SaloneSatellite : huit designers à suivre de près
©Ludovica Mangini_Salone del Mobile.Milano

SaloneSatellite : huit designers à suivre de près

Cette année encore, le SaloneSatellite a mis en lumière bon nombre de jeunes designers émergents. Retour sur nos coups de cœur de cette 26e édition.

Début avril, le Salone del Mobile de Milan ouvrait pour la 26e fois, ses portes à la nouvelle garde du design. Réunis au sein du SaloneSatellite créé en 1998, « 700 jeunes designers de 37 pays participent pour la première, la deuxième ou la troisième fois au Salon » précise Marva Griffin Wilshire, fondatrice et aujourd'hui commissaire de cette section. L'occasion pour eux de dévoiler leurs travaux et de rencontrer des acteurs internationaux de l'industrie et du commerce.

Initié dès la première édition pour "évaluer les photographies des prototypes des nombreuses demandes de participation”, un comité de sélection hétérogène “composé de 12 personnalités du monde du design” désigne chaque année un corpus de designers âgés de moins de 35 ans. Réunis cette année autour de la thématique “NUOVO ARTIGIANATO: UN MONDO NUOVO//NEW CRAFTSMANSHIP : A NEW WORLD” ils ont, par leurs approches et leurs savoir-faire, témoigné de la transversalité de l'artisanat patrimonial et du design contemporain. Une volonté maintenue par le SaloneSatellite à travers les éditions, et qui donne en outre “un sens de responsabilité à ces designers qui font de leur mieux pour exposer leurs travaux” selon Marva Griffin Wilshire.

Parmi ces nouveaux esprits de la création contemporaine, voici huit coups de cœur de la rédaction.  

Simo Lahtinen

Titulaire d'un master en design industriel de l'école des arts, du design et de l'architecture de l'université finlandaise d'Aalto, Simo Lahtinen développe un univers basé sur « l'équilibre entre la fonctionnalité et la forme pure, naturelle. » Installé à Helsinki où l'architecture et le design nordique inspirent largement son travail, le créateur « recherche des perspectives astucieuses et nouvelles dans les typologies traditionnelles, afin de créer des designs qui soient distinctement contemporains. » Un processus dont émanent des « objets qui semblent à la fois faciles à réaliser et précis. » Une impression renforcée par la recherche formelle de ses pièces. « Je considère que la géométrie, largement présente dans mes pièces, apparaît naturellement dès lors que la structure, la fonction et le matériau sont alignés, en cohérence. » Une philosophie illustrée par le banc Tre présenté cette année. Fabriqués en pin, les profils d'assise triangulaire « minimisent le gaspillage de matériaux, renforcent la solidité de la structure et créent un langage architectural. Tre reflète mon approche, qui consiste à trouver un équilibre entre une forme audacieuse, une construction intelligente et une élégance fonctionnelle. »

Tre bench ©Simo Lahtinen

Marcus Götschl

D'abord ébéniste en Allemagne puis en Norvège pendant plusieurs années, Marcus Götschl se passionne pour le design et se forme en Allemagne à l'Académie de design d'intérieur et de produits de Garmisch-Partenkirchen. Fraîchement fondé - au début de l'année - à Munich, son studio cherche à créer « des objets qui soient à la fois familiers et discrètement nouveaux. » Comprenez par là un éloge aux structures claires et légères en écho avec les nouvelles contraintes sociétales et environnementales. Intéressé par la structure autant que par l'objet en lui-même, le designer cherche avant tout la simplicité visuelle. « La simplification de la construction, la réduction de l'utilisation des matériaux et l'adaptation aux nouveaux modes de vie sont des sujets importants pour moi, non seulement pour des raisons esthétiques, mais aussi pour rendre le design plus durable et plus accessible. » Une approche développée à travers plusieurs matériaux dont il tient une connaissance approfondie grâce à son passage chez ClassiCon comme développeur produit. Présenté au début de l'année, son tabouret Flatpacking - qui pourrait être expédié dans un carton de la taille/forme d'une boîte à pizza -, illustre sa vision du design : une pièce à la fois sobre visuellement et structurellement qui utilise des matériaux fins pour atteindre la stabilité grâce au rapport de tension/compression, sans négliger le confort de l'utilisateur.

Tension stool ©Marcus Götschl

Michael Grandt

Inspiré par la dichotomie du Japon où il s'est installé plusieurs années avant de regagner Düsseldorf, Michael Grandt, fondateur du studio Omote Ura, souhaite « faire vivre des projets dont l'esthétique dure longtemps. » Dessinées pour s'intégrer harmonieusement dans des environnements différents, les pièces du designer jouent avec les contrastes. En témoigne TOMO, un tabouret fabriqué à partir de trois pièces de contreplaqué assemblées et soutenues entre elles par une structure tubulaire en acier. « Les surfaces en bois ont une forme douce et organique, tandis que les tuyaux en acier présentent une structure plus stricte et technique qui s'effacent selon l'angle sous lequel on regarde l'objet. Ce principe de dissimulation des structures techniques derrière des surfaces fluides nous est familier, nous le connaissons tous ; dans les avions, les machines ou même l'architecture moderne. Mais il y a aussi quelque chose de plus imagé qui rappelle le Japon. » Une faculté notamment due au rapport du designer avec la géométrie. « J'ai toujours été intéressé par les sciences et les mathématiques. Bien que l'intuition ait toujours sa place dans toute création, suivre une logique claire est souvent un bon début. » Un parti-pris cartésien avec lequel le designer conserve une certaine distance pour « obtenir une clarté visuelle sans réduire le design à un strict minimalisme géométrique sans humanité ni empathie.»

TOMO stool ©Michael Grandt

Erina Caldeira

« Il y a trois choses que je garde toujours à l'esprit lorsque je crée : la facilité de compréhension du concept et de la forme, des formes faciles à produire pour le fabricant et faciles à entretenir pour l'utilisateur, et enfin la dimension émotionnelle qui doit toucher les sens et mettre de bonne humeur ! » Développées au Japon d'où elle est originaire, les sensibilités d'Erina Caldeira se mélangent depuis 2020 à la culture danoise où elle réside. « Les gens disent souvent que le design japonais et le design scandinave vont bien ensemble, et je pense honnêtement la même chose. Lorsque j'ai présenté l'étagère en bois RHYTHM en 2023, ma première pièce de mobilier, beaucoup de personnes m'ont dit que l'on ressentait cette double influence sans que je n'en aie conscience. » Outre la diversification formelle, cette pièce relativement grande marque un tournant dimensionnel dans l'univers de la créatrice qui a travaillé six ans pour une entreprise d'articles ménagers. Convaincue par l’intérêt d'un design simple et sophistiqué, Erina Caldeira continue de placer le concept au cœur de sa démarche. « C'est lui qui influence la forme, et je pense qu'il est indissociable de l'utilisation et de la méthode de production. » Un tout à partir duquel semble naître une certaine diversité interculturelle.

RHYTHM bookcase ©Erina Caldeira

Jos van Roosmalen

Après plusieurs années passées auprès de studios de design et d'entreprises d'éclairage, Jon van Roosmalen lance son propre studio en 2024. Intéressé par le design autant que par « l'effet de lumière », il développe un petit univers relativement minimaliste et coloré. « Pour moi, un dessin emblématique est "facile à dessiner", c'est ce qui le rend mémorable. Dans mes créations, j'essaie donc de me concentrer sur l'essentiel. » Si la dimension ludique de la lumière due aux interactions avec les formes et les matériaux, induit ses pièces, Jos van Roosmalen décline son approche au gré de ses envies. « J'utilise différents points de départ pour mes créations, qui deviennent ensuite l'histoire principale, jusqu'au résultat. »Questionnant parfois les « archétypes actuels » comme avec la lampe LINEAR, à la fois applique murale et lampadaire, ou développant une approche sensorielle comme avec la lampe en albâtre SLIDE, le designer dévoile un univers fait de formes simples, presque évidentes. Une volonté que l'on retrouve également dans la structure du tabouret TREBLE - seule pièce de mobilier du designer -, où se conjuguent le bois et le métal.

La lampe Extrude à gauche et le modèle Ami à droite ©Jos van Roosmalen

Leo Koda

Installé à Eindhoven après l'obtention de son master en design produits à l'ECAL, en Suisse, Leo Koda base ses recherches sur la remise en question de la banalité. « Je suis profondément motivé par l'idée de créer quelque chose d'original, quelque chose qui n'a jamais été vu auparavant. » Désireux de ne pas être lié « aux notions préconçues sur les matériaux, ni à leurs fonctions courantes », le designer a créé In fill out, un univers gonflé de toute pièce. Horloges, miroirs ou encore plats, les objets se côtoient avec pour unité plastique la rondeur caractéristique de ses impressions 3D déformées dans l'eau chaude. Une approche poétique et enfantine renforcée par une sélection de coloris pop. « Je pense qu'un bon design doit être compréhensible par tous, des enfants aux personnes âgées. Il ne devrait pas y avoir besoin de beaucoup de mots pour communiquer son idée. Le design devrait être démocratique. » Comme un pas de côté dans son univers singulier, le designer présentait cette année Stack and Stock, un tabouret né d'une expérience pratique avec des gobelets en papier. « J'étais curieux du mécanisme d'empilage et je me suis demandé ce qui se passerait si, au lieu de minimiser les espaces dans l'empilage, je les maximisais intentionnellement et attribuais une fonctionnalité à cet espace. Cela semble simple, mais c'est en fait une approche contraire à la logique de conception habituelle. » Un univers bien différent du précédent, mais tout aussi expérimental.

Tabouret Stack and Stock ©Leo Koda

Haruka Mitani

« Mon design est comme un Haïku, la forme poétique traditionnelle japonaise connue comme la plus courte au monde » explique Haruka Mitani. Diplômée de la Chiba University Graduate School, la designer revendique un esprit de tranquillité à travers des objets « minimalistes et accessible à tous, mais jamais froids ou mécaniques. » Illustrant cette vision, KUU -Husks of Light- est une collection de luminaires réalisés à partir de plusieurs couches de papier washi superposées. « Je vois cette installation comme un moyen d'expérimenter la richesse subtile de la perception humaine, comprendre la façon dont la lumière elle-même peut être perçue par chacun. » Derrière cette idée, se cache également un objectif plus formel. « Le papier translucide se présente en trois dimensions et crée un sentiment de profondeur, comme si vous regardiez tranquillement dans un espace doux et intérieur. » Rappelant « l'effet d'une lumière à travers la brume », ce projet est un aperçu à la fois symbolique par le lien avec le Japon, pays d'origine de la créatrice, aussi révélateur de l'approche sensorielle qu'entretient Haruka Mitani avec les matériaux. « Je pense qu'ils sont profondément liés au corps, tout autant que la forme elle-même. Lorsque les matériaux changent, l'expérience change. Je suis en résonance avec l'idée du "bon matériau au bon endroit". »

Suspension de la collection KUU -Husks of Light- ©Haruka Mitani

Sera Yanagisawa

Diplômé de l'université d'art de Musashino à Tokyo en 2022, Sera Yanagisawa s'est spécialisé dans les chaises, « un objet qui exprime le mieux l'individualité du designer » selon lui. Intéressé par la structure et la mécanique, le designer propose des pièces organiques dans lesquelles la géométrie des volumes traduit « un principe de réduction et d'optimisation des composants. » Un principe que l'on retrouve notamment dans KUSABI, un tabouret inspiré de la cale, un outil utilisé depuis l'Antiquité. « Le coin, avec sa petite force, a joué un rôle important tout au long de l'histoire, capable de soulever des pierres massives ou de lourds piliers. Dans cette assise, chaque pièce a la forme d'un coin, ce qui permet de transmettre la force à chaque section et de serrer les pièces ensemble à l'aide d'une seule goupille. Le tabouret fonctionne comme un tout. » Considérant chaque caractéristique comme un « langage de conception » pouvant être appliqué à différentes typologies de pièces, Sera Yanagisawa s’illustre comme l'auteur « d'une famille de meubles cohérente », et visuellement très séduisante.

Chaise KUSABI ©Sera Yanagisawa
Rédigé par 
Tom Dufreix

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17/7/2026
KVADRAT, l'intelligence de la matière

Avec THREE, sa nouvelle collection résidentielle de rideaux, et Loux, une série de tapis en lyocell, Kvadrat poursuit un travail engagé depuis plus d’un demi-siècle : faire du textile non plus un simple accompagnement de l’architecture, mais une matière  capable de la transformer.

Un rideau n’est jamais tout à fait un rideau chez Kvadrat. Il filtre la lumière, modifie la perception d’un volume, dessine une limite sans l’enfermer. Il peut même devenir une forme, presque une présence. La marque danoise aurait pu se contenter d’occuper la place confortable que lui ont offerte, depuis sa création en 1968, la qualité de ses textiles, la précision de ses couleurs et ses collaborations avec quelques-uns des grands noms de la création contemporaine. Elle a préféré considérer chaque nouvelle collection comme un terrain de recherche.

THREE - Kvadrat by Jannick Pihl Rasmussen

Chez Kvadrat, la technique n’intervient pas après l’idée pour lui donner corps. Elle participe à sa naissance. Par une intention. ET même, une forme. Isa Glink, directrice de la création de Kvadrat Residential, résume ainsi une méthode où le dessin, la fibre, le tissage, les traitements de surface, la couleur, la lumière, la performance et la circularité appartiennent à un même processus. Ce qu’elle nomme « l’intelligence matérielle » consiste précisément à regarder le textile assez profondément pour comprendre ce qu’il peut encore devenir.

DE LA SURFACE AU VOLUME

Présentée à Copenhague lors de 3daysofdesign 2026, la collection THREE porte cette démarche jusque dans son titre. Son point de départ est une surface ; son véritable sujet, la manière dont celle-ci acquiert une troisième dimension. Drapés, pliés, tendus ou cadrés, les rideaux ne sont plus exposés comme des échantillons mais comme des sculptures souples, capables de définir et d’activer l’espace. La collection explore ainsi le chanvre, la laine, le coton biologique ou le lin, mais aussi des fibres techniques choisies pour leurs performances, en sollicitant les qualités propres de chaque matière plutôt qu’en cherchant à les dissimuler.

THREE

Les gestes de la confection y sont valorisés, mis en scène, et non dissimulés.. Un pli traditionnel change d’échelle jusqu’à devenir une fonction architecturale. Une surpiqûre, une fermeture ou une tension ne relève plus du détail décoratif, mais construit un rythme, une profondeur, une manière nouvelle de suspendre le tissu. L’influence de la mode est perceptible, sans que Kvadrat adopte pour autant sa logique saisonnière et, donc, éphémère. Il ne s’agit pas de produire un effet destiné à être remplacé, mais d’inventer un vocabulaire appelé à durer.

Cette recherche se lit dans Tetra, dont le tissage ajouré et les fils de laine densément feutrés produisent une structure à la fois aérienne et tridimensionnelle. Dans Sky Cloud également, mélange de chanvre, de coton et de laine au toucher presque papetier. Ou encore dans Kajak et Stream Line, qui traduisent le mouvement de l’eau et l’apparition intermittente des lignes sous l’effet de la lumière. La palette elle-même oscille entre des tonalités minérales (sel, bois flotté, roche volcanique) et des couleurs plus franches, presque électriques. La couleur n’est jamais posée sur la matière. Elle naît avec elle.

THREE - Tetra

SAVOIR-FAIRE, SANS L’OSTENTATION

Avec Loux, Kvadrat aborde le sol selon une logique différente mais avec la même attention portée à la relation entre matière, lumière et mouvement. Les six tapis de la série sont entièrement réalisés en lyocell, fibre de cellulose régénérée dont la finesse évoque la soie. Leur densité (2,7 millions de fils par mètre carré) produit une surface particulièrement douce, dont les reflets évoluent selon l’angle de vue. Trois constructions sont proposées : un velours coupé uniforme, une alternance linéaire de boucles et de velours, et un relief sculpté à la main. Le luxe ne tient donc ni au motif ni à l’accumulation, mais à la richesse de l’expérience tactile.

Cette manière de partir de la matière plutôt que de l’image dit beaucoup de la philosophie de Kvadrat. La circularité n’y est pas traitée comme une esthétique reconnaissable, encore moins comme un supplément de vertu ajouté au produit une fois celui-ci dessiné. Elle devient un paramètre de conception parmi les autres : choix de monomatériaux lorsque cela est possible, réingénierie de références existantes, recours aux matières recyclées, réparabilité et prolongement de la durée d’usage. La stratégie de la marque associe ainsi innovation environnementale, maintenance et modèles de service destinés à conserver les produits plus longtemps.

Car un textile durable n’est pas seulement un textile dont la composition rassure. C’est aussi un textile que l’on désire conserver. Parce qu’il possède une présence, une intelligence et une capacité à continuer de dialoguer avec l’espace. En cela, Kvadrat défend une position assez rare : celle d’une entreprise profondément technique qui ne sépare jamais la performance de l’émotion, la recherche de l’usage ou la matière, du design.

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17/7/2026
UNOPIÙ, juste mesure

Présentée à Milan lors du dernier Salone del Mobile, CORA marque la première collaboration entre Unopiù et Federica Biasi. Une collection complète dans laquelle le teck, la corde et des volumes généreux composent un paysage domestique pensé pour ralentir le temps.

À Milan, le mobilier outdoor a une nouvelle fois cherché à effacer les frontières entre la maison et le jardin. Avec CORA, Unopiù ne se contente pourtant pas de transposer au-dehors les codes du salon intérieur. La marque italienne préfère considérer la terrasse comme un espace habité à part entière, avec ses propres matières, ses usages et son rapport particulier au temps.

Unopiù - Cora Credit : Thomas Pagani

Confiée à Federica Biasi, la nouvelle collection repose sur un équilibre que la designer cultive depuis ses débuts : associer la précision de la production industrielle à la sensibilité du geste artisanal. La structure en teck trace ainsi une architecture sobre, presque en retrait, tandis que le tressage en corde de polypropylène vient en assouplir les lignes. L’un construit, l’autre relie. De leur rencontre naît une collection dont l’identité tient moins à un effet formel qu’à la justesse de ses proportions.

LA TRAME DU CONFORT

Le mérite de CORA est précisément de ne pas confondre générosité et lourdeur. Fauteuils et canapés adoptent des assises profondes, accompagnées de coussins aux tonalités naturelles, mais conservent une certaine légèreté visuelle. Le tressage ménage des respirations dans la structure, tandis que les lignes horizontales installent une présence calme dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani

Cette recherche d’un confort enveloppant se décline à travers une chaise et une table ronde destinées au repas, un fauteuil, un canapé deux places, un transat simple ou double ainsi qu’une île bain de soleil. Plus qu’une succession de typologies, CORA compose un véritable vocabulaire permettant d’accompagner les différents moments de la journée : déjeuner, recevoir, lire ou simplement ne rien faire. La collection s’adresse ainsi aussi bien aux espaces résidentiels qu’aux projets hôteliers, où le mobilier extérieur doit désormais conjuguer hospitalité, résistance et cohérence architecturale.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani

CORA s’inscrit plus largement dans le projet collectif présenté par Unopiù à Milan, pensé comme un « Journal de Voyage » dans lequel plusieurs designers sont invités à porter un regard personnel sur l’héritage de l’éditeur. Federica Biasi en livre ici une interprétation retenue et tactile, fidèle à son goût pour les savoir-faire vernaculaires autant qu’à la culture méditerranéenne de la marque. Une manière de rappeler que le mobilier outdoor n’a pas nécessairement besoin de s’imposer pour prendre place dans le paysage.

Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
Unopiù - Cora / Credit : Thomas Pagani
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16/7/2026
Les Cimes Bleues, l'esprit baulois sans le pastiche

À La Baule, rien n’est tout à fait neutre. Les villas, les institutions et les usages ont composé au fil du temps un imaginaire si puissant que toute tentative de l’évoquer prend le risque d’en forcer les traits. Donner une identité locale à un hôtel neuf sans le déguiser en vieille maison de bord de mer, tel est, en substance, le défi relevé avec intelligence et subtilité par Dorothée Delaye.

À La Baule-les-Pins, Les Cimes Bleues viennent d’ouvrir dans un bâtiment contemporain de sept étages, aux façades courbes dessinées par l’agence bauloise Bureau Gimbert Comy. Première adresse de La French Collection, la marque hôtelière du Groupe Giboire, l’établissement réunit 101 chambres, un spa, un bar et le restaurant Scapa. Une échelle suffisante pour que le décor ne puisse se contenter d’un effet de manche.

Dorothée Delaye n’est pas bauloise. C’est sans doute ce qui lui a permis d’observer la station avec la juste distance, en évitant aussi bien la carte postale que l’indifférence au lieu. Elle retient moins ses signes les plus évidents que ce qui structure réellement son art de vivre : le sport, les clubs, le Jumping, la voile, le tennis et le golf. Autant de codes familiers aux habitants comme aux visiteurs, transformés en vocabulaire plutôt qu’en accessoires décoratifs. « Sport chic » constitue ainsi le fil rouge du projet, mais chaque espace en propose sa propre interprétation.

La Baule en filigrane

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Dans le lobby, cœur social des Cimes Bleues, l’architecte d’intérieur installe l’atmosphère d’un club-house baulois contemporain. L’atrium végétalisé adoucit la hauteur du volume, tandis que les courbes du mobilier, les colonnes gainées de cuir, les tables en pierre, pâte de verre ou bronze et les textiles Pierre Frey et Élitis composent un paysage dense, mais jamais démonstratif. Les motifs de balles de golf, les rayures et quelques évocations marines (jusqu’au lustre monumental ponctué de bouées d’amarrage) sont suffisamment présents pour raconter La Baule, suffisamment décalés pour ne jamais la singer.

Cette même grammaire change d’accent chez Scapa. Pensé à l’origine comme le prolongement du club-house, le restaurant a pris une tonalité plus italienne lorsque sa carte s’est précisée. Dorothée Delaye y imagine une sorte de brasserie milanaise-bauloise, nourrie par l’Italie des années 1970 et par Carlo Scarpa. Terracotta, tonalités chocolat, bois, céramique et motifs presque cinétiques réchauffent un bâtiment que ses larges baies auraient pu rendre froid. Le lieu est enveloppant, fragmenté en différentes perspectives et banquettes, afin que l’on oublie rapidement ses dimensions.

LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson

Dans les chambres, le sport devient plus graphique. Vert Wimbledon, bleu Atlantique et orange terre battue distinguent les différentes ambiances. Les têtes de lit, les luminaires, les tables et les rangements ont été dessinés pour le projet. Les portes de dressing évoquent les tracés d’un court de tennis, tandis que certaines tablettes reprennent librement la forme des greens. Le procédé aurait pu devenir systématique. Il reste pourtant léger, tenu par une palette subtilement charmante et par la précision du sur-mesure.

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 

Car presque tout, ici, a été conçu spécifiquement. Dorothée Delaye s’appuie sur trois designers intégrés à son studio pour dessiner chaises, banquettes, têtes de lit ou abat-jour. Cette production dédiée répond certes à une réalité économique de l’hôtellerie, mais elle constitue surtout un outil de singularité : les pièces créées pour Les Cimes Bleues ne seront pas déplacées, six mois plus tard, dans une autre adresse.

Au spa Alaena, enfin, le récit s’éloigne des terrains de sport pour rejoindre la nature. Inspiré par la « golden hour », l’espace associe pierre, fibres naturelles, bronze, jaune doré et rose dans une lumière volontairement flatteuse. Dorothée Delaye prend ici le contre-pied du spa blanc et clinique pour fabriquer un sas, une bulle chaude où l’expérience commence avant même le soin.

LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson

Si les Cimes Bleues accueilleront toute l’année vacanciers, familles, séminaires, mais aussi Baulois venus boire un verre ou dîner, son principal est aussi de ne jamais afficher cette hybridité comme un programme. L’hôtel paraît déjà habité.
En donnant à chaque espace son histoire sans jamais surligner le scénario, Dorothée Delaye parvient à ancrer un bâtiment neuf dans une culture locale. Non pas en reconstituant La Baule, mais en lui donnant une nouvelle adresse incontournable.

LES CIMES BLEUES © MAELLE LE MEN / DOROTHEE DELAYE 
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
LES CIMES BLEUES - © Nicolas Anetson
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14/7/2026
France Design Week 2026 : une édition sous le signe des défis

Du 18 au 30 septembre, la septième édition de France Design Week se déploiera dans toute la France avec une programmation portée par les acteurs du design. Placée sous le thème « D comme Design, D comme Défi », cette nouvelle édition entend mettre en lumière le rôle du design face aux transitions environnementales, sociales, industrielles et technologiques.

Du 18 au 30 septembre, la septième édition de France Design Week se déploiera dans toute la France avec une programmation portée par les acteurs du design. Placée sous le thème « D comme Design, D comme Défi », cette nouvelle édition entend mettre en lumière le rôle du design face aux transitions environnementales, sociales, industrielles et technologiques. Coordonnée par l'APCI – Agence pour la Promotion du Design, France Design Week poursuit son ambition de fédérer l'ensemble de l'écosystème du design français autour d'un temps fort commun. Expositions, conférences, visites de studios, portes ouvertes, ateliers ou rencontres rythmeront deux semaines de programmation sur l'ensemble du territoire. Après une édition 2025 qui avait réuni plus de 322 000 visiteurs autour de 700 événements, le festival souhaite monter en puissance lors de cette septième édition.

FRANCE_DESIGN_WEEK_2024 ©Lucie Jean-HD-3574 (1)

Une marraine en résonance avec la thématique

Cette année, l'APCI a choisi la designer industrielle Ionna Vautrin comme marraine. Diplômée de l'ENSCI – Les Ateliers, la designer s'est imposée par une pratique attentive aux usages, développée aussi bien pour l'industrie que pour les équipements publics ou le patrimoine, des lampes des espaces TGV au mobilier liturgique de Notre-Dame de Paris évoqué dans le numéro 218 d’Intramuros. Un parcours qui fait écho au thème annuel, « D comme Design, D comme Défi », et qui invite designers, agences, écoles, entreprises, institutions et collectivités à présenter des projets répondant aux enjeux contemporains. Parmi eux, la transition écologique, l’inclusion, la santé, l’apprentissage, mais également des thématiques régulièrement mises au centre de la table comme le vieillissement de la population ou l'intelligence artificielle. « Le regard porté sur le design est souvent biaisé. Derrière le design, il y a une collectivité de personnes qui pensent et conçoivent des réponses dans des domaines très différents », souligne la designer.

LaChutothèque_Créapolis_©BastienPlu

Un rendez-vous national qui affirme la place du design

France Design Week est née dans le prolongement des Assises nationales du design de 2019 et s'est progressivement imposée comme le principal rendez-vous fédérateur du secteur. Pour la troisième année consécutive, la manifestation bénéficie du Haut Patronage du Président de la République. Dans son éditorial, Emmanuel Thouan, président de l'APCI, rappelle que cette reconnaissance doit surtout être l'occasion de réaffirmer la place du design dans les politiques publiques et les stratégies de transformation des organisations. Selon lui, le design constitue aujourd'hui une compétence stratégique, capable d'accompagner les mutations économiques, industrielles, sociales et démocratiques.

Le lancement national aura lieu le 18 septembre à Paris, avec un parcours organisé en lien avec Paris Design Week comprenant notamment une visite de Notre-Dame de Paris et la remise du France Design Impact Award. La clôture se tiendra quant à elle le 30 septembre à Saint-Étienne, dans la nouvelle Galerie nationale du design inaugurée cette année, où seront présentés le bilan de cette édition et les perspectives du festival. Et d’ici là, voici un échantillon d'événements que nous avons repérés pour vous :

Auvergne-Rhône-Alpes - Saint Martin d’Hères

Exposition : Le design au défi des transitions écologiques et sociales

À l’heure où les enjeux écologiques et sociaux redéfinissent nos modes de vie, comment le design peut-il contribuer à imaginer des réponses concrètes et durables ? À travers cette exposition-rencontre, l’UGA Design Factory dévoile les projets, méthodes et expérimentations qu’elle déploie sur le territoire grenoblois pour accompagner les transitions. Entre conférence et déambulation, le public découvrira comment le design, la recherche et l’action territoriale contribuent à accompagner les transitions écologiques et sociales.

Bourgogne-Franche-Comté - Chalon-sur-Saône

Atelier : SANTE : Soigner l’expérience patient en 2040

À quoi pourrait ressembler l’expérience patient en 2040 dans un hôpital où l’intelligence artificielle serait omniprésente ? À travers cet atelier les participants sont invités à explorer les futurs possibles du soin en incarnant différents acteurs du système de santé. Entre innovation technologique, enjeux éthiques et relation humaine, les échanges questionneront la place de l’IA dans l’accompagnement des patients et identifieront ce qui devra, malgré les évolutions à venir, rester profondément humain dans l’expérience de soin.

Bretagne - Brest

Territoires Souples — Design textile en Bretagne

À la croisée du design, de l’art et de l’artisanat, l’exposition « Territoires Souples » explore les liens entre matières, savoir-faire et territoire breton. À travers des œuvres textiles collectives réalisées à partir de ressources locales, elle révèle une cartographie sensible de la Bretagne, façonnée par les gestes, les paysages et les rencontres. Feutrage monumental, vidéo documentaire et tissage collaboratif témoignent d’une démarche où création, transmission et ancrage territorial se tissent ensemble.

Centre-Val de Loire - Tours

Formation : DESIGN & ICC : Comment se lancer en tant qu’entrepreneur ?

Vous souhaitez transformer une idée créative en projet entrepreneurial ? Ce webinaire propose aux étudiants, jeunes diplômés et porteurs de projets de découvrir les premières étapes pour entreprendre dans les industries culturelles et créatives. En 1h30, les participants exploreront les enjeux, opportunités et ressources clés pour structurer leur activité et donner vie à leurs ambitions professionnelles dans le secteur du design.

Grand Est - Meisenthal

Exposition : IMPRESSION

À travers « Impression », les designers brésiliens TomaziCabral explorent une rencontre singulière entre la tradition du tressage de fibres végétales et l’art verrier de Meisenthal. Utilisés comme moules pour le soufflage du verre, les paniers se consument parfois sous l’effet de la chaleur, laissant leurs motifs et leurs textures imprimés dans la matière. Entre expérimentation, savoir-faire et dialogue interculturel, l’exposition révèle la poésie d’un processus où la disparition devient création.

Hauts-de-France - Lens

Conférence : Quand une marque devient une destination

Pourquoi certaines marques deviennent-elles des lieux que l’on a envie de visiter, de recommander et de mémoriser ? À travers cette conférence, Mariia Kulichkova explore les liens entre branding, hospitalité et expérience pour comprendre comment une entreprise peut devenir une véritable destination. En croisant les codes du design, du tourisme et de l’accueil, cette rencontre interroge le rôle du design dans la création d’expériences mémorables et dans l’attractivité des marques comme des territoires.

Île-de-France - Saint-Denis

Atelier : R comme... racines, récits, rencontres

Comment le design peut-il favoriser le dialogue et renforcer le vivre-ensemble dans un territoire aussi riche de ses diversités ? À travers une journée d’échanges, de découvertes et de création collective, le Laboratoire de l’innovation du Conseil départemental de la Seine-Saint- Denis invite le public à explorer les liens entre identités, mémoires et action collective. Entre projets inspirants et atelier graphique participatif, cette rencontre propose de croiser les regards et d’imaginer de nouvelles façons de faire société ensemble.

La Réunion - Étang Salé

Conférence : Quand le design fait bouger la ville

Venez découvrir comment l’aménagement de l’espace public devient un outil d’inclusion, d’attractivité et de dynamisation par le design actif. Durant une matinée, les 5 grands principes du design actif seront abordés au travers d’exemples concrets identifiés dans l’île. Le design actif met ainsi au défi de faire bouger toutes les villes et toute l’ile.

Martinique

Conférence : Le design circulaire, pour quoi faire ?

Face aux enjeux environnementaux et à la raréfaction des ressources, le design circulaire s’impose comme une approche incontournable. Cette conférence propose d’explorer ses principes, ses applications concrètes et les opportunités qu’il offre aux organisations. Une rencontre pour comprendre comment le design peut contribuer à imaginer des produits, services et systèmes plus durables, en repensant les cycles de production, d’usage et de réemploi.

Normandie - Rouen

Atelier : Le design et ses déclinaisons dans l’éducation

Comment le design a-t-il accompagné l’évolution des pratiques éducatives au fil du temps ? À travers une visite exceptionnelle de ses réserves, le musée national de l’Éducation invite le public à découvrir une sélection de mobilier scolaire et d’objets issus de ses collections. Une plongée dans l’histoire du design appliqué à l’apprentissage, révélant comment les formes, les usages et les espaces éducatifs ont évolué au fil des génération

Nouvelle-Aquitaine - Saint-maixent-l’école

Atelier : Défi ta com’ : et si tes supports étaient plus efficaces ?

Et si quelques ajustements pouvaient rendre votre communication plus claire, plus cohérente et plus efficace ? À travers un atelier participatif, commerçants, artisans, indépendants et dirigeants sont invités à porter un regard neuf sur leurs supports de communication du quotidien. Cartes de visite, flyers, devis, vitrines ou sites web serviront de point de départ pour identifier les points forts, repérer les axes d’amélioration et repartir avec des conseils concrets pour gagner en impact auprès de leurs clients.

Occitanie - Montpellier

Festivités : Nuit Orange

Le temps d’une soirée, le musée Fabre invite le public à découvrir l’exposition « Le design selon Pierre Paulin » sous un angle festif et immersif. Visites guidées, ateliers, spectacle et danse rythmeront cette Nuit Orange, pensée comme une célébration conviviale du design. Une occasion de vivre le musée autrement, en famille ou entre amis, et de porter un regard inédit sur l’œuvre de l’un des plus grands designers français.

Pays de la Loire - Le Mans

Atelier : Initiation à la risographie et au design graphique

Comment créer des compositions graphiques à la fois structurées, libres et originales ? Cet atelier d’initiation au design graphique et à la risographie invite les participants à explorer la grille de composition, un outil fondamental de la mise en page, à travers une approche expérimentale et créative. En lien avec l’exposition « The Yellow Grid » de Macula Nigra, chacun pourra concevoir puis imprimer ses propres créations en risographie, une technique artisanale aux rendus singuliers et colorés.

Provence-Alpes-Côte d’Azur - Marseille

Conférence : Qui conçoit les machines qui nous façonnent ?

Qui décide de la forme des technologies qui influencent nos comportements au quotidien ? À travers cette conférence, Anthony Masure propose une réflexion critique sur les dispositifs d’intelligence artificielle et les logiques qui orientent leur conception. En explorant leurs effets sur nos usages, notre attention et nos relations, il montrera comment le design peut devenir un outil d’analyse et d’action pour imaginer des environnements numériques plus conscients, plus responsables et plus humains.

ExpoCCJacobins_©BastienPlu
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