Hervé Lemoine est reconduit à la tête du Mobilier national

Hervé Lemoine est reconduit à la tête du Mobilier national

Le Ministère de la Culture vient d’annoncer le renouvellement du mandat d’Hervé Lemoine à la direction du Mobilier national et des manufactures des Gobelins, de Beauvais, de la Savonnerie et des ateliers nationaux de dentelle. Rencontre avec un directeur engagé, qui nous fait part des objectifs des prochaines années.


2018-2021 : Un premier mandat tourné vers la valorisation des savoir-faire et de la création contemporaine

En prenant la direction du Mobilier national en 2018, Hervé Lemoine constate que l’institution est surtout connue pour ses collections importantes et sa mission d’ameublement des lieux officiels de la République, mais insuffisamment pour son patrimoine immatériel « pourtant considérable dans les savoir-faire des métiers d’art, avec des compétences rares. » Et cet aspect lui semble aussi important que le patrimoine matériel proprement dit. Au long de ces trois premières années, il cherche donc à les valoriser. Par ailleurs, il lui semble aussi important de montrer combien cette institution est tournée vers la création contemporaine, et ce depuis sa création : « Nous avons toujours créé avec les artistes contemporains de chaque époque, et aujourd’hui, nous travaillons aussi bien avec Françoise Pétrovitch qu’avec India Mahdavi. Cette dimension de la création dans le domaine du textile ou du design n’est pas forcément connue ou reconnue du grand public, c’est pourtant ce qui donne une grande modernité à l’institution, et sa grande singularité. »

Ce sera ainsi l’un des grands axes de communication, qui verra la participation de l’institution à de grands événements comme la FIAC, la Paris Design Week et la création de prix récompensant la jeune création. Car l’écosystème dans lequel intervient le Mobilier national se veut avant tout transgénérationnel, que ce soit pour la formation ou le soutien à la création.

Durant ce premier mandat, Hervé Lemoine s’est également attaché à rendre visible l’implication  de l’institution sur tout le territoire français : «Quand on parle de  Mobilier national, on se figure avant tout une institution parisienne alors que nous avons des manufactures partout en France : à Beauvais, Aubusson, Alençon… Nous travaillons avec tout un écosystème de partenaires, de maîtres d’art, de meilleurs ouvriers de France, d’entreprises du patrimoine vivant, que nous sollicitons partout sur le territoire en complément des compétences que nous avons en interne. À l’image des jeunes designers qui n’ont pas forcément les moyens d’être installés au cœur  de Paris ou en région parisienne, les maîtres d’art sont partout en France.  Et  une institution comme la nôtre peut être un soutien et un levier pour tout un écosystème dans tous les territoires. »

Un soutien à l’écosystème de la création

Pour Hervé Lemoine, l’importance est de penser une action en écosystème : « L’existence d’une institution telle que le Mobilier national, au XXIe siècle ne va pas de soi. Il n’est pas évident de considérer que l’Etat a encore des manufactures et des ateliers dans son giron, sauf s’ils contribuent à des recherches, à des créations, dans leurs domaines de compétences. » La mission de soutien à la création est fortement liée à la mission historique d’aménagement des lieux officiels de la République : « La finalité réelle est de montrer dans ces lieux de prestige l’excellence des savoir-faire et des métiers d’art, de l’art de vivre, des arts décoratifs et du design français. Et pour qu’on puisse l’accomplir, encore faut-il qu’il y ait des créateurs, des maîtres d’art… C’est donc aussi notre mission de les soutenir. »

La preuve par les faits : dès avril 2020, en pleine pandémie, le Mobilier national active un plan de soutien économique sur tout le territoire ( cf « Le Mobilier national est le mobilier de la Nation » 14/5/2020). Ce plan va-t-il être renouvelé, voire renforcé pour ce second mandat ? Hervé Lemoine est confiant : « Après ce que nous avons mis en place de façon expérimentale et dans l’urgence, à la fois pour les métiers d’art et la jeune création, nous allons rééditer ces plans par une mobilisation de crédits supérieure, avec un nouveau plan de restauration des collections et de commandes publiques. » Ainsi, l’institution devrait mobiliser environ un million d’euros en 2021 (soit le double de 2020), pour donner du travail à ces métiers et entreprises menacées par la disparition de la clientèle. « Notre rôle majeur est d’être un soutien à cet écosystème des métiers d’art, d’être un tremplin à cette jeune génération de créateurs, de faire émerger les Andrée Putman et les Pierre Paulin de demain. »

Le directeur de l’institution est très attaché à cette fonction sociale, notamment pour la jeune création design qui n’a pas actuellement les vitrines et les relais que sont les salons, foires et lieux de rendez-vous professionnels pour se faire connaître. « Nous allons donc rééditer un plan d’acquisition pour nos collections nationales de pièces de ces jeunes créateurs qui n’ont pas de visibilité publique pour faire face à la situation actuelle. Nous essayons aussi de travailler à la valorisation de ces pièces en utilisant l’ameublement de lieux officiels pour montrer la vivacité de cette jeune création. Nous réfléchissons à les déposer dans des ambassades à l’étranger, comme des pièces iconiques de la jeune création française. Il faut continuer de les aider pour passer cette période particulière qui freine leur insertion professionnelle.»

Un deuxième mandat ouvert à la recherche

Au cours de ce deuxième mandat, l’Atelier de recherche et de création du mobilier national devrait être renforcé pour accompagner davantage de projets, dans une volonté de développer le bureau d’études, notamment pour aider les jeunes créateurs dans les phases de prototypage.

Mais l’ambition est plus grande pour la mission du bureau d’études. « Je souhaite aussi nous réinvestir dans le champ social. À la création de l’ARC, cet atelier a très rapidement travaillé sur des grands projets, tels le mobilier pour équiper les Maisons des jeunes et de la culture, des programmes de recherche sur le mobilier de prison ou l’aménagement d’hôpitaux. Nous menions des chantiers de réflexion dans une conception « du design pour tous » : nous avons contribué à répondre à des besoins fonctionnels avec une réflexion esthétique ou formelle touchant un public très large. Cette fonction-là a été un peu mise de côté. Nous nous sommes concentrés sur la création de pièces uniques et de séries limitées qui, bien sûr, marquent l’histoire de la création et de la réflexion dans le design. Mais la crise actuelle incite à repenser certains services publics. Il est intéressant de profiter des plans de relance gouvernementaux pour participer à la réorganisation de certains services, certains espaces, pour les penser différemment. Nous pouvons apporter notre contribution à la recherche de solutions. »

Ce peut être une participation à des groupes de recherche pluridisciplinaires sur des questions telles que l’organisation de services de proximité dans un contexte de distanciation sociale, ou les réflexions sur l’organisation des EHPAD : « Après le Ségur de la Santé, des milliards d’euros sont sur la table pour repenser leur fonctionnement. Il nous semble que les designers doivent être mis à contribution pour répondre à ces questions. »

Un changement de statut à l’étude

Parmi les chantiers à venir, les équipes planchent sur un changement de statut. Le Mobilier national est actuellement un service à compétence nationale, à l’image du fonctionnement d’une DRAC. « Nous faisons beaucoup d’opérationnel, et ce statut crée de grandes difficultés pour mener à bien tous ces projets. Un changement viserait surtout à trouver un outil juridique adapté à nos objectifs. » Est cité en exemple un passage en établissement public administratif, à l’image des grands musées de France ou des écoles d’architecture. Cela donnerait à l’institution une autonomie juridique qui faciliterait la mise en place d’accords avec de nombreux partenaires, notamment privés.

Rédigé par 
Nathalie Degardin

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6/7/2026
Studio Œ, matières en exploration

Le studio Œ a été fondé en 2021 par les designers allemandes Lisa Ertel et Anne-Sophie Oberkrome. Un studio qu’elles décrivent comme un lieu d’expression et d’exploration commun, au sein duquel les projets qu’elles conçoivent sont en interaction avec l’espace et le contexte social dans lesquels ils prennent place.

Lisa Ertel et Anne-Sophie Oberkrome se rencontrent lors de leurs études en design produit à l’université des arts et du design de Karlsruhe, en Allemagne, années durant lesquelles elles prennent l’habitude de collaborer régulièrement. La création de leur studio – dont le nom, Œ, correspond à la première lettre de leurs noms de famille respectifs – s’est finalement révélée comme une suite logique. « C’était plutôt comme donner un nom à quelque chose qui existait déjà et symboliser la façon dont deux perspectives peuvent fonctionner à l’unisson. »

Assise Pina © Studio Œ

S’inspirer du quotidien

Pour imaginer chacun de leurs projets, pas de processus figé mais plutôt une inspiration issue de différentes scènes de vie. « Nous accordons une attention particulière à la façon dont les objets vivent avec les gens, dans les lieux et au fil du temps. Notre objectif est d’être à l’écoute de l’espace dans lequel ils prennent place, sans pour autant le contrôler. »  Dans la pratique, Œ a pris l’habitude de travailler sur plusieurs travaux en parallèle, qu’il s’agisse de collaborations avec des éditeurs, de recherches indépendantes ou de commandes spécifiques. « Notre travail repose vraiment sur la diversité, et nous sommes convaincues que notre signature réside dans la conversation entre nos différents projets. » Parmi leurs collaborations notables, on peut citer celles avec l’éditeur danois Our Society pour le miroir Cove, en 2022, et l’italien Mattiazzi pour les collections Oto, en 2023, et Dopo, en 2024, ainsi que celle avec 1×1 Systems pour l’étagère Tandem, en 2024.

Collection Dopo pour Mattiazi © Studio AKFB

Explorer pour mieux concevoir

En parallèle de cette activité d’édition, elles sont membres de plusieurs collectifs, notamment de FAN Collective, lancé avec des amis de l’université après leur diplôme ; de Farm Group, né de la volonté de se rapprocher de la terre en partant d’un lieu plutôt que d’un marché pour créer ; ainsi que de Many-to-Many, un groupe féminin de designers venues de toute l’Europe. Une activité d’exploration essentielle dans leur processus global qui leur a permis de développer des idées comme la collection de verres Romer, la série d’assises Silo et le tabouret Moving Stool, pour ne citer qu’eux. « Ces collectifs sont comme des écosystèmes dans lesquels nous pouvons explorer des thèmes que nous avons nous-mêmes choisis et tester des méthodes de travail alternatives. Ils nous permettent de définir notre rythme et de nous aventurer dans des domaines plus expérimentaux. » Fascinées par la matière, les deux amies aiment observer le comportement et l’évolution de celle-ci pour nourrir leurs idées. « On aime la texture, la structure et la couleur des matériaux. Généralement, la plupart de nos projets commencent par des étapes très pratiques de découpe, de ponçage, de pliage… Et c’est souvent le matériau qui nous indique si nous sommes sur la bonne voie. »

Verre Roomer avec FAN Collective © Studio Œ

À l'horizon 2026

Après une participation remarquée au salon Maison&Objet en septembre en tant que lauréates des Rising Talent Awards qui étaient consacrés à la création allemande, l’année 2026 s’annonce tout aussi florissante pour le studio.

Stand "Rising Talent Awards" au Salon Maison & Objet © Studio Œ

L’une des actualités majeures à venir pour le studio est sa présence à Francfort, ville désignée World Design Capital 2026. Dans la continuité de leur travail d’exploration et de recherche sur les matériaux, les designers présenteront à cette occasion un travail en collaboration avec le studio danois Form22 et le tailleur de pierre régional Freymadl. Et en juin, à l’occasion des 3daysofdesign à Copenhague, le duo a présenté en exclusivité sa première collaboration avec Vitra, avec le fauteuil Bascule. Un modèle qui allie innovation technique et recyclabilité, des notions qui étaient indissociables pour elles. « Bascule nous invite à nous installer comme on le souhaite et selon la façon dont on se sent. Ce n’est pas juste un fauteuil confortable, il y a un contexte qui s’installe tout autour de lui, comme une aura. »

Fauteuil Bascule © Vitra
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6/7/2026
Concours Technogym x Intramuros : découvrez les lauréats de la 2e édition !

Pour célébrer les 40 ans de son produit Unica, Technogym avait lancé un creative call intitulé « UNICA-MENTE | Back to the 80s », en partenariat avec Intramuros, dont la remise des prix s'est tenue le 1er juillet dernier et a récompensé trois projets distingués pour leur créativité et leur vision du bien-être.

À destination des designers et des architectes, le creative call « UNICA-MENTE | Back to the 80s » lancé par Technogym invitait les participants à imaginer des espaces de bien-être immersifs, alliant héritage des années 1980 et visions contemporaines. Parmi les nombreux projets reçus et évalués par un jury présidé par Borina Andrieu, composé également d'Olivier Bon, Verena Lasvigne et Frédéric Marty, trois propositions se sont distinguées par leur créativité, leur cohérence et leur réalisme.

Premier prix : Saule avec Unica Mente

Imaginé par Saule, le projet Unica Mente place l'usage au cœur de sa réflexion. « Nous avons pensé l'espace de manière à positionner La Palestra comme le cœur battant de notre proposition, un noyau central d'énergie d'où irradient différentes facettes de l'expérience wellness. Orchestré comme un séquençage théâtral, de la Recezione à la sérénité feutrée de L'Alcova, en passant par l'ouverture sur l'extérieur de La Terrazza, chaque espace célèbre le bien-être à sa manière. » Une proposition généreuse qui rend hommage à l'Italie, pays d'origine de Technogym, tout en mettant en valeur avec finesse et élégance les équipements de la marque.

Projet Unica Mente © Saule

Deuxième prix : Osé Architecture avec Unica Oasis

L'agence Osé Architecture a imaginé Unica Oasis autour d'une question centrale : comment réintégrer le bien-être dans nos modes de vie contemporains ? En guise de réponse, le studio propose un espace où le mouvement circule librement et trouve naturellement sa place. « L'organisation libre des espaces invite chacun à construire son propre parcours à travers une succession d'ambiances mêlant effort, contemplation et détente. Inspiré par l'optimisme des années 1980, le projet associe innovation, nature et qualité de vie. Les équipements Technogym y sont mis en scène comme des repères au sein du paysage intérieur, tandis qu'une palette de matériaux naturels, de touches colorées et d'ambiances sonores immersives renforce l'expérience sensorielle. » Un projet salué pour son équilibre entre esthétique et fonctionnalité, ainsi que pour la richesse de ses références au design des années 1980.

Projet Unica Oasis © Osé Architecture

Troisième prix : Charles Hantz avec Symbiose

Imaginé par Charles Hantz, le projet Symbiose explore la relation entre le vivant, l'espace et les machines. Inspiré de l'esthétique de la science-fiction des années 1980 tout en étant résolument ancré dans les enjeux contemporains, il transforme l'effort physique en source d'énergie. « Grâce à la récupération de l'énergie cinétique produite sur les machines, l'espace alimente un écosystème végétal qui purifie l'air et régule l'atmosphère en temps réel. Le sportif ne se contente plus de s'entraîner : il devient l'acteur d'un cycle vertueux où son mouvement nourrit l'espace. » Entre passé et futur, Symbiose revisite l'imaginaire des années 1980 tout en proposant une vision actuelle du wellness connecté.

Projet Symbiose © Charles Hantz

Coup de cœur du jury : Sesto Studio avec Human Performance Lab

En plus des trois prix classiques remis, le jury a tenu à saluer le travail de Sesto Studio pour son projet Human Performance Lab, avec un concept 1983-2083 qui propose une vision originale du futur imaginé depuis les années 80.

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3/7/2026
Les Trophées du meuble : 10 prix pour l’excellence de l’habitat

Célébrer les innovations qui façonneront le marché de demain : telle est l'ambition majeure du grand rendez-vous des "Trophées du Meuble", dont la première édition se tiendra en fin novembre prochain. A travers 30 prix répartis en 10 catégories, représentant les familles de produits et les thématiques majeures des secteurs du meuble et de l'habitat, Le Courrier du Meuble - en partenariat avec Intramuros, Cuisines & Bains Magazine et Concept Bain - veut distinguer les entreprises, concepts et initiatives qui contribuent à faire évoluer durablement l'univers de l'ameublement, du design et du contract.

Remis début décembre, les Trophées du Meuble remettront 30 prix, segmentés en 10 catégories : Prix du Savoir-Faire, Prix de l'Ameublement, Prix du Salon, Prix de la Literie, Prix du Contract, Prix de l'Innovation, Prix de l'Eco-Meuble, Prix du Design, Prix de la Cuisine et Prix de la Salle de Bains.

Pourquoi cet événement ? Il s'agit avant tout, pour Le Courrier du Meuble et les 3 magazines partenaires, de célébrer et rassembler, et plus précisément de :

- Mettre en lumière les innovations et tendances qui façonnent le marché de demain ;

- Valoriser l'excellence du savoir-faire industriel, artisanal et créatif du secteur ;

- Offrir aux entreprises participantes une visibilité forte auprès des décideurs du secteur ;

- Favoriser les synergies entre fabricants, marques, distributeurs et prescripteurs ;

- Fédérer l'ensemble de la filière autour d'un rendez-vous premium à forte valeur ajoutée.

Une opportunité de valorisation

Le processus des premiers Trophées du Meuble se veut à la fois exigeant, transparent et fédérateur, à commencer par l’ouverture aux candidatures, désormais effective : industriels, fabricants, marques et acteurs du design souhaitant mettre en avant leurs innovations, réalisations et savoir-faire, sont invités à nous contacter [voir plus bas]. Pourquoi participer ? Les Trophées du Meuble offrent à chaque candidat une opportunité unique de réaffirmer son positionnement au sein d’un événement majeur réunissant les décideurs clés du marché, et plus précisément de :

- Renforcer son image de marque et votre crédibilité sectorielle ;

- Valoriser ses innovations et son expertise auprès d’une audience qualifiée ;

- Développer sa notoriété auprès des fabricants, distributeurs et prescripteurs ;

- Générer de nouvelles opportunités commerciales et partenariats ;

- Intégrer un rendez-vous appelé à devenir une référence du secteur.

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3/7/2026
Design Parade 2026 : la pensée contemporaine récompensée

La Design Parade célèbre cette année son 20e anniversaire à la Villa Noailles et sa 10e édition à Toulon. Ouvertes depuis le 25 juin et jusqu'au 30 août, les deux manifestations ont livré comme chaque année leurs lots de surprises dans les domaines de l'objet et de l'architecture intérieure. Retour sur les sept lauréats de l'édition 2026.

Née de la volonté de faire découvrir, partager et promouvoir le design le temps d’un été, la Design Parade est devenu un rendez-vous incontournable pour révéler de nouveaux talents auprès d'un large public. Pour cette édition anniversaire, qui marque les 20 ans de l’édition de Hyères et les 10 ans de son antenne toulonnaise, sept créatrices et créateurs ont été récompensés pour leur inventivité déployée au cœur de la Villa Noailles. Concernant le jury, la section design, cette année présidée par Sofia Lagerkvist et Anna Lindgren, réunissait Anne-France Berthelon, Stanislas Colodiet, Clara Krzentowski, Hervé Lemoine et Simon Dupety, récompensé l'an dernier par le Grand Prix du Jury objet. De son côté, Laura Gonzalez était à la tête d'un second jury, composé de Stéphane Parmentier, Rodolphe Parente, Raphaella Pron, Anne-Sophie von Claer et Thomas Takada, chargé de départager les projets d’architecture intérieure. Retour sur le palmarès de cette édition 2026.

Exposition Front Design ©Luc Bertrand

Finalistes objet

Le Prix Manufactures nationales - Mobilier national : Lundja Medjoub & Matisse Vrignaud 

Avec Les Horloges à Feu, Lundja Medjoub et Matisse Vrignaud s’intéressent au temps à travers la réinterprétation d’instruments de mesure médiévaux. « Il nous a semblé que le temps était une notion trop peu explorée dans le design, alors qu’il s’agit pourtant d’un concept essentiel de nos sociétés contemporaines. Revenir aux fondements de sa mesure nous paraissait indispensable », raconte le duo. Autour de trois objets de mesure emblématiques, les designers associent leur pratique aux notions de temps, de son et de mouvement. « Ces trois objets incarnent trois manières de considérer le temps à travers trois principes sonores : le gong dépeint l’événement singulier et ponctuel ; le sablier symbolise la durée ; le métronome fait référence à la répétition et à la cyclicité. En leur présence, c’est leur son qui matérialise le temps et les fait resurgir à notre attention. » Les trois pièces sont réalisées en laiton, issu de chutes d’une laitonnerie. Un matériau choisi autant pour son lien avec l’horlogerie que pour ses qualités acoustiques, notamment sa musicalité.

©Luc Bertrand

Le Grand Prix du Jury Design Parade : Tin Ayala

Huacos est un projet fondé sur la coexistence des références culturelles, souvent opposées, et ici réunies au sein d’un même objet. « La série de céramiques que je présente à la Villa Noailles est conçue comme une superposition entre l’ancestralité et la mondialisation, le passé archéologique et la culture pop contemporaine, les savoirs locaux précoloniaux et les produits du marché capitaliste » explique Tin Ayala. Prenant la forme de céramiques semblables à celles créées par les sociétés Moche, Nazca, Chimú ou encore Inca, le designer équatorien interroge également l’« extirpation des idolâtries » mise en place lors de la colonisation des Andes par les Espagnols. « Cet effacement d’hier nous amène aujourd’hui à concevoir la culture matérielle précoloniale comme quelque chose d’incomplet, de manquant et de brisé, que nous devons restituer à l’aide d’études archéologiques et de connaissances universitaires. » Inspiré par une résidence effectuée en 2023 auprès du musée archéologique Larco à Lima, le créateur place les mélanges, les fusions et les combinaisons au cœur de sa pratique. « C’est pourquoi, en étudiant le design aux Pays-Bas, je place l’art précolombien et le design contemporain au même niveau culturel. » Au-delà de l’esthétique, ces hybridations, questionnent les binarismes coloniaux : ancestral et contemporain, local et global, ou nature et culture. Fruits d’une méthodologie de conception dite « Abigarramiento » (en français : bigarré), les objets superposent des temporalités et des épistémologies hétérogènes. « Je ne crois pas au mythe de la tabula rasa (créer à partir de rien). En tant que designers, nous faisons toujours partie d’un contexte social, nous faisons toujours partie d’un contexte social, et il est important de créer à partir de ces réalités et de travailler avec ces références. » Un travail effectué lors de la résidence de la Fondation d’entreprise Martell à Cognac entre novembre 2025 et janvier 2026.

©Luc Bertrand

Prix du Public : Edouardo Altamirano 

Le projet d’Edouardo Altamirano, intitulé Sonido Material, explore le son comme un phénomène physique. « Ce projet est né d’un intérêt pour l’exploration de notre rapport au son et aux objets qui le produisent. Il remet en question les produits qui reposent sur la technologie, tels que les haut-parleurs, en se demandant s’ils peuvent redevenir plus bruts, plus ouverts et davantage axés sur l’expérience. » Pour ce projet, le designer a déconstruit le haut-parleur jusqu’à ses composantes les plus essentielles, remettant ainsi en question les frontières conventionnelles entre objet, matériau et son. « J’explore la possibilité de repenser le haut-parleur comme un système ouvert. L’objet n’est plus contraint par une limite physique ni enfermé dans un boîtier : il devient visible et exposé. Cela remet en question nos idées reçues sur les matériaux en proposant une solution qui utilise quelque chose d’aussi simple que le papier, un matériau que l’on n’associe généralement pas au son. » Ce projet est notamment influencé par le dessin, qui occupe une place centrale dans sa pratique. Il lui permet d’explorer un langage graphique et de l’utiliser comme moyen d’expression. « Le dessin influe directement sur la qualité du son, sa résonance et la fonctionnalité globale de l’œuvre, introduisant ainsi une dimension expérimentale particulièrement intéressante », conclut-il.

©Luc Bertrand

Finalistes architectes

Prix Visual Merchandising décerné par Chanel : Blanche Mijonnet 

En parallèle de son projet d’espace intitulé Pyjama Party, qui interroge l’identité provençale, le projet Soleil Soleil, récompensé ici, questionne en profondeur la matière, la couleur et la notion même de vitrine. « Tout découle de la matière et nous immerge dans sa texture. La lumière n'est pas cachée : elle émane de son cœur et nous invite à regarder de plus près. Soleil Soleil réinterprète la lumière du sud de la France en puisant son inspiration dans l’audace de Coco Chanel, qui a introduit le jaune au rang du luxe. Dans une quête du jaune absolu, la fleur la plus ordinaire qui soit déploie toute sa magie en s’inspirant des savoir-faire délicats des plumassiers de la maison Lemarié : le pissenlit. Cette fleur retrouve sa poésie en révélant ses deux états dans un diorama délicat et lumineux. » Une réalisation d’envergure, qui a notamment nécessité seize heures de cueillette de pétales pour composer le soleil et ces nuances. Plus largement, ce projet permet à la créatrice d’explorer la matière et le geste de manière intuitive et expérimentale, afin d’en révéler toute la poésie.

©Luc Bertrand

Prix du Public : Simon Searle et Victoire Lesthevenon 

L’Observatoire de Simon Searle et Victoire Lesthevenon, ouvert sur la Villa Noailles, brouille les frontières entre intérieur et extérieur. « Nous avons conçu cet espace de manière à orienter le regard vers l’extérieur. Le sol est surélevé et la structure en bois renforce la perspective vers les fenêtres, offrant ainsi un meilleur point de vue sur le paysage. Des matériaux comme le liège isolent l’espace afin de permettre une immersion totale dans les sons de la nature. Nous voulions créer un lieu hors du temps, loin des distractions, et c’est ainsi que nous concevons le confort. » Le choix des matériaux et des couleurs s’inscrit dans la palette du territoire varois, tout en évoluant au fil du temps et de la lumière. « Nous avons développé nous-mêmes toutes les couleurs à partir de plantes locales, qui vont évoluer au contact de la lumière. Cela nous permet d’établir une relation différente avec ces objets et d’accueillir leur transformation. » Conçu à l’échelle de la Villa Noailles, le projet pousse cette logique jusqu’à ses proportions, déterminées à partir de données géographiques et météorologiques du Var. Une manière de renforcer encore davantage son ancrage dans le paysage qui l’accueille.

©Luc Bertrand

Le Grand Prix Design Parade Van Cleef & Arpels : Valentin Bayoud

« Le feu a longtemps accompagné l’essor de l’humanité. Aujourd’hui et plus que jamais, il a été remplacé par une autre ressource précieuse et au centre de nombreux enjeux : l’eau. » C’est autour de cette dernière que le designer et architecte Valentin Bayoud a construit son univers. « À travers Aqua primitiva, j’ai cherché à créer des expériences spatiales qui mettent les visiteurs en condition pour dialoguer et réfléchir aux enjeux contemporains. » En écho aux rassemblements autour du feu, le créateur a imaginé une forme circulaire invitant chacun à se positionner à équidistance de la denrée. « Je m’intéresse aux archétypes spatiaux, ces formes et structures spatiales qui traversent les cultures et les époques parce qu’elles répondent à des besoins fondamentaux. Il ne s’agit pas de reproduire le passé, mais de le confronter au présent. » Un décalage temporel dont résultent des lieux atemporels. S’inscrivant dans une démarche phénoménologique, le projet mobilise les sens et invite le public à une pause réflexive. Une expérience ancrée dans le contexte d’Hyères et mise en valeur par des savoir-faire traditionnels et des matériaux naturels comme le bois brûlé, le lin non teint, le verre thermoformé et moulé, la fonte d’aluminium recyclée, ainsi qu’une pierre du Var posée à sec.

©Luc Bertrand

Le Prix Manufactures nationales - Mobilier national :Carlotta Lagazzi & Yohann Hubert

Un salon de repos sur le paquebot de Mallet-Stevens. Imaginée à partir du flux de déchets issus du nautisme de plaisance, l’installation de Carlotta Lagazzi et Yohann Hubert s’ancre dans l’idée de créer sans engendrer de nouveaux objets. « Un geste conceptuel autant qu’écologique, remettant en question la logique linéaire de la production et de la consommation. » Basé sur l’upcycling, Overflowed réinterprète un certain nombre de matériaux déjà porteurs d’histoire. « Nous sommes depuis longtemps séduits par l’idée de Roland Barthes selon laquelle l’objet est bien plus qu’une simple entité fonctionnelle, chargé de mémoire, de symboles et d’associations culturelles. » Attachés à l’idée de créer de nouveaux sens, le duo considère les médiums « en constante évolution plutôt que comme des entités figées ou immuables ». Une philosophie et un sens de la valorisation dont découle généralement une forme d’ambiguïté. « Nous aimons qu’il soit parfois difficile de dire si les choses sont naturelles ou artificielles, animées ou inertes. » C’est en ce sens que les designers ont découpé et démonté des carcasses et des pièces de bateaux abandonnés pour les rassembler dans des formes « plus douces, plus organiques et curieusement plus familières », convoquant l’imaginaire. Une transformation par laquelle s’opère un déplacement symbolique, de l’objet maritime à l’objet de salon. Sur la méridienne revisitée et sous le plafonnier d’écailles lumineuses, seules les techniques d’assemblage (nœuds, accastillage, systèmes de tension et de retenue, textures et textiles techniques) font office de traits d’union entre deux mondes.

©Luc Bertrand
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