SaloneSatellite : huit designers à suivre de près
©Ludovica Mangini_Salone del Mobile.Milano

SaloneSatellite : huit designers à suivre de près

Cette année encore, le SaloneSatellite a mis en lumière bon nombre de jeunes designers émergents. Retour sur nos coups de cœur de cette 26e édition.

Début avril, le Salone del Mobile de Milan ouvrait pour la 26e fois, ses portes à la nouvelle garde du design. Réunis au sein du SaloneSatellite créé en 1998, « 700 jeunes designers de 37 pays participent pour la première, la deuxième ou la troisième fois au Salon » précise Marva Griffin Wilshire, fondatrice et aujourd'hui commissaire de cette section. L'occasion pour eux de dévoiler leurs travaux et de rencontrer des acteurs internationaux de l'industrie et du commerce.

Initié dès la première édition pour "évaluer les photographies des prototypes des nombreuses demandes de participation”, un comité de sélection hétérogène “composé de 12 personnalités du monde du design” désigne chaque année un corpus de designers âgés de moins de 35 ans. Réunis cette année autour de la thématique “NUOVO ARTIGIANATO: UN MONDO NUOVO//NEW CRAFTSMANSHIP : A NEW WORLD” ils ont, par leurs approches et leurs savoir-faire, témoigné de la transversalité de l'artisanat patrimonial et du design contemporain. Une volonté maintenue par le SaloneSatellite à travers les éditions, et qui donne en outre “un sens de responsabilité à ces designers qui font de leur mieux pour exposer leurs travaux” selon Marva Griffin Wilshire.

Parmi ces nouveaux esprits de la création contemporaine, voici huit coups de cœur de la rédaction.  

Simo Lahtinen

Titulaire d'un master en design industriel de l'école des arts, du design et de l'architecture de l'université finlandaise d'Aalto, Simo Lahtinen développe un univers basé sur « l'équilibre entre la fonctionnalité et la forme pure, naturelle. » Installé à Helsinki où l'architecture et le design nordique inspirent largement son travail, le créateur « recherche des perspectives astucieuses et nouvelles dans les typologies traditionnelles, afin de créer des designs qui soient distinctement contemporains. » Un processus dont émanent des « objets qui semblent à la fois faciles à réaliser et précis. » Une impression renforcée par la recherche formelle de ses pièces. « Je considère que la géométrie, largement présente dans mes pièces, apparaît naturellement dès lors que la structure, la fonction et le matériau sont alignés, en cohérence. » Une philosophie illustrée par le banc Tre présenté cette année. Fabriqués en pin, les profils d'assise triangulaire « minimisent le gaspillage de matériaux, renforcent la solidité de la structure et créent un langage architectural. Tre reflète mon approche, qui consiste à trouver un équilibre entre une forme audacieuse, une construction intelligente et une élégance fonctionnelle. »

Tre bench ©Simo Lahtinen

Marcus Götschl

D'abord ébéniste en Allemagne puis en Norvège pendant plusieurs années, Marcus Götschl se passionne pour le design et se forme en Allemagne à l'Académie de design d'intérieur et de produits de Garmisch-Partenkirchen. Fraîchement fondé - au début de l'année - à Munich, son studio cherche à créer « des objets qui soient à la fois familiers et discrètement nouveaux. » Comprenez par là un éloge aux structures claires et légères en écho avec les nouvelles contraintes sociétales et environnementales. Intéressé par la structure autant que par l'objet en lui-même, le designer cherche avant tout la simplicité visuelle. « La simplification de la construction, la réduction de l'utilisation des matériaux et l'adaptation aux nouveaux modes de vie sont des sujets importants pour moi, non seulement pour des raisons esthétiques, mais aussi pour rendre le design plus durable et plus accessible. » Une approche développée à travers plusieurs matériaux dont il tient une connaissance approfondie grâce à son passage chez ClassiCon comme développeur produit. Présenté au début de l'année, son tabouret Flatpacking - qui pourrait être expédié dans un carton de la taille/forme d'une boîte à pizza -, illustre sa vision du design : une pièce à la fois sobre visuellement et structurellement qui utilise des matériaux fins pour atteindre la stabilité grâce au rapport de tension/compression, sans négliger le confort de l'utilisateur.

Tension stool ©Marcus Götschl

Michael Grandt

Inspiré par la dichotomie du Japon où il s'est installé plusieurs années avant de regagner Düsseldorf, Michael Grandt, fondateur du studio Omote Ura, souhaite « faire vivre des projets dont l'esthétique dure longtemps. » Dessinées pour s'intégrer harmonieusement dans des environnements différents, les pièces du designer jouent avec les contrastes. En témoigne TOMO, un tabouret fabriqué à partir de trois pièces de contreplaqué assemblées et soutenues entre elles par une structure tubulaire en acier. « Les surfaces en bois ont une forme douce et organique, tandis que les tuyaux en acier présentent une structure plus stricte et technique qui s'effacent selon l'angle sous lequel on regarde l'objet. Ce principe de dissimulation des structures techniques derrière des surfaces fluides nous est familier, nous le connaissons tous ; dans les avions, les machines ou même l'architecture moderne. Mais il y a aussi quelque chose de plus imagé qui rappelle le Japon. » Une faculté notamment due au rapport du designer avec la géométrie. « J'ai toujours été intéressé par les sciences et les mathématiques. Bien que l'intuition ait toujours sa place dans toute création, suivre une logique claire est souvent un bon début. » Un parti-pris cartésien avec lequel le designer conserve une certaine distance pour « obtenir une clarté visuelle sans réduire le design à un strict minimalisme géométrique sans humanité ni empathie.»

TOMO stool ©Michael Grandt

Erina Caldeira

« Il y a trois choses que je garde toujours à l'esprit lorsque je crée : la facilité de compréhension du concept et de la forme, des formes faciles à produire pour le fabricant et faciles à entretenir pour l'utilisateur, et enfin la dimension émotionnelle qui doit toucher les sens et mettre de bonne humeur ! » Développées au Japon d'où elle est originaire, les sensibilités d'Erina Caldeira se mélangent depuis 2020 à la culture danoise où elle réside. « Les gens disent souvent que le design japonais et le design scandinave vont bien ensemble, et je pense honnêtement la même chose. Lorsque j'ai présenté l'étagère en bois RHYTHM en 2023, ma première pièce de mobilier, beaucoup de personnes m'ont dit que l'on ressentait cette double influence sans que je n'en aie conscience. » Outre la diversification formelle, cette pièce relativement grande marque un tournant dimensionnel dans l'univers de la créatrice qui a travaillé six ans pour une entreprise d'articles ménagers. Convaincue par l’intérêt d'un design simple et sophistiqué, Erina Caldeira continue de placer le concept au cœur de sa démarche. « C'est lui qui influence la forme, et je pense qu'il est indissociable de l'utilisation et de la méthode de production. » Un tout à partir duquel semble naître une certaine diversité interculturelle.

RHYTHM bookcase ©Erina Caldeira

Jos van Roosmalen

Après plusieurs années passées auprès de studios de design et d'entreprises d'éclairage, Jon van Roosmalen lance son propre studio en 2024. Intéressé par le design autant que par « l'effet de lumière », il développe un petit univers relativement minimaliste et coloré. « Pour moi, un dessin emblématique est "facile à dessiner", c'est ce qui le rend mémorable. Dans mes créations, j'essaie donc de me concentrer sur l'essentiel. » Si la dimension ludique de la lumière due aux interactions avec les formes et les matériaux, induit ses pièces, Jos van Roosmalen décline son approche au gré de ses envies. « J'utilise différents points de départ pour mes créations, qui deviennent ensuite l'histoire principale, jusqu'au résultat. »Questionnant parfois les « archétypes actuels » comme avec la lampe LINEAR, à la fois applique murale et lampadaire, ou développant une approche sensorielle comme avec la lampe en albâtre SLIDE, le designer dévoile un univers fait de formes simples, presque évidentes. Une volonté que l'on retrouve également dans la structure du tabouret TREBLE - seule pièce de mobilier du designer -, où se conjuguent le bois et le métal.

La lampe Extrude à gauche et le modèle Ami à droite ©Jos van Roosmalen

Leo Koda

Installé à Eindhoven après l'obtention de son master en design produits à l'ECAL, en Suisse, Leo Koda base ses recherches sur la remise en question de la banalité. « Je suis profondément motivé par l'idée de créer quelque chose d'original, quelque chose qui n'a jamais été vu auparavant. » Désireux de ne pas être lié « aux notions préconçues sur les matériaux, ni à leurs fonctions courantes », le designer a créé In fill out, un univers gonflé de toute pièce. Horloges, miroirs ou encore plats, les objets se côtoient avec pour unité plastique la rondeur caractéristique de ses impressions 3D déformées dans l'eau chaude. Une approche poétique et enfantine renforcée par une sélection de coloris pop. « Je pense qu'un bon design doit être compréhensible par tous, des enfants aux personnes âgées. Il ne devrait pas y avoir besoin de beaucoup de mots pour communiquer son idée. Le design devrait être démocratique. » Comme un pas de côté dans son univers singulier, le designer présentait cette année Stack and Stock, un tabouret né d'une expérience pratique avec des gobelets en papier. « J'étais curieux du mécanisme d'empilage et je me suis demandé ce qui se passerait si, au lieu de minimiser les espaces dans l'empilage, je les maximisais intentionnellement et attribuais une fonctionnalité à cet espace. Cela semble simple, mais c'est en fait une approche contraire à la logique de conception habituelle. » Un univers bien différent du précédent, mais tout aussi expérimental.

Tabouret Stack and Stock ©Leo Koda

Haruka Mitani

« Mon design est comme un Haïku, la forme poétique traditionnelle japonaise connue comme la plus courte au monde » explique Haruka Mitani. Diplômée de la Chiba University Graduate School, la designer revendique un esprit de tranquillité à travers des objets « minimalistes et accessible à tous, mais jamais froids ou mécaniques. » Illustrant cette vision, KUU -Husks of Light- est une collection de luminaires réalisés à partir de plusieurs couches de papier washi superposées. « Je vois cette installation comme un moyen d'expérimenter la richesse subtile de la perception humaine, comprendre la façon dont la lumière elle-même peut être perçue par chacun. » Derrière cette idée, se cache également un objectif plus formel. « Le papier translucide se présente en trois dimensions et crée un sentiment de profondeur, comme si vous regardiez tranquillement dans un espace doux et intérieur. » Rappelant « l'effet d'une lumière à travers la brume », ce projet est un aperçu à la fois symbolique par le lien avec le Japon, pays d'origine de la créatrice, aussi révélateur de l'approche sensorielle qu'entretient Haruka Mitani avec les matériaux. « Je pense qu'ils sont profondément liés au corps, tout autant que la forme elle-même. Lorsque les matériaux changent, l'expérience change. Je suis en résonance avec l'idée du "bon matériau au bon endroit". »

Suspension de la collection KUU -Husks of Light- ©Haruka Mitani

Sera Yanagisawa

Diplômé de l'université d'art de Musashino à Tokyo en 2022, Sera Yanagisawa s'est spécialisé dans les chaises, « un objet qui exprime le mieux l'individualité du designer » selon lui. Intéressé par la structure et la mécanique, le designer propose des pièces organiques dans lesquelles la géométrie des volumes traduit « un principe de réduction et d'optimisation des composants. » Un principe que l'on retrouve notamment dans KUSABI, un tabouret inspiré de la cale, un outil utilisé depuis l'Antiquité. « Le coin, avec sa petite force, a joué un rôle important tout au long de l'histoire, capable de soulever des pierres massives ou de lourds piliers. Dans cette assise, chaque pièce a la forme d'un coin, ce qui permet de transmettre la force à chaque section et de serrer les pièces ensemble à l'aide d'une seule goupille. Le tabouret fonctionne comme un tout. » Considérant chaque caractéristique comme un « langage de conception » pouvant être appliqué à différentes typologies de pièces, Sera Yanagisawa s’illustre comme l'auteur « d'une famille de meubles cohérente », et visuellement très séduisante.

Chaise KUSABI ©Sera Yanagisawa
Rédigé par 
Tom Dufreix

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28/11/2025
La galerie kreo, bureau d’expérimentation et de design

La galerie kreo présente jusqu’au 31 janvier l’exposition « The Office ». Un regroupement de pièces signées des plus grands noms du design, autour de la thématique du bureau, à la fois comme meuble mais également comme espace.

C’est un open-space qui en ferait rêver plus d’un. Et pour cause, rarement les plus grands noms du design (parmi lesquels Hella Jongerius, Edward Barber & Jay Osgerby, Pierre Charpin ou David Dubois pour ne citer qu’eux) n’ont été réunis autour d’un même bureau. Enfin, autour de huit bureaux pour être exact, car c’est précisément cette typologie d’objet qui est mise à l’honneur avec « The Office ». « Nous avions envie d’aborder ce meuble comme un motif en soi : un lieu de travail et de concentration, mais aussi une scène où se jouent des gestes très ordinaires, parfois intimes », raconte Clara Krzentowski, fille des fondateurs de la galerie et directrice de la succursale londonienne. Répartie sous forme de compositions articulées autour d’une table de travail, d’un luminaire et d’une assise auxquels se greffent d’autres pièces décoratives, l’exposition « explore la dualité entre la forme et l’usage ; entre l’objet comme élément architectural et l’espace autour duquel s’organise le quotidien ». Une approche qui, sans prétention sociologique, laisse entrevoir les évolutions de nos quotidiens et notre rapport à ce lieu. « Il n’est plus assigné aujourd’hui, mais libre de se déplacer, se transformer et s’individualiser », analyse Clara Krzentowski, soulignant la dimension intime et presque domestique de certaines mises en scène.

© Alexandra de Cossette Courtesy Galerie kreo

Une large diversité

Si la galerie kreo fait aujourd’hui partie des figures incontournables de la scène design internationale, c’est notamment pour sa volonté de mettre en regard les époques et les styles. Avec « The Office », l’institution parisienne attable ensemble des designers d’aujourd’hui et des grands noms du XXe siècle, dont Pierre Paulin, Ernest Race ou Gino Sarfatti. Une sélection hétéroclite, à l’origine d’un corpus de créations choisies parmi les collaborations entre les artistes et la galerie, ou des fonds d’œuvres vintage. De quoi permettre « un dialogue vivant entre différentes personnalités du design, et offrir l’opportunité au visiteur d’aborder ces environnements avec une lecture très libre ». Une liberté due à une recherche d’ambiance et d’esthétisme plus qu’à une quelconque classification, permettant aux lignes et aux matériaux de se combiner dans toute leur diversité. Si ce n’est pas la première fois que la galerie se livre à l’exploration d’un thème ou d’une famille d’objets, l’exercice présenté jusqu’au 31 janvier propose cette fois-ci une vision pleine de styles de celui qui est bien plus qu’un simple meuble de travail.

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27/11/2025
À la galerie BSL, Jimmy Delatour brouille les lignes du temps

Le designer Jimmy Delatour expose « Pompeii-x » à la galerie BSL jusqu’au 20 décembre. Une collection mêlant pièces de mobilier et œuvres numériquement modifiées, inspirée par l’esprit de la cité italienne.

C’est pendant l’enfance que se construisent les plus vastes imaginaires, ceux bercés par l’histoire, quelle que soit la taille du H. Pour le designer Jimmy Delatour, les plus beaux contes viennent des objets, « ceux qui racontent des histoires par eux-mêmes ». Aujourd’hui davantage entouré d'antiquités que de pièces design, le créateur se rappelle avoir visité Pompéi lorsqu’il était enfant. Un séjour mémorable dans une ville « marquée par la disparition et les instants de vies figées », mais plus généralement dans un cadre architectural fort. Un souvenir revenu comme une évidence lorsqu’à la suite d’un salon, au cours duquel il rencontre les Marbreries de la Seine, celles-ci lui proposent une carte blanche artistique. « C’est une entreprise implantée entre la France et l’Italie, originellement spécialisée dans les projets architecturaux d’envergure. Lorsqu’elle m’a proposé de co-produire une collection, j’ai immédiatement pensé à Pompéi. Quel meilleur matériau que la pierre pour évoquer la civilisation romaine que j’avais découverte enfant ? » Une rencontre entre un médium et un souvenir dont les premières esquisses jouent avec les frontières de l’art et du design. Deux univers représentés par la galerie BSL, devenue partie prenante de cette collaboration.

©Galerie BSL

Des micro-architectures hors du temps

« Je n’aime pas vraiment le décoratif », contextualise Jimmy Delatour, qui a débuté en tant que directeur artistique dans l’univers de la 2D. « Ce qui m’a attiré vers le volume, c’est l’architecture. Celle de Jean Prouvé, mais aussi la simplicité formelle, les lignes fortes et les jeux d’ombres et de lumière qu’on peut retrouver chez Tadao Ando. » Des codes architecturaux dont « Pompeii-x » est largement imprégnée. Des volumes qui semblent flotter, des masses très visuelles desquelles se dégagent des perspectives, le tout dans des superpositions équilibristes surplombées de discrets demi-cercles. « Un hommage à l’ornement et à l’idée de confort du mobilier romain, ramené ici de manière simplifiée et dépouillée. »  Une réinterprétation contemporaine, certes, mais pas nécessairement faite pour s’inscrire en 2025. C'est du moins ce que suggère le nom de la collection : « Pompeii-x ». « Dans cet ensemble, l'inconnu temporel est noté par le x, ce qui suggère qu’on ne saurait pas la dater. C’est une projection de ce qu’aurait pu être la ville si l'événement n’avait pas eu lieu », relate le designer. « On imagine souvent le futur comme étant très épuré. J’ai donc imaginé cette collection avec ce prisme. » Un univers constitué de huit « micro-architectures » où le marbre italien vert Verde Alpi, le rosé Breccia Pernice et le travertin blond Albastrino font écho aux dernières couleurs pompéiennes. Un clin d'œil aux vestiges, inscrit jusque dans le traitement des pierres, sablées, à l’origine « des couleurs fanées ».

©Galerie BSL

De l’antique au numérique

Mais derrière l’apparente simplicité formelle de la collection, permettant à l’artiste de perdre le spectateur entre les époques, Jimmy Delatour évoque également un second pan. « Il y a d’un côté le design, plutôt collectible, et de l’autre la conceptualisation de la conception, ce qui va au-delà du mobilier classique et utilitaire. » Cette idée, le designer l’a eue lors d’une visite d’exposition dédiée à Louise Bourgeois en Australie. « Ce jour-là, j’ai vu des pièces qui pouvaient faire vibrer tout le monde, et je me suis dit que c’était ce qu’il fallait faire en établissant des liens. » Une réflexion à l’origine de quatre Artéfacts imaginés pour soutenir les pièces de mobilier. Mis en scène dans des cadres différents, tous rendent hommage à Pompéi. Rassemblant des images du lieu, le petit manifeste du futurisme italien, une composition graphique contemporaine représentant l’éruption ou un détournement du célèbre tableau Madame Récamier de Jacques-Louis David intégrant la méridienne de Jimmy Delatour, chaque œuvre est issue d’un « petit twist ». La manipulation, qu’elle soit numérique ou photographique, questionne le spectateur quant au contexte de création. « Je voulais que les pièces interrogent. Je ne voulais pas emprunter le chemin du collectible uniquement décoratif et exceptionnel sur le plan formel. Cette collection est une sorte d’uchronie. On revisite le passé pour changer la direction de l’histoire et créer une réalité alternative dans laquelle ça aurait pu exister. Et en même temps, elle est un hommage à la cité disparue, comme si elle était constituée de fragments simplement réassemblés. » conclut-il.

Ci-dessous à gauche Artifact B, Portal, et Artifact A, Madame Récamier. A droite Artifact D, Excavation treasures, et Artifact C, Views of the future past. ©Galerie BSL

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21/11/2025
Retour sur les talks et les tables rondes Intramuros au salon EspritContract

Pour sa troisième édition, EspritContract organisé en parallèle d’EspritMeuble, était de retour à la Porte de Versailles du 15 au 18 novembre. Un moment de rencontres et d’échanges entre les marques et les professionnels mais également l’occasion pour Intramuros de prendre part à la médiation de plusieurs conférences thématiques.

Hôtels, bureaux, lieux hybrides : la mutation des espaces de vie

Invités :

Pierre-Alexandre Pillet, fondateur et CEO de Sowen
Valentin Moubèche, directeur de programmes chez Galia Groupe
Patrick Jouin, designer et co-fondateur de Jouin Manku


[Vision de marque] Upcycling : le design vertueux

Invitée :

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[Vision de marque] Le sur-mesure : nouvelle excellence

Invité :

Jason BRACKENBURY, Président de FLOS France

[Vision de marque] Réinventer le récit hôtelier

Invité :

Jean-Philippe Nuel, architecte et architecte d'intérieur

Ergonomie - le design au service du bien être

Invités :

Frédéric SOFIA, designer
Karin GINTZ, directrice générale - Vitra France
Jason BRACKENBURY, Président - Flos France

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17/11/2025
EspritContract : le contract nautique, une part majoritaire chez CELIO

Depuis plus de dix ans, le secteur nautique structure l’activité de l’entreprise CELIO. Un domaine à part, dans lequel l’innovation du bureau d’étude joue un rôle primordial. Rencontre avec Thomas Liault, responsable de la branche contract de la marque.

Pour sa troisième édition, EspritContract se tiendra du 15 au 18 novembre au Parc des Expositions de la Porte de Versailles.Plus d’informations sur : https://www.espritmeuble.com/le-salon/secteurs/secteur-contract.htm

Comment le contract structure votre activité ?

Aujourd’hui, le contract est un secteur important dans notre entreprise puisqu’il représente entre 15 et 20 % de notre activité totale, avec une croissance constante sur les quatre dernières années. C’est aussi une branche plurielle, qui se divise en quatre segments : le nautisme, par lequel nous avons commencé il y a dix ans et qui représente toujours plus de 80 % de notre activité ; les établissements de santé, comme les cliniques et les EHPAD ; l’hôtellerie, principalement l’aménagement de chambres dans des structures quatre étoiles ; et enfin un segment plus divers, comme le projet d’une école de gendarmerie sur lequel nous travaillons actuellement.

Vous parlez du domaine nautique, comment êtes-vous entré dans ce secteur ?

C’est par là que nous avons commencé le contract. Une entreprise travaillant avec Les Chantiers de l’Atlantique a été liquidée il y a une dizaine d’années, et comme il s’agissait d’amis, mon père, Alain Liault, aujourd’hui directeur de CELIO, a proposé de continuer leur activité au sein de notre société. Nous avons donc recruté la personne à la tête de leur bureau d’étude, le chargé d’affaires et le dirigeant de l’entreprise. C’est ainsi que nous avons mis le pied à l’étrier en 2014. Ce secteur reste extrêmement porteur pour nous : nous venons de signer un accord pour la réalisation de six navires de 2 000 chambres chacun, qui devraient être livrés au cours des trois prochaines années.

Quelles sont les différences entre ce domaine et l’hôtellerie classique ?

Pour les navires, nous travaillons uniquement sur les chambres de l’équipage et des passagers, tandis que dans l’hôtellerie, nous pouvons intervenir sur l’ensemble des espaces. La principale différence entre les chambres pour navires et celles pour hôtels réside dans le gain de place et la fonctionnalité : les modules doivent être légers. La culture du poids est particulièrement importante aux Chantiers de l’Atlantique, car elle implique moins de consommation d’énergie. Par ailleurs, la volonté de diversifier les intervenants et les entreprises sur des projets d’une telle envergure reste forte : il n’est pas possible de tout réaliser seul.

CDA Celebrity-edge ©CELIO

Comment votre bureau d’étude accompagne-t-il cette activité ?

Notre bureau d’étude compte six personnes sur les 180 présentes sur le site de La Chapelle Saint-Laurent. Nous avons choisi de ne pas le spécialiser afin de conserver une diversité d’approches. C’est souvent cette vision élargie et l’expérience acquise sur différents projets qui nous permet de trouver des solutions à des problèmes complexes. Notre bureau d’étude joue également un rôle important en termes de créativité, en étant force de proposition vis-à-vis des architectes avec lesquels nous travaillons.

Finalement, comment l’entreprise a-t-elle évolué depuis sa création ?

Quand mon grand-père a créé la société, elle fabriquait des lits de coin, des cercueils et de nombreux autres objets. Progressivement, elle s’est transformée et industrialisée. Lorsque mon père est arrivé, nous nous sommes spécialisés dans les armoires et les dressings, puis dans l’univers de la chambre. Nous sommes restés dans ce domaine jusqu’au milieu des années 2000, lorsque l’univers du salon a fait son apparition, suivi du contract une dizaine d’années plus tard. Cela nous a permis de nous diversifier.

Par opportunité, nous avions déjà réalisé ponctuellement des établissements de santé, mais nous avons décidé de miser sérieusement sur ce segment, à la fois en interne et en participant à des salons comme EspritContract. Il y a quatre ans, nous avons lancé un important projet d’investissement de dix millions d’euros : nous avons agrandi l’usine de 3 000 mètres carrés supplémentaires et mis en place un équipement industriel automatisé. Ce renouveau nous a permis d’entrer sur un nouveau type de marché, avec une capacité de production de petites séries rentables à partir de 15 ou 20 modules. Un nouveau champ des possibles s’est ainsi ouvert à nous !

Okko hôtel ©CELIO
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