Hella Jongerius, l’attention à l’imperfection
© Laura Fiorio

Hella Jongerius, l’attention à l’imperfection

Hella Jongerius expose à la Galerie kreo jusqu’au 26 juillet 2025. Ses tissages, ses tressages, ses filets de perles de céramique et ses voilages de cordes, dévorent des icônes du design. Sa collection de céramiques Angry Animals hurle au monde un mal-être planétaire.

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Son exposition peut être interprétée sous de multiples thématiques. Certains y verront une démarche en friction avec l’industrie dominée par la rapidité et les relations à court terme ; d’autres un éloge du geste de la main et des relations durables dans le temps ; et d’autres encore un appel en vue de sauver une planète noyée dans une overdose de consommation. Diplômée de la Design Academy Eindhoven, Hella Jongerius a su tisser depuis l’ouverture de son studio en 1993, le Jongeriuslab, à Rotterdam puis à Berlin puis à Arnhem, des relations profondes et respectueuses avec des marques comme Vitra, les porcelaines de Nymphenburg, les textiles Maharam, ou le géant Ikea. Au centre de ses recherches sur les matières, les couleurs et les textures se déroule un rapport au temps qui prend en compte l’usure des matériaux et intègre le passage du temps dans ses créations autant que la transmission d’un savoir et d’un savoir-faire.

Exposition "150", Galerie kreo à Paris © Alexandra de Cossette Courtesy Galerie kreo

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Abuser de l’IA

Pour son travail, elle n’hésite pas à se faire aider de l’Intelligence Artificielle : « tout outil utilisé par une machine capable de reproduire des comportements liés aux humains tels que le raisonnement, la planification et la créativité » ; ici, le processus d’imitation de l’intelligence humaine peut se voir comme une véritable aide à la conception. Son exposition « Interlace », recherche textile en progression mécanique et informatique selon un tissage 3D, dans l’espace somptueux du Lafayette Anticipations, un espace industriel de 2200 m2 réhabilité par Rem Koolhaas et son agence OMA, en faisait la démonstration en 2019. Pendant trois mois, les machines ont tissé une œuvre programmée sur ordinateur, sous la surveillance de ses étudiants en résidence à Paris. Comme si les métiers à tisser industriels étaient devenus trop efficaces, ne laissant aucune place à l’interaction humaine ou seulement dans l’exploration tridimensionnelle que l’on retrouve dans son rideau de perles, comme tissées et glissées au hasard dans la trame.

Exposition "150", Galerie kreo à Paris © Alexandra de Cossette Courtesy Galerie kreo

‍Brouiller les lignes

Brouillant les lignes entre l’artisanat et le commerce, elle se dit désintéressée par les objets et aborde le design sous son angle sociologique. « Les objets et les matériaux dont nous nous entourons définissent notre monde, notre futur et notre humanité : ils reflètent ce que nous sommes et ce que nous voulons devenir. » Comme du lichen, les filets de cordes eux-mêmes rongés par des boules de porcelaine dévorent les tables, perturbent leur perception tout en améliorant leur forme et même leur confort. La Chair One de Konstantin Grcic, livré à ce supplice gagne des coussins de rembourrage faits mains, tout comme la chaise Wire de Charles et Ray Eames (Vitra) ou la chaise Diamond d’Harry Bertoia (Knoll). Ce tissage sans fin qui grignote comme un lierre peut se percevoir comme la revanche de la nature sur la civilisation ou la reprise de son espace vital par le végétal. Son canapé Polder manque à cette invasion.

Canapé Polder pour Vitra

Infléchir les habitudes

Hella Jongerius s’est donné la mission d’inviter le public à réfléchir sur l’état de la planète Terre. Elle fait partie d’une génération de designers qui bien avant les générations X , Y ou Z se soucie de la portée de sa production et « souhaite infléchir les habitudes frénétiques des producteurs comme des consommateurs, pour repenser entièrement le design, un secteur parmi les plus nocifs pour l’environnement (…) Le design comme médium entre les humains et le monde devrait être vertueux et non pas dicté par les exigences d’un marché illusoire ou les illusions de la nouveauté » expliquait-elle à Anna Colin, curatrice et chercheuse.

East River Chair range pour Vitra © Marc Eggimann

Mais comme elle avait su inclure des animaux dans ses porcelaines pour la Manufacture de Nymphenburg, presque noyés au fond de ses assiettes, une grenouille en céramique s’invite librement en grimpant sur une des tables, exposées au Salon 94 à New York en décembre 2024. Ses Angry Animals en céramique, aux couleurs baconiennes, façonnés à la main pendant le confinement, durant la pandémie de Covid 19, semblent hurler au public une prise de conscience sur l’état du monde et le dérèglement climatique.

UN Lounge Chair © Frank Oudeman

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Une parole militante

Elle prend alors la parole, une parole militante pour expliquer que ces monstres hurlants – le requin, l’hippopotame, le gorille, le morse, la poule…- portent tous des noms de femmes – Erica, Bonnie, Monica, Natacha, Laura… Partenaires silencieux vivant aux côtés des hommes, ils ou elles veulent participer à égalité à la refonte d’une civilisation qui épuise la terre, l’argile, les oxydes, la silice, le fer… Toutes les ressources naturelles. Sans voix, ils ou elles sont une métaphore qui sert les challenges éthiques de notre époque, offrant à ces bêtes une présence angoissante, insupportable.

Angry Animals, Exposition "150", Galerie kreo à Paris © Alexandra de Cossette Courtesy Galerie kreo

Avec les Angry Animals, elle veut dire stop aux pollueurs des mers, des océans, des rivières, des sols… Stop à ceux qui emprisonnent les animaux dans un mal-être dont les visages torturés expriment l’angoisse et la souffrance. Cette exposition aurait-elle une portée politique ? Le Vitra Design Museum qui a racheté ses archives prépare d’ailleurs une rétrospective pour 2026.

Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

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12/10/2026
Areo, la polyvalence selon Alessandro Stabile

Le designer italien Alessandro Stabile dévoile, Areo en collaboration avec Kristalia. Une collection d'assises en métal pensée pour s'adapter aussi bien aux espaces intérieurs qu'extérieurs.

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Pour sa première collaboration avec l’éditeur italien Kristalia, Alessandro Stabile a imaginé Areo, une collection de sièges dont la conception repose sur l'utilisation de la tôle perforée. Un choix technique et esthétique qui dévoile des assises aux lignes fluides et élégantes, où le métal semble épouser les formes à la manière d'un tissu. Constituée d'une structure en tubes d'acier et d'une enveloppe en tôle perforée, la collection se décline en plusieurs versions, avec ou sans accoudoirs, toutes empilables grâce à un travail minutieux sur la forme des dossiers et la disposition des pieds.

© Matteo Girola

Une collection, plusieurs usages

Au-delà de son esthétique, Areo se distingue par une conception pensée pour simplifier les processus de fabrication. Les courbures bi-dimensionnelles de la tôle permettent notamment de supprimer l'étape d'emboutissage, réduisant ainsi les investissements, le temps et l'énergie nécessaires à la production. Autre particularité : sa capacité à passer de l'extérieur à l'intérieur grâce à un système de housses rembourrées, qui peuvent recouvrir partiellement ou entièrement la structure métallique. Une modularité pensée dès les premières étapes du projet, permettant à chaque version de conserver son identité propre. À travers la collection Areo, Alessandro Stabile propose ainsi une collection polyvalente, où recherche technique, confort et esthétique se répondent.

© Matteo Girola
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La Résidence, une semaine dédiée à l’éco-conception

Éco Impact lance la Résidence, une semaine intensive d'éco-conception mobilier réservée à 12 designers, au Domaine des Escaunes (Gard), du 4 au 11 avril 2027. Un programme 100% financé pour les artistes-auteurs (AFDAS) et les dirigeants de TPE/PME (subvention ADEME).

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Pour sa 2e édition organisée le 20 octobre prochain, RELEASE [AEC] change de dimension : 25 agences d'architecture internationales viennent partager leurs retours d'expérience concrets sur l'IA et les nouvelles technologies et plus de 40 éditeurs de solutions dédiées.

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Fidèle à son parti pris depuis la première édition, RELEASE [AEC] privilégie toujours les démonstrations concrètes, loin des simples présentations : chacun repart avec une vision claire de ce que ces solutions permettent de faire, dès aujourd'hui.

Les technologies, les solutions digitales et, bien entendu, l'intelligence artificielle transforment en profondeur la manière de travailler des professionnels de l'architecture et de la construction. C'est précisément ce mouvement que RELEASE [AEC] entend accompagner, en donnant à voir très concrètement ce qui est déjà à l'œuvre dans les agences les plus en pointe.

Pour plus d'informations et s'inscrire c'est ici : https://www.release-aec.com/fr/participer#register

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8/10/2026
À Montpellier, Pierre Paulin siège en majesté

Au musée Fabre de Montpellier, l’exposition « Le design selon Pierre Paulin », ouverte jusqu’au 1er novembre, revient sur plus de cinquante ans de création d’un designer qui a fait de la matière le terrain d’une perpétuelle expérimentation.

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Des courbes, de la couleur et des formes, toujours. Mais cette fois-ci, c’est au design que le musée Fabre de Montpellier consacre son espace d’exposition temporaire. Avec « Le design selon Pierre Paulin », l’institution revient, jusqu’au 1er novembre, sur plus de 50 ans de création d’un designer obsédé par la forme. Un créateur qui n’a cessé de repousser les limites de l’assise pour donner corps à certaines des silhouettes les plus iconiques du XXe siècle. Influencé par son grand-oncle maternel, Frédy Balthazar Stoll, sculpteur formé dans l’atelier de Rodin, et son oncle paternel, Georges Paulin, designer automobile à qui l’on doit notamment l’invention du système Éclipse – permettant au toit des véhicules de se rabattre dans le coffre –, Paulin tire deux grandes lignes : la forme et le fonctionnalisme. Une pensée moderniste que l’étudiant en architecture intérieure au Centre d’art et des techniques (aujourd’hui Camondo) retrouve dans les travaux de l’entre-deux-guerres signés Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, qu’il admire. De cette influence naît le fauteuil Première réalisation. Une assise imaginée comme un prototype, mais qui révèle déjà des facultés certaines pour la conception et le pousse à réaliser ses premières pièces inspirées par la Scandinavie, où il séjourne en 1951. Rapidement édité par Thonet Frères et Meubles TV, puis exposé au Salon des arts ménagers en 1953, le designer s’engage dans une voie moderniste, troquant la géométrie nordique pour les formes organiques.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Naissance de l’esthétique Paulin

Loin des ensembliers qui avaient révolutionné la première moitié du XXe siècle, Paulin appartient à la seconde moitié du siècle, celle de l’industrie. L’arrivée de nouvelles fibres, dont le jersey, textile souple et élastique symbole de la révolution industrielle des années 1960, lui ouvre de nouvelles possibilités. Il imagine alors de nouvelles formes. Parmi elles, le Groovy et le Mushroom marquent cette décennie et lui confèrent l’image d’une époque colorée, notamment grâce à des figures comme Kho Kiang Ie, directeur artistique d’Artifort, ou le designer textile américain Jack Lenor Larsen, avec qui Paulin développe un nouveau langage. Un dialecte à part sur la scène du design qui lui vaut d’entrer au MoMA en 1969 – trois ans après avoir contribué au lancement de l’ARC initié par Jean Coural – grâce au F300 et à la Tongue Chair. Une assise si basse dont on lui avait dit qu’elle ne pourrait être commercialisée. Elle deviendra pourtant l’un des grands succès du designer, pour qui la hauteur de l’assise influe sur les échanges humains au sein d’un même lieu.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Ce rapport à l’espace, Paulin l’aborde également avec une structure mobile développée pour les salons. Bien des années plus tard, cette réflexion l’amène jusqu’aux appartements privés de l’Élysée, où il conçoit le célèbre fumoir du couple Pompidou. Une réalisation emblématique de son talent que le designer tentera d’exporter outre-Atlantique avec une collaboration avec Herman Miller et le développement du concept d’open loft. Un projet tombé à l’eau, sans doute trop précurseur à l’aube des années 1970.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Un design marqué par les innovations

De l’artisanat au concept du déhoussable, en passant par les structures exosquelettes des fauteuils Vague ou de la table Cathédrale, Paulin n’aura eu de cesse d’entremêler les concepts, les innovations et les styles. Et ce, jusqu’à revenir, vers la fin de sa vie, à une esthétique Art déco valorisant la géométrie. En témoignent encore aujourd’hui les tapis abrités par le Conseil économique et social de Paris, basés initialement sur les plans du concours remporté par Buren au Palais-Royal, ou le bureau dessiné pour François Mitterrand. Une remise en question perpétuelle de son travail qu’il poursuivra jusqu’à la fin, avec Ligne Roset ou Magis.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

De ses premières assises aux pièces devenues iconiques, l’exposition raconte la carrière d’un homme qui avait fait du design une matière à penser. L’occasion de redécouvrir – et d’essayer – certaines des silhouettes les plus célèbres du XXe siècle, façonnées par un esprit qui n’a cessé de réinterpréter ses dessins pour qu’à travers eux se lise une histoire moderne.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre
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