pieds en aluminium sur lesquels se déploie le plateau elliptique. « Ce projet était surtout guidé par des contraintes sémantiques plus que par la technologie. Au début nous avions imaginé une table ronde, mais c’était difficile à replier et ce n’était pas dans les codes habituels. Donc nous nous sommes laissé guider par les codes existants » raconte Paul Seiller.

©Julien Seiller

 

Faire parler la matière brute

Pour accompagner cette table, les trois designers ont dessiné seize chaises. Réalisées à partir de 56% de résine biosourcée provenant de filières végétales et d’une mousse époxy, elles ont également été l’occasion de travailler le carbone recyclé. « Pour que la chaise soit en accord avec la praticité de la table, nous étions partis sur ce matériau léger. Mais ça nous a amené à se demander comment utiliser de manière responsable une matière loin d’être "écolo". » Les designers se tournent alors vers Workshape. « En chauffant à très haute température des déchets issus de différentes filières, comme l’automobile, cette entreprise parvient à séparer les composants dont le carbone. En travaillant avec elle on a pu récupérer le carbone sous forme de feutrine que nous avons moulée puis cuite. » Une technique de recyclage à l’origine des coques de sièges aux lignes tendues et aérodynamiques. « Notre envie était de faire parler la matière brute. Faire entendre un langage industriel à travers le mobilier d’exception. C’était relativement exploratoire, d’autant qu’aucune des deux sociétés sollicitées n’avait fait de mobilier jusque-là. » Outre l’anodisation et la maroquinerie, ce projet concentre des technologies appliquées pour la première fois au secteur du design contemporain. Des approches nouvelles qui enrichissent, grâce aux idées des trois designers et à l'innovation de l’ARC, l’étendu des techniques et savoir-faire français.

Temps de lecture
29/10/2026
À EspritContract, une chambre qui déraille

Pour sa quatrième édition, qui se tiendra Porte de Versailles du 21 au 24 novembre, le salon EspritContract présente « La chambre qui déraille ». Une exposition portée par Figurz, CHHO Studio et Malvaux Interior, qui donne à voir les défauts récurrents de la conception hôtelière.

Il paraît que l’on apprend de ses erreurs. En architecture, c’est un petit peu plus compliqué. Défauts altimétriques, d’homogénéité ou opérationnels, leur diversité ne connaît pas de limites. Une problématique mise à l’honneur d’EspritContract cette année. Pour sa quatrième édition, le salon parisien qui se tiendra du 21au 24 novembre, Porte de Versailles, dévoilera une petite mise en scène pleine d’humour intitulée « La chambre qui déraille ». Sorte de capsule de sensibilisation aux obstacles que subissent les acteurs de l’agencement, l’exposition a été imaginée par trois acteurs du marché. Initié par le bureau d’études Figurz, à l’origine d’une application de budgétisation FF&E/OS&E dédiée aux projets hôteliers, le projet a été réalisé en partenariat avec le studio d’architecture intérieure CHHO et l’agenceur Malvaux Interior.

« La chambre qui déraille » ©EspritContract

‍

Les mystères de la chambre jaune

Installée à deux pas de « la place du village » où se dérouleront les talks, la chambre de 42 m² a été imaginée sur le plan d’une chambre d’hôtel classique, la salle de bains en moins. Les visiteurs seront donc amenés à y découvrir un lit, des tables de chevet et un grand dressing. Un espace imaginé par les trois sociétés, souvent confrontées au manque d’anticipation ou aux oublis qui émaillent le secteur du contract. «Nous travaillons ensemble régulièrement, mais ce projet, un peu particulier, a été l’occasion de se mettre autour d’une table pour lister les erreurs que nous voyons passer et pour les reproduire volontairement », explique Martin Bretecher, fondateur de Figurz. Du lit trop large nécessitant deux matelas à la prise électrique de dernière minute qui dénote des autres, « La chambre qui déraille » multiplie les faux pas esthétiques et fonctionnels. « Ce que nous montrons peut sembler amusant dans ce cadre, mais il faut comprendre que chaque défaut a des conséquences sur la gestion de l’établissement, que ce soit en termes d’entretien ou de coût. » Une exposition presque manifeste, voulue aux antipodes de l’effet de style. Totalement lissée par un monochrome jaune, l’espace ne sollicite pas le goût, mais propose de réfléchir à la manière dont les erreurs peuvent être évitées. « L’hôtel incarne la ligne de crête entre le prosaïque et le poétique ; le conceptuel et le pratique », résume Martin Bretecher. Un environnement complexe dans lequel chaque acteur doit pouvoir apporter son savoir-faire et son langage au service du beau, mais surtout d’une certaine logique d’exploitation.

Temps de lecture
28/10/2026
Studio Jean-Marc Gady : 20 ans au service de l’émotion

Fondé en 2006 par Jean-Marc Gady, le studio éponyme cultive depuis ses débuts une approche transversale du design, allant de l’objet à l’espace, en passant par le mobilier et le merchandising. Aujourd’hui porté par Émilie André, le studio poursuit cette vision avec une même ligne directrice : placer l’émotion et l’expérience au cœur de chaque projet.

Le studio Jean-Marc Gady, qui célèbre ses 20 ans cette année, développe depuis deux décennies une approche éclectique du design, où l’utilisateur et les émotions occupent une place centrale. Arrivée en 2011, Émilie André en est devenue la directrice créative à la suite du départ de Jean-Marc Gady pour les États-Unis. Aujourd’hui, le studio reste fidèle à son ADN d’origine, tout en évoluant sous son regard. « Au fur et à mesure des années, il y a une forme de confiance mutuelle qui s'est créée avec Jean-Marc et avec l’équipe, mais aussi et surtout une vision créative partagée. Généralement, on partage 90 % de notre vision et il y a 10 % sur lesquels nous ne sommes pas toujours d’accord. Mais ça génère plus d’émulation créative que de freins, au final. »

© Evian

Dialoguer à travers l’émotion

« Nous ne sommes pas dans un métier binaire où c'est juste vrai ou faux. Il y a un moment où l’on a besoin de retrouver de la cohérence, d'avoir de l’échange », confie Émilie André. Plus que de simples objets ou espaces, les projets du studio racontent une histoire, une rencontre, un moment de vie. « Il y a plusieurs piliers qui nous animent, mais il y en a un qui se démarque particulièrement, c'est l’émotion. À travers les projets que l’on imagine, que ce soit du design, de l’espace ou de l’architecture, on cherche systématiquement à trouver une manière de toucher l'utilisateur, parce qu'on considère que l'émotion est précieuse et que c’est elle qui fait qu’on s'en souvient. » Une philosophie qui se retrouve dans l’ensemble des réalisations, qu’il s’agisse de mobilier, destiné à trouver sa place dans un intérieur et dans le quotidien de son utilisateur, ou dans projets de vitrines, pour lesquels l’équipe cherche systématiquement à apporter « ce supplément d’âme » qui fera toute leur singularité.

Showroom Schüco ©Marion Leflour / Studio Jean-Marc Gady

Une démarche qui passe également par une curiosité constante et une volonté de nourrir la création au-delà des seules disciplines du design. « On est toujours ouverts, à l'écoute et dans l'échange et cela permet de nourrir en permanence la créativité. Mais au-delà des matériaux et des savoir-faire, il est important d'aller piocher vers des choses qui ne sont pas de notre domaine. C'est bien de connaître ce qui se fait dans le design et dans l’architecture, mais c'est le meilleur moyen de ne faire que ce qui existe déjà. C'est important de prendre le temps de faire autre chose que notre métier parce que j'ai le sentiment que c’est aussi comme ça qu'on ramène du sens et de l’émotion. »

© Studio Jean-Marc Gady

Favoriser la création collective

Au sein du studio, le processus créatif est avant tout collectif. « La notion d’œuvre collective est très importante. Ce n’est pas la création d'une personne, c'est la création du studio et d'un ensemble de personnes. Je prône fondamentalement cette notion de qualité et de valeur du travail collectif. » Pour chaque projet, toute l’équipe - composée notamment de designers, d’architectes d’intérieur et de graphistes - participe aux réflexions et au croisement des idées. Une émulation collective qui permet de confronter les regards, de partager des expériences et de faire émerger de nouvelles réponses à des problématiques parfois très différentes.

SmartPlatform © Marion Leflour / Studio Jean-Marc Gady

De Diptyque à Schüco, en passant par Evian, Montblanc ou encore plus récemment Cartier à l’occasion du salon Watches & Wonders en Suisse, les collaborations témoignent de la diversité des terrains d’expression du studio. Et vingt ans plus tard, difficile de faire ressortir un seul projet tant les réalisations sont nombreuses. Certaines se distinguent néanmoins par leur portée sociale ou technologique, à l’image de la collaboration avec Marguerite & Co pour la création d’un distributeur de protections périodiques, écoconçu et fabriqué en France. Sur le plan de l’innovation, la table à induction Smart Platform, développée avec EuroKera, illustre cette volonté d’explorer de nouveaux usages, en associant les fonctions d’une table de salon à celles d’une surface de cuisson à induction, sans emplacement prédéfini pour les ustensiles.

© Jean-Marie Binet / Diptyque

Faire dialoguer les savoir-faire, c’est aussi parvenir à les valoriser, comme en témoignent la création du lustre Lady Crinoline pour Baccarat ou celle d’un service à champagne pour la maison Moët & Chandon. Autant de réalisations qui ne représentent finalement qu’une infime partie des projets imaginés depuis ces vingt années, mais qui traduisent une même volonté : explorer de nouvelles possibilités, croiser les disciplines et ne jamais s'imposer de limites.

© Marion Leflour / Studio Jean-Marc Gady

L’envie d’aller plus loin

Et si les projets se sont multipliés au fil des années, le studio Jean-Marc Gady entend poursuivre son exploration de nouveaux territoires créatifs. Une volonté qui s’est notamment concrétisée avec le lancement de MéMo, une maison d’édition de mobilier créée en collaboration avec le fabricant MA’AM, spécialisé dans la tapisserie sur mesure. « On a choisi le nom Mémo parce que c'est mémorable et que c'est une maison d'édition de mobilier. L’idée derrière cette maison d’édition est le dialogue entre l'œil et la main, de réussir à croiser les regards et à ne pas travailler les uns contre les autres, mais à travailler ensemble » raconte Émilie André.

Plusieurs pièces ont déjà vu le jour, à l’instar des fauteuils Hug et Teckel ou encore de la chauffeuse Kago, tandis que de nouvelles créations sont en préparation. Une nouvelle aventure qui prolonge finalement la philosophie prônée par le studio depuis ses débuts : faire du design un terrain de rencontres, d’expérimentation et de partage, où l’émotion demeure le fil conducteur.

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.