Maxime Lis : épurer pour réhumaniser
©Bérangère Lomont

Maxime Lis : épurer pour réhumaniser

Directeur artistique d'Airborne depuis 2022 et plus jeune créateur à avoir intégré la collection permanente du Mobilier national, Maxime Lis offre un univers contrasté et hétéroclite.

C'est une galerie banale aux objets eux, très surprenants : tabouret chauffant grâce à une bougie, mini-bar concept à l'allure 60's ou encore miroir de sorcière contemporain. Présentée au 16 galerie de Montpensier à Paris, cette exposition réalisée en collaboration avec Airborne - dont deux pièces sont présentes -, convoque le goût de Maxime Lis pour un design prospectif entre inspirations d'hier et nécessitées d'aujourd'hui. En résulte de petits ensemble surprenant qu'un demi-siècle semble parfois séparer. Refusant toute perte de liberté, le designer cumule les collaborations diverses pour nous offrir à la manière de petites capsules, des créations ayant pour seule ligne directrice, la conjugaison d'un design ludique et fonctionnel avec un minimum de matière.

©Bérangère Lomont

L'acte minimum fait acte de résistance

Par ses créations, Maxime Lis souhaite « réinvoquer l'humain par des pièces qui semblent aujourd'hui froides et sans âme. Les objets ont tendance à prendre plus de place que l'Homme, or ce ne sont que des extensions. » Sacralisant l'usage sans renier son goût pour l'ornementation, le designer trouve un équilibre créatif dans la porosité qui existe entre la forme et le fonctionnalisme. « Il y a aujourd'hui dans les intérieurs toutes sortes d'objets qui ne sont pas forcément bien pensés et qui ne vont pas les uns avec les autres car les achats sont réalisés en oneshot. » estime le créateur qui souhaite « sortir les objets du placard pour les présenter » Une idée qui induit l’utilité comme l’esthétisme et passe par « l'acte minimum ». Un concept développé par Maxime Lis dans un manifeste en faveur d'une certaine épure. « Je pense que le geste du designer doit être le plus sobre possible pour répondre correctement aux besoins. D'abord car la frugalité en termes de matériaux est indissociable des crises - sociales, environnementales… - qui m'inspirent. Ensuite, parce que favoriser la simplicité visuelle permet de lutter contre la disparité des éléments et favorise une unité salvatrice. »

©Bérangère Lomont

Penser la matière pour ne pas penser la couleur

Une « simplicité visuelle » qui ne signifie pas une disparition de la puissance esthétique comme le souligne le créateur du fauteuil B52 créé en 2021. « Cette assise est l'illustration même du concept d'acte minimum. Elle n'est pas très technique avec peu de points d'assemblage et une absence de décor, mais elle est extrêmement visuelle grâce à sa conception entièrement en verre. » Un partipris qui favorise le questionnement et le ludique, et qui, à l'image de l'inox majoritairement utilisé, rend service à l'artiste. « Je ne suis pas coloriste et je ne m'amuse pas tellement avec les couleurs. C'est pourquoi j'imagine d'abord toutes mes pièces en noir pour penser uniquement la forme et l'usage. Dans un second temps, le métal comme le verre ont les avantages de refléter ou laisser voir l'environnement, rendant l'objet intemporel dans la mesure où il dialogue avec le décor dans lequel il se trouve. La création est donc très soluble, mais ne perd pas son identité pour autant. » Une vision confirmée dans la galerie où ces pièces côtoient un fauteuil AA bleu et une Table bis rose de chez Airborne.

Un coup d'œil en arrière, un coup de pied en avant

Inspiré par une certaine primitivité d'hier, et les besoins d'aujourd'hui, Maxime Lis revendique des objets vecteurs de sentiments. « J'aime que l'on ne puisse pas dater mes objets et que l'on s'interroge sur leurs usages. Je ne veux pas qu'ils soient trop faciles pour que l'on s'y attache et que l'on ait envie de les garder » reconnaît-il devant un mini-bar rétro dissimulant un cendrier, un verre, un récipient et un emplacement pour une bouteille. Sensible à la notion d'ingénierie autant que par celle d'interaction entre le matériel et le vivant, cet auto revendiqué « géotrouvetout » créé à hauteur d'humains. « J'ai réalisé un portemanteau très sculptural allant du sol au plafond, avec des accroches très hautes et très basses pour amener de la vie. D'une part, car les enfants pourront interagir avec, et d'autre part parce que sa hauteur induira également des mouvements très imagés de lancers. » Une démarche que l'on retrouve également dans le soliflore. « Il y avait l'idée de faire un objet qui puisse mettre en valeur de manière très simple un petit élément ramassé en pleine nature de manière presque naïve. Une sorte de pied de nez à la domotique qui a longtemps été un concept très technique de mise en valeur, mais qui n'a jamais réellement percé. » Ajoutez à cela, un jeu de couverts encastrables qui questionne les traditions, un chausse pieds réalisé dans une simple feuille de cuir ou encore une création moitié jeu de dames, moitié sculpture et pour obtenir un aperçu du monde disparate et hybride de Maxime Lis.

L’exposition est à voir jusqu’au 15 septembre 16 galerie de Montpensier, Paris 75001.

Rédigé par 
Tom Dufreix

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31/3/2026
Les perspectives tissées de Gaspard Fleury-Dugy à la galerie Chevalier Parsua

Le designer Gaspard Fleury-Dugy présente Continuum, une collection de tapis dont l’un d’eux est visible à la galerie Chevalier Parsua jusqu’au 18 avril. Un nouveau terrain d'exploration stylistique et colorimétrique pour le créateur connu initialement par ses objets en volume.

Pour changer de dimension, mieux vaut ne pas perdre le fil. Repéré pour ses vases tricotés en 2024 et sa série tournée vers l’univers du totem et de la colonne l’année suivante, Gaspard Fleury-Dugy a exposé à Milan comme à Eindhoven et Stockholm. Mais c’est à Paris, ville de résidence et d’expérimentation, qu’il dévoile Continuum, une première collection de tapis. Après des études à l’Ecole Dupperé puis à la Swedish School of textiles, cette nouvelle typologie aurait pu être un commencement, mais c’est finalement comme une déclinaison de ses précédents travaux qu’elle apparaît. Un choix surprenant qui n’a pourtant rien de décousu. « Il y a tout un cheminement logique entre mes dessins, mes maquettes, les différents objets présents dans l’exposition et les tapis. Effectivement, je viens d’un univers ou le motif à toujours eu une forme attirante. Mais ce qui m’intéresse, ce sont les sauts entre la 2D et la 3D ; entre les plats et les volumes » précise le créateur. C’est d’ailleurs cette idée qui l’a amené à nommer l’exposition, présentée à la galerie Chevalier Parsua jusqu’au 18 avril, Arrondir les angles.

Habiller l’espace

Spécialisée dans le textile mural pour la partie Chevalier, et les tapis avec l’éditeur Parsua, la galerie se dote de tentures au mur et au sol. Deux environnements entre lesquels un espace vide demeure. « Lorsque la collaboration avec la galerie a commencé, je tenais à dessiner les maquettes des tapis. Je suis arrivé avec plein de propositions que nous avons étalé partout par terre. Dans le même temps, je me suis rendu compte que les angles de cet espace blanc et rectiligne n’étaient pas habillés. Je me suis demandé comment y remédier. La réponse a été de retranscrire les perspectives du lieu sur les tapis. » Une approche très géométrique et abstraite de l’architecture qui a amené le designer à travailler de manière moins conventionnelle qu’à l'accoutumé. « Pour un designer textile, son fond de commerce, c’est plutôt de faire des motifs au raccord, c'est-à-dire qui se répètent à l’infini. Ici, la nouveauté pour moi était de créer une composition placée qui puisse se regarder de tous les côtés. C’est ce que l’on appelle un motif placé, unique » explicite le designer également curateur de l’exposition et à qui l’on doit la sélection d’art africain et les photographies de Georges Rousse, dont les anamorphoses dialoguent naturellement avec les tapis.

©Galerie Chevalier Parsua X Gaspard Fleury-Dugy exhibition_soft object

Une identité visuelle assez différente

Habituellement reconnaissable à ses fils polymères aux couleurs vives, parfois fluo, rappelant l’univers du sportswear, Gaspard Fleury-Dugy à cette fois-ci adopté des couleurs plus profondes et calmes. Une contrainte plus qu’un choix, imposée par la gamme Parsua. « Les tapis sont tissés en Iran avec des laines teintées par des colorants naturels. Il a donc fallu réfléchir autrement, et comme je n’étais pas très familier avec ces couleurs, j’ai joué sur les contrastes. » Un parti-pris dont se dégage une certaine vibration, également soutenue par la technique. « Si l’on prend l’exemple des vases, lorsque je les travaille sur ordinateur, un pixel correspond à une maille. Ici, la technique n’est pas la même. Un nœud correspond à une pointe de couleur et la méthode artisanale créée un léger crantage. On peut y voir une sorte de dialogue avec les projets précédents présentés jusqu’au 9 mai au Pavillon Vendôme de Clichy. » Plus qu’un nouvel objet, c’est surtout une déclinaison de son travail habituel, confié pour la première fois à d’autres mains, que le designer propose de découvrir. Un lien entre idée et geste solidement noué tout au long de l’année de travail pendant laquelle Continuum s’est tissée.

Exposition Arrondir les angles, à la galerie Chevalier Parsua, 41 rue de Seine, 75006 Paris, jusqu’au 18 avril.

Exposition Salto, au Pavillon Vendôme, 2 rue du Guichet, 92110 Clichy, jusqu’au 9 mai.

Le portrait de Gaspard Dugy-Fleury est à retrouver dans le numéro 224 d’Intramuros, en vente sur notre boutique.

©Galerie Chevalier Parsua X Gaspard Fleury-Dugy exhibition_soft object
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26/3/2026
Malmaison Riviera, l’éclat solaire de Christofle

Avec Malmaison Riviera, Christofle insuffle un vent d’été à sa collection emblématique Malmaison. Entre héritage impérial et inspiration méditerranéenne, cette nouvelle ligne de porcelaine célèbre un art de vivre à la fois chic et décontracté, où la table devient le théâtre d’un éternel été.

Christofle poursuit l’exploration de son patrimoine en proposant une variation inédite de sa ligne iconique Malmaison. Pensée comme une parenthèse ensoleillée, cette nouvelle collection traduit l’envie de faire dialoguer les codes historiques de la maison avec une esthétique plus libre, inspirée par les paysages et les usages de la Méditerranée. Avec Malmaison Riviera, la table devient ainsi un espace d’expression, entre tradition, modernité, formalisme et spontanéité.

Lumière méditerranéenne

Dévoilée comme une déclinaison estivale des collections Malmaison et Malmaison Impériale, la ligne s’inscrit dans une continuité stylistique tout en opérant un déplacement sensible. Fidèle aux codes du style Empire - palmettes, symétries, motifs ornementaux - elle introduit pour la première fois la couleur, avec un jaune profond qui vient capter et diffuser la lumière. Depuis plus d’un siècle, Malmaison incarne un raffinement classique inspiré du château lié à Napoléon Bonaparte et l’Impératrice Joséphine. Avec Riviera, cet héritage se réinterprète dans un registre plus quotidien, à travers lequel les décors, tracés à main levée, déploient rosaces et rayons dans une composition vivante, où chaque pièce devient une variation autour d’un même motif solaire.

Collection Malmaison Riviera © Christofle

La table comme expérience estivale

Pensée comme une invitation au partage, la collection convoque un imaginaire sensoriel composé  de longues tablées, d’une lumière dorée et de la douceur du temps qui s’étire. Assiettes, bols, tasses ou plats de présentation composent ainsi un ensemble d’une quinzaine de pièces permettant de rythmer les usages, du petit-déjeuner au dîner. À cette porcelaine répond l’éclat de l’orfèvrerie, avec des accessoires en métal argenté pour dessiner un ensemble qui crée un dialogue entre matière et lumière, incarnant un art de vivre à la fois décontracté et résolument chic.

Collection Malmaison Riviera © Christofle
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27/3/2026
Maap d’Erwan Bouroullec : destination poétique au bout des doigts

Présentée l’an dernier à Milan, Maap, la dernière création d’Erwan Bouroullec, arrive sur le marché. Une création à fleur de peau imaginée pour Flos.

« Maap est la concrétisation d'un désir qui m'habite depuis longtemps : créer des luminaires imposants dont la lumière se diffuserait au travers d'une grande surface. Et pour imaginer ce modèle, j'ai puisé mon inspiration dans deux obsessions de longue date que sont la géométrie et les structures naturelles » explique Erwan Bouroullec. S’il s’agit certainement de l’un des plus grands luminaires de Flos, Maap compte peut-être aussi parmi les plus légers. Une notion, centrale dans la démarche du designer,  à laquelle cette grande applique murale doit sans doute un peu de sa poésie.

Fasciné depuis longtemps par les matériaux ultra-fins dont le papier, le designer s’est intéressé au tyvek, notamment connu sous forme d’enveloppes indéchirables. Une robustesse structurelle qui a amené ce médium dans le monde de l’éclairage ou il n’avait que très peu été utilisé. Mise en forme comme un sac, la matière prend place sur une base murale lumineuse cruciforme dotée de quatre ampoules. Fixée magnétiquement grâce aux Dots (dont le nombre évolue selon la taille du luminaire), la membrane peut être facilement manipulée. Disponible en trois formats (Wall 1, Wall 2, Wall 3 selon le nombre de Dots au mur), Maap peut mesurer jusqu’à 3,2 mètres de largeur par 1,5 mètre de hauteur.

Le modèle W3 de Maap ©Flos

Une matière sensible à travailler

L’une des particularités de Maap, c’est peut-être sa capacité à se magnifier au fur et à mesure des manipulations. Si l’idée d'utiliser des cartes a été un point de départ rapidement abandonné en raison de leurs fragilités, le rendu, lui, n’en est pas si éloigné, rappelant ces papiers usés par les voyages et sur lesquels semblent retranscrites les dénivelées. Mais ici, ce n’est pas tant l’œuvre involontaire du temps que celle consciente des utilisateurs qui est à l’origine des froissements. « Maap aurait tout aussi bien pu s'appeler Maak, clin d'œil à "make", puisque son principe repose sur un geste élémentaire, le "faire" de la main. Sa forme malléable est une invitation à laisser libre cours à notre instinct de création » développe son designer. Lorsque le tyvek est froissé, il adopte des formes organiques et singulières, offrant la possibilité de donner plus ou moins de caractère au luminaire. Au-delà de l’aspect esthétique, cette action relève surtout d’un besoin structurel. Sans ces pliures, le papier perdrait de son volume, et Maap de son effet. Ainsi enveloppée, la création d'Erwan Brouroullec propose également une nouvelle approche de la durabilité. Protégée mais facilement accessible, la source lumineuse dure dans le temps, là ou son design, lui, change d’une simple pression de la main. Comme un nuage égaré, ce produit nouvellement lancé par Flos, évolue au gré du temps.

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24/3/2026
À TEFAF Maastricht, Formafantasma planchait sur un ensemble moderne

Avec Formation, le studio Formafantasma présentait à TEFAF Maastricht une collection contemporaine imaginée autour de la planche. Une approche en lien avec un certain goût pour le moderniste et la sobriété.

Qualifiant eux-mêmes leur esthétique de « restreinte », Andrea Trimarchi et Simone Farresin, fondateurs de Formafantasma, présentaient Formation à TEFAF Maastricht. Conçue pour la galerie Friedman Benda, la collection s’inscrit dans la continuité de leurs recherches sur les archétypes du mobilier et l’évolution de notre rapport aux objets domestiques. Cette fois-ci, le studio s’est attaché à la planche comme forme primaire, presque indissociable du mobilier lui-même. Plutôt que de la transformer, les designers ont choisi de l’utiliser telle quelle pour devenir table, assise ou rangement, sans jamais perdre son identité initiale. Ce parti pris donne lieu à un jeu géométrique rigoureux, enrichi par l’introduction d’aluminium brossé et de panneaux LED. Ces derniers, par leurs proportions, évoquent les écrans contemporains, inscrivant le projet dans son époque malgré une logique d’assemblage très classique. Tout l’enjeu réside alors dans cet équilibre temporel. Une démarche nourrie par des figures comme Frank Lloyd Wright, pour sa capacité à conjuguer artisanat et technologie, ou George Nakashima, pour sa vision du bois comme matière vivante.

Avec Formation, Formafantasma revendique ainsi une sobriété expressive. La collection, réduite à une sophistication assez minimale (bien que rehaussée de touches plus contemporaines), propose un salon hors du temps, mais à cheval sur les époques.

Courtesy of Friedman Benda and Formafantasma ©JeroenvandeGruiter
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