Le Portugal, terre fertile du design
Collection Freya © Nosse Ceramics / Collection Reform © Wewood / Collection Fiore © Zagas

Le Portugal, terre fertile du design

Depuis quelques années, le design portugais a le vent en poupe. Avec un chiffre d’affaires à l’export avoisinant les 4 milliards d’euros en 2021 (source : aicep Portugal Global), les entreprises portugaises dans le secteur du design et de la création sont de plus en plus nombreuses à s’implanter sur le marché européen et international. Un succès probablement dû à leur savoir-faire en matière de matériaux et à un attrait pour l’artisanat qui leur est propre. Quelles sont les sociétés fleurissantes du secteur, leurs enjeux, leurs spécificités ? Tour d’horizon de cette industrie portugaise à suivre de près. 

Collectif GirGir : célébrer la beauté des déchets

« Nous pensons que chaque matériau a une histoire à raconter et nous nous efforçons de préserver ce caractère unique dans nos pièces. » Voici le mantra du collectif GirGir, fondé par les designers Ana Rita Pires, André Teoman et Filipe Meira. Toutes les pièces sont conçues à partir de matériaux en fin de vie, initialement destinés à devenir des déchets oubliés. Ces créations sont une célébration à la beauté de la réutilisation, en alliant l’esthétique à la fonction, en promouvant par la même occasion la culture de la durabilité des matériaux. Leur première collection, Honey, est réalisée en partenariat avec une usine dans le nord du Portugal qui produit des dalles de marbre en nid d’abeilles pour des projets de luxe. Une collection singulière, offrant un contraste entre l’aspect luxueux du marbre et le côté industriel du métal texturé. Chaque pièce dépendant des restes disponibles, celles-ci sont ainsi toutes uniques.

Table basse Travertino © Collectif GirGir

Laskasas, l’art du fait-main personnalisable 

Fondée en 2004 à Porto, Laskasas est une marque spécialisée dans la création artisanale de mobilier, de tissus d’ameublement et de pièces métalliques, pour des projets résidentiels et commerciaux. Depuis près de vingt ans, l’entreprise a mis la personnalisation au cœur de ses ambitions. Fabriqués à la main par une équipe d’artisans dans leur usine du nord du Portugal, les modèles proposés sont tous disponibles dans des matériaux, finitions et tailles personnalisables. Une configuration rendue possible grâce à une équipe spécialisée qui accompagne les clients tout au long du processus de personnalisation. Parmi ses pièces iconiques, on peut citer le fauteuil Ambrose, la table Kelly, la chaise Dale, le canapé Fletcher, le lit Brooke ou encore la lampe Jones. En 2023, la marque était présente à Maison&Objet, à la London Design Week, au Salone del Mobile, à l’ICFF et à Decorex, confirmant son positionnement sur la scène design internationale.

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© Laskasas

Wewood, bois et tradition 

L’histoire de Wewood est d’abord celle de deux frères menuisiers qui fondent, en 1964, la société Móveis Carlos Alfredo, spécialisée dans la fabrication et l’exportation de meubles en bois massif. À partir de 2012, l’entreprise est rebaptisée Wewood-Portuguese Joinery, en prenant compte de son héritage et en proposant des produits dont la création est axée sur la qualité des matériaux, la construction durable et le design intemporel. Toutes les pièces sont fabriquées en petites séries afin de maintenir un savoir-faire traditionnel de haute qualité et dont l’esthétique reflète la culture et le design portugais. En septembre dernier, Wewood dévoilait deux nouveautés : la collection de tables basses et d’appoint Re-form, imaginée par Alain Gilles, ainsi que le buffet Brutalist, disponible en deux dimensions, conçu par Erno Dierckx. 

Buffet Brutalist © Wewood

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Nosse Ceramics, art de la table durable 

Membre du groupe Matceramica, leader dans le secteur de la céramique au Portugal, Nosse a été fondée en 2020. Engagée dans le développement durable, l’entreprise utilise le plus de matériaux recyclés possible et vise à terme le zéro déchet. En effet, les pièces sont fabriquées à partir d’un mélange d’argile recyclée et d’argile locale. Bien que certains déchets soient inévitables, ces derniers sont collectés, traités et transformés pour permettre la création de Stone, un émail unique et écologique, fait à partir de déchets 100 % recyclés. La collection Ubuntu a par ailleurs été primée à deux reprises d’un German Design Award dans la catégorie Excellent Product Design, en 2022, ainsi que d’un Good Design Award, en juin 2023. 

Collection Freya © Nosse Ceramics

Fenabel, des assises royales

‍‍Fenabel, créée en 1992, propose des chaises sur mesure destinées aux jardins d’enfants comme aux domaines de l’hôtellerie ou de la gériatrie. La marque propose plusieurs collections réalisées en collaboration avec des designers telles que Coffee de Gian Luca Tonelli & Davide Carlesi, Liv de Muka Lab ou Suzanne. Désirant s’inscrire dans le marché européen puis mondial, l’entreprise investit dans des équipements de pointe lui permettant désormais de produire 650 chaises par jour. Qu’elle s’adresse à des particuliers ou au secteur privé, la marque met un point d’honneur à s’adapter aux projets de ses clients, qu’il s’agisse des couleurs ou des tissus. Reconnue pour ses finitions et son élégance, elle a récemment conçu des sièges pour le Vatican et la présidence portugaise.

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Chaise Coffee, design : Gian Luca Tonelli & Davide Carlesi © Fenabel

Et le son devient palpable avec Claraval

Claraval conjugue design, artisanat et musicalité. Par le biais d’un processus révolutionnaire, allant de l’impression 3D au coulage en barbotine en passant par l’émaillage, la marque traduit les fréquences sonores en formes. Une manière d’immortaliser la musique en œuvres voluptueuses. Uniques et expressives, ces créations allient art et technologies pour un résultat contemporain. Symbole de ce mélange des genres, la marque, enracinée dans la ville historique d’Alcobaça, s’est immiscée dans le monastère de la ville avec la chanteuse lyrique Sónia Tavares. De cette collaboration est née la collection Monastère, qui rend palpable l’acoustique si particulière du lieu dans des vases sculpturaux et complexes. 

Collection Monastère, vase Sonia © Claraval

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Le changement d’état au cœur de l’objet avec Made in Situ

Le projet Bronze & Beeswax du studio Made in Situ est né d’un moment hors du temps. En 2019, le designer Noé Duchaufour-Lawrance, en quête d’inspiration au Portugal, assiste à une fonte de bronze ancestrale dans un petit village proche de Porto. Alors désireux de créer un objet dont le design évoque le changement d’état, il s’intéresse à la cire d’abeille produite dans le pays qui devient rapidement l’élément complémentaire par excellence. De cette association découle un ensemble de quinze bougeoirs. Divisés en deux familles, Lux et Flux, ils rendent respectivement hommage à la lumière et à la cire d’abeille. Conçus avec une légère inclinaison, les bougeoirs permettent à la cire de s’écouler lentement jusqu’à se solidifier pour faire bloc avec le métal. Une façon d’allier deux matières réunies dans un objet simple et complexe, sombre et lumineux. 

Bougie en Bronze et cire d'abeille © Clement-Chevelt

Hatt, pour un design évolutif et responsable

Fondée par Jorge Macedo et Marcelo Fernandes, la marque Hatt propose du mobilier dont le design est évolutif. La marque cherche en effet à créer des produits « adaptés à la nouvelle réalité, à les faire évoluer, à donner naissance à des produits fonctionnels et transgénérationnels ». Ainsi, chaque produit se distingue par une référence, une esthétique, un choix de matériau ou d’une couleur spécifique afin de proposer des pièces résultant d’un équilibre entre fonctionnalité, esthétique et ergonomie. Engagée, la marque offre des produits pensés pour durer, tant par leur design que par le choix des matériaux et des finitions associées, puisque ces derniers sont développés à partir d’études techniques sur la durabilité des matériaux et de la production. ``

Buffet Vault © Hatt

Luísa Peixoto, ambassadrice du fait-main portugais

Considérée comme l’une des premières entreprises à avoir introduit le terme de « design portugais », Luísa Peixoto imagine des pièces uniques depuis 1997. Pionnière dans le domaine du fait-main au Portugal, sa fondatrice porte depuis vingt-six ans son travail sur un respect des matières premières, en donnant une attention spécifique aux détails. Mêlant art et design, chaque pièce est faite sur mesure, à destination d’intérieurs du monde entier. Parmi ses réalisations, le paravent conçu pour un voyage du pape Benoît XVI reste l’une des plus marquantes. Elle collabore également avec divers artistes depuis 2012. 

Buffet Meandros, réalisé en collaboration avec Paulo Neves © Luisa Peixoto

Flam&Luce, et la lumière fut 

Initialement fondé en 2001 avant d’être repris par Sílvia Fernandes en 2011, l’éditeur de luminaires Flam&Luce mise sur des créations avec une identité forte. L’entreprise combine un savoir-faire du bois, du métal et du verre pour proposer des modèles uniques, faits main. Pour la collection 2023, la marque a collaboré avec douze designers : Olivier Toulouse, Mathias, Richard Pierre Duplessix, Sylvain Vialade, Florence Bourel, Didier Versavel, Pierre Tassin, Luigi Cittadini, Thierry Nénot, Paulo Henriques, Cyril Gorin et Gildas Boissier. En plus de ces collaborations signées, l’éditeur propose chaque année une collection Studio afin de répondre aux aspirations et aux désirs des clients avec lesquels la marque a pu échanger au cours de l’année. La collection Totem, présentée en 2022, propose quant à elle des luminaires personnalisables en termes de couleurs, de matières, de formes et de tailles. 

Luminaire amor © Flam&Luce

Herdmar, accessoires de la table 

Créé en 1911, Herdmar est l’un des plus grands producteurs de couverts de table au monde, aujourd’hui présent dans plus de 80 pays. L’usine, située à Caldas das Taipas, dans le nord du Portugal, est le lieu de création de ce savoir-faire perpétué depuis maintenant quatre générations. En moyenne, 30 000 pièces sont confectionnées chaque jour grâce à une équipe de 120 collaborateurs. Au-delà de leur qualité purement fonctionnelle, les couverts Herdmar sont de véritables accessoires de mode à table, par lesquels le design s’associe aux tendances actuelles pour proposer des éléments contemporains qui mêlent qualité, innovation et tradition. Parmi les dernières nouveautés : Enso, deuxième collaboration avec le designer portugais João Ferreira, est le reflet de l’équilibre, de la force et de l’élégance, tandis qu’Osier, créé par l’équipe de design interne d’Herdmar, est un hommage à l’art ancien du travail de la tige d’osier présenté sous la forme d’une adaptation des poignées Mono.

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Collection Enso © Herdmar

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Zagas, savoir-faire du bois

Zagas est une marque de mobilier spécialisée dans la fabrication de meubles en bois massif. Fondée par Gonzaga Barros da Silva en 1948, l’entreprise, dont l’usine est installée à Paredes, dans la région de Vilela, est aujourd’hui dirigée par Albano, Elias et Filipe Silva. En juin dernier, lors de la Portugal Home Week de Porto, et afin de célébrer ses 75 ans, l’entreprise présentait sa première collection de mobilier de chambre. Une série qui comprendra notamment des produits des gammes Oblique, Essence et Everest, et dont le textile de lit provient de la marque Lameirinho, également portugaise.

Collection Fiore © Zagas

Colunex, pour l’amour du sommeil 

Évoluant dans le domaine de la literie, Colunex est une entreprise spécialisée dans la création d’espaces de sommeil sur mesure et propose des matelas et des oreillers adaptés, mais pas que. En effet, les lits, lampes et tables de chevet sont également personnalisés pour permettre la création de la chambre « parfaite ». Chaque phase de production est méticuleusement contrôlée, dans un respect des normes de sécurité et de qualité les plus exigeantes. Ainsi, chaque lit Colunex combine technologie et design, et cela est rendu possible grâce au savoir-faire de ses artisans. Pour les matelas, différents types ont été développés, tant pour la technologie qu’ils intègrent que pour le confort final qu’ils offrent, afin de s’assurer que chaque client y trouve son sommeil. 

© Colunex
Rédigé par 
Maïa Pois et Tom Dufreix

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12/10/2026
Areo, la polyvalence selon Alessandro Stabile

Le designer italien Alessandro Stabile dévoile, Areo en collaboration avec Kristalia. Une collection d'assises en métal pensée pour s'adapter aussi bien aux espaces intérieurs qu'extérieurs.

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Pour sa première collaboration avec l’éditeur italien Kristalia, Alessandro Stabile a imaginé Areo, une collection de sièges dont la conception repose sur l'utilisation de la tôle perforée. Un choix technique et esthétique qui dévoile des assises aux lignes fluides et élégantes, où le métal semble épouser les formes à la manière d'un tissu. Constituée d'une structure en tubes d'acier et d'une enveloppe en tôle perforée, la collection se décline en plusieurs versions, avec ou sans accoudoirs, toutes empilables grâce à un travail minutieux sur la forme des dossiers et la disposition des pieds.

© Matteo Girola

Une collection, plusieurs usages

Au-delà de son esthétique, Areo se distingue par une conception pensée pour simplifier les processus de fabrication. Les courbures bi-dimensionnelles de la tôle permettent notamment de supprimer l'étape d'emboutissage, réduisant ainsi les investissements, le temps et l'énergie nécessaires à la production. Autre particularité : sa capacité à passer de l'extérieur à l'intérieur grâce à un système de housses rembourrées, qui peuvent recouvrir partiellement ou entièrement la structure métallique. Une modularité pensée dès les premières étapes du projet, permettant à chaque version de conserver son identité propre. À travers la collection Areo, Alessandro Stabile propose ainsi une collection polyvalente, où recherche technique, confort et esthétique se répondent.

© Matteo Girola
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La Résidence, une semaine dédiée à l’éco-conception

Éco Impact lance la Résidence, une semaine intensive d'éco-conception mobilier réservée à 12 designers, au Domaine des Escaunes (Gard), du 4 au 11 avril 2027. Un programme 100% financé pour les artistes-auteurs (AFDAS) et les dirigeants de TPE/PME (subvention ADEME).

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Au programme : une immersion complète dans les outils d'analyse de cycle de vie et d'éco-conception, avec des experts pointus — Christophe Lemaire (Consiliom, pitch et argumentaire projet), David Legouix (FCBA, matériaux et innovation), Grégoire Gérard et Camille Cousté (Eco Impact) — et un grand témoin d'exception : Anthony Lebossé, cofondateur de Studio 5.5, lors d'un dîner-conférence.

À l'issue de la résidence, les participants présenteront leur projet devant un jury de professionnels reconnus : Carine Faure (Petite Friture), Alice Viault (Groupe Roset), Marie Carcassonne (Dynamo) et Martin Hallegouët (Bluedigo).

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6/10/2026
RELEASE [AEC] change de dimension pour sa 2e édition

Pour sa 2e édition organisée le 20 octobre prochain, RELEASE [AEC] change de dimension : 25 agences d'architecture internationales viennent partager leurs retours d'expérience concrets sur l'IA et les nouvelles technologies et plus de 40 éditeurs de solutions dédiées.

Le rendez-vous est donné le 20 octobre à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris. Parmi les intervenants de cette 2e édition figurent notamment Anna Mytcul (KPF), Nitsan Bartov (Henning Larsen), Marco D'Ambrogio (Sweco Architects), Ami Nigam (Benoy), German Otto Bodenbender (BIG – Bjarke Ingels Group), Francis Baucher (Arte Charpentier), Philippe Chiambaretta et Adrien Pointeau (PCA-STREAM), François Muzard (enia architectes), Graham Ryder et Farouk Taoulilit (Viguier), Carlos Bañón (FORMAS.AI), George Guida (xFigura), Ismail Seleit (Gendo), Délhio Gaudé (Arquiz), Jean-Baptiste Nicolas (Unibail Rodamco Westfield), Amir Hossein Noori (Narva), Axel Wohlin (Arkyv) et Jens Majdal Kaarsholm (Motif), ainsi que Heatherwick St

Fidèle à son parti pris depuis la première édition, RELEASE [AEC] privilégie toujours les démonstrations concrètes, loin des simples présentations : chacun repart avec une vision claire de ce que ces solutions permettent de faire, dès aujourd'hui.

Les technologies, les solutions digitales et, bien entendu, l'intelligence artificielle transforment en profondeur la manière de travailler des professionnels de l'architecture et de la construction. C'est précisément ce mouvement que RELEASE [AEC] entend accompagner, en donnant à voir très concrètement ce qui est déjà à l'œuvre dans les agences les plus en pointe.

Pour plus d'informations et s'inscrire c'est ici : https://www.release-aec.com/fr/participer#register

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8/10/2026
À Montpellier, Pierre Paulin siège en majesté

Au musée Fabre de Montpellier, l’exposition « Le design selon Pierre Paulin », ouverte jusqu’au 1er novembre, revient sur plus de cinquante ans de création d’un designer qui a fait de la matière le terrain d’une perpétuelle expérimentation.

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Des courbes, de la couleur et des formes, toujours. Mais cette fois-ci, c’est au design que le musée Fabre de Montpellier consacre son espace d’exposition temporaire. Avec « Le design selon Pierre Paulin », l’institution revient, jusqu’au 1er novembre, sur plus de 50 ans de création d’un designer obsédé par la forme. Un créateur qui n’a cessé de repousser les limites de l’assise pour donner corps à certaines des silhouettes les plus iconiques du XXe siècle. Influencé par son grand-oncle maternel, Frédy Balthazar Stoll, sculpteur formé dans l’atelier de Rodin, et son oncle paternel, Georges Paulin, designer automobile à qui l’on doit notamment l’invention du système Éclipse – permettant au toit des véhicules de se rabattre dans le coffre –, Paulin tire deux grandes lignes : la forme et le fonctionnalisme. Une pensée moderniste que l’étudiant en architecture intérieure au Centre d’art et des techniques (aujourd’hui Camondo) retrouve dans les travaux de l’entre-deux-guerres signés Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, qu’il admire. De cette influence naît le fauteuil Première réalisation. Une assise imaginée comme un prototype, mais qui révèle déjà des facultés certaines pour la conception et le pousse à réaliser ses premières pièces inspirées par la Scandinavie, où il séjourne en 1951. Rapidement édité par Thonet Frères et Meubles TV, puis exposé au Salon des arts ménagers en 1953, le designer s’engage dans une voie moderniste, troquant la géométrie nordique pour les formes organiques.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Naissance de l’esthétique Paulin

Loin des ensembliers qui avaient révolutionné la première moitié du XXe siècle, Paulin appartient à la seconde moitié du siècle, celle de l’industrie. L’arrivée de nouvelles fibres, dont le jersey, textile souple et élastique symbole de la révolution industrielle des années 1960, lui ouvre de nouvelles possibilités. Il imagine alors de nouvelles formes. Parmi elles, le Groovy et le Mushroom marquent cette décennie et lui confèrent l’image d’une époque colorée, notamment grâce à des figures comme Kho Kiang Ie, directeur artistique d’Artifort, ou le designer textile américain Jack Lenor Larsen, avec qui Paulin développe un nouveau langage. Un dialecte à part sur la scène du design qui lui vaut d’entrer au MoMA en 1969 – trois ans après avoir contribué au lancement de l’ARC initié par Jean Coural – grâce au F300 et à la Tongue Chair. Une assise si basse dont on lui avait dit qu’elle ne pourrait être commercialisée. Elle deviendra pourtant l’un des grands succès du designer, pour qui la hauteur de l’assise influe sur les échanges humains au sein d’un même lieu.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Ce rapport à l’espace, Paulin l’aborde également avec une structure mobile développée pour les salons. Bien des années plus tard, cette réflexion l’amène jusqu’aux appartements privés de l’Élysée, où il conçoit le célèbre fumoir du couple Pompidou. Une réalisation emblématique de son talent que le designer tentera d’exporter outre-Atlantique avec une collaboration avec Herman Miller et le développement du concept d’open loft. Un projet tombé à l’eau, sans doute trop précurseur à l’aube des années 1970.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Un design marqué par les innovations

De l’artisanat au concept du déhoussable, en passant par les structures exosquelettes des fauteuils Vague ou de la table Cathédrale, Paulin n’aura eu de cesse d’entremêler les concepts, les innovations et les styles. Et ce, jusqu’à revenir, vers la fin de sa vie, à une esthétique Art déco valorisant la géométrie. En témoignent encore aujourd’hui les tapis abrités par le Conseil économique et social de Paris, basés initialement sur les plans du concours remporté par Buren au Palais-Royal, ou le bureau dessiné pour François Mitterrand. Une remise en question perpétuelle de son travail qu’il poursuivra jusqu’à la fin, avec Ligne Roset ou Magis.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

De ses premières assises aux pièces devenues iconiques, l’exposition raconte la carrière d’un homme qui avait fait du design une matière à penser. L’occasion de redécouvrir – et d’essayer – certaines des silhouettes les plus célèbres du XXe siècle, façonnées par un esprit qui n’a cessé de réinterpréter ses dessins pour qu’à travers eux se lise une histoire moderne.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre
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