Rétro 2021 : Retour sur la Design Parade
Johanna Seelemann / Marc-Antoine Biehler et Amaury Graveleine / Edgar Jayet et Victor Fleury © Luc Bertrand

Rétro 2021 : Retour sur la Design Parade

La Villa Noailles organise depuis 2016 la Design Parade de Toulon, petite sœur de celle de Hyères qui fête cette année ses 15 ans. Respectivement centrés sur l’architecture intérieur et le design, ces deux domaines se côtoient dans ce festival qui avait cette année une saveur toute particulière. Après l’annulation de l’édition 2020, il était tant de retrouver les créateurs et partager avec les visiteurs ce qu’est le design d’aujourd’hui et ce que sera peut-être celui de demain. Le jury composé de 10 personnalités, était cette année présidé par Karl Fournier et Olivier Marty, fondateurs du Studio KO.


Henri Frachon : Mention spéciale du jury (Hyères)

Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), Henri Frachon possède aussi un bagage d’ingénieur et de physicien obtenu respectivement aux Arts et Métiers et à l’Université Claude Bernard de Lyon. Le designer, déjà lauréat des Audi Talents 2020, conçoit le design contemporain comme un ensemble de facteurs complémentaires. À la fois inventif, intemporel et pratique, il n’exclut pas une approche sensible offrant rythme, justesse mais aussi dissonance. À travers ses conceptions percées de trous et dépourvues de leurs fonctions classiques, Henri Frachon s’est focalisé sur l’essence même de cette absence de matière. « J’ai interrogé ce que sont formellement les trous, ce qui les caractérise, ce qu’ils apportent, ce qui les rend beaux ». Un projet qui laisse donc voir bien plus loin que la surface en elle-même.

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Henri Frachon, Design Parade de Hyères © Henri Frachon

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Arthur Donald Bouillé : Prix du public  (Hyères)

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Après avoir débuté son cursus avec un Bachelor de Design Industriel à l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de Bruxelles, Arthur Donald Bouillé a obtenu un master en création industrielle à l’Ecole nationale supérieure de création industrielle à Paris. Médaillé il y a quelques années au concours annuel organisé par le MIT à Boston pour le développement d’un purificateur d’air intérieur, le designer porte depuis un intérêt plus profond à « l’exploration des mécanismes et des stratégies du Vivant ainsi que les questionnements éthiques ou écologiques qu’elles suggèrent ». C’est ainsi que l’échange avec des chercheurs a pris une place de choix dans son processus créatif pour proposer « de nouvelles manières d’envisager notre relation aux vivants et aux technologies ». Une évidence pour celui qui transforme les frontières en zones de rencontres inter-disciplinaires/environnementales/conceptuelles. Au travers de son projet récompensé par le festival, le designer souhaitait « interroger les manières de prendre soin et d’accompagner les malades du cancer par l’intermédiaire d’objets transitionnels, de supports de projection qui permettent d’extérioriser, de mettre à distance un fragment de la maladie ». Un projet qui, grâce à l’implication de la recherche scientifique et philosophique, peut se qualifier de thérapeutique et transitionnel selon les dires du créateur.

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Arthur Donald Bouillé, Expérience de panser, Design Parade Hyères © Anne-Charlotte Moulard

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Johanna Seelemann : Mention Spéciale Eyes On Talents X Frame (Hyères)

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Née en Allemagne, Johanna Seeleman développe ses « fascinations » durant sa licence en conception de produits à l’Académie des Arts d’Islande puis son master en design contextuel à la Design Academy of Eindhoven au Pays-Bas. Une fascination globale qui a conduit la designer à prendre la parole lors de conférences et d’événements comme la Deutsh Design Week, à s’exposer à Londres, mais aussi de nombreux pays nordiques. Mais celle qui en 2019 a été séléctionnée pour le « ICON Design – 100 Talents to Watch », n’avait jamais remporté de prix avant celui de la Villa Noailles. Particulièrement intéressée par « l’exploration de produits et de matériau qui semble banal en Europe », la designer « aime dénicher des parcours et des contextes cachés et proposer des scénarii alternatifs ou des futurs possibles ». La sensibilité de Johanna Seelemann envers les matériaux et leurs impacts dans une société pourtant sensible à la cause environnementale l’amène à se questionner sur la « possible adaptation de nos systèmes et l’utilisation des ressources au changements constants des goûts. »

Terra Incognita vise ainsi à placer la plasticine (un argile de prototypage) au centre du matériau. « En design on dit que la forme suit la fonction, mais elle suit aussi la mode et les tendances. » Ce nouveau médium offrirait donc la possibilité de remodeler l’objet à l’infini. Un projet esthétique et évolutif en somme !

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Johanna Seelemann, Terra Incognita © Luc Bertrand
Johanna Seelemann, Terra Incognita © Luc Bertrand

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Cecile Canel & Jacques Averna : Grand prix du jury  (Hyères)

Lauréats de la résidence « sur mesure + » de l’Institut français et résidents aux Ateliers de Paris, Cécile Canel et Jacques Averna ont exposé leur création mêlant dynamisme et mécanisme à la Design Parade de Hyères. Sortis tous deux de l’ENSCI les Ateliers, et préalablement diplômés respectivement aux Beaux-Arts de Toulouse et à l’Ecole Boulle, ces deux designers adhèrent à un design qui « vient se frotter à des réalités techniques, matérielles et sociales, tout en gardant élégance et astuce ! ». C’est ainsi que ce duo s’est intéressé aux enseignes de magasins « responsables de beaucoup de pollution lumineuse et de consommation énergétique». Pour y remédier avec élégance et astuce, les designers ont saisis la force du vent pour animer aux grès de ses courants ces repères du quotidien.

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Cécile Canel et Jacques Averna, Design Parade Hyères © Luc Bertrand
Cécile Canel et Jacques Averna, Design Parade Hyères © Luc Bertrand

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Anna Talec & Julie Brugier : Mention Spéciale du jury (Toulon)

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Anna Talec et Julie Brugier sont toutes les deux diplômées d’un DSAA, spécialisées respectivement en mode et environnement à l’école Duperré de Paris, et en design d’objet à l’école Boulle de Paris. Ancrées dans l’idée que l’approche contextuelle est désormais devenue inévitable, les deux créatrices font des différents facteurs d’un lieu, un ensemble d’éléments à prendre en compte. « Nos projets s’ancrent toujours dans des territoires emplis de savoir-faire », leurs permettant de revendiquer « un design sobre et vivant ». Premier appel à projet réalisé par le binôme, la thématique leur a permis de mettre en avant une plante attachée au territoire méditerranéen : le chanvre. Écologique, les designers l’ont donc transformée en objet domestique au sein de leur espace appelé la Villa du cueilleur. Un appentis qui, avec sa charpente en bois et ses fonctionnalités primaires, offre un résultat « frugal » selon les créatrices.

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La ville du ceuilleur, Anna Talec et Julie Brugier, Design Parade de Toulon © Luc Bertrand
La ville du ceuilleur, Anna Talec et Julie Brugier, Design Parade de Toulon © Luc Bertrand

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Clemence Plumelet & Geoffrey Pascal : Prix Mobilier national (Toulon)

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Pour ces deux diplômés de la Design Academy of Eindhoven au Pays-Bas, ce prix est le premier remporté. Avec leur vision du design contemporain basé sur l’échange des savoirs-faire et des souvenirs générationnels, les deux jeunes designers ont abordé la thématique méditerranéenne selon plusieurs angles au gré de leurs rencontres. « La Méditerranée et son atmosphère chaleureuse et chaloupée […] se décline en un projet que nous avons voulu riche de couleurs saturées et de matières sophistiquées ». Mais de voyage en rencontres, le projet s’est enrichi pour pencher vers « des matériaux plus justes, en accord avec l’atmosphère qui réside sur le littoral ». Au final, le projet s’articule autour d’un espace remplissant la fonction de salon-bar. L’évocation d’un bord de piscine où entrent en discussion le lieu et les objets l’animant. Le résultat d’une collaboration dont les inspirations tant cinématographiques (La piscine de Jacques Derray) que photographiques (les clichés de Slim Aarons) signent un espace à l’allure ludique et au style intemporel selon les créateurs.

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Folle Envie, Clémence Plumelet et Geoffrey Pascal, Design Parade de Toulon © Luc Bertrand

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Edgar Jayet & Victor Fleury Ponsin : Grand prix Design Parade Van Cleef & Arpels + Mention Speciale Eyes On Talents X Frame (Toulon)

« Dans la pénombre, on sent ce vent, tout dans cette pièce respire, on peut se laisser aller à une sieste », tel est décrit le projet par ses créateurs, tous deux étudiants à l’école Camondo de Paris. Si pour Edgar Jayet, le design doit principalement passer par les sensations et la transdisciplinarité, Victor Fleury Ponsin fait pour sa part place au dialogue inter-créatif et à la compréhension propres à chaque matériaux. Deux approches complémentaires du design contemporain qui ont permis aux jeunes primés de créer « un projet autour de souvenirs et de sensations ». La sieste, institution méditerraéenne, se mue ici en un espace travaillé. « Notre pièce est habitée par l’ombre et traversée par le vent ». C’est ainsi que la pierre humidifiée, le plâtre et un voilage suffisent à créer un lieu hors de l’éblouissement et de la chaleur. La sieste, une habitude de vie matérialisée en un espace où les longs et chauds après-midis s’atténuent dans le calme d’un repos.

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A Benidor, Edgar Jayet et Victor Fleury, Design Parade de Toulon © Luc Bertrand
A Benidor, Edgar Jayet et Victor Fleury, Design Parade de Toulon © Luc Bertrand

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Marc-Antoine Biehler & Amaury Graveleine : Prix Visual Merchandising (décerné par Chanel) et Prix du public (Toulon)

« Questionner l’existant, écouter l’histoire d’un besoin, s’ancrer et s’adapter dans un lieu de façon la plus naturelle possible ». C’est ainsi que résonne le design d’aujourd’hui pour Marc-Antoine Bielher et Amaury Graveleine. Diplômés d’architecture  d’intérieure et design d’objet à l’école Camondo de Paris pour le premier, et d’architecture d’intérieure et design d’espace à l’Ecole Boulle de Paris pour le second, la localité des savoirs et des matériaux représente pour eux une réponse aux besoins. C’est donc de fait que « la beauté du geste artisanal offre une réponse architecturale plus humaine ». Si la Méditerranée est une évocation du bord de mer, le duo a pour sa part choisi de s’inscrire dans les terres. Souvenirs de vacances qui leur sont propres, issus tantôt de moments partagés ? Entre amis ou en famille, tantôt des lectures de Pagnol ou encore de films, un projet est né mêlant liberté et insouciance des moments vécus enfant. Un projet où parasol et table en marqueterie de noyaux d’olives rappellent cette ambiance provençale avec humour.

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Le Mirage, Marc-Antoine Biehler et Amaury Graveleine, Design Parade Toulon © Luc Bertrand
Le Mirage, Marc-Antoine Biehler et Amaury Graveleine, Design Parade Toulon © Luc Bertrand

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Rédigé par 
Tom Dufreix

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Temps de lecture
6/11/2026
TGV nouvelle génération : le design à grande vitesse

Inauguré le 6 novembre, le TGV nouvelle génération de la SNCF dévoile des aménagements intérieurs repensés par l’agence AREP et le studio japonais Nendo. Du mobilier aux luminaires, en passant par l’organisation des espaces, cette nouvelle version entend faire évoluer l’expérience du voyage en train.

Après plusieurs années de développement, le TGV nouvelle génération, anciennement baptisé TGV M, vient tout juste d’être inauguré. Pour concevoir ses nouveaux aménagements intérieurs, SNCF Voyageurs a fait appel à l’agence AREP, spécialisée dans les projets liés à la mobilité, et au studio japonais Nendo, fondé par Oki Sato. Ensemble, ils ont travaillé sur une nouvelle identité intérieure, avec l’objectif de proposer des espaces plus confortables et adaptés aux usages des voyageurs.

© SNCF Voyageurs

Des espaces repensés autour des usages

Du mobilier aux espaces de circulation, en passant par les matériaux, les couleurs et les éclairages, tout l’intérieur du train qui a été revu pour créer une atmosphère plus chaleureuse, tout en tenant compte des contraintes du transport ferroviaire. Les nouveaux sièges ont quant été retravaillés sur leur forme et leurs matériaux. Habillés d’un textile tricoté en 3D, ils intègrent une structure pensée pour mieux épouser la forme du dos. En première classe, les assises ont été élargies et intègrent des tablettes inspirées du mobilier secrétaire, tandis qu’en seconde classe, les dossiers affinés permettent de gagner de l’espace pour les jambes. Les espaces communs évoluent eux aussi, puisque des banquettes et des zones de détente ont été ajoutées, tandis que les surfaces vitrées ont été agrandies pour favoriser l’apport de lumière naturelle dans les wagons.

© SNCF Voyageurs

La lumière au cœur du projet

Parmi les autres grandes nouveautés figure une lampe de table dessinée par AREP et Nendo, qui revisite cet objet présent depuis les premières générations de TGV. Reconnaissable à sa forme arrondie et à sa couleur jaune, elle a été développée avec le fabricant Brossier Saderne, qui la propose également au public dans son catalogue en trois coloris : jaune, rouge et bleu. L’éclairage général a lui aussi été repensé, avec un système LED qui s’adapte automatiquement aux différentes étapes du voyage. Plus intense en gare, il diminue de moitié pendant le trajet pour créer une ambiance plus tamisée. Une attention portée à la lumière qui s’inscrit dans la démarche globale de cette nouvelle version du TGV, où chaque élément participe à l’aménagement intérieur du train.

© SNCF Voyageurs
Temps de lecture
4/11/2026
La Chance x Bernal & Semerciyan : entre structure et sculpture

Pour La Chance, le duo Bernal & Semerciyan s’est inspiré du principe de l’angle coupé pour imaginer la collection Ether, composée de quatre pièces - un fauteuil, un sofa, un miroir mural et un miroir sur pied -, toutes réalisées en bois d’orme.

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Fondé par Camillo Bernal et Graziella Semerciyan, le studio Bernal & Semerciyan développe une approche du design nourrie par l'architecture, l’histoire de l’art et les savoir-faire artisanaux. Pour leur première collaboration avec l'éditeur La Chance, les deux créateurs ont imaginé Ether, une collection qui repose sur le principe de l’angle coupé. Ici, l’élément géométrique ne se limite pas à une simple intention esthétique, mais devient le point de départ de la construction de chaque pièce. Une collection également inspirée de plusieurs travaux d’architectes du XXe siècle, à l’image de Goethe, Frank Lloyd Wright ou encore Rudolf Steiner. « Ils avait un principe qui est de partir d'un élément architectural et de le décliner dans tout l'intérieur. De notre côté, on a voulu partir de l'anthroposophie, qui se base aussi sur un élément architectural, tout en donnant une grande place à la matière. On a choisi de travailler l’orme qui a vraiment ce côté très dessiné du fil, qui est assez remarquable, et qui est intéressant en termes de patine et de vieillissement » raconte Graziella Semerciyan.

Collection Ether, La Chance x Bernal & Semerciyan © Paul Lackner

La matière comme élément de construction

Le choix de l’orme n’est en effet pas anodin, puisqu’il a été choisi pour son veinage prononcé et sa couleur naturelle. Les volumes sont réalisés à partir de plusieurs épaisseurs de bois assemblées, dont les jonctions restent volontairement apparentes, mettant en valeur les techniques de fabrication. « Camillo est architecte d’intérieur et il a toujours eu cette attention portée aux gestes de l'architecte. Quant à moi, j'ai vu beaucoup de mobilier historique et je cherche toujours à être juste par rapport à ce qu'on peut apporter à quelque chose que l’on connaît déjà, parce qu'on sait qu'on n'invente rien. » Avec Ether, La Chance poursuit ainsi son exploration d'un mobilier expressif, à la croisée de l'objet fonctionnel et de la sculpture, où les savoir-faire et la matière deviennent indissociables du dessin.

Collection Ether, La Chance x Bernal & Semerciyan © Paul Lackner

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Temps de lecture
3/11/2026
BrichetZiegler, designers-makers

Depuis 2010, le studio BrichetZiegler explore le design comme un terrain d’expérimentation permanent. Entre Paris et la Haute-Savoie, le duo développe une pratique libre où dessin, autoproduction et collaborations avec les éditeurs se nourrissent mutuellement.

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Pierre Brichet et Caroline Ziegler se rencontrent en 2006 par l’intermédiaire du collectif de designers Dito, pour lequel ils travaillent sur des projets d’expositions élaborées « à autant de mains que de personnes », en parallèle de leur activité en agence. Assez rapidement, ils commencent à se voir en dehors du collectif : « Très vite nous nous sommes retrouvés de temps en temps pour dessiner. Nous ne savions absolument pas où cela allait nous mener, il n’y avait pas de vision claire ; cela a commencé simplement, de manière spontanée. » Une spontanéité et une complémentarité d’idées qui finissent par les convaincre de créer leur studio en 2010, à la suite de l’élaboration de leur première collection phare : la gamme outdoor Week-end, qui sera d’abord éditée par Oxyo en 2012 avant d’être reprise par Petite Friture en 2017.

Collection Week-end, Petite Friture

Créer avec liberté

Au-delà de l’aspect purement design, le duo ressent surtout un besoin de liberté dans la création, nourri par l’émulation entre les deux designers qui conçoivent tous leurs projets ensemble, de la première esquisse à la finalisation. « Nous aimons avoir ce côté page blanche au démarrage d’un projet, où nous nous accordons une vraie liberté. Nous nous montrons beaucoup ce que nous faisons, nous en discutons et c’est ce qui généralement débloque les choses. Souvent, le déclic, c’est nous qui le provoquons. » Un déclic qui peut naître d’un croquis, d’une image ou d’une simple phrase, mais aussi à travers une maquette ou un prototype. Car fabriquer et donner vie aux objets n’est pas l’étape d’après, mais bel et bien une partie intégrante du processus. C’est ainsi que, au cœur de la Haute-Savoie, au sein d’un atelier familial devenu laboratoire, les designers testent, maquettent et prototypent la plupart de leurs pièces, en parallèle de leur travail dans leur studio parisien. Une double approche à travers laquelle chaque projet alimente le suivant et ouvre un champ d’expérimentations unique.

Table Drift, Theoreme Editions © Brice Chatenoud

Entre autoproduction et édition

En 2015, ils décident de pousser le procédé encore plus loin avec le projet By Hands, une collection d’objets en autoproduction et en série limitée qui leur permet de montrer l’étendue de leur savoir-faire et qui fera naître plusieurs collaborations. La lampe Ombre portée est repérée par DCW Éditions et devient Niwaki en 2023 – qui n’est autre que la lampe installée sur le bureau du président Macron. Les étagères en bois Feuilles volantes sont, quant à elles, reprises en céramique par l’éditeur Moustache sous le nom d’Isola, tandis que Pulpo s’empare de la chaise Fine Lame qui devient le fauteuil Pilota. « Le fait de fabriquer à l’atelier nous permet d’avoir le produit rapidement et sans frustration. Nous pouvons ainsi tester le confort, voir ce qui marche et repérer directement les points faibles. » Grands passionnés de chaises, ils présentent dans un tout autre registre, lors de la Paris Design Week 2023, « The Wild Chairs », une exposition de dix prototypes issus d’expérimentations. La série s’installe ensuite au Labo lors de la Design Week de Milan en 2024, avant d’être acquise par le CNAP.

Lampe Niwaki, DCW Editions

Côté édition, le duo compte de nombreuses collaborations, notamment avec Habitat sur la table Torii, Toulemonde Bochart avec le tapis Brindilles, Eventail et Facette ou encore la Maison Drucker avec la chaise Valmy, pour ne citer qu’eux. En parallèle, le studio poursuit sa collaboration avec Petite Friture autour de la gamme Week-end, dont une version de canapé outdoor est prévue pour début 2027. Fin 2025, ils présentaient avec Theoreme Editions la chaise en bois massif Drift, aux lignes brutes et aux allures de pièce de galerie, mais qui n’en reste pas moins fonctionnelle, tandis que la table a été dévoilée en mars dernier.

Tapis Facette, Toulemonde Bochart

Début janvier 2026 à l’occasion du salon Maison&Objet, ils dévoilaient le tabouret à roulettes tout-terrain Grid avec 13Desserts, ainsi que la chaise Cut, issue de la série Industrial Art, avec Pulpo. Pour ce qui est des collaborations à venir, le duo a plusieurs projets en cours, notamment un buffet pour Kann Design qui devrait être révélé en janvier, ainsi que de nouvelles lampes pour DCW, prévues au printemps.

Tabouret Grid, 13Desserts

Laisser une trace

« Nous n’avons jamais cherché à avoir un style reconnaissable d’un produit à l’autre. Nous préférons dessiner des formes sculpturales et expressives. Nous aimons imaginer des objets différents de ce qui existe déjà, parce qu’ils racontent autre chose. » Plus que la recherche d’une identité formelle, il y a d’abord l’envie de créer des pièces qui marquent – des « ovnis », comme ils aiment les appeler – à l’image du tabouret Mezzadro des frères Castiglioni et de la chaise Zig Zag de Gerrit Thomas Rietveld, qu’ils citent volontiers comme références. « Il faut beaucoup de patience et de résilience, mais, au fond, nous cherchons surtout à concevoir des objets qui ont une certaine force et qui peuvent s’intégrer partout, traverser les modes afin de tenir dans le temps. »

Canapé outdoor Week-end, Petite Friture
Temps de lecture
29/10/2026
L.I : un projet gonflé, Prix spécial du concours Mobilier national - Jeune création

Prix spécial du concours Mobilier national – Jeune création, la table et les chaises L.I imaginées pour le Conseil des ministres proposent de nouvelles approches du design contemporain grâce à la technique du Drop Stitch et du carbone recyclé.

L.I, deux lettres pour légèreté et innovation. Trouvé « un peu à la dernière minute », le nom de la table et des chaises imaginées par Yanis Bontemps, Paul Seiller et Victor Galineau privilégie le factuel au lyrisme des appellations. Une absence de fioritures en écho à l’approche du trio, constitué lors de leur dernière année d’études à l’Ensaama pour répondre à l’appel à projets du Prix de la jeune création du Mobilier national. Le défi ? Proposer un ensemble de mobilier facilement installable et pouvant être stocké sur un monte-charge pour la salle du Conseil des ministres de l’Élysée. Une double contrainte sur laquelle les trois designers travaillent pendant plusieurs années avec l’ARC. Livré pour les Journées du patrimoine 2026, le projet avait déjà été récompensé en 2020 par un Prix spécial imaginé pour ce projet.

© Julien Seiller

 

Une table gonflable

« Le concept initial de la table était de la faire gonflable pour qu’elle se déploie rapidement », explique Yanis Bontemps. L’idée porte les trois étudiants d’alors à s’intéresser au Drop Stitch fabriqué par la société Musthane. « Pour faire simple, il s’agit d’une membrane gonflable dont les deux parois, haute et basse, sont reliées entre elles par des fils de nylon cousus. Par un phénomène physique, la structure se met en tension lorsqu’elle est gonflée et offre quelque chose de très rigide avec une simple pression d’un bar. » Utilisée dans certains paddles, cette technologie est aujourd'hui principalement présente dans le secteur militaire, notamment sous forme de coussins pour la réparation d’ailes d’avions.

Autoportant, le Drop Stitch amène le studio à imaginer une table dans laquelle le monte-charge n’est pas un simple outil de transport, mais devient un élément constitutif. Utilisé comme pied central, le chariot est pourvu d’une structure dépliable dotée de huit pieds en aluminium sur lesquels se déploie le plateau elliptique. « Ce projet était surtout guidé par des contraintes sémantiques plus que par la technologie. Au début nous avions imaginé une table ronde, mais c’était difficile à replier et ce n’était pas dans les codes habituels. Donc nous nous sommes laissé guider par les codes existants » raconte Paul Seiller.

©Julien Seiller

 

Faire parler la matière brute

Pour accompagner cette table, les trois designers ont dessiné seize chaises. Réalisées à partir de 56% de résine biosourcée provenant de filières végétales et d’une mousse époxy, elles ont également été l’occasion de travailler le carbone recyclé. « Pour que la chaise soit en accord avec la praticité de la table, nous étions partis sur ce matériau léger. Mais ça nous a amené à se demander comment utiliser de manière responsable une matière loin d’être "écolo". » Les designers se tournent alors vers Workshape. « En chauffant à très haute température des déchets issus de différentes filières, comme l’automobile, cette entreprise parvient à séparer les composants dont le carbone. En travaillant avec elle on a pu récupérer le carbone sous forme de feutrine que nous avons moulée puis cuite. » Une technique de recyclage à l’origine des coques de sièges aux lignes tendues et aérodynamiques. « Notre envie était de faire parler la matière brute. Faire entendre un langage industriel à travers le mobilier d’exception. C’était relativement exploratoire, d’autant qu’aucune des deux sociétés sollicitées n’avait fait de mobilier jusque-là. » Outre l’anodisation et la maroquinerie, ce projet concentre des technologies appliquées pour la première fois au secteur du design contemporain. Des approches nouvelles qui enrichissent, grâce aux idées des trois designers et à l'innovation de l’ARC, l’étendu des techniques et savoir-faire français.

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