UN MAESTRO DE LA LUMIERE S'EST ETEINT

UN MAESTRO DE LA LUMIERE S'EST ETEINT

Fondateur du groupe Artemide, Ernesto Gismondi est décédé le 31 décembre dernier, à 89 ans. S’il a su s’entourer de designers majeurs – à commencer par sa femme Carlotta de Belavicqua– tels Gio Ponti, Gae Aulenti, Ettore Sottsass, Michele de Lucchi, il restera le symbole d’une tête chercheuse qui a parfaitement conjugué entrepreneuriat avec innovation, depuis les prémices de l’éclairage à variateur jusqu’à la récente solution de lumière  assainissante.


Avant de se lancer dans le design, Ernesto Gismmoni a démarré par une double formation d’ingénieur :  il sort diplômé en 1957 en aéronautique à l’école polytechnique de Milan puis obtient deux ans plus tard à Rome  un diplôme d’ingénieur en missile. Cependant, dès le début des années 60, il se consacre à la planification et à la production d’équipements d’éclairage, en fondant avec le designer Sergio Mazza le Studio Artemide, à partir duquel le groupe va se développer. Très impliqué dans le mouvement avant-gardiste  « Memphis », Ernesto Gismondi s’est imposé aussi à l’international.

Au fil des années, sous sa direction, le groupe Artemide voit s’accroître son rayonnement mondial et devient l’un des principaux acteurs du secteur de l’éclairage design. ).

Un entrepreneur à la pointe

De 1964 à 1984, Ernesto Gismondi a été professeur associé en moteurs de fusée pour missiles à l’école polytechnique de Milan. Il a été vice-président de l’ADI – Association du design industriel – et a occupé plusieurs postes au sein de l’Association industrielle de Lombardie, de Federmeccanica, de Confindustria, de l’Agence autonome des foires de Milan et au ministère des Universités et de la recherche. Il est également membre du Comité pédagogique et scientifique de l’ISIA. (Institut supérieur des industries artistiques/design industriel) de Florence, du Conseil d’arbitrage du COSMIT (Comité d’organisation du Salon du meuble de Milan), et du CNEL. Il a présidé et participé à plusieurs ateliers, en Italie et à l’étranger, sur le design et ses développements et sur les économies d’énergie appliquées à l’éclairage.

Ernesto Gismondi

Parmi les dernières innovations du groupe, la solution Integralis est une typologie d’éclairage innovante, interactive, qui désinfecte les espaces (contre les virus, bactéries, champignons, moisissures et autres agents pathogènes mortels), grâce notamment à une méthode de stérilisation qui utilise le rayonnement ultraviolet (l’irradiation germicide ultraviolette (UVGI), tout en respectant des longueurs d'ondes en adéquation avec la préservation de la santé des individus.

Une carrière honorée

Le parcours d’Ernesto Gismondi est jalonné de nombreuses récompenses,   notamment le prix européen du design (1997).
En 2008, il a reçu le prix Ernst & Young « Entrepreneur de l’année » dans la catégorie Innovation, et Giorgio Napolitano, le Président de la République italienne, l’a nommé « Cavaliere del Lavoro ». En 2009, il a reçu le prix Ernst & Young « Entrepreneur de l’année » pour la catégorie Communication.
En 2018, il a remporté le Compasso D’Oro pour l’ensemble de sa carrière avec la mention suivante du jury : « Ingénieur aérospatial, professeur d’université et entrepreneur, en bref : un homme aux multiples talents. Fondateur d’Artemide, il utilise immédiatement les processus de conception comme un facteur distinctif et, dans ce long processus, il encourage et renforce les collaborations avec le monde de la conception nationale et internationale. Exemple cohérent de la manière dont le design peut être un levier stratégique concret pour la croissance culturelle et économique, il a toujours travaillé pour que le design italien puisse être un exemple vertueux au niveau international. »

Récompensée par le Compasso d’oro 2018, la collection Discovery d’Artemide (design Ernesto Gismondi) décline aujourd’hui des versions circulaires horizontales et verticales, mais aussi , plus récentes, rectangulaires et carrées. le principe de la construction reste le même que dans les versions précédentes. Un profilé ultra léger en aluminium sert de support à un ruban LED qui projette la lumière sur une surface de PMMA transparent avec un dessin de micro-découpes réparties pour obtenir une efficacité et une uniformité maximales. Discovery peut être réglé avec l’appli Artemide, et compatible avec la technologie d’éclairage assainissant Integralis.

Artemide, Collection Discovery
Rédigé par 
Nathalie Degardin

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13/5/2026
La collaboration pop d'Audemars Piguet et Swatch

Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch réinventent la montre de poche à travers une collection en biocéramique colorée, inspirée du Pop Art et de l’iconique Royal Oak.

La haute horlogerie prend ses libertés. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch signent une collection capsule de huit montres de poche qui détourne les codes traditionnels du garde-temps. Inspirée de la Royal Oak de 1972 et des Swatch POP des années 1980, cette série en biocéramique transforme la montre en accessoire nomade. Cette dernière se porte désormais autour du cou, accrochée à un sac, glissée dans une poche ou posée sur un bureau grâce à un support amovible. Entre objet de mode et micro-architecture portable, Royal Pop propose une nouvelle manière de porter et d’exposer le temps. Déclinée en huit modèles, de l'épurée Huit Blanc à la très graphique Ocho Negro, en passant par les palettes acidulées de Green Eight, Blaue Acht ou Otto Rosso, la collection joue la carte d’une identité forte pour chaque pièce.

©Audemars Piguet et Swatch

Le mouvement pop

La collection revendique pleinement l’héritage du Pop Art avec ses couleurs franches, ses contrastes graphiques et son esprit ludique. Les codes esthétiques de la Royal Oak — lunette octogonale, vis hexagonales, décor “Petite Tapisserie” — sont ici réinterprétés dans une écriture plus expérimentale. Le modèle Huit Blanc, dont chacune des huit vis adopte une couleur différente, évoque directement l’univers d’Andy Warhol, tandis que Orenji Hachi ou Otg Roz poussent encore plus loin les jeux chromatiques. Derrière cette énergie visuelle se cache pourtant une réelle sophistication technique : les boîtiers en biocéramique biosourcée, un mouvement mécanique SISTEM51 entièrement automatisé et 90 heures de réserve de marche. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch démontrent que le luxe contemporain peut désormais conjuguer excellence industrielle, culture populaire et liberté créative.

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10/4/2026
Chez String Furniture, la gamme Museum s’agrandit

Avec le Piédestal et le Trolley, String Furniture diversifie sa collection Museum. Dessinées par les Suédois de TAF Studio, ces deux nouvelles typologies, destinées à la sphère domestique, poursuivent l’héritage minimaliste et mobile de la marque.

Initiée pour la rénovation du Musée national de Stockholm en 2018, la collection Museum s’enrichit aujourd’hui du bout de canapé fixe Piédestal et du Trolley. Si le premier prolonge la logique d’exposition domestique chère à String Furniture, le second se distingue par une typologie plus inattendue. Faisant suite au bougeoir et à la table d’appoint conçus quelques années auparavant, ce petit chariot s’inscrit dans la continuité d’une collaboration entre deux visions contemporaines du design suédois. Avec ses lignes pures et sa construction orthogonale, la gamme convoque des références industrielles. « Nous nous sommes beaucoup inspirés d’objets utilitaires et plus globalement du monde de l’industrie. C’est ce qui explique notre palette de couleurs ou encore les formes des modules rappelant les poutres en I », explique Mattias Ståhlbom, cofondateur du studio. Un dépouillement autant qu’« une approche pragmatique », traduite notamment par le traitement monochrome de la matière. Le meuble s’efface ainsi au profit des objets qu’il accueille, devenant un support presque muséal pour le quotidien.

Museum Trolley par TAF Studio ©String Furniture


Le mouvement comme geste de design

Forts de « cette bibliothèque de constructions et de formes mise en place progressivement avec la création des modules Museum », les designers ont imaginé « un petit meuble dynamique et étroit, dessiné pour s’adapter à de nouveaux emplacements où un chariot peut se glisser et être utile ». En dépit de ses étagères fixes, le Trolley fait du mouvement un principe central grâce à ses roulettes. Au-delà du contraste formel avec la construction rectiligne de l’objet, ce détail lui confère une véritable polyvalence d’usage. « Pour nous, la dimension utilitaire des objets et leur capacité à bien vieillir doivent susciter une forme d’attachement. » Une vision à long terme, fondée sur l’évolution et l’usage, qui rejoint pleinement l’ADN de String Furniture.

Museum Trolley par TAF Studio ©String Furniture


Deux créations dans la continuité

Fondée en 1949 par les architectes Nisse Strinning et Kajsa Strinning, String Furniture s’impose comme une figure majeure du design scandinave grâce à une approche rationnelle et évolutive du mobilier. En développant dès l’origine le String System, une structure légère et modulable restée presque inchangée depuis plus de 75 ans, la marque a su s’adapter aux mutations des modes de vie. Cette pérennité repose notamment sur la sobriété visuelle du système initial. Depuis, la gamme s’est enrichie en passant du format compact String Pocket aux évolutions contemporaines comme Pira G2, réinterprétée par Anya Sebton et Alexander Lervik. Fidèle à cette continuité, la marque s’ouvre aussi à des collaborations ciblées, prolongeant son esthétique et son identité fonctionnelle. Outre TAF Studio, les Suédois de Form Us With Love ont développé plusieurs extensions, dont la solution de rangement modulaire Center Center destinée aux espaces de travail grâce à ses cubes métalliques. Véritablement structurantes, ces collaborations sont pour l’entreprise nordique autant d’occasions de conjuguer un héritage moderniste et un certain renouvellement stylistique. De quoi maintenir un dialogue entre rigueur industrielle et usages contemporains pour String Furniture.

Ci-dessous : Museum Piédestal ©String Furniture

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24/3/2026
À TEFAF Maastricht, Formafantasma planchait sur un ensemble moderne

Avec Formation, le studio Formafantasma présentait à TEFAF Maastricht une collection contemporaine imaginée autour de la planche. Une approche en lien avec un certain goût pour le moderniste et la sobriété.

Qualifiant eux-mêmes leur esthétique de « restreinte », Andrea Trimarchi et Simone Farresin, fondateurs de Formafantasma, présentaient Formation à TEFAF Maastricht. Conçue pour la galerie Friedman Benda, la collection s’inscrit dans la continuité de leurs recherches sur les archétypes du mobilier et l’évolution de notre rapport aux objets domestiques. Cette fois-ci, le studio s’est attaché à la planche comme forme primaire, presque indissociable du mobilier lui-même. Plutôt que de la transformer, les designers ont choisi de l’utiliser telle quelle pour devenir table, assise ou rangement, sans jamais perdre son identité initiale. Ce parti pris donne lieu à un jeu géométrique rigoureux, enrichi par l’introduction d’aluminium brossé et de panneaux LED. Ces derniers, par leurs proportions, évoquent les écrans contemporains, inscrivant le projet dans son époque malgré une logique d’assemblage très classique. Tout l’enjeu réside alors dans cet équilibre temporel. Une démarche nourrie par des figures comme Frank Lloyd Wright, pour sa capacité à conjuguer artisanat et technologie, ou George Nakashima, pour sa vision du bois comme matière vivante.

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Courtesy of Friedman Benda and Formafantasma ©JeroenvandeGruiter
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30/1/2026
Les verres du futur Orient Express réalisés par la cristallerie Moser

Version contemporaine d’un mythe, le premier vaisseau de la marque Orient Express devrait prendre la mer en avril. A l'approche de cette échéance, son designer, Maxime d’Angeac, dévoile le service de verres qu'il a réalisé avec la cristallerie tchèque Moser.

Présentés au sein de l’exposition « 100 ans d’Art déco » au musée des Arts décoratifs de Paris, les wagons du nouveau train imaginé par Maxime d’Angeac donnent à voir le luxe et les savoir-faire caractéristiques de ce mouvement qui a conquis le monde. C’est dans la continuité de cet hommage à l’Art déco et à la renaissance d’un véritable mythe que le designer français et la cristallerie tchèque Moser présentent Levitation. Destinée à parer les salons des vaisseaux Orient Express Corinthian et Olympian, prévus pour avril 2026 et avril 2027, puis du train Orient Express annoncé fin 2027, cette collection est composée de cinq typologies de contenants : verre à eau, à whisky, à martini, à vin et à highball. Réalisé selon le savoir-faire de la manufacture fondée en 1857, chaque verre a été entièrement soufflé à la main dans des moules en bois. Connue pour son cristal historiquement sans plomb, la cristallerie, membre du Comité Colbert, se distingue également par la présence de savoir-faire exceptionnels comme le collage du verre. Une technique rare qui a permis la réalisation de verres à pied en deux parties.


Des lignes complexes

Débutée en 2023, la collaboration entre Maxime d'Angeac et Moser s’est construite au fil de nombreux échanges, modifications et essais infructueux. Inspirés par les croquis des services historiques de l’Orient Express, les dessins ont considérablement évolué pour aboutir à une collection marquée par une géométrie affirmée et un jeu de contrastes. On y retrouve notamment la combinaison de pieds carrés et massifs, garants de stabilité, et de contenants circulaires. Ces deux formes s’associent avec intelligence, comme en témoigne le profil évasé du verre. Soutenu par un pied dont les arrêtes ont été facettées grâce aux techniques de meulage et de polissage manuels, l'ensemble joue élégamment avec la lumière. Ce façonnage particulièrement visible sur la base se prolonge au niveau de la jointure, offrant au contenant un dégagement à l'origine de l'impression de flottement. Un détail stylistique que l’on retrouve également sur la base des verres à eau, renforçant cette subtile sensation de Levitation.

©masha-kontchakova

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