Collectible 2022 : l’excellence du design actuel à Bruxelles
Heim + Viladrich, Aire 75 © Heim+Viladrich

Collectible 2022 : l’excellence du design actuel à Bruxelles

Après une quatrième édition 2021 en ligne, le salon Collectible accueillant la crème du design d’exception et émergent international, a fait son grand retour entre le 20 et le 22 mai dernier, à l’espace Vanderborght. Focus sur une dizaine de pièces, maisons d’éditions, créateurs ou galeries qui font désormais de ce rendez-vous annuel, un immanquable du secteur.


Depuis 2018, les deux fondatrices Clélie Debehault et Liv Vaisberg œuvrent à faire de Collectible, une plateforme valorisant la création design de collection, à travers des créateurs reconnus ou en devenir. « Collectible, c’est plus qu’un salon, c’est une communauté d’acteurs qui se retrouve dans une sorte de Summer Camp », souligne Liv Vaisberg.  Cette année, plus de 100 participants internationaux – galeries, studios design, institutions ou maisons de renom – ont participé à l’édition placée sous le signe du renouveau. En effet, l’évènement s’est doté d’une nouvelle section The Editors, regroupant les maisons d’édition prospectives et de niche, à côté de Main, section dédiée au design représenté en galeries et Bespoke, privilégiant matériaux nobles, rares et savoir-faire artisanaux revus par des designers indépendants. Quant à Curated, consacrée aux designers et studios émergents ou indépendants, elle a été conçue cette année par le collectionneur et curateur design Berry Dijkstra qui a imaginé Escapism, une exposition repensant les formes et les matériaux. « Je souhaitais inviter le public à voyager hors de la réalité et le transporter dans un monde éthéré, utopique, fantaisiste, à travers les formes et les objets », relève encore le commissaire hollandais. Dans ce contexte réjouissant, florilège de quelques pièces ou créateurs remarqués.

Section Main

Sur le stand de la galerie belge Maniera, éditant des objets aux confins de l’architecture, du design et de l’art, le designer autrichien Lukas Gschwandtner présente une chaise qui s’appréhende comme un vêtement de cuir, avec une longue écharpe à franges, modulable. Issu du monde de la couture, il s’intéresse au problème d’échelle, au corps, et étudie particulièrement la façon dont un meuble va s’approprier le langage corporel. Une vision du siège à la fois luxueuse et humaine, à travers des formes rappelant des accessoires que l’on porte très fréquemment sur soi.

Lukas Gschwandtner, Low Pillow Chair, 2021 ©Maniera

La galerie barcelonaise présente entre autres pièces Game of synchronocity de StudioPepe, agence de design et d’architecture milanaise, dont les œuvres, souvent poétiques, ont une identité iconographique forte. Cette table s’inspire de la philosophie de Carl Gustav Jung, défendant l’existence de connexions cachées entre des phénomènes non reliés entre eux. En premier lieu, son usager pense à une idée, une question ou un fait personnel. Puis, il fait rouler deux fois une petite bille de métal qui va s’arrêter sur une partie du plateau où est gravée une pensée, telle une réponse à son interrogation. Des réponses qui peuvent être parfois contradictoires. Un objet esthétique, ludique et philosophique !

Game of Synchronicity, Studiopepe © Iliacion

Le stand de la galerie Maria Karlova d’Amsterdam figure parmi ceux qui ont été les plus remarqués pour ses pièces s’intéressant à la valeur des matériaux et l’esthétique pure des formes. Connu pour son travail à partir de cartons et matériaux de rebut, le créateur tchèque Vadim Kibardin présente pour la première fois Black Mirror, nouvelle collection capsule comprenant une chaise et une table de coiffeuse conçus à partir de papier récupéré. Ses objets aux design organique et coloris noir profond, explorent donc la pratique du réemploi et contribuent à la mise en place d’une économie circulaire. Jesse Visser Designprojects est une agence hollandaise de design, spécialisée dans les meubles et luminaires sollicitant de nombreux sens. Aussi sobre que poétique, la pièce Beacon of Light se compose d’une sphère lumineuse en verre sablé, reliée à une pierre – une roche unique, créée par la nature – par une corde suspendue à une poulie. Evoque-t-elle ce fragile point d’équilibre à atteindre dans notre monde incertain ? En utilisant en partie des matériaux essentiels, bruts, naturels, Beacon of Light met en avant le riche éventail de matières, prêtes à être utilisées, que la

nature met à la disposition de l’homme, et stimule la sérénité du spectateur.

Jesse Visser, Beacon of Light 2 © Mia Karlova Galerie

Pour créer le collectif Objects with Narratives, deux jeunes entrepreneurs-designers bruxellois se sont inspirés du peintre surréaliste René Magritte. « Pour lui, la peinture était […] un moyen de raconter des histoires fascinantes, comme l’est pour nous le design de collection, explique le collectif. Comme le suggère le mot « surréel », les œuvres vont au-delà de leur réalité formelle et exigent une seconde lecture […]. » Sur le stand, deux environnements  – l’un nocturne et organique, aux couleurs bleues et roses, l’autre plus lumineux et rayonnant, aux couleurs rouge et bronze – se font face. « Deux espaces uniques qui se stimulent et finissent par se fondre en une seule expérience surréaliste. » Parmi les pièces, entre autres de Supertoys Supertoys, Laurids Gallée, Pietro Franceschini, Sabourin Costes, celle du créateur allemand Lukas Cober évoque la force de l’océan. New Wave Side Table Liquid déploie ses lignes oblongues réalisées à partir de résine coulée et sculptée, afin d’obtenir sa forme définitive polie, toute en transparence.

Lukas Cober, New Wave Side Table Liquid, 2021 © Lukas Cober

Section Bespoke

Le jeune créateur français Leo Orta imagine des « œuvres d’art fonctionnelles », aux formes hybrides rappelant étrangement celles des humains et des végétaux et quelque peu surréalistes. Son ensemble est composé d’une table basse à deux plateaux et de deux chaises en fibre de verre, aux couleurs acidulées.  « Le titre de cet ensemble est inspiré des propos du psychiatre Serge Tisseron dans son livre « Le jour où mon robot m’aimera », explique-t-il. Celui-ci évoque nos relations avec les machines, les robots et l‘intelligence artificielle. Avec certains objets, nous créons des liens affectifs. […] Grâce à ces liens, certains meubles nous permettent de ne pas avoir à rentrer dans une « surconsommation » du produit. »  

Coffee table set, 2022, Smile from the Clouds et Siri Armchairs, polyester fibrée, acier, peinture, laque © Leo Orta
Coffee table set, 2022, Smile from the Clouds et Siri Armchairs, polyester fibrée, acier, peinture, laque © Leo Orta

Créé en 2022, le bureau Heim + Viladrich est né de l’association de Lauriane Heim et Johan Viladrich, créateurs hollandais au design sensuel, direct et sans compromis. Pour leur première participation à une foire, ils présentent AIRE 75, ensemble d’objets et meubles s’inspirant d’une aire d’autoroute. « Ces lieux toujours différents et pourtant toujours identiques nous ont inspirés sept œuvres, explique Lauriane Heim. Ayant récemment déménagé de Rotterdam à Montpellier, nous avons décidé de rendre hommage aux objets peu glorieux rencontrés le long de l’A75, pour rejoindre le sud de la France. Les matériaux et dimensions des tables de pique-nique, cendriers et bancs ont été balayés, étirés et transformés, afin de générer des pièces familières tout autant qu’inattendues. » Des objets souvent d’une seule matière, affichant joints et structures. A noter, leur miroir en inox brut, travaillé de manière à rappeler l’image de la buée dans les voitures…

Heim + Viladrich, Aire 75 © Heim+Viladrich
Miroir Heim+Viladrich, Aire75 © Heim+Viladrich

L’atelier anversois de taille de pierre Studio DO, fondé par Dana Seachugan, créatrice de bijoux et l’artiste Octave Vandeweghe, analyse le rôle matériel et culturel des gemmes. Leur collection Gemma ex Lapide démontre la force du minéral utilisé comme matériau fondamental et comme support pour leurs multiples parures… Intervenant de manière quasi minimaliste sur la pierre, ils en extraient la forme traditionnelle liée au bijou et à sa fonction. Une vision délicate et innovante de la gemme, comme de la valeur d’usage de l’objet, mettant en exergue la simplicité et le caractère essentiel du matériau-support à exposer. Studio DO, un bijou à porter, une pierre à exposer !

Studio Do, Double ring, Gemma ex Lapide, LapisLazuli © Studio Do

Section The Editors

Créé en 2019 par le designer Clément Rougelot et le jeune entrepreneur Kevin Dolci, 13Desserts est un label français original et visionnaire. Sur leur stand, le luminaire rouge Venus de Sophia Taillet interpelle par le détournement de la technique de la cive, utilisée pour la création de vitraux contemporains. « Entre surface onduleuse et courbe voluptueuse, Venus est un luminaire en verre soufflé explorant les techniques traditionnelles du verre en fusion, explique-t-elle. En suspension, sa forme organique et gracieuse révèle une légèreté visuelle qui illumine l’espace. » En outre, Venus interroge l‘usage d’un verre aux antipodes de sa fonction. À tout moment, la cive ainsi courbée, à l’allure étrangement molle, semble basculer de part et d’autre du néon lumineux.

13 Desserts, Sophia Taillet, Venus © IGO studio.
13 Desserts, Thomas Defour, Crotto ©Clement Rougelot

La seconde collection de la maison française Theoreme Editions, Collection 02, réunit des pièces de dix designers tels qu’entre autres, SCMP Design Office, Services Généraux, Adrien Messié, Victoria Wilmotte ou encore Wendy Andreu, ayant collaboré avec des artisans européens. Sur le stand mêlant scénographie aux couleurs pop acidulées et pièces aux lignes pures, souvent géométriques, Maze Mirror de Wendy Andreu est un long miroir conçu par des artisans italiens. Il ressemble à un monolithe minéral, à ceci près qu’il est composé de panneaux de verre fumé et miroirs. Une « sculpture-miroir » qui permet de voir sans être véritablement vu, jouant sur les reflets et les perspectives.

Theoreme Editions, Collections, Valentin Fougeray © Theoreme Editions

À l’espace Vanderborght, Collectible 2022 a tenu toutes ses promesses, offrant une belle visibilité à un design visionnaire, parfois radical, entre art architecture et design. Et confirmé sa place de choix au sein du Design contemporain et de son marché.


Rédigé par 
Virginie Chuimer-Layen

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24/9/2026
DCW éditions agrandit la collection Seagull

Pensée par Thierry Dreyfus pour DCW éditions, la collection Seagull s’agrandit avec une nouvelle suspension de 160 cm. Un changement d’échelle qui conserve le principe fondateur du luminaire : donner à voir la lumière plutôt que la lampe.

Faire de la lumière une présence sans laisser le luminaire s’imposer dans l’espace : c’est le parti pris de Seagull, imaginée par Thierry Dreyfus. Pour la dessiner, le designer s’est inspiré du Johnson Wax Building de Frank Lloyd Wright, construit à la fin des années 1930, dont les tubes de verre diffusent la lumière extérieure vers l’intérieur. Une sensation que Thierry Dreyfus transpose à l’échelle domestique à travers une succession de tubes lumineux disposés horizontalement, dans une composition aux accents Art déco.

Suspension Seagull, design : Thierry Dreyfus

Nouvelles proportions, nouvelles possibilités

Déjà proposée dans une version de 120 cm, Seagull se décline désormais dans un format de 160 cm, pensé pour accompagner des tables plus grandes. Suspendu idéalement entre 80 cm et 1 m au-dessus du plateau, le luminaire étire la lumière plutôt que de la concentrer, dessinant un « toit de lumière », pour reprendre les mots de Frédéric Winkler, président et fondateur de DCW éditions Une nouvelle échelle qui ouvre également Seagull à d’autres usages car plus qu’un simple point lumineux, la suspension peut devenir un véritable trait dans l’espace, capable d’accompagner l’architecture et de guider le regard. Une approche qui prolonge les recherches de Thierry Dreyfus, connu pour ses installations lumineuses et ses collaborations avec Comme des Garçons, Raf Simons ou encore Peter Marino. L’objectif étant de mettre la lumière en scène, ici dans une version pensée pour le quotidien.

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22/9/2026
Astre Mobile sur la route des métiers d’art

À l’occasion de la Paris Design Week, et jusqu’au 27 septembre, l’Hôtel de la Marine accueille une Méhari. Un véhicule hybride à l’allure lunaire, imaginé par Maison Lacmé comme un hommage aux métiers d’art.

Si l’Hôtel de la Marine s’est imposé comme l’un des lieux importants de la Paris Design Week, le choix audacieux de cette année a de quoi surprendre. Une drôle de voiture, stationnée en plein cœur de la cour et dont le compteur, tout juste sorti de l’atelier, semble déjà bloqué sur 40 075 kilomètres. Un problème ? Non, un indice. Car derrière ce profil que l’on connaît tous, celui de la Méhari produite par Citroën, se cache un véritable manifeste de design et un hommage aux métiers d’art.

La plaque du boîtier de chauffage réalisée en héliogravure par Fanny Boucher & Lise Richardot et le levier de vitesse en porcelaine de Limoges par Ateliers Arquié ©Maison Lacmé

Une collision entre industrie et artisanat

Derrière ce projet se cachent Cécile et Antoine Tauvel, à l’origine de Maison Lacmé, fondée il y a deux ans. Leur objectif : créer des œuvres fonctionnelles à partir d’objets du quotidien. Une ambition qui a poussé les deux passionnés de voitures anciennes à s’intéresser au potentiel de laMéhari. « Pour beaucoup de Français, elle évoque les années 60 ou des souvenirs de vacances en bord de mer. Mais pour moi c’était aussi l’aspect lunaire qui me parlait et me rappelait les couvertures de certains albums de Tintin. Donc notre rôle était de révéler la symbolique et la rêverie déjà existantes »,explique Antoine Tauvel. Alors le couple imagine le cadre. Ce sera un doré, en écho aux arts décoratifs français et à l’histoire de l’art, apposé par touches sur un châssis transparent. « Ce qui nous semblait intéressant, c’était de faire naître un certain équilibre entre l’industrie et l’artisanat d’art en jouant sur les contrastes. » Une recherche esthétique menée avec un industriel français pour repenser la composition du polymère et éviter le jaunissement du châssis sur lequel une couche de céramique transparente a ensuite été appliquée. « L’enjeu était de muer cette typologie purement industrielle en objet d’art sans lui donner le statut d’objet de luxe. Il fallait donc d’abord susciter une curiosité formelle pour ensuite amener le regard sur les petits éléments », détaille Cécile Tauvel. Une quête de narration où l’automobile véhicule l’imaginaire.

Les enjoliveurs en onyx par Hervé Obligi et les lanières en cuir de Russie par Elise Blouet ©Maison Lacmé

Un concentré de savoir-faire

Qui a dit qu’un enjoliveur et une lampe, ou encore un logo automobile et une broche, n’appartenaient pas aux mêmes mondes ? Certainement pas Maison Lacmé dont l’ambivalence des objets se trouve au cœur du projet.Chacun des douze éléments réalisés par des artisans d’art possède en effet une fonction pratique. « Cette voiture est un cheval de Troie, un cabinet de curiosités mobile qui recèle des choses en son sein », résume Antoine Tauvel à l’origine de ces doubles fonctions. « Cette idée est centrale. Nous avons réalisé tous les dessins préparatoires et les choix esthétiques en interne puis nous les avons présentés aux artisans. » Dès lors, le projet devient collaboratif et les esquisses sont ajustées dans un souci de cohérence esthétique. Le volant travaillé à partir de bois flotté et la sellerie brodéede coquillages ouvrent un horizon maritime, là où le compteur en marqueterie de plumes — bloqué sur la circonférence de la Terre — peut être extrait et utilisécomme horloge de bureau. Au-delà de l’usage, les techniques utilisées rappellent celles des grandes heures de l’art décoratif français. Parmi elles,la technique du trompe-l’œil mise en pratique pour remplacer les enjoliveurs en pierre par des versions peintes lorsque le véhicule roule.

Véritable « outil de déplacement poétique », la méhari de Maison Lacmé fait escale jusqu’au dimanche 4 octobre dans la cour de l’Hôtel de la Marine.

Le compteur en marqueterie de plumes de Maison Vermeulen et le logo brodé par Marie Archambaud ©Maison Lacmé
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21/9/2026
Paris Design Week : l’œil d’Intramuros

Pour cette nouvelle édition de la Paris Design Week, l’équipe d’Intramuros s'est faufilée dans les artères de la capitale pour y découvrir les expositions et nouveautés de la rentrée. Retour sur celles qu’il ne fallait pas manquer.

Du 10 au 19 septembre dernier, le design s'est de nouveau imposé dans les rues de Paris, et ce, pour notre grand bonheur ! Qu'il soit industriel ou plus collectible, le secteur de la création à de nouveau fait parler de lui, tant par le biais de nouvelles collections que de nouveaux rassemblements. L'opportunité de redécouvrir certains profils et de faire la connaissance d'esprits nouveaux portés par des concepts innovants. Parmi toutes les installations que nous avons découvert, voici celles qui ont particulièrement retenu notre attention.

Picnic de Cluzel / Pluchon : invitation à déjeuner

Après Marianna Ladreyt l’année dernière, ce sont les designers Cluzel / Pluchon qui ont investit la cour de l’Hôtel d’Albret pour y présenter l’installation Picnic, réalisée en collaboration avec le fabricant Guyon Mobilier Urbain. Pensée comme une invitation au partage et à la flânerie, Picnic s’est dévoilée en une table de pique-nique grandeur nature, de plus de sept mètres de long. Dans la continuité de la collection connue du duo Gier, elle associait des lattes de robinier à une structure en acier thermolaqué et dessine une courbe généreuse, pour faire dialoguer mobilier urbain et convivialité.

Installation Picnic par Cluzel / Pluchon à l'Hôtel D'Albret © Charlotte Bommelaer

GOOD SELECTION par Lucas Zito et Marika Caputo : nouvelles scènes

Organisée par Lucas Zito et Marika Caputo, la seconde édition de GOOD SELECTION s’implantait cette année au cœur de la Fondation Fiminco à Romainville. Aujourd’hui désaffectée, l’ancienne usine pharmaceutique – rappelant certains des lieux milanais les plus surprenants choisis par Alcova – a été pour l’occasion investie par 47 designers internationaux. Favorisant le dialogue entre les créations plutôt que le classement formel, l’exposition proposait divers espaces de vie. Une conjugaison de styles et d’atmosphères livrant aux visiteurs une nouvelle grille de lecture, plus incarnée, de ce design dit « de collection ».

© Good Selection

Volt Face par Studio 5.5 et Schneider Electric : collection haute tension

Le Studio 5.5 s’est associé à Schneider Electric pour imaginer la collection de luminaires et de mobilier Volt Face, conçue à partir de la gamme Odace et qui était présentée à la Galerie Joseph, rue des Minimes. Fidèles à leur goût pour le détournement des objets du quotidien, Vincent Baranger et Anthony Lebossé ont choisit de faire de la prise et de l’interrupteur l’élément principal de leur création, plutôt qu’un élément ajouté en fin de projet. Développé en applique, suspension, lampes, table ou encore table de nuit, chaque pièce joue avec la répétition et l’assemblage des modules. Pensée comme une véritable palette créative, la gamme Odace devient ainsi une matière à composer, mais aussi à toucher et à actionner, rendant ces pièces ludique et porter un nouveau regard sur ces objets familiers mais souvent peu valorisés.

Collection Volt Face, Studio 5.5 x Schneider Electric © Vincent Baranger

Tout est Chaos par PLI Office : ordonner le désirable

Après avoir initié « Pour que tu m’aimes encore » en 2024, et « Design Disco Club » l’année suivante, Christopher Dessus revenait cette année avec « Tout est chaos ». Présentée à la Gaîté Lyrique, l’exposition regroupait un corpus de créations vecteur de surprise. Un sentiment transporté par la matière ou la forme, mais aussi et surtout par une considération plus libre de l’usage. Un contre-pied au design moderniste généralement sériel et fondamentalement utilitaire, ici délaissé au profit de la narration. L’occasion de voir se confronter des recherches très personnelles comme le travail non-linéaire voire aléatoire de la série, la reprise d’archétypes industriels retravaillés à la main ou encore de nouvelles explorations mêlant industrie et artisanat. Portés par une participation quasi-gratuite, les 66 designers sélectionnés livraient une certaine idée du design revendiquée, pour 10 d’entre eux, au travers d’installations et jusque dans une projection imaginée en guise de manifeste.

Exposition "Tout est Chaos" par Pli Office à la Gaîté Lyrique © Florent Michel

Victoria Wilmotte : collection inoxydable

À l’occasion de cette Paris Design Week, Victoria Wilmotte révélait une petite dizaine de pièces. Qu’il s’agisse de nouveautés ou de typologies existantes revues, cette collection s’inscrit dans la continuité d’un univers marqué par la géométrie et un certain esprit industriel. Conçus en inox et parfois texturés évoquant la technique du martelage, les différents objets diffusaient la lumière et, avec elle, la couleur bleue mise à l’honneur par la designer.

Collection Blue Chrome, Victoria Wilmotte © Jean-Pierre Vaillancourt

Opus par Studio CHHO : nouvelle trajectoire

Lancée il y a une dizaine d’années, l’agence d’architecture intérieure Hoch dévoilait le studio CHHO à l’origine d’Opus. Cette première collection de mobilier, dont le nom évoque un premier chapitre, mais également le nom technique d’une technique de calepinage, se compose de cinq pièces. Développée pendant un an et demi, elle fait la part belle aux lignes tendues et aux angles à 90° et 45° livrant un langage esthétique fort aux formes généreuses. Renforcées par l’utilisation restreinte de trois matérialités que sont le placage de bouleau teinté, le verre martelé et l’inox vibré, les pièces ont été imaginées comme des « objets de présence ». Une appellation propre au studio dont les créations fabriquées dans le sud de la France reflètent avant tout l’ADN sobre mais incarné du studio.

Collection Opus, studio CHHO © Oracle Paris

« The Light Library » par le Studio Meaninfull : colorer la lumière

Dans la continuité de leurs recherches sur la couleur, engagées dans le cadre de la bourse Agora du Design remportée en 2021, le Studio Meaningfull - composé de Marine Rouit-Leduc, Galilée Al Rifaï et Nicolas Rouit-Leduc - présentait « The Light Library » à la Galerie Ideal Place. Une exposition qui restituait près de quatre années d’expérimentations autour de la couleur de la lumière, pensée non plus comme une matière, mais comme un moyen d’interaction. Chaque nuance a été développée en référence à des phénomènes naturels, tels que les aurores boréales, l’aube ou encore le crépuscule, afin d’obtenir un rendu réaliste et naturel. Le trio exposait ainsi plusieurs objets et sculptures lumineuses, parmi lesquels la lampe Milan, récemment entrée dans les collections du Mobilier national. Une exposition pensée pour activer les sens et les émotions, mais aussi poser de nouvelles références chromatiques appliquées à la lumière, dans une approche à la fois sculpturale et architecturale.

Exposition "The Light Library", Studio Meaningful
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17/9/2026
Frgmnt : pour un design désirable

Après un premier événement en juin, Frgmnt a souhaité réitéré l’expérience en présentant, à l’occasion de la Paris Design Week, sa première exposition intitulée « Edition 01 ». Visible jusqu’au 19 septembre, celle-ci entend mettre sur le devant de la scène « les matières que personne ne regarde ».

Pour sa première participation à la Paris Design Week, Frgmnt a sélectionné pas moins de 43 designers et 11 fabricants de matériaux, réunis pour présenter une démarche et des pièces imaginées à partir de matières, de chutes et de rebuts industriels oubliés ou délaissés. Initiée par Meryl Benitah, l’initiative Frgmnt est d’abord celle d’un défi créatif lancé en juin dernier. Pendant 48 heures, des groupes de designers, associés pour l’occasion, ont imaginé des pièces à partir de médiums souvent considérés comme « non désirables ». Du bois au métal, le projet intégrait également de nouveaux matériaux, à l’image de celui conçu par Etnisi à partir de pare-brise, ou encore le Tissium développé par la société Maximum. « On était un peu sur le format d'un hackathon, mais dédié au design. On est partis de matériaux qui étaient soit récupérés, soit revalorisés pour montrer que le réemploi ou même la seconde vie peuvent être des choses désirables. Même si les participants ne se connaissaient pas, il y a rapidement eu une certaine émulation créative, et très vite des groupes se sont formés et ont réussi à sortir des pièces en deux jours seulement », confie Meryl Benitah.

Table basse LNKD par Emma Batsheva Cohen, Clémence Lucchini et Tancrède De Beaumont / Table d'appoint Dør par Céline Proust © Etienne Boulanger

Cette initiative a retenu l’attention de Sabrina Piperno, gérante de l’espace Heureux les Curieux, qui a souhaité soutenir le projet en proposant à Frgmnt de s’exposer en septembre pour la Paris Design Week. « Pour cette édition, l’idée était d'inviter d'autres partenaires fabricants de matériaux pour créer, d’une part, cette matériauthèque et, d’autre part, de faire venir des designers ayant la même démarche. Que ce soit à travers la matière ou la démarche de fabrication design », poursuit Meryl Benitah.

Ecran ambiant et chaises chimères Sunset Chamber par Théo Laverne et Nicolas Guillamot © Intramuros

Une nouvelle manière de penser la matière

Déployée sur deux étages, l’exposition présente des univers singuliers, réunis par une même ambition : créer à partir de l’existant ou explorer le potentiel de nouvelles matières. « Il y a plein de manières de faire un objet bien conçu et qui répond aux besoins du marché. Certains font du réemploi, d'autres répondent par la matière, quand certains le font par la fonction. Mais tous racontent une histoire à travers une pièce, et toujours en se demandant comment créer des objets qui soient désirables sur le long terme. » Une interrogation qui a amené des designers à s’associer avec des fabricants à l’image de hors-studio dont la lampe Caretta Caretta a été réalisée en Celullio, un matériau développé en collaboration avec Matériaux Urbains. Ce dernier est également à l’origine de Paperio, un nouveau médium sur lequel Atelier Alcova s’est appuyé pour donner vie à Tecto. De leur côté, d'autres créatrices et créateurs présentent des pièces originales issues de leur propre démarche. On retiendra notamment Atelier Perret, à l’origine de la suspension Séléné réalisée à partir de marc de café, mais aussi le vase T65 conçu à partir de pain par le studio Copain, et enfin le concept d'Emma Batsheva Cohen autour de l’optimisation du cuir végétal.

Miroir Soulmates par Clement Thevenot, fauteuil, lampe et petite table Tash'rit par Emma Batsheva Cohen © Intramuros

Favoriser les rencontres

Autant de profils et de pistes explorées qui entendent démontrer que des matières, a priori délaissées, peuvent devenir désirables dès lors que le design s’en empare. « Mon objectif personnel est de favoriser ce lien entre les fabricants, les designers, mais aussi les prescripteurs, en créant un joli écosystème qui va les faire collaborer et permettre à ces pièces de se retrouver dans des hôtels, des restaurants, et favoriser leur développement à grande échelle. » Avec cette exposition, c’est donc de nouvelles passerelles entre les secteurs clés du design que Meryl Benitah entend construire.

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