A+A Cooren, entre technique et poésie

A+A Cooren, entre technique et poésie

À la Carpenters Workshop Gallery, rue de la Verrerie à Paris, l’exposition de « Tiss-Tiss, Flexible Rigidity » est visible jusqu’au 15 octobre 2021. Les créations de A+A Cooren se confrontent aux créations textiles de Simone Prouvé, la fille de Jean Prouvé, dans un dialogue sensible et évident qui replace le travail de la main au cœur de leurs préoccupations. Au Mobilier national, ils profitaient pendant la Paris Design Week d’une première mise en visibilité hors pair de leurs fauteuils et canapé « Dans un nuage de Pixels », habillés par une création textile numérique de Miguel Chevalier. Retour sur un duo de designers qui, depuis la création de leur studio, en 1999, ont travaillé sur des projets d’aménagement d’intérieur, de produits, de design de meubles ainsi que de scénographies pour Shiseido, Artemide, ClassiCon, L’Oréal, Cartier, mais aussi la Manufacture Nationale de Sèvres, Yamagiwa, Saint Louis, Boffi Bains, Vertigo Bird, Noma…


Aki et Arnaud Cooren, identifiés sous le studio A+A Cooren, se sont rencontrés à l’Ecole Camondo. Elle, japonaise, est née à Paris, a grandi à Tokyo, un peu aux États-Unis et est venue étudier à Paris où elle a rencontré Arnaud. Lui, a fui la France après sa seconde pour faire ses humanités artistiques à Saint-Luc, La Cambre et finalement intégrer Camondo, à l’époque la seule école qui offrait un double cursus : « À La Cambre, on faisait beaucoup d’atelier, beaucoup de peintures, des grands formats, des anamorphoses par rapport à l’espace et l’atelier auquel je participais avait pour dénomination « Espaces urbains et ruraux lumière couleur ». Les gens réfléchissaient sur notre environnement, l’espace, la lumière et tout ce qui était de l’ordre du sensible. Cela a éveillé ma curiosité sur l’espace, plein d’autres choses et j’ai eu envie de travailler sur l’objet et sur ce qu’un objet voulait dire ou ne voulait pas dire. »

ClassiCon, console Tadaima, création A+A Cooren, 2017 © Thomas Biswanger

Rencontre… du textile et du métal

Quand ils se rencontrent avec Aki, ils détiennent déjà un fond commun et peuvent dialoguer : Aki, formée à l’intensité et Arnaud avec un background de réflexion sur le sujet, le contexte et le sens. Ensemble, ils voient les choses et avancent. « Nous avons grandi tous les deux dans des familles créatives, explique Aki. Mon père a créé un textile au Japon, il a appris à tisser, à faire des teintures sur soie. Il est devenu avec ma mère un créateur de bijoux en argent, dans un principe de fabrication à cire perdue. Il fabrique des modèles de tout, à la main, avec une facilité déconcertante. Il maîtrise l’Art nouveau. Il sait faire du Guimard à la main, de tête. Mais aussi des créations contemporaines… Avec lui, un jouet n’était jamais cassé, il le réparait dans la foulée. Ma mère tissait. Elle avait importé un métier à tisser de Scandinavie au Japon au début des années 70. C’était extrêmement rare. Et ma grand-mère qui était d’une grande famille avait des kimonos pour toute sa vie avec les motifs réservés à certains âges, hyper codifiés. J’ai grandi avec ce code textile autour de moi et l’odeur du métal…C’est toute mon enfance. »

Le textile et le métal, font partie de leur univers depuis toujours. Depuis 1999, date de création de leur studio, ils réfléchissent sur ce même sujet, la combinaison du textile et du métal.

Workshop Gallery, Flexible Rigidity, Simone Prouvé & Aki+Arnaud Cooren © Courtesy of Carpenters Workshop Gallery

« Nous, ce qu’on aime, c’est cette espèce de flexibilité et de fragilité du tissu. Il peut être super souple mais également super dur, régulier et en même temps irrégulier. C’est le côté main-humain du tissu qu’on adore. Il y a toute une instantanéité que l’on voyait en faisant le travail qu’on essaie de retransmettre quand on fait les lampes Ishigaki par exemple. Les lampes sont grandes, mais en même temps, elles tiennent. Il y a un jeu technique, un jeu poétique et on essaie de faire en sorte que l’un ne domine pas l’autre. »

En complémentarité

Ils capturent le moment où le tissu se pose et où les détails de qualité certifient le travail de la main. Ce sont des choix d’instantanés qu’il faut prendre tels qu’ils viennent. Pour eux, les accidents sont des atouts. Quand les gens en fonderie expliquent comment l’accident est arrivé et comment il aurait pu être évité, la coordination est superbe et tous les gens de la chaîne de fabrication sont heureux de livrer un tel produit. « La table Tiss-Tiss fait 2,80m mais elle se porte à deux. Elle est en aluminium avec des reliefs de textile. Pour l’atelier de la Carpenters Workshop Gallery, l’assemblage était léger et rapide. Tous les modules ont voyagé à plat. Et cela se voit sur la vidéo du montage. »

Ils se revendiquent tous les deux, chacun de leur planète, gravitant l’un autour de l’autre avec leur qualité et leur force, homme et femme associés, chacun avec son éducation. « L’éducation à la française t’aide beaucoup plus à développer ton idée. Au Japon, tu ne dois pas sortir du schéma. Tu apprends tout par cœur et sans comprendre ce que tu apprends. À deux, on ne voit pas de la même manière. Cela laisse le champs libre à l’imaginaire de l’autre et nos produits sont comme des jouets pour adultes. Quand on veut que nos objets aillent dehors… on met au point des vernis qui font qu’ils puissent aller dehors. On les teste nous-mêmes, on vérifie tout. Cet hiver, on a laissé nos meubles dehors pour constater les variations, pour les fragiliser, les cramer, les brûler… ça a l’air fragile mais ça ne l’est pas du tout. C’est à l’épreuve de la vie. »

© Courtesy of Carpenters Workshop Gallery

La création numérique

Ils ont fait le grand écart au Mobilier national avec Miguel Chevalier, qui travaille sur le numérique, et Simone Prouvé qui travaille à la main de façon intuitive depuis très longtemps. Ils se sont rendu compte de leur proximité avec Simone Prouvé quand ils ont vu son approche de la photo. Ils photographient les mêmes accumulations comme des enfants que l’on laisse jouer avec un appareil photo. « La beauté est tout autour de nous. Ce qu’on veut montrer aux gens, c’est que si tu changes de point de vue, la beauté est là. Mais s’exprimer dans un milieu qui relève de l’industrie au moment où l’industrie meurt, c’est compliqué. A l’atelier de la Carpenters Workshop Gallery, les artisans étaient très attentifs à ce que je voulais et moi, je ne savais pas ce qu’ils pouvaient. Leur champ des possibles était tellement large. Pareil avec le Mobilier national. C’est finalement tombé au même moment mais il nous a fallu six ans pour développer l’ensemble numérique, un ensemble complet développé entre artistes et designers et artisans d’art de la Savonnerie ou de l’ARC. Miguel avait des dessins, on en a discuté, on a proposé un ensemble sur lequel ses dessins pourraient s’appliquer. On a travaillé le mobilier, on a parlé confort, redessiné les assises. Il y a eu plein d’aller et retour dans tous les sens. Ce qui fait qu’on arrive à quelque chose qui a du sens. On y est bien assis. Il n’y a qu’un set et toute la question est : est-ce que des éditeurs français vont se sentir capable d’éditer cette pièce ? Avant même de fabriquer, au Mobilier national, ils pensent à la restauration. Donc, là c’est tout simple, l’habillage tissu est déhoussable, se lave et se repositionne. (Cela peut paraître compliqué à comprendre). Dans les deux cas, on a essayé de faire des choses pérennes. »

Mobilier national, « Dans un nuage de pixels », création Miguel Chevalier & A+A Cooren, Paris Design Week 2021© Thibaut Chapotot

Le Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main remporté en 2017 dans la catégorie Dialogues avec le fondeur David de Gourcuff, leur a permis de donner une visibilité à leur projet Tiss-Tiss. Une conjonction d’étoiles positives dans un pays où le droit d’auteur est fortement protégé et où le designer trouve une place quoi qu’il fasse, en tant que créateur ou chef d’entreprise. « Depuis 20 ans nous avons réussi à vivre/survivre de notre profession » et c’est un exemple pour les jeunes générations.

Scénographie, Galerie Sèvres- Cité de la céramique, A+A Cooren, 2013© Lorenz Cugini
Noma Editions, chaise SEN ( 93,7% de matière recyclée), création A+A Cooren, © Studio Swissmiss

Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

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Temps de lecture
9/1/2026
Soft Panels : une touche de douceur chez USM

La marque Suisse USM présente Soft Panels, une gamme de panneaux textiles.

Reconnue pour ses astucieux rangements métalliques modulables, USM vient de dévoiler Soft Panels, une nouvelle alternative textile aux célèbres portes en acier thermolaqué. Une proposition par laquelle le Suisse, né il y a 140 ans, entend intégrer un système innovant et ludique à son mobilier USM Haller.

Réalisés en fibres synthétiques composées à 40% de plastique marin recyclé, les panneaux sont munis de quatre aimants permettant aux portes de se clipser facilement à la structure tubulaire. Ainsi fixées, les portes s’ouvrent vers le haut ou le bas, et peuvent être déplacées facilement pour permettre au meuble d’évoluer au gré des besoins et des envies. Imaginés comme une alternative visuelle autant que pratique - le revêtement textile absorbe légèrement le bruit - les panneaux sont disponibles dans une dizaine de coloris et trois finitions différentes. L’utilisateur peut ainsi composer son USM Haller à la manière d’un puzzle dont les revêtements texturés varient entre des rainures verticales, diagonales ou courbes. De quoi ramener un nouveau rythme aux lignes de la marque, et une certaine douceur aux bureaux, buffets et autres rangements connus pour la radicalité de leur conception.

À noter que les USM Haller Soft Panels sont disponibles en trois tailles : 750 × 350 mm, 500 × 350 mm, 350 × 350 mm.

Temps de lecture
8/1/2026
Maison&Objet 2026 : les immanquables de la nouvelle édition

Pour sa trentième édition, la programmation de Maison&Objet s'annonce une nouvelle fois particulièrement riche. Pour y voir un petit peu plus clair, Intramuros a sélectionné pour vous, quelques propositions à ne pas rater !

La nouvelle année est là, et avec elle son lot d’événements. Parmi eux, le Salon Maison&Objet, figure prépondérante de l'univers du design, revient du 15 au 19 janvier 2026 pour une trentième édition hivernale, avec cette année la thématique Past reveals future. Réparti entre le parc des expositions de Villepinte et Paris intra-muros avec le parcours Maison&Objet In The City, la manifestation réaffirme Paris comme capitale de tous les designs. Conçu comme une plateforme de connexions et de rencontres, le Salon réunit pendant cinq jours les secteurs de l’ameublement et de la décoration, du design collectible aux objets du quotidien. Cette nouvelle édition et ses temps forts seront autant d'occasions, de voir et revoir les grandes marques et les designers qui ponctuent l'actualité du secteur. Pour s’orienter dans ce carrefour culturel, la rédaction d’Intramuros a sélectionné un corpus à ne pas manquer. Talks, évènements, expositions… un programme dense, placé sous le signe de l’Art de Vivre et de l'art de faire.

©Maison&Objet

Les espaces à ne pas manquer sur le Salon

What's new? In decor by Elizabeth Leriche - Une archéologie du futur

Elizabeth Leriche dévoile la scénographie de « What’s New? In Decor » autour du thème annuel Past Reveals Future. Inspirée par les architectures et arts décoratifs du passé, elle compose un parcours immersif mêlant références néo-classiques, grecques, romaines et Art Déco. Une archéologie contemporaine où savoir-faire, objets et mobilier dialoguent pour imaginer des intérieurs porteurs de sens, entre héritage rassurant et projection néo-futuriste. Un univers dans lequel se retrouveront un banc en travertin signé Stéphane Parmentier pour Giobagnara, des céramiques peintes à la main d’Onofrio Acone ou encore des amphores de Silver Sentimenti et Lisa Maiofiss.

What’s new? In hospitality by Rudy Guénaire - Décollage immédiat pour la suite 2046

Inspiré par le film In the Mood for Love du réalisateur chinois Wrong Kar-Wai, Rudy Guénaire présente Suite 2046. Implanté dans l’espace « What’s New? In Hospitality », ce lieu hors du temps, mêle références culturelles, esprit nomade et esthétique épurée des années 1920-1930. À travers le motif du hublot, son créateur a imaginé une hospitalité tournée vers l’horizon, essentielle et poétique, où le passé éclaire une vision libre et rêveuse du futur.

What’s new? In retail - François Delclaux explore le retail de demain entre retail et innovation

François Delclaux décrypte les nouveaux codes du retail à travers l’espace « What’s New? In Retail ». Face aux mutations des usages, il propose une scénographie manifeste où passé et futur s’hybrident célébrant le minimalisme par le biais de 4 grands âges intitulés Stone Age, Wood Age (matière végétale, bois), Metal Age et Tech Age. Un jeu entre les époques servi par des jeux de couleurs et la réinterprétation de vitrines d’expositions entre lesquelles seront exposées des objets d’exposants visibles sur le Salon.

Curatio : un design, un art de vivre en symbiose

Thomas Haarmann signe « CURATIO », une exposition au cœur du secteur Signature. Pensée comme une capsule minimaslite, elle réunit des créateurs internationaux parmi lesquels Lucas Zito, Senimo mais également les studios Zoé Wolker ou A.D.U. Des profils diversifiés mais dépositaires d’un artisanat contemporain sensible et exclusif. Dans une scénographie monochrome et intimiste, les oeuvres dialogueront librement entre fonction et expression artistique, le tout dans une symbiose composée par le designer allemand.

© Piet-Albert Goethals

Design Award China

Les lauréats du Design Award China 2025-2026 seront dévoilés à Maison&Objet dans un panorama illustrant tout en contrastes, la créativité chinoise contemporaine...

Les talks à ne pas louper

Past reveals future : l’héritage comme souffle créatif

Jeudi 15 janvier 11:00 - 11:45 The Talks — Hall 3

  • Marianna Ladreyt - Artiste designer
  • Tim Leclabart - Designer & Rising Talent Awards France Maison&Objet
  • Desire Moheb-Zandi - Artiste Textile
  • Roman Szymczak - Co-fondateur Atelier Craft
  • Minh Ta - Co-fondateur Atelier Craft
  • Marie Farman - Journaliste

Comment le design mexicain contemporain puise dans son passé pour façonner un avenir meilleur

Jeudi 15 janvier 14:00 - 14:45 The Talks — Hall 3

  • Alessio Nardi - Fondateur et Directeur général A-nrd
  • Paulina Reséndiz - Fondatrice & Directrice artistique Basalto Collective    
  • Sébastien Réant - Cofondateur Luteca
  • Clara Le Fort - Journaliste

Quand le slow luxury redéfinit l’hôtellerie de luxe

Vendredi 16 janvier 16:00 - 16:45 The Talks — Hall 3

  • Joana Astolfi - Architecte, Artiste, Designer et Fondatrice - Studio Astolfi
  • Enrique Motilla - Architecte et directeur de projet, EDM - Vestige Estudio
  • Virginia Webb - Consultante en marketing et communication - Vestige Collection
  • Clara Le Fort - Journaliste

Innover avec les cycles organiques : dialogue entre vivant et artefact

Samedi 17 janvier  12:00 - 12:45 The Talks — Hall 3

  • Marcin Rusak - Artiste et designer pluridisciplinaire
  • Lay Koon Tan - Fondatrice Nature Squared    
  • Roddy Clarke - Journaliste

Façonner l'extraordinaire : l’Art du collectible design aujourd’hui

Samedi 17 janvier 16:00 - 16:45 The Talks — Hall 3

  • Ini Archibong - Designer
  • Marco Campardo - Designer  
  • Sophie Pearce - Fondatrice & Directrice Béton Brut
  • Romain Casella - Fondateur et Directeur de l’Agence Créative MAY Concepts Ltd
©Maison&Objet

In the city : les 9 galeries à (re)découvrir

Victoria Magniant

À la croisée du design, de la sculpture et des arts décoratifs, Victoria Magniant développe une œuvre à l’esthétique épurée. Formée à Central Saint Martins, la créatrice sensible à la beauté intrinsèque des matériaux naturels, collabore aussi avec des artisans d’exception pour mêler au bois, le bronze et le verre soufflé. Une rencontre dont est issue sa première chauffeuse tapissée Ma. Révélée par AD100 en 2021, Victoria Magniant fait partie du Mobilier National depuis 2024.

39 Galerie Vivienne 75002 Paris

© Rodrigo Rize

VW FACTORY Market

À travers VW FACTORY, Victoria Wilmotte conçoit et fabrique à Paris l’ensemble de ses pièces auto-produites, du petit objet aux œuvres monumentales. Son travail développe un langage sculptural fondé sur des volumes précis, des textures affirmées et des couleurs audacieuses. Présenté à l’occasion de Maison&Objet In The City, le VW FACTORY Market proposera des vases, bougeoirs, suspensions, petit mobilier et éléments lumineux accessibles, ainsi que plusieurs créations inédites réalisées dans son atelier parisien.

38 rue Madame 75006 Paris

©Victoria Wilmotte

HAYDN

Designer américain basé à Milan, Haydn Von Werp développe une pratique à la croisée de l’architecture, de la sculpture et de l’artisanat italien. Avec sa dernière collection, il explore l’essence des formes architecturales à travers le bois et la pierre, inspiré par les ruines antiques et une esthétique contemporaine aux lignes simples. Banc, daybed et bar cart composent un langage durable, fondé sur l’équilibre, la proportion et la géométrie. Un sens de la construction et de la composition, hérité de sa formation initiale en photographie.

14 rue Visconti 75006 Paris

©Haydn

Galerie SCENE OUVERTE

Fondée par Laurence Bonnel, la galerie Scène Ouverte présentera l’exposition « Les Formes Enchaînées », qui réunira dix designers et artistes contemporains. L’exposition proposera un parcours reliant des œuvres de mobilier, céramique, textile et sculpture, réalisées avec des savoir-faire artisanaux et des démarches expérimentales. Les pièces exposées interrogeront les liens entre forme, matière et fonction, sur fond de pratiques traditionnelles et d’approches contemporaines. « Les Formes Enchaînées » proposera ainsi une mise en perspective collective de la diversité du design contemporain.

13 rue Bonaparte 75006 Paris

©Galerie SCENE OUVERTE

Galerie MCDE - édition Pierre Chareau

La galerie MCDE préserve et réinvente l’héritage de Pierre Chareau en éditant et fabriquant artisanalement ses meubles et luminaires. À l’occasion du parcours In The City 2026, elle présentera une sélection de pièces emblématiques, telles que des luminaires, un bureau ou encore une étagère du designer. En complément, la galerie dévoilera également une édition exclusive de l'applique La Corbeille en albâtre, fruit de son partenariat avec Hauvette & Madani, poursuivant une approche contemporaine de la lumière sur fond de patrimoine et d'innovation créative.

6 rue de Verneuil 75007 Paris

©Frédéric Lucano

Theoreme Editions

Theoreme Editions est une maison d’édition française spécialisée dans le mobilier et les objets de design contemporain. Elle collabore avec des designers dont Wendy Andreu, Adrien Messié ou encore Emmanuelle Simon, et des artisans européens afin de produire des pièces à partir de matériaux nobles. Les collections se caractérisent par des formes sculpturales, une approche minimaliste et une attention portée à la matière et à la couleur. Implantée au Palais Royal, la galerie présentera également des œuvres de peinture, de photographie et de sculpture, inscrivant son activité dans un dialogue entre design et art contemporain.

170 Galerie de Valois 75001 Paris

©Brice Chatenoud

Clémence Mars et Thomas Lelouch

Réalisée en plâtre - parfois ciré - la collection « White Noise » semble sortie d’un monde souterrain. Évoquant une forme de vivant minéralisé, les pièces de Clémence Mars et Thomas Lelouch - respectivement issus de la scénographie et du cinéma d’animation - questionnent. Très sculpturales, leurs créations brouillent les codes habituels du mobilier par leurs formes douces et irrégulières ouvrant ainsi de nouvelles sensations.

11 quai Voltaire 75007 Paris

©Clémence Mars et Thomas Lelouch

Galerie Promitto

Avec pour designer attitré Marc Held, la galerie Promitto présentera une édition exclusive en bois de l’Ottoman Culbuto en frêne brûlé créé en 1970. Fabriquée en France par des ateliers labellisés EPV, cette œuvre a été imaginée pour accompagner le corps dans ses mouvement. Une sensibilité naturelle que l’on retrouvera également dans la collaboration avec le chef Alain Passard, présentée temporairement dans la galerie. Une complémentarité étonnante proposant un nouvel écho au modernisme des pièces habituellement présentées.

32 rue de Bourgogne 75007 Paris

©Valérie Guérin et Marc Held

Garnier & Linker

Les designers Guillaume Garnier et Florent Linker présentent l’exposition « A Contre-Jour ». Au programme, une collection de lampes à poser, d’appliques et de suspensions en séries limitées. Réalisées dans un atelier de Kyoto, les pièces sont les druits du savoir-faire ancestral de l’étain martelé. Une technique qui capte la lumière et semble offrir une double source lumineuse. En complément, le studio dévoilera ses dernières créations, dont une collaboration avec le studio KO, et une sélection d’objets et mobilier.

15 rue Guénégaud 75006 Paris

©FlorentNemeta_CharlottedeLaGrandiere

Et Intramuros vous donne rendez-vous chez Silvera

À l’occasion de la sortie de Latitude, son designer Frédéric Sofia et KETTLER convient les professionnels du secteur de venir découvrir cette chaise et rencontrer les acteurs de sa conception. L'événement, qui se tiendra le mercredi 14 janvier de 18h30 à 21h30 au showroom Silvera Université, marquera l’entrée officielle de cette pièce sur le marché européen.
De plus, pour les 100 premiers architectes et architectes d’intérieur présents au cocktail, un an d’abonnement à Intramuros leur sera offert sur présentation de leur carte professionnelle.


Merci de confirmer votre présence et votre profession sur ce lien.

Temps de lecture
9/12/2025
Le Tabouret de Jean Prouvé réinventé pour La Source Garouste

Pour sa 28e édition, La Source Garouste s'est emparée du Tabouret de Jean Prouvé. Un classique de l’architecte et designer, repensé en 55 versions alternatives prochainement proposées aux enchères.

C’est un exercice auquel certains designers, créateurs de mode ou architectes sont désormais fidèles. Pour cette 28e édition, l’association La Source Garouste s’est entourée de 55 créateurs pour réinventer, tant fonctionnellement qu’esthétiquement, le Tabouret de Jean Prouvé. Icône du design offerte par la maison d’édition Vitra, la pièce devient pour l’occasion un véritable support d’expression artistique et caritatif. Une complémentarité engagée dès 1991 par le couple d’artistes Elizabeth et Gérard Garouste, afin de soutenir des actions contre l’exclusion sociale. Visibles durant trois jours, du samedi 13 au lundi 15 décembre dans l'Hôtel de l’Industrie, place Saint-Germain-des-Prés à Paris, les pièces seront vendues aux enchères à partir de 500 euros. La vente, qui se déroulera le lundi à 20 heures, sera accessible sur place et via Piasa Live et Drouot.com. En guise d’avant-goût, la rédaction d’Intramuros a sélectionné cinq pièces coup de cœur.

Pierre Bonnefille

« J’ai choisi de travailler sur deux pièces en partie et contrepartie. Lorsqu’on les regarde, ce sont deux tabourets qui retranscrivent une part de mon univers, à la fois temporel et matiériste. On peut d’ailleurs voir un lien entre ma proposition et la philosophie de Jean Prouvé par la symbolique du temps, la pérennité. En effet, j’ai imaginé une relation temporelle en laissant la partie laquée originale opposée à une intervention très visuelle réalisée à base de carbone et d’oxyde de fer. Malgré ce contraste, le design final de ma création est une recherche d'équilibre, une conversation avec le temps… »

« Résonances », Pierre Bonnefille ©Hugo Miserey

Alice Gavalet

« Pour ma galerie à New York, j’ai fabriqué des guéridons qui comportent un piètement à base carrée avec un plateau rond, comme une pièce d’échec. C’était donc une évidence pour moi de réaliser un guéridon à partir du tabouret Prouvé. Pour qu'il fasse entièrement partie de mon univers, tous les éléments ajoutés sont en céramique et ont été fabriqués dans mon atelier, à Nogent-sur-Marne. Le plateau et les boules sont des éléments que j’ai repris de mes créations passées, et le tout est recouvert de motifs de couleurs vives travaillées comme une peinture. Outre le fait que ce guéridon devienne une pièce de mobilier unique et vivante, j’aime la notion de contraste qui s’en dégage, entre le froid, la sagesse de la pièce initiale, et la chaleur, la vivacité des couleurs de mes ajouts. Si Jean Prouvé a su mêler l’artisanat et l’industrie pour adapter son travail fonctionnellement et ergonomiquement, je suis loin de toutes ces préoccupations. Je pense les objets comme des pièces uniques, à la limite de l’utilitaire. Ma réinterprétation habille le tabouret sans l’abîmer. Les deux éléments que sont le plateau et la lampe sont liées, alors que l’œuvre de Jean Prouvé reste totalement indépendante. J'ai appelé ma création "Cartes sur table", comme un livre d’Agatha Christie car ce guéridon pourrait faire partie d'un décor intrigant, ponctué d'objets de différentes origines. »

« Cartes sur table », Alice Gavalet ©Hugo Miserey

Julien Gorrias - Carbone14.studio

« Jean Prouvé est au cœur de mon travail. Sa philosophie m’a inspirée dès mes études à l’ENSCI–Les Ateliers où la cour de l’école porte d'ailleurs son nom. Au premier abord, j’étais donc très impressionné par cette pièce très iconique, mais je ne voulais pas trop me limiter. En l’examinant de plus près et en la démontant, j’ai compris très clairement sa structure. Ma démarche a été de la détourner tout en respectant son essence et son intégrité. Pour cela, j'ai voulu évoquer les années 60 et l'imaginaire américain, c'est-à-dire les structures métalliques au bord des routes et ce moulin en métal des westerns. Ces éléments font écho à Prouvé et à l’esprit de cette époque. Je me suis d'ailleurs inspiré d’une chanson de Michel Legrand écrite en 1968, date connue pour son changement de cycle de la société, qui ouvre le film "L’Affaire Thomas Crown". Même si le design n’est pas initialement pensé pour des pièces uniques, cette œuvre rappelle l’importance de la poésie et le pont avec les objets du quotidien. Je crois que c’est avant tout une sensibilité que j’ai voulu partager. Et pour cela, quoi de mieux que de rajouter des ailes pour que l'objet s’envole et une lampe pour qu’il éclaire ? Je me suis fait aider d’Estampille 52 pour le bois, de Maud Ruby pour les plumes. Le reste, c'est du remploi que j’ai trouvé dans mon atelier. En voyant la création finale, certaines personnes évoquent Jean Tinguely. Je suis passionné par ces pièces cinétiques, qui nous invitent à regarder et qui nous permettent de rêver. Les moulins sont des objets fascinants dont les mouvements induits par le vent restent toujours hypnotisants. Cette création est avant tout une pièce de fascination. »

« The Windmills of Your Mind » (les moulins de mon cœur), Carbone 14 Studio ©Hugo Miserey

Baptiste Donne - NOCOD studio

« Notre proposition est un clin d’œil facétieux à l’héritage de Jean Prouvé. Nous aimons détourner les codes et raconter des histoires avec chacun de nos projets. Et pour celui-ci, le propos étant de créer une pièce unique, nous voulions que les codes industriels de Prouvé rencontrent un savoir-faire artisanal d’exception. Cette pièce ayant suscité notre curiosité, l’assemblage du piètement s’est très vite imposé à nos yeux comme un indice, une invitation à ouvrir l’objet en deux. En le déployant selon son axe, le tabouret s’est offert tel un éventail métallique, révélant en son cœur une tôle polie miroir à l'aspect sensible. Cette approche était une manière de révéler un champ des possibles vraiment intrigant, mais c’était aussi un clin d’œil à la tôle pliée, si chère au designer, qui ici semble consubstantielle à l'objet. »

« À ouvrir avec soin », NOCOD studio ©Hugo Miserey

Chady Najem

« Avec "Main de fer, gant de velours", réalisé avec VLD Paris, L’Atelier des Étoffes et Dedar, nous avons voulu confronter la rigueur du Tabouret original de Jean Prouvé à un geste plus instinctif. L’objet originel, pensé avec une logique quasi industrielle, est fonctionnel, précis, mais aussi froid et rigide. Nous avons choisi d’y introduire une faille. Les incisions du métal ne sont pas de simples blessures, ce sont des gestes assumés, proches des entailles de Lucio Fontana, qui ouvrent un espace, une dimension plus expressive. En décapant la laque d’usine, nous avons révélé le métal nu, brut, avec ses variations et ses imperfections. Cependant, l’assise en velours de mohair offre un contrepoint calme, une douceur assumée. La pièce naît de cette tension. Elle reflète notre manière de conjuguer rationalité et émotion, en conservant la précision du plan initial de Jean Prouvé, et en apportant une poésie liée aux matières. C’est une question d’équilibre, de justesse. En mettant à nu le métal, il y avait également une forme de sincérité de la matière, une solidité évidente caractéristique. Détériorer la matière était une forme d’hommage passant par la confrontation. Ayant grandi au Liban, au milieu d’immeubles éventrés par la guerre, j’ai appris très tôt à reconnaître la beauté dans la blessure, dans ce qui reste debout malgré tout. "Main de fer, gant de velours" en garde l'empreinte. C'est une structure éprouvée, mais jamais effondrée. Le velours n’efface pas ces traces, il apporte une respiration, une douceur. »

« Main de fer, gant de velours », Chady Najem ©Chady Najem
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5/12/2025
Le nouvel hommage coloré de Monoprix aux années 70

Pour son troisième acte dédié au patrimoine de l’enseigne Prisunic, Monoprix signe un ensemble de rééditions emblématiques des grands noms du design des années 70. L’occasion pour la marque de réaffirmer son lien avec le design et son rôle de passeur entre patrimoine et création contemporaine, sur fond de création accessible à tous.

Pour la troisième fois, Monoprix célèbre le design des années 70 avec une nouvelle collection capsule. Majoritairement issues des catalogues Prisunic, les assises en tubulaire, les tables laquées et les luminaires aux courbes généreuses composent cette édition fidèle et contemporaine, teintée de couleurs pop. L’occasion pour Odil Mir, Jean-Pierre et Maryvonne Garrault ou Henri Delord de signer quelques variations de leurs créations, faisant dialoguer héritage et modernité. En charge de cet événement, Cécile Coquelet, directrice de la création chez Monoprix et responsable du bureau de style, de l’image, du merchandising et des collaborations, a répondu à cinq questions pour mieux cerner les enjeux de cette joyeuse collection, visible jusqu’au dimanche 7 décembre au 5 rue Saint-Merri, dans le 4ᵉ arrondissement de Paris.

©Monoprix


Cette présentation était le troisième acte des rééditions Prisunic. Pourquoi avoir voulu de nouveau faire la part belle aux années 70 ?

Effectivement, nous avions déjà consacré la première édition à cette décennie en 2021, parallèlement à une grande exposition qui avait eu lieu au Musée des Arts Décoratifs de Paris pour les 90 ans de Monoprix, puis en 2023 pour la seconde édition. À chaque fois, nous nous sommes intéressés aux années 70 car elles résonnent beaucoup avec les tendances actuelles. C’est une période où le design était très gai, que ce soit par les tubulaires en acier ou les couleurs pop. C’est ce que nous recherchons dans nos rééditions. Les pièces seventies n'ont pas pris une ride. A l’époque elles étaient modernes et design, aujourd'hui elles sont rétro et design, et c'est ce qui plaît !


Pour cette nouvelle édition, vous avez choisi de mettre à l’honneur les créations d’Odil Mir, de Jean-Pierre et Maryvonne Garrault, d’Henri Delord, ainsi que celles du studio Prisunic. Pourquoi cette sélection d’artistes ?

Odil Mir était à l’époque l’une des rares femmes designers présentes dans le catalogue Prisunic. Mais c’est aussi sa vision qui nous a intéressés, puisqu’elle est sculpteuse de formation, et cela se retrouve beaucoup dans ses objets. Ils sont à la fois sculpturaux et organiques, ce qui apporte une vraie légèreté. Ce mélange en a fait une figure importante des années 70.
Concernant Jean-Pierre Garrault, c’est un créateur qui était d’abord peintre, mais qui a vraiment touché à tout. Avec sa femme, Maryvonne, ils ont été designers textile et ont assuré, entre autres, la direction artistique de Formica. Et puis, au-delà du fait que nous rééditions ses pièces pour la troisième fois, il a aussi mené des collaborations très intéressantes avec Henri Delord, que nous souhaitions également remettre à l’honneur.


Dans quelle mesure avez-vous retravaillé les pièces avec les designers ?

Il y a toujours un travail de recherche que nous menons en interne. Cela passe par les catalogues que nous rachetons ou par des propositions issues des archives personnelles des designers. Il faut comprendre que certaines pièces n’ont jamais été éditées, ou alors en très peu d’exemplaires. C’est le cas des pièces d’Odil Mir. Quoi qu’il en soit, cela nous oblige généralement à refaire les fiches techniques. C'est un travail assez laborieux, mais qui nous permet aussi de rencontrer les designers, mais aussi de collaborer avec Yves Cambier, Francis Bruguière et Michel Cultru, les fondateurs de Prisunic. Ce sont souvent de longs échanges pour déterminer les bonnes couleurs, proches des originales, et comprendre comment l'objet était réalisé à l’’époque. Mais il arrive que nous soyons amenés à modifier des pièces qui se sont arrêtées au stade de prototypes. Je pense notamment à la lampe Lune de Jean-Pierre Garrault, qui était à l'origine en plastique. Outre le fait que ce soit très polluant, le plastique est inenvisageable pour de petites séries de 50 à 400 pièces puisque concevoir un moule pour si peu ne serait pas rentable. Nous avons donc opté pour de l'opaline. Finalement, on réfléchit beaucoup, avec la volonté d’être toujours au plus proche du dessin des années 70.

©Monoprix


Dans l’exposition visible jusqu’à dimanche, on retrouve d’autres typologies d’objets. Pourquoi avoir cette diversité ?

Pour la simple raison que Prisunic proposait un éventail d’objets très varié. Par exemple, au milieu des années 50, Andrée Putman avait réalisé des lithographies d’œuvres d’art en séries très limitées et vendues à 100 francs l’unité. En 2025, nous avons réédité des affiches dessinées par Friedemann Hauss en 1969. À l’époque, on retrouvait des motifs Prisunic sur toute une série de petits objets, notamment de la papeterie. C’est ce que nous avons refait pour ce troisième acte, avec des typologies allant du tablier au sac cabas, en passant par la vaisselle.
D’ailleurs, lorsque l’on parle d’archives, c’est vraiment cela. Le motif que l’on retrouve par exemple sur les assiettes provient d’un motif que notre graphiste Lucie Lepretre a retrouvé au cours d’une brocante sur de vieux objets Monoprix, et qu’elle a redessiné.


On parle de Prisunic et de rééditions, mais Monoprix c’est également des collaborations avec des designers contemporains. Comment cela s’articule ?

Pour bien comprendre, il faut remonter un peu en arrière. Monoprix a été créé en 1931 par les Galeries Lafayette et Prisunic en 1932 par le Printemps. Longtemps, il y a eu une course à l’inventivité, mais Prisunic s’est rapidement distingué avec une première collaboration avec Terence Conran en 1969. Ce fut le début de 18 éditions de catalogues où se sont succédé les designers. Le grand tournant a lieu en 1997 lorsque les deux marques fusionnent. Prisunic garde son bureau de style et Monoprix sa centrale d’achat. De cette fusion naît une première collaboration en 2000, en faisant de nouveau appel à Terence Conran. Puis il y a eu un vide pendant plusieurs années, avant que nous ne décidions de relancer ces collaborations avec India Mahdavi, Axel Chay et Jean-Baptiste Fastrez, mais aussi un partenariat avec l’École Camondo, le magazine Milk ou encore la chanteuse Jain.
L’idée, c’est d’étonner les clients avec de nouvelles choses. Nous sommes très libres, mais avec une stratégie commune : rendre le beau accessible à tous. Et c’est ce que nous avons souhaité avec la collection visible jusqu’à dimanche, rue Saint-Merri à Paris.

©Monoprix
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