Collectible 2022 : l’excellence du design actuel à Bruxelles
Heim + Viladrich, Aire 75 © Heim+Viladrich

Collectible 2022 : l’excellence du design actuel à Bruxelles

Après une quatrième édition 2021 en ligne, le salon Collectible accueillant la crème du design d’exception et émergent international, a fait son grand retour entre le 20 et le 22 mai dernier, à l’espace Vanderborght. Focus sur une dizaine de pièces, maisons d’éditions, créateurs ou galeries qui font désormais de ce rendez-vous annuel, un immanquable du secteur.


Depuis 2018, les deux fondatrices Clélie Debehault et Liv Vaisberg œuvrent à faire de Collectible, une plateforme valorisant la création design de collection, à travers des créateurs reconnus ou en devenir. « Collectible, c’est plus qu’un salon, c’est une communauté d’acteurs qui se retrouve dans une sorte de Summer Camp », souligne Liv Vaisberg.  Cette année, plus de 100 participants internationaux – galeries, studios design, institutions ou maisons de renom – ont participé à l’édition placée sous le signe du renouveau. En effet, l’évènement s’est doté d’une nouvelle section The Editors, regroupant les maisons d’édition prospectives et de niche, à côté de Main, section dédiée au design représenté en galeries et Bespoke, privilégiant matériaux nobles, rares et savoir-faire artisanaux revus par des designers indépendants. Quant à Curated, consacrée aux designers et studios émergents ou indépendants, elle a été conçue cette année par le collectionneur et curateur design Berry Dijkstra qui a imaginé Escapism, une exposition repensant les formes et les matériaux. « Je souhaitais inviter le public à voyager hors de la réalité et le transporter dans un monde éthéré, utopique, fantaisiste, à travers les formes et les objets », relève encore le commissaire hollandais. Dans ce contexte réjouissant, florilège de quelques pièces ou créateurs remarqués.

Section Main

Sur le stand de la galerie belge Maniera, éditant des objets aux confins de l’architecture, du design et de l’art, le designer autrichien Lukas Gschwandtner présente une chaise qui s’appréhende comme un vêtement de cuir, avec une longue écharpe à franges, modulable. Issu du monde de la couture, il s’intéresse au problème d’échelle, au corps, et étudie particulièrement la façon dont un meuble va s’approprier le langage corporel. Une vision du siège à la fois luxueuse et humaine, à travers des formes rappelant des accessoires que l’on porte très fréquemment sur soi.

Lukas Gschwandtner, Low Pillow Chair, 2021 ©Maniera

La galerie barcelonaise présente entre autres pièces Game of synchronocity de StudioPepe, agence de design et d’architecture milanaise, dont les œuvres, souvent poétiques, ont une identité iconographique forte. Cette table s’inspire de la philosophie de Carl Gustav Jung, défendant l’existence de connexions cachées entre des phénomènes non reliés entre eux. En premier lieu, son usager pense à une idée, une question ou un fait personnel. Puis, il fait rouler deux fois une petite bille de métal qui va s’arrêter sur une partie du plateau où est gravée une pensée, telle une réponse à son interrogation. Des réponses qui peuvent être parfois contradictoires. Un objet esthétique, ludique et philosophique !

Game of Synchronicity, Studiopepe © Iliacion

Le stand de la galerie Maria Karlova d’Amsterdam figure parmi ceux qui ont été les plus remarqués pour ses pièces s’intéressant à la valeur des matériaux et l’esthétique pure des formes. Connu pour son travail à partir de cartons et matériaux de rebut, le créateur tchèque Vadim Kibardin présente pour la première fois Black Mirror, nouvelle collection capsule comprenant une chaise et une table de coiffeuse conçus à partir de papier récupéré. Ses objets aux design organique et coloris noir profond, explorent donc la pratique du réemploi et contribuent à la mise en place d’une économie circulaire. Jesse Visser Designprojects est une agence hollandaise de design, spécialisée dans les meubles et luminaires sollicitant de nombreux sens. Aussi sobre que poétique, la pièce Beacon of Light se compose d’une sphère lumineuse en verre sablé, reliée à une pierre – une roche unique, créée par la nature – par une corde suspendue à une poulie. Evoque-t-elle ce fragile point d’équilibre à atteindre dans notre monde incertain ? En utilisant en partie des matériaux essentiels, bruts, naturels, Beacon of Light met en avant le riche éventail de matières, prêtes à être utilisées, que la

nature met à la disposition de l’homme, et stimule la sérénité du spectateur.

Jesse Visser, Beacon of Light 2 © Mia Karlova Galerie

Pour créer le collectif Objects with Narratives, deux jeunes entrepreneurs-designers bruxellois se sont inspirés du peintre surréaliste René Magritte. « Pour lui, la peinture était […] un moyen de raconter des histoires fascinantes, comme l’est pour nous le design de collection, explique le collectif. Comme le suggère le mot « surréel », les œuvres vont au-delà de leur réalité formelle et exigent une seconde lecture […]. » Sur le stand, deux environnements  – l’un nocturne et organique, aux couleurs bleues et roses, l’autre plus lumineux et rayonnant, aux couleurs rouge et bronze – se font face. « Deux espaces uniques qui se stimulent et finissent par se fondre en une seule expérience surréaliste. » Parmi les pièces, entre autres de Supertoys Supertoys, Laurids Gallée, Pietro Franceschini, Sabourin Costes, celle du créateur allemand Lukas Cober évoque la force de l’océan. New Wave Side Table Liquid déploie ses lignes oblongues réalisées à partir de résine coulée et sculptée, afin d’obtenir sa forme définitive polie, toute en transparence.

Lukas Cober, New Wave Side Table Liquid, 2021 © Lukas Cober

Section Bespoke

Le jeune créateur français Leo Orta imagine des « œuvres d’art fonctionnelles », aux formes hybrides rappelant étrangement celles des humains et des végétaux et quelque peu surréalistes. Son ensemble est composé d’une table basse à deux plateaux et de deux chaises en fibre de verre, aux couleurs acidulées.  « Le titre de cet ensemble est inspiré des propos du psychiatre Serge Tisseron dans son livre « Le jour où mon robot m’aimera », explique-t-il. Celui-ci évoque nos relations avec les machines, les robots et l‘intelligence artificielle. Avec certains objets, nous créons des liens affectifs. […] Grâce à ces liens, certains meubles nous permettent de ne pas avoir à rentrer dans une « surconsommation » du produit. »  

Coffee table set, 2022, Smile from the Clouds et Siri Armchairs, polyester fibrée, acier, peinture, laque © Leo Orta
Coffee table set, 2022, Smile from the Clouds et Siri Armchairs, polyester fibrée, acier, peinture, laque © Leo Orta

Créé en 2022, le bureau Heim + Viladrich est né de l’association de Lauriane Heim et Johan Viladrich, créateurs hollandais au design sensuel, direct et sans compromis. Pour leur première participation à une foire, ils présentent AIRE 75, ensemble d’objets et meubles s’inspirant d’une aire d’autoroute. « Ces lieux toujours différents et pourtant toujours identiques nous ont inspirés sept œuvres, explique Lauriane Heim. Ayant récemment déménagé de Rotterdam à Montpellier, nous avons décidé de rendre hommage aux objets peu glorieux rencontrés le long de l’A75, pour rejoindre le sud de la France. Les matériaux et dimensions des tables de pique-nique, cendriers et bancs ont été balayés, étirés et transformés, afin de générer des pièces familières tout autant qu’inattendues. » Des objets souvent d’une seule matière, affichant joints et structures. A noter, leur miroir en inox brut, travaillé de manière à rappeler l’image de la buée dans les voitures…

Heim + Viladrich, Aire 75 © Heim+Viladrich
Miroir Heim+Viladrich, Aire75 © Heim+Viladrich

L’atelier anversois de taille de pierre Studio DO, fondé par Dana Seachugan, créatrice de bijoux et l’artiste Octave Vandeweghe, analyse le rôle matériel et culturel des gemmes. Leur collection Gemma ex Lapide démontre la force du minéral utilisé comme matériau fondamental et comme support pour leurs multiples parures… Intervenant de manière quasi minimaliste sur la pierre, ils en extraient la forme traditionnelle liée au bijou et à sa fonction. Une vision délicate et innovante de la gemme, comme de la valeur d’usage de l’objet, mettant en exergue la simplicité et le caractère essentiel du matériau-support à exposer. Studio DO, un bijou à porter, une pierre à exposer !

Studio Do, Double ring, Gemma ex Lapide, LapisLazuli © Studio Do

Section The Editors

Créé en 2019 par le designer Clément Rougelot et le jeune entrepreneur Kevin Dolci, 13Desserts est un label français original et visionnaire. Sur leur stand, le luminaire rouge Venus de Sophia Taillet interpelle par le détournement de la technique de la cive, utilisée pour la création de vitraux contemporains. « Entre surface onduleuse et courbe voluptueuse, Venus est un luminaire en verre soufflé explorant les techniques traditionnelles du verre en fusion, explique-t-elle. En suspension, sa forme organique et gracieuse révèle une légèreté visuelle qui illumine l’espace. » En outre, Venus interroge l‘usage d’un verre aux antipodes de sa fonction. À tout moment, la cive ainsi courbée, à l’allure étrangement molle, semble basculer de part et d’autre du néon lumineux.

13 Desserts, Sophia Taillet, Venus © IGO studio.
13 Desserts, Thomas Defour, Crotto ©Clement Rougelot

La seconde collection de la maison française Theoreme Editions, Collection 02, réunit des pièces de dix designers tels qu’entre autres, SCMP Design Office, Services Généraux, Adrien Messié, Victoria Wilmotte ou encore Wendy Andreu, ayant collaboré avec des artisans européens. Sur le stand mêlant scénographie aux couleurs pop acidulées et pièces aux lignes pures, souvent géométriques, Maze Mirror de Wendy Andreu est un long miroir conçu par des artisans italiens. Il ressemble à un monolithe minéral, à ceci près qu’il est composé de panneaux de verre fumé et miroirs. Une « sculpture-miroir » qui permet de voir sans être véritablement vu, jouant sur les reflets et les perspectives.

Theoreme Editions, Collections, Valentin Fougeray © Theoreme Editions

À l’espace Vanderborght, Collectible 2022 a tenu toutes ses promesses, offrant une belle visibilité à un design visionnaire, parfois radical, entre art architecture et design. Et confirmé sa place de choix au sein du Design contemporain et de son marché.


Rédigé par 
Virginie Chuimer-Layen

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29/7/2026
Marc Held (1933-2026), l’esprit libre du design français

Le designer, architecte et photographe Marc Held est décédé le 27 juillet à l’âge de 93 ans. Avec lui disparaît l’une des figures les plus singulières du design français d’après-guerre, un créateur dont l’œuvre, longtemps restée à l’écart des projecteurs, n’a cessé de gagner en reconnaissance au fil des décennies.

Marc Held (1932-2026), designer, architecte et photographe français. © DCW éditions

Autodidacte, Marc Held n’a jamais cherché à s’inscrire dans une école ou un courant. Son regard s’est construit au croisement de la photographie, de l’architecture et du dessin industriel, avec une même exigence : faire dialoguer intelligence d’usage, liberté formelle et poésie du quotidien. Une approche qui donnera naissance à plusieurs pièces devenues emblématiques, à commencer par le célèbre fauteuil Culbuto (1967), dont la silhouette ludique et le principe d’assise en mouvement continuent d’inspirer plusieurs générations de designers.

Fauteuil Culbuto, Marc Held pour Knoll International © Galerie Gastou

Cette volonté de faire entrer la modernité dans la vie quotidienne trouve dès 1966 l’une de ses expressions les plus fortes dans sa collaboration avec Prisunic. Pour l’enseigne, Marc Held imagine une collection de meubles en fibre de verre — lits, tables, bureaux et sièges — aux formes enveloppantes et résolument nouvelles. Au-delà de leur esthétique aujourd’hui emblématique des années 1960, ces pièces portaient une ambition profondément politique : rendre accessible au plus grand nombre un mobilier contemporain jusque-là réservé à quelques initiés. Marc Held résumait lui-même cette promesse par une formule restée célèbre : proposer « le beau au prix du laid ». Une utopie industrielle qui ne connaîtra pas la diffusion espérée, mais qui demeure l’un des chapitres majeurs de l’aventure de Prisunic et de la démocratisation du design en France.

Lit avec tables de nuit et lampes intégrées, Marc Held pour Prisunic, 1971.© Les Arts Décoratifs / Photo Jean Tholance

Mais réduire Marc Held au Culbuto et à ses créations pour Prisunic serait oublier l’ampleur de son parcours. Mobilier, architecture, photographie, urbanisme, son travail témoigne d’une curiosité rare et d’une volonté constante de penser les modes de vie autant que les formes. Cette liberté intellectuelle s’enracine sans doute dans une trajectoire personnelle hors du commun : enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale puis engagé très jeune dans la Résistance, il conservera toute sa vie une indépendance de pensée peu commune.

Desserte mini-bar en polyester renforcé de fibre de verre, dessinée par Marc Held pour Prisunic, vers 1968-1970. © @bazaar_brocante

Longtemps davantage célébré par les connaisseurs que par le grand public, Marc Held aura finalement vu son œuvre retrouver la place qu’elle mérite. Rééditions, expositions, publications et l’intérêt renouvelé des collectionneurs ont confirmé l’actualité d’un travail qui n’avait jamais cherché l’effet de mode, préférant l’intelligence des usages à la démonstration stylistique.

À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont croisé son chemin, la rédaction d’Intramuros adresse ses plus sincères pensées.

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17/7/2026
KVADRAT, l'intelligence de la matière

Avec THREE, sa nouvelle collection résidentielle de rideaux, et Loux, une série de tapis en lyocell, Kvadrat poursuit un travail engagé depuis plus d’un demi-siècle : faire du textile non plus un simple accompagnement de l’architecture, mais une matière  capable de la transformer.

Un rideau n’est jamais tout à fait un rideau chez Kvadrat. Il filtre la lumière, modifie la perception d’un volume, dessine une limite sans l’enfermer. Il peut même devenir une forme, presque une présence. La marque danoise aurait pu se contenter d’occuper la place confortable que lui ont offerte, depuis sa création en 1968, la qualité de ses textiles, la précision de ses couleurs et ses collaborations avec quelques-uns des grands noms de la création contemporaine. Elle a préféré considérer chaque nouvelle collection comme un terrain de recherche.

THREE - Kvadrat by Jannick Pihl Rasmussen

Chez Kvadrat, la technique n’intervient pas après l’idée pour lui donner corps. Elle participe à sa naissance. Par une intention. ET même, une forme. Isa Glink, directrice de la création de Kvadrat Residential, résume ainsi une méthode où le dessin, la fibre, le tissage, les traitements de surface, la couleur, la lumière, la performance et la circularité appartiennent à un même processus. Ce qu’elle nomme « l’intelligence matérielle » consiste précisément à regarder le textile assez profondément pour comprendre ce qu’il peut encore devenir.

DE LA SURFACE AU VOLUME

Présentée à Copenhague lors de 3daysofdesign 2026, la collection THREE porte cette démarche jusque dans son titre. Son point de départ est une surface ; son véritable sujet, la manière dont celle-ci acquiert une troisième dimension. Drapés, pliés, tendus ou cadrés, les rideaux ne sont plus exposés comme des échantillons mais comme des sculptures souples, capables de définir et d’activer l’espace. La collection explore ainsi le chanvre, la laine, le coton biologique ou le lin, mais aussi des fibres techniques choisies pour leurs performances, en sollicitant les qualités propres de chaque matière plutôt qu’en cherchant à les dissimuler.

THREE

Les gestes de la confection y sont valorisés, mis en scène, et non dissimulés.. Un pli traditionnel change d’échelle jusqu’à devenir une fonction architecturale. Une surpiqûre, une fermeture ou une tension ne relève plus du détail décoratif, mais construit un rythme, une profondeur, une manière nouvelle de suspendre le tissu. L’influence de la mode est perceptible, sans que Kvadrat adopte pour autant sa logique saisonnière et, donc, éphémère. Il ne s’agit pas de produire un effet destiné à être remplacé, mais d’inventer un vocabulaire appelé à durer.

Cette recherche se lit dans Tetra, dont le tissage ajouré et les fils de laine densément feutrés produisent une structure à la fois aérienne et tridimensionnelle. Dans Sky Cloud également, mélange de chanvre, de coton et de laine au toucher presque papetier. Ou encore dans Kajak et Stream Line, qui traduisent le mouvement de l’eau et l’apparition intermittente des lignes sous l’effet de la lumière. La palette elle-même oscille entre des tonalités minérales (sel, bois flotté, roche volcanique) et des couleurs plus franches, presque électriques. La couleur n’est jamais posée sur la matière. Elle naît avec elle.

THREE - Tetra

SAVOIR-FAIRE, SANS L’OSTENTATION

Avec Loux, Kvadrat aborde le sol selon une logique différente mais avec la même attention portée à la relation entre matière, lumière et mouvement. Les six tapis de la série sont entièrement réalisés en lyocell, fibre de cellulose régénérée dont la finesse évoque la soie. Leur densité (2,7 millions de fils par mètre carré) produit une surface particulièrement douce, dont les reflets évoluent selon l’angle de vue. Trois constructions sont proposées : un velours coupé uniforme, une alternance linéaire de boucles et de velours, et un relief sculpté à la main. Le luxe ne tient donc ni au motif ni à l’accumulation, mais à la richesse de l’expérience tactile.

Cette manière de partir de la matière plutôt que de l’image dit beaucoup de la philosophie de Kvadrat. La circularité n’y est pas traitée comme une esthétique reconnaissable, encore moins comme un supplément de vertu ajouté au produit une fois celui-ci dessiné. Elle devient un paramètre de conception parmi les autres : choix de monomatériaux lorsque cela est possible, réingénierie de références existantes, recours aux matières recyclées, réparabilité et prolongement de la durée d’usage. La stratégie de la marque associe ainsi innovation environnementale, maintenance et modèles de service destinés à conserver les produits plus longtemps.

Car un textile durable n’est pas seulement un textile dont la composition rassure. C’est aussi un textile que l’on désire conserver. Parce qu’il possède une présence, une intelligence et une capacité à continuer de dialoguer avec l’espace. En cela, Kvadrat défend une position assez rare : celle d’une entreprise profondément technique qui ne sépare jamais la performance de l’émotion, la recherche de l’usage ou la matière, du design.

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17/7/2026
UNOPIÙ, juste mesure

Présentée à Milan lors du dernier Salone del Mobile, CORA marque la première collaboration entre Unopiù et Federica Biasi. Une collection complète dans laquelle le teck, la corde et des volumes généreux composent un paysage domestique pensé pour ralentir le temps.

À Milan, le mobilier outdoor a une nouvelle fois cherché à effacer les frontières entre la maison et le jardin. Avec CORA, Unopiù ne se contente pourtant pas de transposer au-dehors les codes du salon intérieur. La marque italienne préfère considérer la terrasse comme un espace habité à part entière, avec ses propres matières, ses usages et son rapport particulier au temps.

Unopiù - Cora Credit : Thomas Pagani

Confiée à Federica Biasi, la nouvelle collection repose sur un équilibre que la designer cultive depuis ses débuts : associer la précision de la production industrielle à la sensibilité du geste artisanal. La structure en teck trace ainsi une architecture sobre, presque en retrait, tandis que le tressage en corde de polypropylène vient en assouplir les lignes. L’un construit, l’autre relie. De leur rencontre naît une collection dont l’identité tient moins à un effet formel qu’à la justesse de ses proportions.

LA TRAME DU CONFORT

Le mérite de CORA est précisément de ne pas confondre générosité et lourdeur. Fauteuils et canapés adoptent des assises profondes, accompagnées de coussins aux tonalités naturelles, mais conservent une certaine légèreté visuelle. Le tressage ménage des respirations dans la structure, tandis que les lignes horizontales installent une présence calme dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani

Cette recherche d’un confort enveloppant se décline à travers une chaise et une table ronde destinées au repas, un fauteuil, un canapé deux places, un transat simple ou double ainsi qu’une île bain de soleil. Plus qu’une succession de typologies, CORA compose un véritable vocabulaire permettant d’accompagner les différents moments de la journée : déjeuner, recevoir, lire ou simplement ne rien faire. La collection s’adresse ainsi aussi bien aux espaces résidentiels qu’aux projets hôteliers, où le mobilier extérieur doit désormais conjuguer hospitalité, résistance et cohérence architecturale.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - collection Egadi par Andrea Steidl / Credit : Thomas Pagani

CORA s’inscrit plus largement dans le projet collectif présenté par Unopiù à Milan, pensé comme un « Journal de Voyage » dans lequel plusieurs designers sont invités à porter un regard personnel sur l’héritage de l’éditeur. Federica Biasi en livre ici une interprétation retenue et tactile, fidèle à son goût pour les savoir-faire vernaculaires autant qu’à la culture méditerranéenne de la marque. Une manière de rappeler que le mobilier outdoor n’a pas nécessairement besoin de s’imposer pour prendre place dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
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16/7/2026
Les Cimes Bleues, l'esprit baulois sans le pastiche

À La Baule, rien n’est tout à fait neutre. Les villas, les institutions et les usages ont composé au fil du temps un imaginaire si puissant que toute tentative de l’évoquer prend le risque d’en forcer les traits. Donner une identité locale à un hôtel neuf sans le déguiser en vieille maison de bord de mer, tel est, en substance, le défi relevé avec intelligence et subtilité par Dorothée Delaye.

À La Baule-les-Pins, Les Cimes Bleues viennent d’ouvrir dans un bâtiment contemporain de sept étages, aux façades courbes dessinées par ASA Gimbert, agence fondée en 1982 par Joël Gimbert. Première adresse de La French Collection, la marque hôtelière du Groupe Giboire, l’établissement réunit 101 chambres, un spa, un bar et le restaurant Scapa. Une échelle suffisante pour que le décor ne puisse se contenter d’un effet de manche.

Dorothée Delaye n’est pas bauloise. C’est sans doute ce qui lui a permis d’observer la station avec la juste distance, en évitant aussi bien la carte postale que l’indifférence au lieu. Elle retient moins ses signes les plus évidents que ce qui structure réellement son art de vivre : le sport, les clubs, le Jumping, la voile, le tennis et le golf. Autant de codes familiers aux habitants comme aux visiteurs, transformés en vocabulaire plutôt qu’en accessoires décoratifs. « Sport chic » constitue ainsi le fil rouge du projet, mais chaque espace en propose sa propre interprétation.

La Baule en filigrane

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Dans le lobby, cœur social des Cimes Bleues, l’architecte d’intérieur installe l’atmosphère d’un club-house baulois contemporain. L’atrium végétalisé adoucit la hauteur du volume, tandis que les courbes du mobilier, les colonnes gainées de cuir, les tables en pierre, pâte de verre ou bronze et les textiles Pierre Frey et Élitis composent un paysage dense, mais jamais démonstratif. Les motifs de balles de golf, les rayures et quelques évocations marines (jusqu’au lustre monumental ponctué de bouées d’amarrage) sont suffisamment présents pour raconter La Baule, suffisamment décalés pour ne jamais la singer.

Cette même grammaire change d’accent chez Scapa. Pensé à l’origine comme le prolongement du club-house, le restaurant a pris une tonalité plus italienne lorsque sa carte s’est précisée. Dorothée Delaye y imagine une sorte de brasserie milanaise-bauloise, nourrie par l’Italie des années 1970 et par Carlo Scarpa. Terracotta, tonalités chocolat, bois, céramique et motifs presque cinétiques réchauffent un bâtiment que ses larges baies auraient pu rendre froid. Le lieu est enveloppant, fragmenté en différentes perspectives et banquettes, afin que l’on oublie rapidement ses dimensions.

LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson

Dans les chambres, le sport devient plus graphique. Vert Wimbledon, bleu Atlantique et orange terre battue distinguent les différentes ambiances. Les têtes de lit, les luminaires, les tables et les rangements ont été dessinés pour le projet. Les portes de dressing évoquent les tracés d’un court de tennis, tandis que certaines tablettes reprennent librement la forme des greens. Le procédé aurait pu devenir systématique. Il reste pourtant léger, tenu par une palette subtilement charmante et par la précision du sur-mesure.

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Car presque tout, ici, a été conçu spécifiquement. Dorothée Delaye s’appuie sur trois designers intégrés à son studio pour dessiner chaises, banquettes, têtes de lit ou abat-jour. Cette production dédiée répond certes à une réalité économique de l’hôtellerie, mais elle constitue surtout un outil de singularité : les pièces créées pour Les Cimes Bleues ne seront pas déplacées, six mois plus tard, dans une autre adresse.

Au spa Alaena, enfin, le récit s’éloigne des terrains de sport pour rejoindre la nature. Inspiré par la « golden hour », l’espace associe pierre, fibres naturelles, bronze, jaune doré et rose dans une lumière volontairement flatteuse. Dorothée Delaye prend ici le contre-pied du spa blanc et clinique pour fabriquer un sas, une bulle chaude où l’expérience commence avant même le soin.

LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson

Si les Cimes Bleues accueilleront toute l’année vacanciers, familles, séminaires, mais aussi Baulois venus boire un verre ou dîner, son principal est aussi de ne jamais afficher cette hybridité comme un programme. L’hôtel paraît déjà habité.
En donnant à chaque espace son histoire sans jamais surligner le scénario, Dorothée Delaye parvient à ancrer un bâtiment neuf dans une culture locale. Non pas en reconstituant La Baule, mais en lui donnant une nouvelle adresse incontournable.

https://www.cimesbleues.com

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
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