Design Parade

La Design Parade célèbre cette année son 20e anniversaire à la Villa Noailles et sa 10e édition à Toulon. Ouvertes depuis le 25 juin et jusqu'au 30 août, les deux manifestations ont livré comme chaque année leurs lots de surprises dans les domaines de l'objet et de l'architecture intérieure. Retour sur les sept lauréats de l'édition 2026.
Née de la volonté de faire découvrir, partager et promouvoir le design le temps d’un été, la Design Parade est devenu un rendez-vous incontournable pour révéler de nouveaux talents auprès d'un large public. Pour cette édition anniversaire, qui marque les 20 ans de l’édition de Hyères et les 10 ans de son antenne toulonnaise, sept créatrices et créateurs ont été récompensés pour leur inventivité déployée au cœur de la Villa Noailles. Concernant le jury, la section design, cette année présidée par Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, réunissait Anne-France Berthelon, Stanislas Colodiet, Clara Krzentowski, Hervé Lemoine et Simon Dupety, récompensé l'an dernier par le Grand Prix du Jury objet. De son côté, Laura Gonzalez était à la tête d'un second jury, composé de Stéphane Parmentier, Rodolphe Parente, Raphaella Pron, Anne-Sophie von Claer et Thomas Takada, chargé de départager les projets d’architecture intérieure. Retour sur le palmarès de cette édition 2026.

Finalistes objet
Le Prix Manufactures nationales - Mobilier national : Lundja Medjoub & Matisse Vrignaud
Avec Les Horloges à Feu, Lundja Medjoub et Matisse Vrignaud s’intéressent au temps à travers la réinterprétation d’instruments de mesure médiévaux. « Il nous a semblé que le temps était une notion trop peu explorée dans le design, alors qu’il s’agit pourtant d’un concept essentiel de nos sociétés contemporaines. Revenir aux fondements de sa mesure nous paraissait indispensable », raconte le duo. Autour de trois objets de mesure emblématiques, les designers associent leur pratique aux notions de temps, de son et de mouvement. « Ces trois objets incarnent trois manières de considérer le temps à travers trois principes sonores : le gong dépeint l’événement singulier et ponctuel ; le sablier symbolise la durée ; le métronome fait référence à la répétition et à la cyclicité. En leur présence, c’est leur son qui matérialise le temps et les fait resurgir à notre attention. » Les trois pièces sont réalisées en laiton, issu de chutes d’une laitonnerie. Un matériau choisi autant pour son lien avec l’horlogerie que pour ses qualités acoustiques, notamment sa musicalité.

Le Grand Prix du Jury Design Parade : Tin Ayala
Huacos est un projet fondé sur la coexistence des références culturelles, souvent opposées, et ici réunies au sein d’un même objet. « La série de céramiques que je présente à la Villa Noailles est conçue comme une superposition entre l’ancestralité et la mondialisation, le passé archéologique et la culture pop contemporaine, les savoirs locaux précoloniaux et les produits du marché capitaliste » explique Tin Ayala. Prenant la forme de céramiques semblables à celles créées par les sociétés Moche, Nazca, Chimú ou encore Inca, le designer équatorien interroge également l’« extirpation des idolâtries » mise en place lors de la colonisation des Andes par les Espagnols. « Cet effacement d’hier nous amène aujourd’hui à concevoir la culture matérielle précoloniale comme quelque chose d’incomplet, de manquant et de brisé, que nous devons restituer à l’aide d’études archéologiques et de connaissances universitaires. » Inspiré par une résidence effectuée en 2023 auprès du musée archéologique Larco à Lima, le créateur place les mélanges, les fusions et les combinaisons au cœur de sa pratique. « C’est pourquoi, en étudiant le design aux Pays-Bas, je place l’art précolombien et le design contemporain au même niveau culturel. » Au-delà de l’esthétique, ces hybridations, questionnent les binarismes coloniaux : ancestral et contemporain, local et global, ou nature et culture. Fruits d’une méthodologie de conception dite « Abigarramiento » (en français : bigarré), les objets superposent des temporalités et des épistémologies hétérogènes. « Je ne crois pas au mythe de la tabula rasa (créer à partir de rien). En tant que designers, nous faisons toujours partie d’un contexte social, nous faisons toujours partie d’un contexte social, et il est important de créer à partir de ces réalités et de travailler avec ces références. » Un travail effectué lors de la résidence de la Fondation d’entreprise Martell à Cognac entre novembre 2025 et janvier 2026.

Prix du Public : Edouardo Altamirano
Le projet d’Edouardo Altamirano, intitulé Sonido Material, explore le son comme un phénomène physique. « Ce projet est né d’un intérêt pour l’exploration de notre rapport au son et aux objets qui le produisent. Il remet en question les produits qui reposent sur la technologie, tels que les haut-parleurs, en se demandant s’ils peuvent redevenir plus bruts, plus ouverts et davantage axés sur l’expérience. » Pour ce projet, le designer a déconstruit le haut-parleur jusqu’à ses composantes les plus essentielles, remettant ainsi en question les frontières conventionnelles entre objet, matériau et son. « J’explore la possibilité de repenser le haut-parleur comme un système ouvert. L’objet n’est plus contraint par une limite physique ni enfermé dans un boîtier : il devient visible et exposé. Cela remet en question nos idées reçues sur les matériaux en proposant une solution qui utilise quelque chose d’aussi simple que le papier, un matériau que l’on n’associe généralement pas au son. » Ce projet est notamment influencé par le dessin, qui occupe une place centrale dans sa pratique. Il lui permet d’explorer un langage graphique et de l’utiliser comme moyen d’expression. « Le dessin influe directement sur la qualité du son, sa résonance et la fonctionnalité globale de l’œuvre, introduisant ainsi une dimension expérimentale particulièrement intéressante », conclut-il.

Finalistes architectes
Prix Visual Merchandising décerné par Chanel : Blanche Mijonnet
En parallèle de son projet d’espace intitulé Pyjama Party, qui interroge l’identité provençale, le projet Soleil Soleil, récompensé ici, questionne en profondeur la matière, la couleur et la notion même de vitrine. « Tout découle de la matière et nous immerge dans sa texture. La lumière n'est pas cachée : elle émane de son cœur et nous invite à regarder de plus près. Soleil Soleil réinterprète la lumière du sud de la France en puisant son inspiration dans l’audace de Coco Chanel, qui a introduit le jaune au rang du luxe. Dans une quête du jaune absolu, la fleur la plus ordinaire qui soit déploie toute sa magie en s’inspirant des savoir-faire délicats des plumassiers de la maison Lemarié : le pissenlit. Cette fleur retrouve sa poésie en révélant ses deux états dans un diorama délicat et lumineux. » Une réalisation d’envergure, qui a notamment nécessité seize heures de cueillette de pétales pour composer le soleil et ces nuances. Plus largement, ce projet permet à la créatrice d’explorer la matière et le geste de manière intuitive et expérimentale, afin d’en révéler toute la poésie.

Prix du Public : Simon Searle et Victoire Lesthevenon
L’Observatoire de Simon Searle et Victoire Lesthevenon, ouvert sur la Villa Noailles, brouille les frontières entre intérieur et extérieur. « Nous avons conçu cet espace de manière à orienter le regard vers l’extérieur. Le sol est surélevé et la structure en bois renforce la perspective vers les fenêtres, offrant ainsi un meilleur point de vue sur le paysage. Des matériaux comme le liège isolent l’espace afin de permettre une immersion totale dans les sons de la nature. Nous voulions créer un lieu hors du temps, loin des distractions, et c’est ainsi que nous concevons le confort. » Le choix des matériaux et des couleurs s’inscrit dans la palette du territoire varois, tout en évoluant au fil du temps et de la lumière. « Nous avons développé nous-mêmes toutes les couleurs à partir de plantes locales, qui vont évoluer au contact de la lumière. Cela nous permet d’établir une relation différente avec ces objets et d’accueillir leur transformation. » Conçu à l’échelle de la Villa Noailles, le projet pousse cette logique jusqu’à ses proportions, déterminées à partir de données géographiques et météorologiques du Var. Une manière de renforcer encore davantage son ancrage dans le paysage qui l’accueille.

Le Grand Prix Design Parade Van Cleef & Arpels : Valentin Bayoud
« Le feu a longtemps accompagné l’essor de l’humanité. Aujourd’hui et plus que jamais, il a été remplacé par une autre ressource précieuse et au centre de nombreux enjeux : l’eau. » C’est autour de cette dernière que le designer et architecte Valentin Bayoud a construit son univers. « À travers Aqua primitiva, j’ai cherché à créer des expériences spatiales qui mettent les visiteurs en condition pour dialoguer et réfléchir aux enjeux contemporains. » En écho aux rassemblements autour du feu, le créateur a imaginé une forme circulaire invitant chacun à se positionner à équidistance de la denrée. « Je m’intéresse aux archétypes spatiaux, ces formes et structures spatiales qui traversent les cultures et les époques parce qu’elles répondent à des besoins fondamentaux. Il ne s’agit pas de reproduire le passé, mais de le confronter au présent. » Un décalage temporel dont résultent des lieux atemporels. S’inscrivant dans une démarche phénoménologique, le projet mobilise les sens et invite le public à une pause réflexive. Une expérience ancrée dans le contexte d’Hyères et mise en valeur par des savoir-faire traditionnels et des matériaux naturels comme le bois brûlé, le lin non teint, le verre thermoformé et moulé, la fonte d’aluminium recyclée, ainsi qu’une pierre du Var posée à sec.

Le Prix Manufactures nationales - Mobilier national :Carlotta Lagazzi & Yohann Hubert
Un salon de repos sur le paquebot de Mallet-Stevens. Imaginée à partir du flux de déchets issus du nautisme de plaisance, l’installation de Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert s’ancre dans l’idée de créer sans engendrer de nouveaux objets. « Un geste conceptuel autant qu’écologique, remettant en question la logique linéaire de la production et de la consommation. » Basé sur l’upcycling, Overflowed réinterprète un certain nombre de matériaux déjà porteurs d’histoire. « Nous sommes depuis longtemps séduits par l’idée de Roland Barthes selon laquelle l’objet est bien plus qu’une simple entité fonctionnelle, chargé de mémoire, de symboles et d’associations culturelles. » Attachés à l’idée de créer de nouveaux sens, le duo considère les médiums « en constante évolution plutôt que comme des entités figées ou immuables ». Une philosophie et un sens de la valorisation dont découle généralement une forme d’ambiguïté. « Nous aimons qu’il soit parfois difficile de dire si les choses sont naturelles ou artificielles, animées ou inertes. » C’est en ce sens que les designers ont découpé et démonté des carcasses et des pièces de bateaux abandonnés pour les rassembler dans des formes « plus douces, plus organiques et curieusement plus familières », convoquant l’imaginaire. Une transformation par laquelle s’opère un déplacement symbolique, de l’objet maritime à l’objet de salon. Sur la méridienne revisitée et sous le plafonnier d’écailles lumineuses, seules les techniques d’assemblage (nœuds, accastillage, systèmes de tension et de retenue, textures et textiles techniques) font office de traits d’union entre deux mondes.


La Villa Noailles célébrait son centenaire cet été. Avec un programme d’expositions riche, le pari a été plus que réussi, puisqu’un record de fréquentation a été réalisé.
Que ce soit à Hyères ou à Toulon, la Villa Noailles a su attirer de nombreux visiteurs cet été. Avec plus de 75 000 entrées recensés depuis le 30 juin, l’institution a battu son record de fréquentation. Avec une large proposition d’expositions, les visiteurs avaient de quoi faire. À travers les expositions dédiées aux finalistes de la Design Parade 2023 d’abord, respectivement à Hyères pour la partie design et à Toulon pour l’architecture. Pour rappel, les projets des 9 finalistes de Hyères sont à découvrir à la Villa Noailles jusqu’au 3 septembre tandis que les 10 finalistes de Toulon sont exposés jusqu’au 5 novembre à l’Ancien Evêché. D’autres présentations autour de l’évènement sont également proposées, avec la participation de plusieurs professionnels du secteur notamment, à l’instar des designers Ronan Bouroullec, Jean-Baptiste Fastrez ou encore Noé Duchaufour-Lawrence.
Pour célébrer son centenaire, la Villa Noailles organise une exposition dédiée intitulée « Les Nuits d’été » à découvrir jusqu’au 14 janvier 2024. À Toulon, entre autres évènements annexes, les étudiants sont mis aussi mis à l’honneur avec deux expositions. Chez Monique Boutique d’abord, les étudiants de l’école Camondo Méditerranée présentent leur projets d’études, alors que les étudiants de l’ESADTPM s’exposent au sein de la galerie de l’école.

Rencontrer Jean-Baptiste Fastrez, c’est plonger dans un univers polysémique, riche en faux-semblant et en détournement des codes. De ses associations impensées naissent des objets qui nous sont pour autant familiers. Dans cette époque « disruptive », c’est la subtilité géniale de l’écriture de ce designer : à l’inverse d’un Magritte qui voudrait nous rappeler ce qu’est ou n’est pas la réalité, il nous propose des objets conteurs d’histoires, qui convoquent des images sans trahir leur usage.
Jean-Baptiste Fastrez fait partie du club prisé des « Ensciens » : en 2010, il sort de l’école de création industrielle en décrochant les félicitations du jury… après s’être accordé un an de césure de stage à l’agence de Ronan et Erwan Bouroullec. Comme il l’indique volontiers, autant dire qu’il a été formé dans la rigueur, l’exigence de la forme adéquate et de la qualité, qui ont marqué sa façon de travailler. Il a rejoint ensuite leur agence quelques années, avant de voler de ses propres ailes en ouvrant son studio en 2012. Il collabore depuis régulièrement avec différents éditeurs, institutions et galeries comme Moustache, Kreo, la Manufacture de Sèvres, Kvadrat, le CIRVA ou Tai Ping… À l’image du hamac Quetzalcoatl, certaines de ses créations ont intégré les collections permanente du CNAP, du Centre Pompidou et du musée des Arts Décoratifs de Paris.

Son envol ? Il le situe précisément au Grand Prix de la Design Parade de 2011 : « Mon parcours aujourd’hui ne serait pas ce qu’il est sans la Design Parade. Enfin l’accompagnement de la Villa Noailles dans son ensemble. Ça m’a tout apporté. » En effet, durant le festival, il rencontre Stephane Arriubergé, fondateur de Moustache, avec qui il démarre rapidement une collaboration toujours prolixe. Il y reçoit aussi une dotation de la galerie Kreo, qui édite son projet. Il y noue des contacts avec Tai Ping, le Centre George Pompidou…: « c’est un endroit pivot, notamment pour des rencontres informelles. C’est aussi un lieu qui m’a soutenu dans les premières années, avec des missions qui étaient des apports financiers non négligeables à l’époque. Quand on rentre dans le système, il y a un côté très famille, on est accompagné. Ce réseau vous suit et vous donne de la visibilité. » La fidélité va dans les deux sens : dans le cadre cette année du centenaire de la Villa Noailles, il fait partie des trois finalistes retenus pour la réalisation d’une installation pérenne dans les jardins, le lauréat sera designé fin juillet.
Une histoire de chaînon manquant
Que Jean-Baptiste Fastrez réponde à cette commande artistique n’étonne pas : son travail est marqué par une certaine approche sculpturale de l’objet, proche dans d’une démarche d’art contemporain, mais avec retenue : « Il y a toujours ce risque de sortir du champ du design et d’être juste un mauvais artiste. Certains ont un côté disruptif, mais dans une foire d’art contemporain, quand on les replace dans les champs de l’histoire de l’art, c’est souvent une redite de ce qui a pu être fait dans les années soixante. » Mais il ne renie pas le caractère conceptuel qui nourrit son travail : « J’ai beaucoup créé de faux ready made, comme l’applique moto pour Moustache. On ne sait pas si c’est une visière de moto qui a été mise au mur ou un objet qui a été dessiné pour être en forme de visière de moto. »

C’est ce twist de la rencontre improbable qui donne une énergie particulière à ses conceptions : « J’aime bien diffracter les codes, fragmenter l’ADN d’un objet, pour le reconstruire dans une autre sens. » Le vase Scarabée est ainsi troublant : la section qui relie les parties en céramique reprend l’ élastique en « gros grain » propre aux masques de ski. Recherche-t-il le point médian ? Il nous répond plutôt chercher « le chaînon manquant entre deux éléments aussi éloignés que possible », et reprend l’exemple de la collection Vivarium éditée par la galerie Kreo et développée pour une exposition à Londres en 2019 : « être toujours au bord de la figuration m’intéresse. Je cherche à convoquer l’imaginaire en asséchant au maximum l’objet. J’aime cette frontière entre l’abstraction et la figuration. » Empruntée au vocabulaire stylistique de Charlotte Perriand, la table Crocodile de ce Vivarium reste dans la suggestion : avec ses bords en ogive, sa forme de calisson et la pierre verte, le crocodile émerge, ce qui ne serait pas le cas avec du marbre noir. De la même manière le miroir-serpent a les attributs du reptile, avec subtilité : « Il faut rester le plus simple possible pour garder un pouvoir d’ évocation. »

Narration et fonction
Étudiant, déjà, il n’aimait pas expliquer ses projets : « Je considérais que si l’objet n’était pas capable de parler lui-même, c’est qu’il n’était pas suffisamment abouti. » Car Jean-Baptiste Fastrez aime jouer avec les matériaux, les formes, les narrations, pour former jeux de mots avec les objets. C’est ce qui traverse l’ensemble de son projet : « J’aime bien que les objets parlent d’eux-mêmes. Pour ça j’aime convoquer les images que l’on a dans notre inconscient collectif et les manipuler. » La question de la narration traverse d’ailleurs toute sa production : « Je ne mélange pas deux choses abstraites, mais des idées qui parlent à tout le monde, qui ne sont simplement pas habituellement associées. J’aime bien emprunter des codes pour raconter une histoire, comprise par des gens qui ne vont pas forcément intellectualiser le design. J’aime mettre les objets dans un univers, comme au cinéma. »


Jean-Baptiste Fastrez, ses objets sont des formes de médias, en racontant une histoire, ils participent à la création d’une atmosphère dans un lieu. Ils assument une certaine présence. « Le précepte moderniste de la forme qui suit la fonction se traduit souvent par cette simplification d’aller vers le minimal, de réduire l’objet à leur fonction. Mon postulat c’est que la fonction des objets dépasse leur fonction première la plupart du temps : par exemple un miroir va servir plus à décorer un intérieur qu’à se regarder dedans, compléter une atmosphère, un décor, que simplement vérifier son reflet. » Dans cette perspective, la fonction décorative du miroir prévaut sur sa fonction de réflexion, mais attention, ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas être intransigeant sur la qualité du reflet. Il précise en souriant : « On est forcément construit par les partenariats dans notre carrière. Kreo a une rigueur implacable sur l’usage. On ne fait pas de tables dont le dessus va se rayer, les lampes doivent éclairer, les meubles doivent être solides… Je me reconnais dans cette conception d’objets en série limitée qui ne perdent pas de vue l’usage. »


Il aime faire des objets ludiques, mais n’essaie pas de faire des objets drôles : dans le jeu de références dans lesquelles il inscrit le produit, il se crée un dialogue, empreint de tendresse comme d’espièglerie, nourri d’un partage des codes de l’enfance, très libre, et détourné : le projet de la lampe Olo chez Moustache donne ainsi à voir sans imposer : « La forme a été imaginée pour recevoir des références : des détails vintage, futuristes, voire des codes de Disney. La force de l’objet est d’exprimer un twist sur sa typologie d’origine. » Pour Olo, la forme en double optique rappelle un regard : la lampe en devient un personnage, et convoque des codes aussi bien de pop culture que de culture classique. Le tapis Neon édité par Tai Ping fonctionne de la même façon : le trait géométrique s’inscrit dans l’exploration de références urbaines, mais évoque pareillement Star Wars et Dan Flavin.
Matière première
La question du matériau est centrale dans ses projets : une grande partie tourne autour du fait d’associer une forme avec un matériau qui n’est pas habituel. Ce peut être un levier très puissant pour générer quelque chose de surprenant « La matière est un élément de narration, elle parle de l’origine. Elle nous rappelle des environnements, des usages. » Ce sera particulièrement percutant dans l’exposition qu’il prépare avec Kreo pour le début 2024 , avec des nouvelles pièces faites artisanalement mais qui auront l’air d’être issues d’une industrie futuriste : « Cette exposition questionnera les modes de production, la réalité de ce qui est artisanal et de ce qui ne l’est pas : on pense souvent que les éléments artisanaux sont en terre cuite et en verre soufflé et les pièces industrielles en aluminium alors que ce peut être l’inverse. Par exemple, des pièces fraisées en alu peuvent facilement exprimer l’idée d’une production industrielle mais sont en fait souvent des pièces réalisées à l’unité dans des ateliers de toute petite échelle. »

Parallèlement à cette approche, l’exposition proposera une réflexion sur la croissance et la décroissance : « C’est très intéressant structurellement de mélanger cette esthétique de l’accélération vers le monde de demain, avec une autre esthétique, dominante dans notre société, qui est sur le ralentissement ; le retour à l’artisanat, aux savoir-faire. » Un programme pro-metteur. À la même période il proposera pour Concrete LCDA une collection et une scénographie valorisant une nouvelle formulation de panneaux en béton à partir de paille.
Mises en espace
Car la scénographie est aussi un terrain d’expression de Jean-Baptiste Fastrez : « C’est l’occasion de travailler en grands formats une narration. » À l’hôtel des Arts de Toulon, en 2021, il avait ainsi mis en espace des pièces de la collection de design italien du Centre Pompidou, avec à nouveau un jeu de sens : « Je suis parti en quelque sorte à la recherche du point médian entre de la muséographie dans un musée d’art contemporain et de l’architecture d’intérieur dans un hôtel particulier. J’avais un espace structuré, avec des pièces identifiées : bureau, salle de bains, chambre à coucher, etc. J’ai créé un principe de cimaises monochromes pour mettre en valeur cette évocation de fonctions traduites par les objets. » Pour les céramiques Ravel, en 2014, il investit une église désacralisée : « J’ai rempli l’église de pots autour du principe narratif du carroyage des fouilles sous-marines, soit la division en carrés d’une zone, ici matérialisée par des filets blancs. » Sachant qu’un balcon de l’église permettait une vue en surplomb, la présentation plaçait le spectateur dans la position d’un plongeur sous-marin et un fascicule nommait les pièces sous les codes d’une cartographie archéologique.

Dans un autre secteur, à Bordeaux, pour l’exposition « Paysans designers », il travaille des blocs végétalisés, tel un paysage morcelé, pour apporter le vivant dans le musée. Comme un rendez-vous régulier, en septembre, lors de la Paris Design Week, il présentera sa première chaise éditée avec Moustache ainsi qu’une collection de miroirs : « Avec Stéphane Arriubergé, on se retrouve toujours sur une envie de faire des choses différentes : Il est toujours là pour faire l’inverse de ce que l’on attend de lui ! » Et à l’automne, le Silmo dévoilera une nouvelle collection de lunettes qu’il a dessinées. Le designer se réjouit avec simplicité de cette actualité à venir : « Les gens consomment beaucoup les objets en images. Comme une chanson, une peinture: on regarde sans posséder. Avec les médias, les réseaux sociaux, mes objets vont être vus 99 % du temps en images plutôt que dans la réalité. C’est peut-être pour cela que j’aime qu’on les voie comme des objets extraits d’une narration.»

La Design Parade vient de dévoiler son palmarès 2023 , en design à Hyères et en architecture d’intérieur à Toulon, pour sa 17e et 7e édition respectives. Un des concours les plus dotés du secteur, véritable promoteur de talents.
À Hyères, la Villa Noailles accueille la Design Parade depuis 2006. Fondé et dirigé par Jean-Pierre Blanc et présidé par Pascale Mussard, le festival est composé de deux parties depuis 2016, avec une partie design à Hyères et une partie architecture d’intérieur à Toulon. L’objectif reste le même depuis le début : offrir à 20 jeunes créateurs une vitrine et un accompagnement complet pour la réalisation de leur projet. Les lauréats sont annoncés dans les premiers jours de festival, mais les expositions sont ouvertes au public tout l’été jusqu’au 3 septembre pour celles de Hyères et jusqu’au 5 novembre pour celles organisées à Toulon.
Cette année, le jury était présidé d’une part par Aline Asmar d’Amman pour les prix d’architecture d’intérieur à Toulon, accompagnée de Victoire de Taillac, Gay Gassmann, Pierre Hermé, Judith Housez Aubry, Oliver Jahn, Rabih Kayrouz, Agnès Liely, Harry Nuriev et Tyler Billinger, Lindsey Tramuta, Madeleine Oltra et Angelo de Taisne (cf Intramuros 214). Pour la section design à Hyères, c’est Noé Duchaufour-Lawrance qui a été choisi pour présider le jury composé de Guillaume Bardet, Clara Le Fort, Marion Mailaender, Jean-Marie Massaud, Luca Nichetto, Astrid Rovisco Suzano, Bas Smets et du duo Claire Pondard et Léa Pereyre. Chaque président a également sa propre exposition.
Lauréats en design
Le Grand Prix du jury et du public à Hyères décernés à Yassine Ben Abdallah
Le parcours de Yassine Ben Abdallah n’est pas des plus communs, et c’est ce qui forme la richesse de son approche du design. Formé à Science-Po puis à l’Académie d’Eindhoven, le designer est aujourd’hui basé entre la Réunion et les Pays-Bas. Pour la Design Parade, le designer présentait le projet « Mémoires de plantation », qui se penche sur la disparition des objets appartenant aux esclaves et aux engagés des plantations sucrières de La Réunion. En effet, l’identité culturelle de l’ancienne colonie française a été façonnée par la monoculture de la canne à sucre, mais peu d’objets subsistent à cette histoire, si ce n’est ceux des maîtres. De fait, le sucre, matière première de la plantation, devient ici narrateur de cette absence : Yassine Ben Abdallah subvertit la scénographie habituelle de la muséographie en installant des machettes éphémères en sucre, artefacts disparus des esclaves, face aux objets permanents du maître. Un projet qui touche aux frontières du design et de l’art contemporain, d’une justesse sensible dans la transcription du propos : un dialogue qui convoque en silence le passé, pour mieux évoquer les interrogations du présent.


En tant que lauréat du Prix du Jury, Yassine Ben Abdallah se voit récompenser d’une résidence de recherche d’un an à Sèvres – Manufacture et Musée nationaux ainsi que d’une résidence de recherche d’un an au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques de Marseille (Cirva) pour la réalisation d’un vase en trois exemplaires. Il est également invité à participer concours en tant que membre du jury et bénéficiera d’une exposition personnelle à Hyères lors de la prochaine édition de la Design Parade, en 2024.
Lucien Dumas & Lou-Poko Savadogo, lauréats du prix Tectona et de la Dotation de la Fondation Carmignac
Le duo composé de Lucien Dumas & Lou-Poko Savadogo présentait la collection Au dixième. « En tant qu’architectes et artisans, nous considérons qu’il n’y a pas de frontière d’échelle, d’usage ou de forme entre un bâtiment et un mobilier. » Dans leur pratique, la fabrication n’est plus séparée de la conception et un détail constructif peut devenir le point de départ d’un projet plus global. Ils envisagent ainsi les pièces de mobilier comme des éléments d’architecture. La collection est le résultat d’une recherche sur l’assemblage du bois par le tissage : les meubles sont composés de petites pièces de bois maintenues entre elles grâce à une corde en papier, qui met en avant la jonction, pour souligner les fondamentaux d’une structure. Une écriture très personnelle, autour d’un « entre-deux » entre architecture et design, très prometteuse pour des résidences annoncées.


Respectivement lauréats de deux prix, Lucien Dumas & Lou-Poko Savadogo se voient donc doublement récompensés. Lauréats du prix Tectona, mis en place pour la première fois cette année, les dix finalistes devaient imaginer un fauteuil de repas empilable sur le thème « Une pause sous le soleil », avec une seule contrainte technique : utiliser le métal ou un matériau naturel imputrescible. Pour ce prix, le duo lauréat avec leur fauteuil Materra-Mantang recevra un prix de 5.000 euros. En parallèle, le prix de la dotation Carmignac leur permet d’être invités lors d’une résidence à créer un objet en lien avec la philosophie du lieu.
Lauréats en architecture d’intérieur
Le Grand Prix du jury Van Cleef & Arpels décerné à Clément Rosenberg
Designer textile, Clément Rosenberg s’est inspiré de la tradition médiévale de l’art héraldique pour son projet Chambre tapissée pour cigale en hiver, en créant des blasons pour signifier la Méditerranée, qui n’existaient pas jusqu’ici. Il propose ainsi différentes versions afin de rassembler sous un même emblème le littoral hétérogène qui s’étend de Nice à Perpignan. Influencé d’une part par les ressources du territoire, il y ajoute une figure majeure : la cigale qui unit par son chant la Provence à l’Occitanie. Clément Rosenberg choisit de lui rendre hommage en déployant les formes et les couleurs de son blason à l’échelle architecturale grâce à l’emploi de matériaux locaux et de matières nobles. À l’image du cocon sous la terre et des chambres médiévales remplies de tapisseries, il conçoit une pièce entièrement souple, faite de drapés et de tentures.


La dotation Van Cleef & Arpels comprend une bourse de 5 000 euros, un projet de collaboration avec Delisle pour la création d’une pièce d’exception d’une valeur de 10.000 euros, le développement d’un projet créatif avec Codimat, d’un accompagnement en conseil en image et relations presse d’une durée d’un an de la part de l’agence Perrier / Giroire Communication, une résidence de deux semaines dans l’atelier parisien de L’Atelier Mériguet, la création d’une pièce d’une valeur de 10.000 euros avec l’Atelier François Pouenat, d’une résidence de recherche, développement et création d’un prototype au sein de l’atelier Relax Factory ainsi que la participation au concours en tant que membre du jury et d’une exposition personnelle à Toulon en 2024, dans le cadre du festival.
Mention spéciale du Jury de Toulon : Mathieu Tran Nguyen
Le projet l’Oseraie de Mathieu Tran Nguyen met en avant une tradition immémoriale qu’est la vannerie, l’art de tresser les fibres végétales. Rencontre entre esprit méditerranéen et esprit japonais, L’Oseraie rend hommage à ces innombrables objets, utilisés par une large population paysanne, pour ranger, transporter, nettoyer, cuisiner, s’asseoir et dormir. Un art de l’ordinaire, typique d’une Provence rêvée. Cette collection se compose des assises d’osier taillé Botte, d’une marqueterie murale d’osier Écailles, du tapis Canisse, ou encore des luminaires Barigoule en osier tressé. Une mise en espace extrêmement originale, qui par une composition extrêmement structurée, propose un discours très contemporain, évitant habilement les écueils des clichés « d’authenticité » trop souvent liés à la notion de « tradition ».

Prix Visual Merchandinsing décerné par Chanel pour Arthur Ristor et Anaïs Hervé
Le projet Le palais de Sable d’Arthur Ristor et Anaïs Hervé est un paysage, une carte postale d’un bord de mer, où les souvenirs d’un après-midi à la plage se fondent dans l’architecture fragile d’un décor fantasmé. Des coussins en forme de coquillages viennent se loger dans des architectures rocheuses incrustées d’éclats de mosaïque. Sur de petits guéridons de verre, des perles s’amassent en tas comme des algues rescapées de la marée. Un petit salon en vitrail illumine la pièce de mille couleurs. Les deux univers de la plage et du château ne font qu’un, comme un palais imaginaire sculpté dans le sable.


Pour ce prix, Chanel offre la possibilité de réaliser un projet de création à hauteur de 20 000 euros, en collaboration avec une ou plusieurs Maisons d’art, qui sera exposé lors de l’édition 2024.
Marisol Santana et Emily Chakhtakhtinsky récompensées par le prix du Mobilier National
Le projet Lou Cabanoun de Marisol Santana et Emily Chakhtakhtinsky réunit abeilles et humains dans un espace refuge. Le duo a dessiné une pièce éco-système qui questionne la façon dont le territoire méditerranéen est vivable en étant confronté à l’épreuve climatique actuelle. Lou Cabanoun est inspirée formellement des apiés provençaux et rend hommage à l’abeille noire provençale en empruntant des éléments au monde apicole. Un sanctuaire qui, par sa matérialité, est une interprétation des cabanes de pierres sèches, constructions vernaculaires provençales. Au sein de Lou Cabanoun, les éléments de l’écosystème méditerranéen sont sublimés et sacralisés.


La récompense offre au duo l’occasionde développer un projet créatif avec l’ARC (Atelier de Recherche et de Création) de l’institution. Le prototype sera présenté l’année suivante au sein d’une exposition scénographiée par les lauréats avec l’aide et le soutien du Mobilier national.
Le prix du public de la ville de Toulon décerné à Théophile Chatelais et Hadrien Kriepalmarès
Le projet de Théophile Chatelais et Hadrien Kriepalmarès est une réflexion sur la chaleur et sa gestion par les humains. De fait, pendant les heures chaudes, le soleil est haut dans le ciel et la mer silencieuse. L’air paraît plus épais, les ombres plus courtes et le temps plus long, ce qui impose de rentrer se protéger à l’intérieur de la maison. Le duo a ainsi créer une salle rectangulaire, accolée à la cour, où coule une fontaine intérieure qui permet de rafraîchir l’espace. Le temps d’un été, celle-ci devient le théâtre de nouveaux désirs, de nouvelles manières d’habiter et d’être ensemble. Une question se pose : Comment vivrons-nous lorsque les températures seront trop élevées ? Peut-être faudra-t-il renouer avec d’anciens rituels, en inventer de nouveaux ?



Avec le besoin de contextualiser leur travail pour qu’il soit le plus juste possible, les lauréats du prix du Mobilier national au Festival Design Parade 2021 déroulent des scénarios en amont de leurs projets.
Clémence Plumelet et Geoffrey Pascal se sont rencontrés à la Design Academy d’Eindhoven, après un cursus à l’École supérieure des arts appliqués Duperré pour elle, et à la Parsons School pour lui. Tous deux en agence, ils viennent de monter en parallèle leur studio de design, Marcel Poulain. La création de cette structure fait suite à la sélection du couple au Festival international Design Parade en 2021, section architecture d’intérieur. Avec pour contrainte de « créer une pièce à vivre dans une maison méditerranéenne », les deux designers y présentaient une installation rafraîchissante, un salon-bar au mobilier moelleux reprenant les codes piscine de la Riviera.
Grâce à l’obtention du prix du Mobilier national, le tandem a bénéficié d’une année de résidence avec l’ARC (Atelier de recherche et de création) pour créer un meuble qui intégrerait ensuite les collections de l’institution et ferait partie du mobilier d’État disponible aux expositions et à l’aménagement d’espaces en France et à l’étranger. Une pièce de design amenée à être souvent déplacée.

À partir de ce contexte, le duo a imaginé Terence, un canapé voyageur à la structure coque en bois à même de se plier façon malle, ce qui facilite et protège son transport. Une création astucieuse, présentée lors du Festival Design Parade de 2022 dans une scénographie montrant l’aptitude des designers à associer, dans un lieu donné, dimensions narrative et fonctionnelle. « Ce qui définit notre pratique, c’est le dessin d’objets, mais nous aimons les projets d’ensemble, avec un fil conducteur. Réfléchir à tout, aller vraiment dans le détail et dessiner des éléments de mobilier qui soient en dialogue avec l’espace. »


S’ils travaillent déjà sur des propositions d’éditeurs et un projet d’appartement dans le Sud, Clémence Plumelet et Geoffrey Pascal aimeraient renouveler l’expérience de la résidence, et ne pas entrer d’emblée dans une logique de production rapide. « Nous préférons prendre notre temps pour que le message soit le bon auprès des personnes qui pourraient faire appel à nous. »

Le 23 juin, le festival Design Parade s’est ouvert à Toulon avec les expositions d’architecture d’intérieur suivies le lendemain par l’inauguration des expositions de design à la villa Noailles à Hyères, un évènement à la fois grand public et pointu. Au total, 20 jeunes talents entraient en concurrence avec des projets de grande qualité. Découvrez les lauréats de cette édition 2022.
Depuis 2006, la villa Noailles accueille la Design Parade, fondée et dirigée par Jean-Pierre Blanc et présidée par Pascale Mussard. Le festival se divise depuis 2016 entre Hyères – pour le design – et Toulon -–pour l’architecture d’intérieur. Il a pour mission de mettre à l’honneur 20 jeunes créateurs, en leur offrant une vitrine ainsi qu’un accompagnement complet pour la réalisation de leur présentation. Dans chaque section, un jury professionnel récompense des lauréats dans des prix rendus possible grâce à une dizaine de partenariats qualitatifs (comme le Mobilier national, la fondation Carmignac ou encore la manufacture de Sèvres, Chanel…) Les expositions sont ouvertes au public jusqu’au 4 septembre pour celles de Hyères et jusqu’au 30 octobre 2022 pour celles de Toulon. Cette année, le jury de Toulon était présidé par Rodolphe Parente – également invité d’honneur – et retenu pour son style percutant et glamour. Quant à Hyères, le choix s’est porté sur Ineke Hans et son design et sa recherche d’économie de matière.
Design Parade Hyères 2022
Grand Prix du jury : Claire Pondard & Léa Pereyre
Le projet Anima II, réalisé par Claire Pondard & Léa Pereyre a remporté le Grand prix du jury ainsi que le Prix du public de la ville de Hyères pour leur recherche alliant matériau et robotique : Anima II sont des formes mouvantes, qui réagissent à la présence humaine grâce à des capteurs de mouvements : dans un esprit de créatures abyssales, des « simples » feuilles de plastique en 2D se transforment en formes organiques qui montent, descendent et s’étendent.
Ce Grand Prix du Jury de la Design Parade Hyères dote le duo d’une résidence de recherche d’un an à Sèvres, de la participation au concours en 2023 en tant que membre du jury accompagnée d’une exposition personnelle à la villa Noailles ainsi qu’un séjour de recherche d’un an au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques de Marseille (Cirva) afin de réaliser un vase en trois exemplaires.


La Mention spéciale du jury pour Stéven Coëffic
Stéven Coëffic avec son projet « Un moment de distraction fonctionnelle » et ses objets colorés majoritairement réalisés en céramique et en verre reçoit la Mention spéciale du jury. Par sa série de neuf objets, le designer joue avec les codes d’ouverture et de fermeture, les redéfinissant : le coffre s’ouvre grâce à un point de connexion, le lampadaire s’allume par la superposition de deux objets … La démarche design se veut intemporelle avec ses objets qui ne nécessitent pas d’électronique et ses formes simplifiées.
Un prix fruit de l’association d’American Vintage avec le festival qui offre à Stéven Coëffic une dotation pour créer une pièce en collaboration avec eux.

Design Parade Toulon 2022
Madeleine Oltra & Angelo de Taisne : consacrés par 4 prix
Le duo a fait une prestation fracassante à la Design Parade Toulon 2022 avec Sardine Sardine en remportant pas moins de 4 prix avec le Prix Chanel, le Prix Van Cleef et Arpels, le Prix Carmignac et le Prix du jury. Sardine Sardine nous plonge dans sa tente en toile aux couleurs chaleureuses et dorées. Entre la Ricorée, les figues sur la table, le lit de camp et la bouilloire frémissante, ce projet offre une immersion complète appelant à l’aventure. Le duo a dessiné les différentes pièces de mobilier, a su décliner des fauteuils et des lits d’appoints les codes du matériel de camping (matériau, technique) et a repris dans les coutures des revêtements des matelas gonflables. La « tente XXL » est entièrement démontable et transportable sur un toit de voiture équipé. Les deux jeunes designers se sont ingéniés à détourner des matériaux (tapis de sol) pour mieux revisiter les objets du quotidien dans un principe ergonomique.
Créé en 2019, le Prix Visual Merchandising décerné par Chanel permettra au duo de réaliser un projet de création à hauteur de 20 000€. Ce dernier sera exposé lors de la Design Parade Toulon 2023. Quant au Grand prix Van Cleef & Arpels, il dote les gagnants d’une bourse de 5 000€. Nouveautés 2022 : un accompagnement en conseil en image et relations presse par l’agence David Giroire Communication est proposé pendant un an ainsi qu’une possibilité de collaborer avec Delisle pour créer une pièce d’une valeur de 10 000€. Sans oublier le développement d’un projet créatif avec Codimat Collection, projet ayant vocation à rentrer dans les collections de la maison. Enfin, 2022 marque également l’arrivée de la Dotation de la fondation Carmignac qui récompense le duo avec une participation au concours en tant que membre du jury, une exposition personnelle à Toulon à la Design Parade Toulon 2023 et une invitation dans une résidence à créer un objet faisant le lien avec la philosophie du lieu.




Paul Bonlarron, Prix du Mobilier national à Toulon
C’est dans la matière molle que Paul Bonlarron trouve son inspiration et pense sa toilette aux coquillages comme une coquille habitable, mêlant miroir de nacre, fresque rocailleuse et motifs marins sur les pas des rocailleurs méditerranéens du XVIIe siècle.
Ce Prix du Mobilier national lui offre alors l’occasion de développer un projet créatif avec son l’Atelier de Recherche et de Création (ARC). L’institution – qui met en avant le design contemporain – permettra à Paul Bonlarron de présenter en 2023 son prototype au cours d’une exposition scénographiée par lui.
Prix du public de la ville de Toulon pour Marthe Simon
L’oursinade remporte le Prix du public de la ville de Toulon pour son intérieur évoquant l’oursin avec ses motifs inspirés de la villa Kérylos.


La Villa Noailles organise depuis 2016 la Design Parade de Toulon, petite sœur de celle de Hyères qui fête cette année ses 15 ans. Respectivement centrés sur l’architecture intérieur et le design, ces deux domaines se côtoient dans ce festival qui avait cette année une saveur toute particulière. Après l’annulation de l’édition 2020, il était tant de retrouver les créateurs et partager avec les visiteurs ce qu’est le design d’aujourd’hui et ce que sera peut-être celui de demain. Le jury composé de 10 personnalités, était cette année présidé par Karl Fournier et Olivier Marty, fondateurs du Studio KO.
Henri Frachon : Mention spéciale du jury (Hyères)
Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), Henri Frachon possède aussi un bagage d’ingénieur et de physicien obtenu respectivement aux Arts et Métiers et à l’Université Claude Bernard de Lyon. Le designer, déjà lauréat des Audi Talents 2020, conçoit le design contemporain comme un ensemble de facteurs complémentaires. À la fois inventif, intemporel et pratique, il n’exclut pas une approche sensible offrant rythme, justesse mais aussi dissonance. À travers ses conceptions percées de trous et dépourvues de leurs fonctions classiques, Henri Frachon s’est focalisé sur l’essence même de cette absence de matière. « J’ai interrogé ce que sont formellement les trous, ce qui les caractérise, ce qu’ils apportent, ce qui les rend beaux ». Un projet qui laisse donc voir bien plus loin que la surface en elle-même.

Arthur Donald Bouillé : Prix du public (Hyères)
Après avoir débuté son cursus avec un Bachelor de Design Industriel à l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de Bruxelles, Arthur Donald Bouillé a obtenu un master en création industrielle à l’Ecole nationale supérieure de création industrielle à Paris. Médaillé il y a quelques années au concours annuel organisé par le MIT à Boston pour le développement d’un purificateur d’air intérieur, le designer porte depuis un intérêt plus profond à « l’exploration des mécanismes et des stratégies du Vivant ainsi que les questionnements éthiques ou écologiques qu’elles suggèrent ». C’est ainsi que l’échange avec des chercheurs a pris une place de choix dans son processus créatif pour proposer « de nouvelles manières d’envisager notre relation aux vivants et aux technologies ». Une évidence pour celui qui transforme les frontières en zones de rencontres inter-disciplinaires/environnementales/conceptuelles. Au travers de son projet récompensé par le festival, le designer souhaitait « interroger les manières de prendre soin et d’accompagner les malades du cancer par l’intermédiaire d’objets transitionnels, de supports de projection qui permettent d’extérioriser, de mettre à distance un fragment de la maladie ». Un projet qui, grâce à l’implication de la recherche scientifique et philosophique, peut se qualifier de thérapeutique et transitionnel selon les dires du créateur.

Johanna Seelemann : Mention Spéciale Eyes On Talents X Frame (Hyères)
Née en Allemagne, Johanna Seeleman développe ses « fascinations » durant sa licence en conception de produits à l’Académie des Arts d’Islande puis son master en design contextuel à la Design Academy of Eindhoven au Pays-Bas. Une fascination globale qui a conduit la designer à prendre la parole lors de conférences et d’événements comme la Deutsh Design Week, à s’exposer à Londres, mais aussi de nombreux pays nordiques. Mais celle qui en 2019 a été séléctionnée pour le « ICON Design – 100 Talents to Watch », n’avait jamais remporté de prix avant celui de la Villa Noailles. Particulièrement intéressée par « l’exploration de produits et de matériau qui semble banal en Europe », la designer « aime dénicher des parcours et des contextes cachés et proposer des scénarii alternatifs ou des futurs possibles ». La sensibilité de Johanna Seelemann envers les matériaux et leurs impacts dans une société pourtant sensible à la cause environnementale l’amène à se questionner sur la « possible adaptation de nos systèmes et l’utilisation des ressources au changements constants des goûts. »
Terra Incognita vise ainsi à placer la plasticine (un argile de prototypage) au centre du matériau. « En design on dit que la forme suit la fonction, mais elle suit aussi la mode et les tendances. » Ce nouveau médium offrirait donc la possibilité de remodeler l’objet à l’infini. Un projet esthétique et évolutif en somme !


Cecile Canel & Jacques Averna : Grand prix du jury (Hyères)
Lauréats de la résidence « sur mesure + » de l’Institut français et résidents aux Ateliers de Paris, Cécile Canel et Jacques Averna ont exposé leur création mêlant dynamisme et mécanisme à la Design Parade de Hyères. Sortis tous deux de l’ENSCI les Ateliers, et préalablement diplômés respectivement aux Beaux-Arts de Toulouse et à l’Ecole Boulle, ces deux designers adhèrent à un design qui « vient se frotter à des réalités techniques, matérielles et sociales, tout en gardant élégance et astuce ! ». C’est ainsi que ce duo s’est intéressé aux enseignes de magasins « responsables de beaucoup de pollution lumineuse et de consommation énergétique». Pour y remédier avec élégance et astuce, les designers ont saisis la force du vent pour animer aux grès de ses courants ces repères du quotidien.


Anna Talec & Julie Brugier : Mention Spéciale du jury (Toulon)
Anna Talec et Julie Brugier sont toutes les deux diplômées d’un DSAA, spécialisées respectivement en mode et environnement à l’école Duperré de Paris, et en design d’objet à l’école Boulle de Paris. Ancrées dans l’idée que l’approche contextuelle est désormais devenue inévitable, les deux créatrices font des différents facteurs d’un lieu, un ensemble d’éléments à prendre en compte. « Nos projets s’ancrent toujours dans des territoires emplis de savoir-faire », leurs permettant de revendiquer « un design sobre et vivant ». Premier appel à projet réalisé par le binôme, la thématique leur a permis de mettre en avant une plante attachée au territoire méditerranéen : le chanvre. Écologique, les designers l’ont donc transformée en objet domestique au sein de leur espace appelé la Villa du cueilleur. Un appentis qui, avec sa charpente en bois et ses fonctionnalités primaires, offre un résultat « frugal » selon les créatrices.


Clemence Plumelet & Geoffrey Pascal : Prix Mobilier national (Toulon)
Pour ces deux diplômés de la Design Academy of Eindhoven au Pays-Bas, ce prix est le premier remporté. Avec leur vision du design contemporain basé sur l’échange des savoirs-faire et des souvenirs générationnels, les deux jeunes designers ont abordé la thématique méditerranéenne selon plusieurs angles au gré de leurs rencontres. « La Méditerranée et son atmosphère chaleureuse et chaloupée […] se décline en un projet que nous avons voulu riche de couleurs saturées et de matières sophistiquées ». Mais de voyage en rencontres, le projet s’est enrichi pour pencher vers « des matériaux plus justes, en accord avec l’atmosphère qui réside sur le littoral ». Au final, le projet s’articule autour d’un espace remplissant la fonction de salon-bar. L’évocation d’un bord de piscine où entrent en discussion le lieu et les objets l’animant. Le résultat d’une collaboration dont les inspirations tant cinématographiques (La piscine de Jacques Derray) que photographiques (les clichés de Slim Aarons) signent un espace à l’allure ludique et au style intemporel selon les créateurs.

Edgar Jayet & Victor Fleury Ponsin : Grand prix Design Parade Van Cleef & Arpels + Mention Speciale Eyes On Talents X Frame (Toulon)
« Dans la pénombre, on sent ce vent, tout dans cette pièce respire, on peut se laisser aller à une sieste », tel est décrit le projet par ses créateurs, tous deux étudiants à l’école Camondo de Paris. Si pour Edgar Jayet, le design doit principalement passer par les sensations et la transdisciplinarité, Victor Fleury Ponsin fait pour sa part place au dialogue inter-créatif et à la compréhension propres à chaque matériaux. Deux approches complémentaires du design contemporain qui ont permis aux jeunes primés de créer « un projet autour de souvenirs et de sensations ». La sieste, institution méditerraéenne, se mue ici en un espace travaillé. « Notre pièce est habitée par l’ombre et traversée par le vent ». C’est ainsi que la pierre humidifiée, le plâtre et un voilage suffisent à créer un lieu hors de l’éblouissement et de la chaleur. La sieste, une habitude de vie matérialisée en un espace où les longs et chauds après-midis s’atténuent dans le calme d’un repos.


Marc-Antoine Biehler & Amaury Graveleine : Prix Visual Merchandising (décerné par Chanel) et Prix du public (Toulon)
« Questionner l’existant, écouter l’histoire d’un besoin, s’ancrer et s’adapter dans un lieu de façon la plus naturelle possible ». C’est ainsi que résonne le design d’aujourd’hui pour Marc-Antoine Bielher et Amaury Graveleine. Diplômés d’architecture d’intérieure et design d’objet à l’école Camondo de Paris pour le premier, et d’architecture d’intérieure et design d’espace à l’Ecole Boulle de Paris pour le second, la localité des savoirs et des matériaux représente pour eux une réponse aux besoins. C’est donc de fait que « la beauté du geste artisanal offre une réponse architecturale plus humaine ». Si la Méditerranée est une évocation du bord de mer, le duo a pour sa part choisi de s’inscrire dans les terres. Souvenirs de vacances qui leur sont propres, issus tantôt de moments partagés ? Entre amis ou en famille, tantôt des lectures de Pagnol ou encore de films, un projet est né mêlant liberté et insouciance des moments vécus enfant. Un projet où parasol et table en marqueterie de noyaux d’olives rappellent cette ambiance provençale avec humour.

