Taf Studio, la subtilité de la conception
© Johan Knobe

Taf Studio, la subtilité de la conception

Depuis 2002, Taf Studio n’a de cesse de conjuguer processus artisanaux et industriels dans le développement de leurs projets. Basé à Stockholm, le binôme travaille à l’échelle internationale tant en design produit qu’en architecture d’intérieur. Lors de la dernière Stockholm Design Week, Taf Studio a présenté une nouvelle collection avec Artek et a exposé à la Auction House Bukowskis une série de piédestaux et de podiums. « Fundament », un hommage à la fonction et à l’humilité, mettait en lumière des éléments de présentation à nu, un clin d’œil à l’interprétation des codes revue par le duo. Rencontre avec Gabriella Lenke et Mattias Stahlbom, un studio prolifique qui met en avant toute la subtilité de la conception.



C’est au cours de leur cursus en architecture d’intérieur et design de mobilier, à l’école d’art Konstfack, que Gabriella Lenke et Mattias Stahlbom se sont rencontrés. En partant du constat que tout ce qui les entoure a un impact sur la vie quotidienne, ils accordent une grande importance à la qualité de fabrication, aux détails, aux couleurs, voire aux textures qui interagissent sur l’environnement.  Remportant un concours pendant leurs études, ils décident de travailler ensemble et fondent Taf Studio dé à l’issue des examens de fin d’études.

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Svenskt Tenn, Famna, design Taf Studio.

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L’esprit du design scandinave

Quand on leur demande les spécificités du design scandinave, ils évoquent l’infiuence de certains éléments naturels sur la création : « Les conditions géographiques, le manque de lumière en hiver, le bois environnant utilisé de manière intensive ont façonné un style scandinave qui reste très varié et influencé par le reste du monde. Le design scandinave conserve une pertinence dans la création grâce à des valeurs sociales qui font partie de sa réputation. Notre production est, à notre sens, notre façon de comprendre et donc de contribuer au monde actuel, par le biais, notamment de changements subtils mais efficaces tant dans l’apparence que dans le fonctionnement des produits et des espaces. »

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Muuto, Ambit Lamp, design Taf Studio.

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Processus créatif

Dans leur atelier, les étagères sont meublées de nombreuses maquettes de projets, à des échelles très variées. Chaque projet commence par une discussion qui permet d’établir un cahier des charges. Ils ont une prédilection pour le papier, et c’est lui qui va donner le la au processus de création. Il est à la fois support pour dessiner et construire modèles et maquettes : ‘Nous faisons aussi beaucoup de modélisation et d’impressions 3D. La phase la plus importante réside dans l’élaboration des modèles physiques et analogiques. Notre vision est avant tout inclusive, elle intègre fonction et esthétique. C’est une approche post-moderniste. Nous ne faisons pas de distinction entre espace et produit, dans le sens où nous intégrons l’espace dans la conception de nos meubles, et vice-et-versa. Bien entendu, la fonction reste primordiale. L’objet utilitaire est partie intégrante de notre pratique. »

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Artek, collection Kori, Handsketch, design Taf Studio
Artek, collection Kori, design Taf Studio.

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Inspiration et créativité

Encore une fois, c’est le papier qui est leur source d’inspiration. L’observation est élémentaire : que ce soit celle des objets du quotidien, de l’héritage ou des connaissances des entreprises avec lesquelles ils travaillens contribuent à enrichir la créativité. : « Le Japon est une source d’inspiration forte, tout comme les réalisations du cinéaste Roy Anderson. Certains designers, comme Achille Castiglioni, Dieter Rams, Alvar Aalto, Jean Prouvé ou encore Enzo Mari nous ont transmis un héritage évident, mais nous nous tournons plus naturellement vert l’art et le septième art. »

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Museum, String Furniture, design Taf Studio.
" Fundament" exposé à la Auction House Bukowskis, Stockholm Design Week 2023.

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Collaborations longue durée

Au départ, « comme nous ne sommes pas formés à l’entreprenariat, nous devions démarcher les éditeurs. Essuyer un refus est toujours compliqué à gérer…. Depuis, cela fonctionne dans les deux sens. Nous entretenons de bonnes relations avec quelques grandes entreprises. C’est surtout à partir de briefs que nous travaillons. Mais nous sommes force de propositions et à l’origine de projets divers. C’est sans doute le meilleur combo, en termes de stimulation et de créativité. Nous évoluons alors différemment. » Ils ont construit des collaborations durables avec Artek et Muuto. Mais travaillent aussi avec Svenskt Tenn, Gärsnaäs, Fogia et String Furniture, sans compter des projets en devenir avec de nouvelles marques.

Ils ont aussi été sollicités par le Copenhagen Design Museum et le Musée National de Stockholm : « Pour le second, nous avons conçu du mobilier, et nous étions en charge de l’architecture intérieure du nouveau restaurant, avec la réalisation des arts de la table en prime. «

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Garsnas, canapé Bleck, design Taf Studio

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Une question de matériau

Leur production est marquée par un travail des matériaux rigides. « Nous nous intéressons surtout aux matériaux « classiques » comme le bois, le verre, l’acier et l’aluminium, sans doute par tradition scandinave. Nous nous intéressons aussi aux matériaux innovants, mais pour le moment, nous avons du mal à leur trouver suffisamment de durabilité pour les utiliser. Par ailleurs, nous prenons en compte le savoir-faire de nos clients qui travaillent surtout ces matériaux « classiques » .» Mais ils se tournent aussi vers les matériaux souples : « Nous avons exploré le textile pour la création de canapés et de tissus d’ameublement, ce qui nous a fait plaisir. Mais le manque de précision de ce matériau souple rend la tâche plus compliquée qu’avec une matière dure. Cela dit, nous aimerions vraiment développer le sujet.»

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Artek, chaise Atelier, design Taf Studio, National Museum, Stockholm.

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Des projets emblématiques

La chaise Atelier pour Artek a été un projet fort dans leur parcours : « Elle a été conçue pour le Musée National de Stockholm, dans le cadre de sa rénovation. Il s’agit d’une assise à la fois universelle, empilable et polyvalente, donc intemporelle. Nous avons aussi dessiné une lampe de bureau en bois, réalisée avec des matériaux simples. Ramener l’esthétique à l’essentiel est ce à quoi nous tendons. Nous traitons chaque mission de manière unique, mais un fil rouge les relie toutes, c’est une sorte de signature puisqu’elle découle de notre fonctionnement. »

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Rédigé par 
Cécile Papapietro-Matsuda

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Au programme : une immersion complète dans les outils d'analyse de cycle de vie et d'éco-conception, avec des experts pointus — Christophe Lemaire (Consiliom, pitch et argumentaire projet), David Legouix (FCBA, matériaux et innovation), Grégoire Gérard et Camille Cousté (Eco Impact) — et un grand témoin d'exception : Anthony Lebossé, cofondateur de Studio 5.5, lors d'un dîner-conférence.

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À Montpellier, Pierre Paulin siège en majesté

Au musée Fabre de Montpellier, l’exposition « Le design selon Pierre Paulin », ouverte jusqu’au 1er novembre, revient sur plus de cinquante ans de création d’un designer qui a fait de la matière le terrain d’une perpétuelle expérimentation.

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Des courbes, de la couleur et des formes, toujours. Mais cette fois-ci, c’est au design que le musée Fabre de Montpellier consacre son espace d’exposition temporaire. Avec « Le design selon Pierre Paulin », l’institution revient, jusqu’au 1er novembre, sur plus de 50 ans de création d’un designer obsédé par la forme. Un créateur qui n’a cessé de repousser les limites de l’assise pour donner corps à certaines des silhouettes les plus iconiques du XXe siècle. Influencé par son grand-oncle maternel, Frédy Balthazar Stoll, sculpteur formé dans l’atelier de Rodin, et son oncle paternel, Georges Paulin, designer automobile à qui l’on doit notamment l’invention du système Éclipse – permettant au toit des véhicules de se rabattre dans le coffre –, Paulin tire deux grandes lignes : la forme et le fonctionnalisme. Une pensée moderniste que l’étudiant en architecture intérieure au Centre d’art et des techniques (aujourd’hui Camondo) retrouve dans les travaux de l’entre-deux-guerres signés Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, qu’il admire. De cette influence naît le fauteuil Première réalisation. Une assise imaginée comme un prototype, mais qui révèle déjà des facultés certaines pour la conception et le pousse à réaliser ses premières pièces inspirées par la Scandinavie, où il séjourne en 1951. Rapidement édité par Thonet Frères et Meubles TV, puis exposé au Salon des arts ménagers en 1953, le designer s’engage dans une voie moderniste, troquant la géométrie nordique pour les formes organiques.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Naissance de l’esthétique Paulin

Loin des ensembliers qui avaient révolutionné la première moitié du XXe siècle, Paulin appartient à la seconde moitié du siècle, celle de l’industrie. L’arrivée de nouvelles fibres, dont le jersey, textile souple et élastique symbole de la révolution industrielle des années 1960, lui ouvre de nouvelles possibilités. Il imagine alors de nouvelles formes. Parmi elles, le Groovy et le Mushroom marquent cette décennie et lui confèrent l’image d’une époque colorée, notamment grâce à des figures comme Kho Kiang Ie, directeur artistique d’Artifort, ou le designer textile américain Jack Lenor Larsen, avec qui Paulin développe un nouveau langage. Un dialecte à part sur la scène du design qui lui vaut d’entrer au MoMA en 1969 – trois ans après avoir contribué au lancement de l’ARC initié par Jean Coural – grâce au F300 et à la Tongue Chair. Une assise si basse dont on lui avait dit qu’elle ne pourrait être commercialisée. Elle deviendra pourtant l’un des grands succès du designer, pour qui la hauteur de l’assise influe sur les échanges humains au sein d’un même lieu.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Ce rapport à l’espace, Paulin l’aborde également avec une structure mobile développée pour les salons. Bien des années plus tard, cette réflexion l’amène jusqu’aux appartements privés de l’Élysée, où il conçoit le célèbre fumoir du couple Pompidou. Une réalisation emblématique de son talent que le designer tentera d’exporter outre-Atlantique avec une collaboration avec Herman Miller et le développement du concept d’open loft. Un projet tombé à l’eau, sans doute trop précurseur à l’aube des années 1970.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Un design marqué par les innovations

De l’artisanat au concept du déhoussable, en passant par les structures exosquelettes des fauteuils Vague ou de la table Cathédrale, Paulin n’aura eu de cesse d’entremêler les concepts, les innovations et les styles. Et ce, jusqu’à revenir, vers la fin de sa vie, à une esthétique Art déco valorisant la géométrie. En témoignent encore aujourd’hui les tapis abrités par le Conseil économique et social de Paris, basés initialement sur les plans du concours remporté par Buren au Palais-Royal, ou le bureau dessiné pour François Mitterrand. Une remise en question perpétuelle de son travail qu’il poursuivra jusqu’à la fin, avec Ligne Roset ou Magis.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

De ses premières assises aux pièces devenues iconiques, l’exposition raconte la carrière d’un homme qui avait fait du design une matière à penser. L’occasion de redécouvrir – et d’essayer – certaines des silhouettes les plus célèbres du XXe siècle, façonnées par un esprit qui n’a cessé de réinterpréter ses dessins pour qu’à travers eux se lise une histoire moderne.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre
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8/10/2026
Edgar Jayet retapisse le design industriel pour la Villa Médicis

Pour la Villa Médicis, le designer Edgar Jayet livre trois fauteuils Tapestry. Une réinterprétation du Swivel de la maison d’édition danoise Vipp, retapissé d’un jacquard paysagé.

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S’il existe une place qui, parmi plus que nulle autre, a traversé les époques pour garantir à la création un lieu d’expression, c’est la Villa Médicis. Fondée en 1666 par Louis XIV, l’institution française bâtie sur les hauteurs de Rome accueille depuis 2022 le programme « Réenchanter la Villa ». Entamée par India Madhavi, cette nouvelle campagne de rénovation se poursuit aujourd’hui avec les appartements des pensionnaires. Et c’est au numéro 10 que l’architecte et directeur artistique Edgar Jayet présente « Tapestry ». Derrière ce nom, une typologie que le designer considère « comme ce qui est un peu le nouveau chevalet de l’artiste » : la chaise de bureau. « Nous nous sommes intéressés à elle car c’est une pièce essentielle mais, à mon sens, souvent décevante en termes de design, de conception. Je suis donc rentré en contact avec l’éditeur danois Vipp pour y chercher la Swivel chair que j’adore. » Une assise pivotante au design industriel mais surtout à la hauteur du lieu, selon le prescripteur.

Fauteuil Tespetry, design Edgar Jayet © VIPP

Un style néo-éclectique

Fidèle à une certaine vision très « dix-neuviémiste » de l’ameublement, Edgar Jayet a souhaité introduire dans ce projet un pont entre les époques et les styles. « Je me suis interrogé sur ce qu’était l’opposé d’un design industriel et je suis tombé sur la tapisserie. Un élément qui ramène à la naissance des Arts décoratifs, au Moyen Âge, à la Renaissance, à la manufacture des Gobelins… » Une réflexion qui amène alors le designer à sélectionner un jacquard au style forestier de chez Schumacher. « La ligne d’horizon, le feuillage… Pour moi, la notion de paysage intérieur est essentielle dans un atelier d’artiste. C’est une ouverture vers l’extérieur qui fait écho, dans notre cas, au jardin de la Villa Médicis », détaille le designer, marqué par l’ambiance néo-médiévale émanant des chaises tapissées de sa grand-mère. Grâce au métrage relativement long, les trois assises de la Villa se complètent sans que le motif ne se répète et offrent ainsi à l’espace une complémentarité stylistique.

Fauteuil Tespestry, design Edgar Jayet © VIPP

Un projet à acquérir

Imaginé à l’origine pour l’institution romaine, le fauteuil Tapestry sera également disponible à la vente à partir du mois de janvier. Avec ses 50 pièces, cette collection capsule s’inscrit dans la volonté plus globale de la maison d’édition danoise de développer des collaborations bespoke autour de leur best-seller : la Swivel. L’occasion de s’offrir un petit morceau de la Villa et de connecter, comme elle, les époques par le prisme du design.

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