Design

À l’occasion de la parution de l’ouvrage The Eames Houses, son auteur, Eckart Maise, et Antonio Navarro, directeur créatif de Kettal, reviennent sur la vision pionnière et créative du célèbre couple d'architectes américains.
Couple mythique de l’architecture, Charles et Ray Eames ont participé à faire entrer le modernisme dans le secteur de l’habitat. Près d’un siècle après leurs réalisations les plus célèbres, la maison d’édition Phaidon publie « The Eames Houses ». Plus qu’une monographie, l’ouvrage développé pendant deux ans revient sur huit projets explorant la préfabrication, la flexibilité ou encore les matériaux industriels. L'architecture n'est pas ici un exercice stylistique, mais un système généreux au service de la vie quotidienne. Pour revenir sur cette philosophie, nous avons posé quelques questions à Eckart Maise, ancien directeur de la création chez Vitra, mais également collaborateur de longue date de la famille Eames, et à Antonio Navarro, directeur artistique de l’entreprise espagnole Kettal qui lançait en avril dernier, la commercialisation d’un Pavillon Eames.

Pour commencer, pourriez-vous rappeler le contexte qui a vu naître les maisons Eames ?
Eckart Maise : Ces maisons sont apparues aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, la grave pénurie de logements coïncidait avec un modèle industriel, désormais capable de produire des composants standardisés à très grande échelle. Il se trouve qu’en Californie, la population augmentait rapidement et l’évolution des modes de travail et de la vie familiale appelaient de nouvelles formes d’architecture domestique. Donc le programme Case Study House est lancé en 1945 par la revue Arts & Architecture de John Entenza. Il s’agissait de demander aux architectes de mettre les avancées dans le domaine des matériaux au service de logements modernes et économiques. Charles et Ray Eames ont conçu la maison comme un système plutôt que comme un objet à proprement dit. C’est-à-dire en favorisant une structure légère assemblée à partir de composants facilement disponibles et capable de s’adapter à différents sites, occupants et modes de vie.
Donc l’idée fondamentale des Eames était de créer un design modulaire industrialisé ?
Antonio Navarro : Absolument. Charles et Ray ont démontré que cette idée était viable à travers l’Eames House. Mais sa transformation en un système industriel pouvant être produit et distribué à plus grande échelle n’a pas fonctionné. Le concept était probablement simplement trop en avance sur son temps. À la fin des années 1940, nombre des matériaux, composants et technologies nécessaires pour produire efficacement ce type d’architecture n’existaient pas encore ou n’étaient pas suffisamment accessibles. L’Eames House elle-même a été construite à partir de composants industriels initialement fabriqués pour d’autres usages. D’ailleurs, Charles et Ray ont développé une maison préfabriquée pour Kwikset, destinée à une production en série, mais l’entreprise a changé de propriétaire puis a fait faillite avant que le prototype puisse être construit.
L’architecture est beaucoup plus difficile à industrialiser que le mobilier. Chaque projet doit répondre à son climat, à sa localisation, à ses fondations, aux réglementations locales, aux réseaux et à la logistique. Donc l’idée était juste, mais il manquait un écosystème technique et industriel nécessaire pour la rendre possible. Aujourd’hui, nombre de ces conditions existent enfin.

C’est ce qui a été démontré en avril à la Triennale de Milan avec le lancement d’un Pavillon Eames. Comment Kettal et le Eames Office ont-ils collaboré pour concevoir cette version 2026 qui n’est pas la réplique d’un plan, mais le prolongement d’une vision ?
EM : Le pavillon est né d’une recherche dans les archives consacrée aux maisons expérimentales et aux systèmes constructifs développés par Charles et Ray entre 1945 et 1955. L’Eames Office et Kettal ont traduit leurs principes récurrents — une trame structurelle, des composants préfabriqués et des panneaux de remplissage interchangeables — en un kit de pièces contemporain. Pour Kettal, la marque s’est imposée naturellement parce qu’elle possédait déjà une expérience dans la construction en aluminium et notamment de pavillons modulaires. Ses capacités d’ingénierie et de fabrication ont permis de faire aller les idées des Eames au-delà du prototype. L’idée n’était pas de reproduire un projet historique unique, mais de développer un système adaptable pouvant être fabriqué, configuré et étendu en fonction des exigences actuelles.
Et ces exigences ont certainement amené quelques changements ?
AN : Je ne dirais pas que nous avons changé l’architecture. Notre intention était de traduire le système original dans une production contemporaine tout en préservant sa logique, ses proportions et son caractère visuel. Dès le départ, nous voulions que le travail technique réalisé par Kettal soit presque imperceptible dans le résultat final.
Nous avons donc étudié l’Eames House en tant que prototype construit, en mesurant et en analysant ses composants, ses profils, ses surfaces, ses couleurs et ses détails constructifs. Cette étude a été associée aux recherches menées par l’Eames Office sur leurs autres projets architecturaux construits et non construits.
Mais passer d’un projet non-construit à un produit disponible à la vente nécessite une standardisation, notamment au niveau des éléments techniques ?
AN : Effectivement. Nous avons réduit le nombre d’éléments, rationalisé les assemblages et établi des règles claires de configuration. Paradoxalement, simplifier le système augmente ses possibilités, car les mêmes composants peuvent créer de nombreuses structures différentes.
C’est donc l’aspect technique que nous avons principalement modifié en introduisant des profilés en aluminium extrudé de haute précision, en améliorant l’isolation thermique et acoustique, et en prenant en compte les exigences contemporaines en matière d’étanchéité, de tolérances, de résistance aux intempéries, de durabilité et de réglementations locales. Nous avons également intégré l’éclairage, la ventilation, la régulation climatique et la connectivité. Il y a donc de la nouveauté, mais l’intelligence architecturale sous-jacente reste celle de Charles et Ray Eames.

Comment expliquez-vous que cette intelligence, vieille de près d’un siècle, répond encore aux besoins et aux aspirations contemporaines ?
AN : Peut-être que le plus surprenant est que nombre des questions auxquelles Charles et Ray ont cherché à répondre sont devenues encore plus urgentes aujourd’hui. En tout cas, les facteurs sont multiples.
D’un point de vue technique, ils concevaient l’architecture comme un système adaptable plutôt que comme un objet fixe. Une trame rationnelle et un nombre limité de composants interchangeables permettent de configurer une structure pour différents usages, de l’agrandir, de la réduire, de la démonter ou de la déplacer. Les éléments peuvent être réparés ou remplacés individuellement, et les composants qui ne sont plus nécessaires peuvent être réutilisés ailleurs. Il s’agit d’une utilisation des matériaux beaucoup plus intelligente que lorsque chaque bâtiment est considéré comme un ensemble permanent et indissociable.
D’un point de vue sociologique, nos vies sont devenues de plus en plus mobiles et changeantes. Les familles s’agrandissent où se réduisent ; les entreprises se développent, se contractent ou déménagent ; et les frontières entre la maison, le travail et l’hospitalité continuent de s’estomper. Un espace adapté aujourd’hui peut devoir fonctionner de manière très différente dans cinq ou dix ans. Les Eames avaient compris que l’architecture devait accompagner ces changements plutôt que leur résister.
Il existe également une dimension environnementale. Dans certains contextes, l’architecture devrait être réversible, permettant de retirer une structure et de restaurer le paysage plutôt que de le transformer de manière permanente.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’ils ne concevaient pas une architecture correspondant à une image particulière de la vie moderne. Ils pensaient une structure capable de répondre à la vie à mesure qu’elle évolue.
En plus de leur fonctionnalité en tant qu’espaces de vie, les bâtiments des Eames étaient également visuels. Quel rôle les Eames et leur architecture filaire ont-ils joué dans l’esthétique moderniste et dans le célèbre programme des Case Study Houses ?
EM : Sur les 36 Case Study Houses proposées, Charles et Ray Eames ont développé le projet original de la Bridge House ainsi que l’Entenza House avec Eero Saarinen, puis l’Eames House qui a effectivement été réalisée. Bien que les 36 projets répondent à un même cahier des charges portant sur des logements économiques et contemporains, leurs approches architecturales différaient considérablement.
La contribution particulière des projets des Eames résidait dans le fait de considérer la structure métallique apparente, les composants industriels standardisés, le vitrage et les panneaux colorés à la fois comme un système constructif et comme une composition visuelle. Leur importance ne résidait pas dans la définition d’une esthétique unique des Case Study Houses, mais dans la démonstration que la standardisation industrielle pouvait favoriser la liberté architecturale et des modes de vie finalement très individualisés.


Pour cette deuxième édition de Shoppe Object Paris, Intramuros vous invite à venir découvrir l'exposition « Second Life » et le travail des designers mis à l’honneur dans les pages de notre dernier numéro à découvrir en kiosque.
Pour sa deuxième édition française, Shoppe Object Paris s’installe de nouveau Porte de Versailles du 5 au 7 septembre 2026. Dédié aux secteurs de la maison, du design et du lifestyle, le salon s'inscrit cette année dans la thématique globale de Who's Next : Le dîner. Imaginée en accord avec cette dernière, la scénographie s’articulera autour d’une grande table d’exposition regroupant plus de 80 marques, parmi lesquelles Michie Studio, Tiptoe ou Rikke Falkow.
Intramuros au cœur du dispositif
En écho à la dimension curatoriale du salon, Intramuros prendra part à l’événement en dévoilant l’exposition « Second Life », présentant les travaux des designers issus de notre numéro de septembre. Plus qu’un sujet dans l’air du temps, ce sont des perspectives concrètes et novatrices dont nous avons souhaité parler. Convaincus que les enjeux ne doivent pas nous amener à renoncer à produire, mais au contraire à ouvrir de nouveaux horizons créatifs en révélant le potentiel de la matière, cette thématique entend célébrer l’ingéniosité d’un secteur qui réinvente les gestes et les méthodes. Celles qui réparent, transforment, réemploient, reconditionnent et transforment ce que nous, consommateurs, destinons au rebut.Certains que la circularité ne peut se faire au détriment du désirable, notre sélection rassemble quatorze histoires que la rédaction vous invite à découvrir jusqu’à lundi au sein de Shoppe Object Paris :
- Sander Wassink
- Lucie Gholam
- Fab.BRICK
- Iranzo
- Polimair
- Rikkert Paauw
- ecoBirdy
- James Shaw
- Furniture For Good
- Dirk van der Kooij
- QDB Editions
- Carton Studio
- Maximum
- Antônio Frederico Lasalvia × Moroso

Le designer, architecte et photographe Marc Held est décédé le 27 juillet à l’âge de 93 ans. Avec lui disparaît l’une des figures les plus singulières du design français d’après-guerre, un créateur dont l’œuvre, longtemps restée à l’écart des projecteurs, n’a cessé de gagner en reconnaissance au fil des décennies.

Autodidacte, Marc Held n’a jamais cherché à s’inscrire dans une école ou un courant. Son regard s’est construit au croisement de la photographie, de l’architecture et du dessin industriel, avec une même exigence : faire dialoguer intelligence d’usage, liberté formelle et poésie du quotidien. Une approche qui donnera naissance à plusieurs pièces devenues emblématiques, à commencer par le célèbre fauteuil Culbuto (1967), dont la silhouette ludique et le principe d’assise en mouvement continuent d’inspirer plusieurs générations de designers.

Cette volonté de faire entrer la modernité dans la vie quotidienne trouve dès 1966 l’une de ses expressions les plus fortes dans sa collaboration avec Prisunic. Pour l’enseigne, Marc Held imagine une collection de meubles en fibre de verre — lits, tables, bureaux et sièges — aux formes enveloppantes et résolument nouvelles. Au-delà de leur esthétique aujourd’hui emblématique des années 1960, ces pièces portaient une ambition profondément politique : rendre accessible au plus grand nombre un mobilier contemporain jusque-là réservé à quelques initiés. Marc Held résumait lui-même cette promesse par une formule restée célèbre : proposer « le beau au prix du laid ». Une utopie industrielle qui ne connaîtra pas la diffusion espérée, mais qui demeure l’un des chapitres majeurs de l’aventure de Prisunic et de la démocratisation du design en France.

Mais réduire Marc Held au Culbuto et à ses créations pour Prisunic serait oublier l’ampleur de son parcours. Mobilier, architecture, photographie, urbanisme, son travail témoigne d’une curiosité rare et d’une volonté constante de penser les modes de vie autant que les formes. Cette liberté intellectuelle s’enracine sans doute dans une trajectoire personnelle hors du commun : enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale puis engagé très jeune dans la Résistance, il conservera toute sa vie une indépendance de pensée peu commune.

Longtemps davantage célébré par les connaisseurs que par le grand public, Marc Held aura finalement vu son œuvre retrouver la place qu’elle mérite. Rééditions, expositions, publications et l’intérêt renouvelé des collectionneurs ont confirmé l’actualité d’un travail qui n’avait jamais cherché l’effet de mode, préférant l’intelligence des usages à la démonstration stylistique.
À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont croisé son chemin, la rédaction d’Intramuros adresse ses plus sincères pensées.

Avec THREE, sa nouvelle collection résidentielle de rideaux, et Loux, une série de tapis en lyocell, Kvadrat poursuit un travail engagé depuis plus d’un demi-siècle : faire du textile non plus un simple accompagnement de l’architecture, mais une matière capable de la transformer.
Un rideau n’est jamais tout à fait un rideau chez Kvadrat. Il filtre la lumière, modifie la perception d’un volume, dessine une limite sans l’enfermer. Il peut même devenir une forme, presque une présence. La marque danoise aurait pu se contenter d’occuper la place confortable que lui ont offerte, depuis sa création en 1968, la qualité de ses textiles, la précision de ses couleurs et ses collaborations avec quelques-uns des grands noms de la création contemporaine. Elle a préféré considérer chaque nouvelle collection comme un terrain de recherche.

Chez Kvadrat, la technique n’intervient pas après l’idée pour lui donner corps. Elle participe à sa naissance. Par une intention. ET même, une forme. Isa Glink, directrice de la création de Kvadrat Residential, résume ainsi une méthode où le dessin, la fibre, le tissage, les traitements de surface, la couleur, la lumière, la performance et la circularité appartiennent à un même processus. Ce qu’elle nomme « l’intelligence matérielle » consiste précisément à regarder le textile assez profondément pour comprendre ce qu’il peut encore devenir.
DE LA SURFACE AU VOLUME
Présentée à Copenhague lors de 3daysofdesign 2026, la collection THREE porte cette démarche jusque dans son titre. Son point de départ est une surface ; son véritable sujet, la manière dont celle-ci acquiert une troisième dimension. Drapés, pliés, tendus ou cadrés, les rideaux ne sont plus exposés comme des échantillons mais comme des sculptures souples, capables de définir et d’activer l’espace. La collection explore ainsi le chanvre, la laine, le coton biologique ou le lin, mais aussi des fibres techniques choisies pour leurs performances, en sollicitant les qualités propres de chaque matière plutôt qu’en cherchant à les dissimuler.

Les gestes de la confection y sont valorisés, mis en scène, et non dissimulés.. Un pli traditionnel change d’échelle jusqu’à devenir une fonction architecturale. Une surpiqûre, une fermeture ou une tension ne relève plus du détail décoratif, mais construit un rythme, une profondeur, une manière nouvelle de suspendre le tissu. L’influence de la mode est perceptible, sans que Kvadrat adopte pour autant sa logique saisonnière et, donc, éphémère. Il ne s’agit pas de produire un effet destiné à être remplacé, mais d’inventer un vocabulaire appelé à durer.
Cette recherche se lit dans Tetra, dont le tissage ajouré et les fils de laine densément feutrés produisent une structure à la fois aérienne et tridimensionnelle. Dans Sky Cloud également, mélange de chanvre, de coton et de laine au toucher presque papetier. Ou encore dans Kajak et Stream Line, qui traduisent le mouvement de l’eau et l’apparition intermittente des lignes sous l’effet de la lumière. La palette elle-même oscille entre des tonalités minérales (sel, bois flotté, roche volcanique) et des couleurs plus franches, presque électriques. La couleur n’est jamais posée sur la matière. Elle naît avec elle.

SAVOIR-FAIRE, SANS L’OSTENTATION
Avec Loux, Kvadrat aborde le sol selon une logique différente mais avec la même attention portée à la relation entre matière, lumière et mouvement. Les six tapis de la série sont entièrement réalisés en lyocell, fibre de cellulose régénérée dont la finesse évoque la soie. Leur densité (2,7 millions de fils par mètre carré) produit une surface particulièrement douce, dont les reflets évoluent selon l’angle de vue. Trois constructions sont proposées : un velours coupé uniforme, une alternance linéaire de boucles et de velours, et un relief sculpté à la main. Le luxe ne tient donc ni au motif ni à l’accumulation, mais à la richesse de l’expérience tactile.
Cette manière de partir de la matière plutôt que de l’image dit beaucoup de la philosophie de Kvadrat. La circularité n’y est pas traitée comme une esthétique reconnaissable, encore moins comme un supplément de vertu ajouté au produit une fois celui-ci dessiné. Elle devient un paramètre de conception parmi les autres : choix de monomatériaux lorsque cela est possible, réingénierie de références existantes, recours aux matières recyclées, réparabilité et prolongement de la durée d’usage. La stratégie de la marque associe ainsi innovation environnementale, maintenance et modèles de service destinés à conserver les produits plus longtemps.
Car un textile durable n’est pas seulement un textile dont la composition rassure. C’est aussi un textile que l’on désire conserver. Parce qu’il possède une présence, une intelligence et une capacité à continuer de dialoguer avec l’espace. En cela, Kvadrat défend une position assez rare : celle d’une entreprise profondément technique qui ne sépare jamais la performance de l’émotion, la recherche de l’usage ou la matière, du design.

Présentée à Milan lors du dernier Salone del Mobile, CORA marque la première collaboration entre Unopiù et Federica Biasi. Une collection complète dans laquelle le teck, la corde et des volumes généreux composent un paysage domestique pensé pour ralentir le temps.
À Milan, le mobilier outdoor a une nouvelle fois cherché à effacer les frontières entre la maison et le jardin. Avec CORA, Unopiù ne se contente pourtant pas de transposer au-dehors les codes du salon intérieur. La marque italienne préfère considérer la terrasse comme un espace habité à part entière, avec ses propres matières, ses usages et son rapport particulier au temps.

Confiée à Federica Biasi, la nouvelle collection repose sur un équilibre que la designer cultive depuis ses débuts : associer la précision de la production industrielle à la sensibilité du geste artisanal. La structure en teck trace ainsi une architecture sobre, presque en retrait, tandis que le tressage en corde de polypropylène vient en assouplir les lignes. L’un construit, l’autre relie. De leur rencontre naît une collection dont l’identité tient moins à un effet formel qu’à la justesse de ses proportions.
LA TRAME DU CONFORT
Le mérite de CORA est précisément de ne pas confondre générosité et lourdeur. Fauteuils et canapés adoptent des assises profondes, accompagnées de coussins aux tonalités naturelles, mais conservent une certaine légèreté visuelle. Le tressage ménage des respirations dans la structure, tandis que les lignes horizontales installent une présence calme dans le paysage.

Cette recherche d’un confort enveloppant se décline à travers une chaise et une table ronde destinées au repas, un fauteuil, un canapé deux places, un transat simple ou double ainsi qu’une île bain de soleil. Plus qu’une succession de typologies, CORA compose un véritable vocabulaire permettant d’accompagner les différents moments de la journée : déjeuner, recevoir, lire ou simplement ne rien faire. La collection s’adresse ainsi aussi bien aux espaces résidentiels qu’aux projets hôteliers, où le mobilier extérieur doit désormais conjuguer hospitalité, résistance et cohérence architecturale.


CORA s’inscrit plus largement dans le projet collectif présenté par Unopiù à Milan, pensé comme un « Journal de Voyage » dans lequel plusieurs designers sont invités à porter un regard personnel sur l’héritage de l’éditeur. Federica Biasi en livre ici une interprétation retenue et tactile, fidèle à son goût pour les savoir-faire vernaculaires autant qu’à la culture méditerranéenne de la marque. Une manière de rappeler que le mobilier outdoor n’a pas nécessairement besoin de s’imposer pour prendre place dans le paysage.

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À La Baule, rien n’est tout à fait neutre. Les villas, les institutions et les usages ont composé au fil du temps un imaginaire si puissant que toute tentative de l’évoquer prend le risque d’en forcer les traits. Donner une identité locale à un hôtel neuf sans le déguiser en vieille maison de bord de mer, tel est, en substance, le défi relevé avec intelligence et subtilité par Dorothée Delaye.
À La Baule-les-Pins, Les Cimes Bleues viennent d’ouvrir dans un bâtiment contemporain de sept étages, aux façades courbes dessinées par ASA Gimbert, agence fondée en 1982 par Joël Gimbert. Première adresse de La French Collection, la marque hôtelière du Groupe Giboire, l’établissement réunit 101 chambres, un spa, un bar et le restaurant Scapa. Une échelle suffisante pour que le décor ne puisse se contenter d’un effet de manche.
Dorothée Delaye n’est pas bauloise. C’est sans doute ce qui lui a permis d’observer la station avec la juste distance, en évitant aussi bien la carte postale que l’indifférence au lieu. Elle retient moins ses signes les plus évidents que ce qui structure réellement son art de vivre : le sport, les clubs, le Jumping, la voile, le tennis et le golf. Autant de codes familiers aux habitants comme aux visiteurs, transformés en vocabulaire plutôt qu’en accessoires décoratifs. « Sport chic » constitue ainsi le fil rouge du projet, mais chaque espace en propose sa propre interprétation.
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Dans le lobby, cœur social des Cimes Bleues, l’architecte d’intérieur installe l’atmosphère d’un club-house baulois contemporain. L’atrium végétalisé adoucit la hauteur du volume, tandis que les courbes du mobilier, les colonnes gainées de cuir, les tables en pierre, pâte de verre ou bronze et les textiles Pierre Frey et Élitis composent un paysage dense, mais jamais démonstratif. Les motifs de balles de golf, les rayures et quelques évocations marines (jusqu’au lustre monumental ponctué de bouées d’amarrage) sont suffisamment présents pour raconter La Baule, suffisamment décalés pour ne jamais la singer.
Cette même grammaire change d’accent chez Scapa. Pensé à l’origine comme le prolongement du club-house, le restaurant a pris une tonalité plus italienne lorsque sa carte s’est précisée. Dorothée Delaye y imagine une sorte de brasserie milanaise-bauloise, nourrie par l’Italie des années 1970 et par Carlo Scarpa. Terracotta, tonalités chocolat, bois, céramique et motifs presque cinétiques réchauffent un bâtiment que ses larges baies auraient pu rendre froid. Le lieu est enveloppant, fragmenté en différentes perspectives et banquettes, afin que l’on oublie rapidement ses dimensions.
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Dans les chambres, le sport devient plus graphique. Vert Wimbledon, bleu Atlantique et orange terre battue distinguent les différentes ambiances. Les têtes de lit, les luminaires, les tables et les rangements ont été dessinés pour le projet. Les portes de dressing évoquent les tracés d’un court de tennis, tandis que certaines tablettes reprennent librement la forme des greens. Le procédé aurait pu devenir systématique. Il reste pourtant léger, tenu par une palette subtilement charmante et par la précision du sur-mesure.
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Car presque tout, ici, a été conçu spécifiquement. Dorothée Delaye s’appuie sur trois designers intégrés à son studio pour dessiner chaises, banquettes, têtes de lit ou abat-jour. Cette production dédiée répond certes à une réalité économique de l’hôtellerie, mais elle constitue surtout un outil de singularité : les pièces créées pour Les Cimes Bleues ne seront pas déplacées, six mois plus tard, dans une autre adresse.
Au spa Alaena, enfin, le récit s’éloigne des terrains de sport pour rejoindre la nature. Inspiré par la « golden hour », l’espace associe pierre, fibres naturelles, bronze, jaune doré et rose dans une lumière volontairement flatteuse. Dorothée Delaye prend ici le contre-pied du spa blanc et clinique pour fabriquer un sas, une bulle chaude où l’expérience commence avant même le soin.
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Si les Cimes Bleues accueilleront toute l’année vacanciers, familles, séminaires, mais aussi Baulois venus boire un verre ou dîner, son principal est aussi de ne jamais afficher cette hybridité comme un programme. L’hôtel paraît déjà habité.
En donnant à chaque espace son histoire sans jamais surligner le scénario, Dorothée Delaye parvient à ancrer un bâtiment neuf dans une culture locale. Non pas en reconstituant La Baule, mais en lui donnant une nouvelle adresse incontournable.
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Du 18 au 30 septembre, la septième édition de France Design Week se déploiera dans toute la France avec une programmation portée par les acteurs du design. Placée sous le thème « D comme Design, D comme Défi », cette nouvelle édition entend mettre en lumière le rôle du design face aux transitions environnementales, sociales, industrielles et technologiques.
Du 18 au 30 septembre, la septième édition de France Design Week se déploiera dans toute la France avec une programmation portée par les acteurs du design. Placée sous le thème « D comme Design, D comme Défi », cette nouvelle édition entend mettre en lumière le rôle du design face aux transitions environnementales, sociales, industrielles et technologiques. Coordonnée par l'APCI – Agence pour la Promotion du Design, France Design Week poursuit son ambition de fédérer l'ensemble de l'écosystème du design français autour d'un temps fort commun. Expositions, conférences, visites de studios, portes ouvertes, ateliers ou rencontres rythmeront deux semaines de programmation sur l'ensemble du territoire. Après une édition 2025 qui avait réuni plus de 322 000 visiteurs autour de 700 événements, le festival souhaite monter en puissance lors de cette septième édition.

Une marraine en résonance avec la thématique
Cette année, l'APCI a choisi la designer industrielle Ionna Vautrin comme marraine. Diplômée de l'ENSCI – Les Ateliers, la designer s'est imposée par une pratique attentive aux usages, développée aussi bien pour l'industrie que pour les équipements publics ou le patrimoine, des lampes des espaces TGV au mobilier liturgique de Notre-Dame de Paris évoqué dans le numéro 218 d’Intramuros. Un parcours qui fait écho au thème annuel, « D comme Design, D comme Défi », et qui invite designers, agences, écoles, entreprises, institutions et collectivités à présenter des projets répondant aux enjeux contemporains. Parmi eux, la transition écologique, l’inclusion, la santé, l’apprentissage, mais également des thématiques régulièrement mises au centre de la table comme le vieillissement de la population ou l'intelligence artificielle. « Le regard porté sur le design est souvent biaisé. Derrière le design, il y a une collectivité de personnes qui pensent et conçoivent des réponses dans des domaines très différents », souligne la designer.

Un rendez-vous national qui affirme la place du design
France Design Week est née dans le prolongement des Assises nationales du design de 2019 et s'est progressivement imposée comme le principal rendez-vous fédérateur du secteur. Pour la troisième année consécutive, la manifestation bénéficie du Haut Patronage du Président de la République. Dans son éditorial, Emmanuel Thouan, président de l'APCI, rappelle que cette reconnaissance doit surtout être l'occasion de réaffirmer la place du design dans les politiques publiques et les stratégies de transformation des organisations. Selon lui, le design constitue aujourd'hui une compétence stratégique, capable d'accompagner les mutations économiques, industrielles, sociales et démocratiques.
Le lancement national aura lieu le 18 septembre à Paris, avec un parcours organisé en lien avec Paris Design Week comprenant notamment une visite de Notre-Dame de Paris et la remise du France Design Impact Award. La clôture se tiendra quant à elle le 30 septembre à Saint-Étienne, dans la nouvelle Galerie nationale du design inaugurée cette année, où seront présentés le bilan de cette édition et les perspectives du festival. Et d’ici là, voici un échantillon d'événements que nous avons repérés pour vous :
Auvergne-Rhône-Alpes - Saint Martin d’Hères
Exposition : Le design au défi des transitions écologiques et sociales
À l’heure où les enjeux écologiques et sociaux redéfinissent nos modes de vie, comment le design peut-il contribuer à imaginer des réponses concrètes et durables ? À travers cette exposition-rencontre, l’UGA Design Factory dévoile les projets, méthodes et expérimentations qu’elle déploie sur le territoire grenoblois pour accompagner les transitions. Entre conférence et déambulation, le public découvrira comment le design, la recherche et l’action territoriale contribuent à accompagner les transitions écologiques et sociales.
Bourgogne-Franche-Comté - Chalon-sur-Saône
Atelier : SANTE : Soigner l’expérience patient en 2040
À quoi pourrait ressembler l’expérience patient en 2040 dans un hôpital où l’intelligence artificielle serait omniprésente ? À travers cet atelier les participants sont invités à explorer les futurs possibles du soin en incarnant différents acteurs du système de santé. Entre innovation technologique, enjeux éthiques et relation humaine, les échanges questionneront la place de l’IA dans l’accompagnement des patients et identifieront ce qui devra, malgré les évolutions à venir, rester profondément humain dans l’expérience de soin.
Bretagne - Brest
Territoires Souples — Design textile en Bretagne
À la croisée du design, de l’art et de l’artisanat, l’exposition « Territoires Souples » explore les liens entre matières, savoir-faire et territoire breton. À travers des œuvres textiles collectives réalisées à partir de ressources locales, elle révèle une cartographie sensible de la Bretagne, façonnée par les gestes, les paysages et les rencontres. Feutrage monumental, vidéo documentaire et tissage collaboratif témoignent d’une démarche où création, transmission et ancrage territorial se tissent ensemble.
Centre-Val de Loire - Tours
Formation : DESIGN & ICC : Comment se lancer en tant qu’entrepreneur ?
Vous souhaitez transformer une idée créative en projet entrepreneurial ? Ce webinaire propose aux étudiants, jeunes diplômés et porteurs de projets de découvrir les premières étapes pour entreprendre dans les industries culturelles et créatives. En 1h30, les participants exploreront les enjeux, opportunités et ressources clés pour structurer leur activité et donner vie à leurs ambitions professionnelles dans le secteur du design.
Grand Est - Meisenthal
Exposition : IMPRESSION
À travers « Impression », les designers brésiliens TomaziCabral explorent une rencontre singulière entre la tradition du tressage de fibres végétales et l’art verrier de Meisenthal. Utilisés comme moules pour le soufflage du verre, les paniers se consument parfois sous l’effet de la chaleur, laissant leurs motifs et leurs textures imprimés dans la matière. Entre expérimentation, savoir-faire et dialogue interculturel, l’exposition révèle la poésie d’un processus où la disparition devient création.
Hauts-de-France - Lens
Conférence : Quand une marque devient une destination
Pourquoi certaines marques deviennent-elles des lieux que l’on a envie de visiter, de recommander et de mémoriser ? À travers cette conférence, Mariia Kulichkova explore les liens entre branding, hospitalité et expérience pour comprendre comment une entreprise peut devenir une véritable destination. En croisant les codes du design, du tourisme et de l’accueil, cette rencontre interroge le rôle du design dans la création d’expériences mémorables et dans l’attractivité des marques comme des territoires.
Île-de-France - Saint-Denis
Atelier : R comme... racines, récits, rencontres
Comment le design peut-il favoriser le dialogue et renforcer le vivre-ensemble dans un territoire aussi riche de ses diversités ? À travers une journée d’échanges, de découvertes et de création collective, le Laboratoire de l’innovation du Conseil départemental de la Seine-Saint- Denis invite le public à explorer les liens entre identités, mémoires et action collective. Entre projets inspirants et atelier graphique participatif, cette rencontre propose de croiser les regards et d’imaginer de nouvelles façons de faire société ensemble.
La Réunion - Étang Salé
Conférence : Quand le design fait bouger la ville
Venez découvrir comment l’aménagement de l’espace public devient un outil d’inclusion, d’attractivité et de dynamisation par le design actif. Durant une matinée, les 5 grands principes du design actif seront abordés au travers d’exemples concrets identifiés dans l’île. Le design actif met ainsi au défi de faire bouger toutes les villes et toute l’ile.
Martinique
Conférence : Le design circulaire, pour quoi faire ?
Face aux enjeux environnementaux et à la raréfaction des ressources, le design circulaire s’impose comme une approche incontournable. Cette conférence propose d’explorer ses principes, ses applications concrètes et les opportunités qu’il offre aux organisations. Une rencontre pour comprendre comment le design peut contribuer à imaginer des produits, services et systèmes plus durables, en repensant les cycles de production, d’usage et de réemploi.
Normandie - Rouen
Atelier : Le design et ses déclinaisons dans l’éducation
Comment le design a-t-il accompagné l’évolution des pratiques éducatives au fil du temps ? À travers une visite exceptionnelle de ses réserves, le musée national de l’Éducation invite le public à découvrir une sélection de mobilier scolaire et d’objets issus de ses collections. Une plongée dans l’histoire du design appliqué à l’apprentissage, révélant comment les formes, les usages et les espaces éducatifs ont évolué au fil des génération
Nouvelle-Aquitaine - Saint-maixent-l’école
Atelier : Défi ta com’ : et si tes supports étaient plus efficaces ?
Et si quelques ajustements pouvaient rendre votre communication plus claire, plus cohérente et plus efficace ? À travers un atelier participatif, commerçants, artisans, indépendants et dirigeants sont invités à porter un regard neuf sur leurs supports de communication du quotidien. Cartes de visite, flyers, devis, vitrines ou sites web serviront de point de départ pour identifier les points forts, repérer les axes d’amélioration et repartir avec des conseils concrets pour gagner en impact auprès de leurs clients.
Occitanie - Montpellier
Festivités : Nuit Orange
Le temps d’une soirée, le musée Fabre invite le public à découvrir l’exposition « Le design selon Pierre Paulin » sous un angle festif et immersif. Visites guidées, ateliers, spectacle et danse rythmeront cette Nuit Orange, pensée comme une célébration conviviale du design. Une occasion de vivre le musée autrement, en famille ou entre amis, et de porter un regard inédit sur l’œuvre de l’un des plus grands designers français.
Pays de la Loire - Le Mans
Atelier : Initiation à la risographie et au design graphique
Comment créer des compositions graphiques à la fois structurées, libres et originales ? Cet atelier d’initiation au design graphique et à la risographie invite les participants à explorer la grille de composition, un outil fondamental de la mise en page, à travers une approche expérimentale et créative. En lien avec l’exposition « The Yellow Grid » de Macula Nigra, chacun pourra concevoir puis imprimer ses propres créations en risographie, une technique artisanale aux rendus singuliers et colorés.
Provence-Alpes-Côte d’Azur - Marseille
Conférence : Qui conçoit les machines qui nous façonnent ?
Qui décide de la forme des technologies qui influencent nos comportements au quotidien ? À travers cette conférence, Anthony Masure propose une réflexion critique sur les dispositifs d’intelligence artificielle et les logiques qui orientent leur conception. En explorant leurs effets sur nos usages, notre attention et nos relations, il montrera comment le design peut devenir un outil d’analyse et d’action pour imaginer des environnements numériques plus conscients, plus responsables et plus humains.


DCW éditions présente IN FINE, une nouvelle collection de luminaires dessinée par Gaëlle Lauriot-Prévost et Dominique Perrault, dans la continuité de leur travail engagé autour de la forme tubulaire.
Depuis 2017, DCW éditions développe avec Gaëlle Lauriot-Prévost et Dominique Perrault une famille de luminaires inspirée de l'univers industriel. Avec IN THE TUBE lancé en 2015, puis IN THE TUBE 360° trois ans après et décliné en applique (FLAPS) ou suspension (WINGS), les deux designers poursuivent leur exploration fondé sur le tube lumineux. Présentée en 2026, IN FINE parachève cette évolution. La collection associe un tube en verre opale à un socle métallique facetté, complété par une bague métallique modulable. Déclinés en plusieurs longueurs et finitions, les luminaires peuvent être installés en intérieur comme en extérieur, en applique ou en suspension, seuls ou en composition.

L'évolution ne concerne pas uniquement le dessin. Le driver est désormais intégré au luminaire afin de faciliter l'installation. La fabrication fait appel à un aluminium traité contre la corrosion, des fixations en acier inoxydable et un indice de protection IP65 en applique (IP44 en suspension), autorisant notamment une utilisation en bord de mer. À travers cette nouvelle collection, DCW éditions poursuit ainsi le développement d'un langage formel initié il y a près de dix ans, où des références issues de l'industrie sont adaptées aux usages de l'éclairage architectural et domestique.


Un intérieur réussi ne se résume pas à une accumulation de belles pièces. Il repose sur une cohérence d’ensemble : une circulation fluide, des matières choisies avec précision, une lumière maîtrisée, un mobilier adapté aux usages et une atmosphère capable de traverser le temps. L’architecture intérieure donne au logement une identité, mais aussi une valeur d’usage. Elle transforme une surface en lieu de vie.
À mesure que la maison devient plus personnelle, plus équipée et plus multifonctionnelle, la question de sa protection prend une importance nouvelle. Concevoir un bel intérieur, c’est investir dans un cadre de vie. Le préserver, c’est prolonger cette exigence au-delà du projet d’aménagement.
L’intérieur comme expression du mode de vie
L’habitat contemporain concentre aujourd’hui plusieurs fonctions. On y travaille, on y reçoit, on s’y repose, on y cuisine, on y collectionne parfois des objets, du mobilier ou des pièces de design. Le salon peut devenir un espace de télétravail, la cuisine un lieu de réception, la chambre un refuge, tandis que les rangements intégrés, les luminaires ou les équipements techniques participent pleinement à la qualité du quotidien.
Cette évolution modifie notre rapport au logement. L’intérieur n’est plus seulement décoratif : il accompagne les rythmes de vie. Chaque choix, du revêtement de sol au canapé, du plan de travail à la bibliothèque sur mesure, traduit une manière d’habiter. Il devient donc essentiel de considérer ce lieu non seulement comme un espace à aménager, mais aussi comme un patrimoine à protéger.
Protéger ce que l’on a pris le temps de construire
Un projet d’architecture intérieure demande du temps, de l’attention et souvent un budget important. Travaux, mobilier, objets, électroménager, équipements connectés, œuvres ou luminaires : la valeur d’un intérieur ne se limite pas aux murs. Elle se trouve dans l’ensemble des éléments qui composent le cadre de vie.
Pourtant, cet équilibre peut être fragilisé par des événements du quotidien. Un dégât des eaux, un incendie, un bris de glace, un vol ou un incident domestique peuvent affecter rapidement un espace soigneusement pensé. Plus un intérieur est personnalisé, plus il devient important d’anticiper sa protection.
C’est dans cette logique qu’une assurance habitation avec Allianz peut trouver sa place. Elle s’inscrit comme un prolongement naturel de l’attention portée au logement, en permettant de protéger à la fois le lieu, les biens et le confort qui y sont associés.
Une couverture à adapter à chaque intérieur
Tous les logements ne se ressemblent pas. Un studio occupé par un étudiant, un appartement rénové, une maison familiale, une résidence secondaire ou un logement meublé n’impliquent pas les mêmes besoins. La surface, le nombre de pièces, la valeur des biens, la présence d’équipements spécifiques ou encore l’usage du logement sont autant de critères à prendre en compte.
Avec Allianz, l’assurance habitation permet d’aborder cette question de manière concrète : quelles garanties sont réellement nécessaires ? Quels biens doivent être déclarés ? Quels plafonds d’indemnisation sont adaptés à la valeur de l’intérieur ? Quelle franchise reste à la charge de l’assuré en cas de sinistre ? Ces points sont essentiels pour éviter de découvrir trop tard qu’un contrat ne correspond pas à la réalité du logement.
L’enjeu n’est donc pas seulement d’être assuré, mais d’être bien couvert. Dans un intérieur pensé avec exigence, où chaque choix a une valeur esthétique et fonctionnelle, la protection doit être envisagée avec le même niveau d’attention.
Une démarche cohérente avec l’art d’habiter
L’architecture intérieure repose sur une idée simple : créer un lieu juste, adapté à ceux qui l’occupent. Cette démarche ne s’arrête pas une fois les travaux terminés ou le mobilier installé. Elle se poursuit dans l’entretien, l’usage et la préservation du lieu.
Penser son assurance habitation, c’est finalement intégrer une dimension supplémentaire à son projet d’habitat. Non pas comme une contrainte administrative, mais comme un réflexe de cohérence. Un intérieur se conçoit, se vit, s’entretient et se protège.
Dans cette continuité, Allianz accompagne les particuliers dans la protection de leur logement et de leurs biens, avec une approche qui permet d’ajuster la couverture aux besoins du foyer. Une manière de préserver ce qui fait la valeur d’un intérieur : son confort, ses usages et l’attention portée à chaque détail.
Habiter sereinement
Le luxe discret d’un intérieur bien pensé tient souvent à ce qu’il rend invisible : la fluidité des gestes, la justesse des proportions, la qualité des matériaux, la tranquillité du quotidien. Protéger son logement participe de cette même logique. C’est garantir que l’espace dans lequel on vit puisse conserver sa fonction première : offrir un cadre stable, confortable et rassurant.
Avoir une belle maison, un appartement rénové ou un intérieur soigneusement aménagé est une chose. Pouvoir l’habiter sereinement, avec une protection adaptée, en est une autre. C’est peut-être là que se joue aujourd’hui une vision plus complète de l’art d’habiter.

Au Lavandou, Jean-Baptiste Pietri reconstruit un hôtel historique, à la fois spectaculaire et discret, en renouant avec l'essence même du paysage méditerranéen. Car si certains hôtels regardent la mer, d'autres semblent en avoir été extraits. Reconstruit sous la direction de l'architecte Jean-Baptiste Pietri, l’Hôtel Les Roches ne cherche pas à dominer le paysage. Il s'efface au contraire derrière lui, jusqu'à donner l'impression d'avoir toujours été là.
Accroché à la falaise d'Aiguebelle, face aux îles d'Hyères, cet hôtel emblématique de la côte varoise a longtemps occupé une place particulière dans l'imaginaire méditerranéen. Créé dans les années 1930, il faisait partie de ces établissements dont la réputation reposait moins sur le luxe ostentatoire que sur une relation privilégiée à la mer, à la lumière et au paysage. Au fil des décennies cependant, extensions successives et interventions disparates avaient progressivement altéré la cohérence du lieu.
Lorsque l'heure de sa renaissance sonne, Jean-Baptiste Pietri choisit de ne pas restaurer l'existant. Il préfère reconstruire pour retrouver l'esprit originel du site. Avec l’intelligence, la vison, et la patience des 13 ans nécessaires à ce projet complexe, ambitieux, à fois monumental et, presque, discret. Une démarche qui pourrait sembler paradoxale mais qui constitue sans doute la clé de lecture du projet : retrouver une évidence perdue.


Navire sédentaire
Le premier mérite des Roches est de ne jamais chercher à dominer son environnement. Plutôt qu'un volume unique faisant face à la Méditerranée, l'architecte imagine une succession de bâtiments qui accompagnent la topographie naturelle. L'hôtel se fragmente, se découpe, épouse le relief. Les différents corps bâtis s'insèrent dans la pente comme autant de strates minérales entre la roche et le ciel. Cette fragmentation produit un effet remarquable : le projet ne se découvre jamais d'un seul regard. Il se révèle progressivement, au fil des cheminements extérieurs, des escaliers, des terrasses et des percées visuelles. À chaque niveau, la mer apparaît différemment. L'architecture devient une expérience de parcours plus qu'un objet à contempler. On est ainsi frappé par cette capacité du projet à produire une succession de séquences presque cinématographiques. Ici, une terrasse suspendue au-dessus de l'eau. Là, un mur de pierre qui cadre l'horizon. Plus loin, une faille végétalisée qui laisse pénétrer la lumière. Chaque déplacement modifie la perception du paysage.
Car aux Roches, la Méditerranée n'est jamais un simple décor. Elle irrigue littéralement le projet. Dans le dessin des espaces extérieurs d'abord. Le terrazzo, aux omniprésentes déclinaisons, ondulent comme des lignes de houle, prolongeant symboliquement le mouvement de l'eau jusque dans l'architecture du pont principal. Ce détail, pouvant passer inaperçu, résume pourtant une partie de la grande intelligence du projet : faire entrer le paysage dans le bâtiment plutôt que se contenter de l'encadrer, à l’image du bleu Klein en subtile fil rouge intérieur. La référence maritime apparaît également dans le traitement des terrasses et des débords de dalle. Percés de motifs circulaires, ces éléments en béton fibré ultra-hautes performances filtrent la lumière méditerranéenne tout en évoquant subtilement l'univers naval. Vu depuis les niveaux inférieurs, leur silhouette rappelle parfois celle d'une coque suspendue au-dessus du vide. Cette évocation n'a rien d'anecdotique, les quarante chambres et suites ayant elles aussi été pensées comme des cabines ouvertes sur l'horizon. Car ici, la décoration, c’est la mer, avant toute chose.



Matières méditerranéennes
Comme dans nombre de ses réalisations, Jean-Baptiste Pietri accorde une attention particulière à la matérialité. Le projet repose sur un dialogue permanent entre deux registres. D'un côté, la pierre de Bormes, massive, rugueuse, profondément ancrée dans le territoire varois. De l'autre, des surfaces minérales plus abstraites, blanches et lumineuses, qui captent les variations du soleil méditerranéen. Le verre aussi, avec le restaurant étoilé L’Oursin (Antoine Gras et Benoit Gornard aux manettes) aux assises de Harry Bertoia (à l’extérieur) et de Aarne Saariner (à l’intérieur) penchées sur la mer et baignées de soleil à 360°.
Cette confrontation évite au lieu de sombrer dans le pastiche régionaliste autant que dans le minimalisme international décontextualisé. Les Roches appartient sincèrement à son territoire sans chercher à reproduire une image folklorique de la Méditerranée.
L'architecture semble ainsi avoir été sculptée davantage que construite. Les murs émergent de la pente. Les terrasses prolongent les strates rocheuses. La végétation accompagne les volumes plutôt qu'elle ne les masque. Tout concourt à brouiller la frontière entre architecture et paysage.




Le luxe de la retenue
C'est probablement là que réside l’une des véritables réussites du projet. Longtemps, les établissements de prestige ont cherché à s'affirmer comme des destinations autonomes, détachées de leur environnement immédiat. À l'inverse, Les Roches construit son identité à partir du site lui-même. La roche, la végétation, la pente, les vues et la lumière deviennent les véritables éléments de luxe. Cette approche rejoint une réflexion plus large sur la manière d'intervenir aujourd'hui dans des territoires aussi sensibles que le littoral méditerranéen. Comment construire sans effacer ? Comment transformer sans dénaturer ?
Le projet de Jean-Baptiste Pietri apporte une réponse mesurée à ces questions. Une réponse qui privilégie l'intégration à la démonstration et le dialogue avec le paysage à la recherche d'un geste iconique. Une forme d’évidence que l’architecture contemporaine oublie parfois : face à certains paysages, le plus beau geste consiste bien souvent à s'effacer.
https://www.hotellesroches.com
https://www.pietriarchitectes.com/categories/projets


Jusqu’au 20 juillet, DCW éditions présente l’exposition « Il corpo della materia » à Venise. L’occasion de mettre en avant des produits de l’éditeur dans le cadre historique de l’église gothique Madonna dell’Orto.
Puisse-t-il y avoir meilleur lieu que Venise pour exposer le savoir-faire verrier ? À l’occasion de la première édition de Bel Ouvrage, la marque française DCW éditions et son label 10 HEURES 10 investissent, jusqu’au 20 juillet, le cloître de l’église gothique vénitienne Madonna dell’Orto. Intitulée « Il corpo della materia » (le corps et la matière), l’exposition regroupe une quinzaine de créateurs contemporains et leurs réalisations faisant rayonner les savoir-faire d’excellence. Une mise en lumière imaginée par la commissaire Carole de Bona et scénographiée par Andrée Putman Studio dans ce décor hérité de la Renaissance. Ici, l’architecture en brique, marquée par le temps, contraste avec la précision formelle du verre et du métal contemporains. Investi sur le principe d’un showroom semi-extérieur, le cloître offre une déambulation marquée par le rythme des colonnades et l’orthogonalité de la cour, mais contrebalancée par les volumes libres des luminaires présentés. Une manière de confronter les époques et les styles, dans un parcours symbolique soucieux de transmettre l’idée d’intemporalité chère à la marque. Une vision qui passe par la fusion de la modernité et de l’héritage. Là où l'architecture est habitée par le design, la lumière, elle, semble lui redonner vie.
Bel Ouvrage 2026 - Venise ©Luca Bonnefille
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Avec Latitude, Frédéric Sofia redonne souffle à Kettler, marque allemande emblématique du mobilier de jardin et du sport en sommeil. Une collection au design juste et sensible, dont le minimalisme efficace reflète autant la pensée du designer que l’esprit fondateur de la marque.
Ses volumes francs, simples et géométriques, à rebours de toute démesure formelle, s’imposent avec une évidence tranquille.
« Le design industriel, c’est une aventure affective qui engage toutes les parties, confie Frédéric Sofia. Je me suis très bien entendu avec cette marque patrimoniale quelque peu oubliée, et qui m’a offert tous les moyens humains, financiers et techniques nécessaires au projet. »
Lancé il y a deux ans à peine, celui-ci a demandé une année intense de réflexion et de recherche, puis une autre consacrée à l’industrialisation.
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Réinventer une icône allemande
Le brief initial était ambitieux : concevoir une famille de mobilier unie par un même langage formel destinée aux marchés contract – hôtellerie, restauration, espaces lounge ou piscine –, mais aussi, à terme, adaptable au retail et accessible aux amateurs de design.
Chaises, fauteuils, tables, canapés modulables, bancs, repose-jambes, parasols, daybeds, sunloungers… Tout un vocabulaire du confort contemporain d’extérieur.
Pour Sofia, le défi était double : répondre aux contraintes de la marque tout en imaginant une gamme cohérente et inédite, capable de redonner à Kettler une véritable identité, elle qui avait manqué le virage du design.
« Kettler est une marque historique et populaire en Allemagne, explique-t-il. Je voulais trouver un design qui parle à ses racines, à l’échelle européenne. »
Née en 1949 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’entreprise, forte de plus de soixante ans d’expérience, a d’abord conçu des équipements de loisirs – vélos, jouets comme le célèbre Kettcar (1962) –, avant de se spécialiser, dans les années 1970, dans le mobilier outdoor. Portée par sa philosophie de qualité, de durabilité et de confort, elle s’est rapidement imposée à l’international.
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« Revenir à la source »
Fidèle à sa méthode d’écoute, d’observation et de réflexion, Frédéric Sofia choisit de « revenir à la source ». Il oriente ses recherches vers une esthétique industrielle à la fois radicale et sensible : un design dépouillé, exigeant, précis, où la forme et la fonction se répondent.
Entre l’esprit Wedge Design de Giorgetto Giugiaro, le créateur de la Golf 1 pour Volkswagen, et le fonctionnalisme humaniste de Dieter Rams (Braun), Latitude se déploie comme un manifeste de clarté et de justesse.
La gamme affirme une personnalité discrète et novatrice.
« Le noyau dur de la collection, c’est le bridge. Sur le marché du mobilier en métal, la demande de coussinage est forte mais souvent traitée après coup. J’ai donc imaginé, dès le départ, un système de coussins amovibles, intégrés au design et personnalisables selon les besoins du client. »
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Un design durable, rationnel, technique
Ainsi naît une collection d’une ampleur rare dans le mobilier outdoor, une des plus vastes du marché, selon le designer.
Les premières versions, aux tonalités douces et poudrées (vert, gris clair, taupe), seront suivies d’autres coloris.
Alliant la pensée honnête du créateur de la chaise Luxembourg éditée par Fermob à la rigueur industrielle allemande, Latitude célèbre l’amour de Sofia et de Kettler pour l’aluminium : durable, léger, sensible à la lumière.
Fines et nervurées, évoquant une carte topographique, ses lignes sont constituées de pièces moulées sous pression (« die casting ») et d’aluminium extrudé – totalement recyclable, intégrant jusqu’à 50 % de matière recyclée.
Robuste, réparable, intemporelle, la collection est conçue pour durer.
Présentée en avant-première chez Silvera pendant la Paris Design Week et à Maison&Objet, Latitude inaugure pour Kettler une nouvelle ère : celle d’un design à la fois rigoureux, sensible, sobre, géométrique et radical.
Latitude, ou le réveil de la belle endormie.
« Le design industriel, c’est une aventure affective qui engage toutes les parties », confie Frédéric Sofia.
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Derrière les murs de la Villa Médicis, les jardins historiques de l’Académie de France deviennent, chaque été depuis 2022, le théâtre d’une expérience singulière : celle d’une architecture qui ne cherche plus à dominer le paysage mais à dialoguer avec lui. Pour sa cinquième édition, le Festival des Cabanes confirme plus que jamais cette ambition.
Imaginé par Sam Stourdzé, directeur de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, le festival est né d’un paradoxe. Comment intervenir au cœur d’un site patrimonial parmi les plus sensibles d’Italie (classé, archéologique, quasiment inconstructible) sans figer davantage le lieu ? Comment faire entrer l’architecture dans les jardins sans les transformer en décor d’exposition ? La réponse prend la forme d’un mot presque enfantin : la cabane.
« La cabane, c’est un mode de pensée », explique Sam Stourdzé. « On peut penser en cabane, habiter en cabane, cela déplace la perspective et requestionne les fondamentaux. » Derrière cette apparente simplicité se dessine pourtant une réflexion extrêmement contemporaine sur l’architecture : une architecture légère, réversible, non invasive, pensée non plus contre son environnement mais avec lui.
Car ici, la contrainte devient manifeste théorique : impossible de creuser à plus de trente centimètres dans ce sous-sol archéologique, impossible également d’inscrire ces constructions dans la permanence. Les équipes invitées disposent de quelques mois pour construire, exploiter puis démonter leurs projets. Cette temporalité courte, presque fragile, inverse radicalement les logiques héritées du XXe siècle. À la monumentalité succède l’attention, au geste autoritaire une forme d’écoute du vivant.
IT : De la légèreté d’être et de bâtir
Cette année, six propositions internationales investissent les jardins de la Renaissance. Certaines relèvent du manifeste expérimental, d’autres d’une approche plus sensorielle ou climatique. Toutes interrogent cependant une même idée : celle d’un habitat capable de composer avec son milieu.
Le projet le plus spectaculaire est peut-être Il Duomo Invertito du studio belge Bento Architecture. Suspendu entre ciel et végétation, ce dôme filaire composé de bois et de mycélium détourne l’archétype monumental romain pour le transformer en structure presque immatérielle. Ses milliers d’éléments organiques destinés, une fois le festival terminé, à être simplement broyés pour retourner à l’état de poussière forment architecture biodégradable, littéralement
À quelques mètres de là, Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA, explore d’autres formes de sobriété. Travertin et jarres en terre cuite y composent un dispositif de refroidissement passif fondé sur l’évaporation naturelle. Plus qu’une installation, le projet agit comme une micro-infrastructure climatique, une tentative de réintroduire des savoir-faire ancestraux dans les villes surchauffées du présent.


Plus conceptuelle, la proposition développée par ECAL avec Mutina, sous le regard de Ronan Bouroullec, joue quant à elle du trompe-l’œil et de la perception. Une simple façade devient architecture, surface devenant profondeur. Là encore, le festival refuse les catégories figées : certaines cabanes sont des refuges, d’autres des dispositifs théoriques, d’autres encore des espaces de contemplation.

C’est sans doute ce qui distingue profondément le Festival des Cabanes d’une exposition d’architecture classique. Ici, les projets ne cherchent pas à démontrer une puissance formelle ou technologique. Ils assument au contraire une forme d’inachèvement, de recherche ouverte. « On n’est pas dans une logique commerciale, mais dans une logique culturelle », rappelle Sam Stourdzé. Le temps passé à expérimenter devient alors aussi important que l’objet construit lui-même.
Cette philosophie transforme également le rapport du public à la Villa Médicis. Longtemps accessibles uniquement en visite guidée, les jardins s’ouvrent désormais librement durant toute la durée du festival grâce à un subtil dispositif scénographique conçu par le studio Marc Aurel, auquel nous avions consacré un article dans Intramuros 224. En cinq ans, l’institution a presque doublé sa fréquentation pour atteindre près de 150 000 visiteurs annuels. Plus encore qu’un événement architectural, le festival devient un outil de réappropriation du lieu, autant par les Romains que par le public international.
Cette édition 2026 confirme enfin l’élargissement progressif du projet vers une plateforme culturelle plus vaste. Autour des cabanes gravitent désormais librairie éphémère conçue avec la Librairie 7L, conférences, ateliers, lectures, performances et concerts réunis sous le programme Habiter Demain.
Le 25 juin, la Nuit des Cabanes transformera ainsi les jardins en un paysage vivant où architectes, artistes, écrivains et musiciens activeront les installations jusqu’au cœur de la nuit.
À mesure que les crises climatiques remettent en question les modèles de construction hérités du siècle dernier, le Festival des Cabanes apparaît moins comme une parenthèse estivale que comme un laboratoire grandeur nature. Une manière de rappeler qu’habiter ne consiste peut-être plus à construire toujours davantage, mais à apprendre, de nouveau, à occuper le monde avec légèreté.
https://villamedici.it/programme/festival-des-cabanes



Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch réinventent la montre de poche à travers une collection en biocéramique colorée, inspirée du Pop Art et de l’iconique Royal Oak.
La haute horlogerie prend ses libertés. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch signent une collection capsule de huit montres de poche qui détourne les codes traditionnels du garde-temps. Inspirée de la Royal Oak de 1972 et des Swatch POP des années 1980, cette série en biocéramique transforme la montre en accessoire nomade. Cette dernière se porte désormais autour du cou, accrochée à un sac, glissée dans une poche ou posée sur un bureau grâce à un support amovible. Entre objet de mode et micro-architecture portable, Royal Pop propose une nouvelle manière de porter et d’exposer le temps. Déclinée en huit modèles, de l'épurée Huit Blanc à la très graphique Ocho Negro, en passant par les palettes acidulées de Green Eight, Blaue Acht ou Otto Rosso, la collection joue la carte d’une identité forte pour chaque pièce.

Le mouvement pop
La collection revendique pleinement l’héritage du Pop Art avec ses couleurs franches, ses contrastes graphiques et son esprit ludique. Les codes esthétiques de la Royal Oak — lunette octogonale, vis hexagonales, décor “Petite Tapisserie” — sont ici réinterprétés dans une écriture plus expérimentale. Le modèle Huit Blanc, dont chacune des huit vis adopte une couleur différente, évoque directement l’univers d’Andy Warhol, tandis que Orenji Hachi ou Otg Roz poussent encore plus loin les jeux chromatiques. Derrière cette énergie visuelle se cache pourtant une réelle sophistication technique : les boîtiers en biocéramique biosourcée, un mouvement mécanique SISTEM51 entièrement automatisé et 90 heures de réserve de marche. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch démontrent que le luxe contemporain peut désormais conjuguer excellence industrielle, culture populaire et liberté créative.

Cette année encore, la Triennale accueillait de beaux événements dans le cadre de la Design Week de Milan 2026. Mais plus qu'un simple lieu d'exposition, cet incontournable de la capitale lombarde est surtout un lieu chargé d'Histoire dans lequel le design continue de s'incarner au travers d'une programmation dense.
La Milano Design Week 2026 marque un tournant. Face à une inflation visuelle parfois saturante, la ville semble revenir à ses fondamentaux avec une culture de la mémoire du design héritée du XXe siècle. L’objet n’est jamais pensé isolément, mais comme l’aboutissement d’un projet global mêlant architecture, usage, esthétique et vision sociale. Certaines villes racontent leur histoire à travers leurs monuments ; Milan la raconte aussi à travers ses archives. Qu’il s’agisse de dessins, de maquettes, de photographies, de notes ou de prototypes, elles révèlent tout ce qui précède l’œuvre achevée et en conserve le potentiel. La Triennale de Milan incarne pleinement ce mouvement.
Mais la Triennale, c’est quoi ?
Plus qu’un centre d’exposition, le Palazzo dell’Arte (Triennale de Milan) est un bâtiment moderniste conçu en 1933 par Giovanni Muzio comme un véritable centre culturel multifonctionnel et transdisciplinaire. Dès l’origine, il réunissait des salles d’exposition, un théâtre, un restaurant, un bar, un centre d’archives et même …un night-club.
Depuis 2019, le lieu se réincarne sous l’impulsion de Stefano Boeri, président de la Triennale, de Carla Morogallo, directrice générale et de Luca Cipelletti à la direction architecturale.
Déjà en 2024, cet espace culturel a inauguré le centre des archives « Cuore – Research, Study and Archives Center », un espace consacré à la recherche, à la mémoire et à l’innovation. Installés au rez-de-chaussée du Palazzo dell’Arte, ces 400 m² à gauche en entrant dans le hall, accueille chercheurs, étudiants, visiteurs, fondations et universités. Accessible gratuitement, Cuore remet au centre le travail de recherche qui nourrit l’ensemble de la programmation de la Triennale. Fort de décennies d’expositions nationales et internationales, elle est devenue un important centre documentaire et patrimonial. Ses réserves contiennent des livres et revues, des archives graphiques, photographiques et audiovisuelles, mais aussi près de 2 900 pièces d’architecture comme des dessins, des plans, des maquettes et d’autres documents liés aux projets réalisés au Palazzo dell’Arte et dans Milan depuis 1933. Mais l’institution conserve également des fonds de figures majeures du design italien comme Andrea Branzi, Alessandro Mendini ou Ettore Sottsass pour ne citer qu’eux.

Une réhabilitation discrète mais exemplaire
Le réaménagement du Palazzo dell’Arte accompagne cette nouvelle orientation. L’objectif est ainsi de moderniser le bâtiment tout en redécouvrant l’esprit original imaginé par Giovanni Muzio en 1933.
Trois axes structurent cette transformation : retrouver l’esprit et préserver ce patrimoine du rationalisme italien des années 30, améliorer ses performances énergétiques sans oublier de rendre les espaces plus accessibles, flexibles et contemporains.
La restauration remet en valeur les qualités architecturales du lieu avec par exemple la réouverture des perspectives (notamment sur l’escalier hélicoïdal de Muzio dans l’espace Cuore), l’allègement des dispositifs techniques, la restauration de la lumière zénithale grâce la remise au jour de la toiture en briques de verre et la réintégration des châssis des ouvertures d’origine. Les nouvelles installations techniques presque invisibles (isolation, chauffage), fluidifient considérablement la lecture de l’espace.
En 2025, le lieu s’est ouvert à de nouveaux usages. On note notamment le retour du café et du restaurant (Cucina) à leur emplacement historique, côté parc, mais aussi l’ouverture de Voce - un espace consacré à la musique et aux arts performatifs - et de Gioco espace créatif pour enfants.
À travers cette transformation, la Triennale rappelle aussi que ce qui fait la singularité créative de Milan demeure sa capacité à faire dialoguer rationalisme, héritage moderniste et postmodernité poétique.
Par la qualité de ses expositions, de ses mises en espace et de sa restructuration architecturale, la Triennale s’affiche davantage comme un bâtiment vivant, évolutif, hybride, qu’un monument figé. Il donne à vivre le design en racontant les trajectoires de celles et ceux qui le produisent, en interrogeant ses usages, sa portée critique, sa dimension sociale et la joie quotidienne qu’il peut encore apporter. Les noms simples, humains et élégants choisis pour caractériser les divers secteurs le prouvent : Cuore, Cucina, Giocco et Voce.
Alors la Triennale de Milan ? À voir et à revoir !

Les expositions 2026
Andrea Branzi — Continuous Present
Scénographie : Toyo Ito
Jusqu’au 4 octobre 2026
L’une des expositions majeures de cette édition est consacrée à Andrea Branzi, penseur, poète, designer inclassable et figure centrale du design radical italien. Un infatigable passeur d’une manière de « vivre poétiquement le monde », faite de tolérance et de fiction critique.
Conçue comme un hommage par Toyo Ito — ami proche et compagnon de pensée -, l’exposition explore la vision critique et profondément humaniste de Branzi. Intitulée Continuous Present, elle exprime son opposition à une modernité mécanique, rationalisée et uniforme.
On y retrouve les grands thèmes qui traversent son œuvre : architecture sans murs, hybridation entre nature et ville, transformation permanente, rencontre et adaptabilité, refus des systèmes figés…
Chez Branzi, la déconstruction n’est jamais nihiliste. Elle ouvre au contraire un espace pour l’émerveillement. Son idée du « présent continu » évoque une ville et un monde en perpétuelle évolution où la joie, l’optimisme, sont un devoir moral et social. La leçon est à retenir !
La mise en espace fluide et presque organique de Toyo Ito prolonge avec justesse cette pensée.

Lella and Massimo Vignelli. A Language of Clarity
Scénographie : Jasper Morrison
Jusqu’au 6 septembre 2026
Comme un contrepoint au design post-moderne critique de Branzi, mais tout aussi joyeux et optimiste, la Triennale présente une grande rétrospective consacrée à Lella et Massimo Vignelli.
Connus pour leur interprétation rigoureuse du rationalisme moderniste d’inspiration suisse, les Vignelli ont profondément marqué, entre Milan et New York, le graphisme et le design international des années 60 au passage au XXIème siècle.
L’exposition mise en espace par le studio Jasper Morisson rassemble un large corpus de pièces emblématiques. Elle montre comment leur travail cherchait toujours à révéler une logique claire, colorée et universelle, qu’il s’agisse d’un plan de métro, d’un livre, d’un meuble ou d’un bijou.
Leur œuvre rappelle qu’au-delà du style, le design peut avant tout constituer un langage de clarté, capable de s’adresser à un public extrêmement large, loin de toute vision élitiste.

The Eames Houses - Lancement du Eames Pavilion System
En partenariat avec Kettal
Jusqu’au 10 mai 2026
L’exposition The Eames Houses s’appuie sur un vaste travail de recherche d’archives consacré aux projets résidentiels construits ou non, de Ray et Charles Eames. Une vision de l’architecture modulaire, préfabriquée et profondément humaine appuyée sur un large corpus de documents.
Pour les Eames, la maison n’est jamais un objet figé, mais un système adaptable, capable d’articuler vie quotidienne, modularité et production industrielle. Leur architecture développe une synthèse singulière entre rationalisme moderniste, préfabrication fonctionnelle et sensibilité organique inspirée de l’esthétique japonaise. C’est notamment dans la relation fluide entre intérieur et extérieur, pensée au service du climat et des espaces californiens, que l’on retrouve cette dernière.
Cette réflexion se prolonge aujourd’hui à travers le lancement du Eames Pavilion System, développé avec Kettal sous la direction d’Eckart Maise, collaborateur historique de l’Eames Office. Le système repose sur des modules structurels répétitifs associés à différentes toitures et façades permettant de multiples configurations, du petit pavillon à la maison complète.
Le projet réactive ainsi l’une des idées fondamentales des Eames : penser l’architecture comme un système évolutif plutôt que comme une forme définitive.

Alphabet — Le design de Edward Barber & Jay Osgerby
Jusqu’au 6 septembre 2026
L’exposition investit le bel espace de la Design Platform qui, à la suite de l’importante rénovation architecturale et fonctionnelle du Palazzo dell’Arte, prend désormais place dans la grande zone ouverte sur le jardin, anciennement occupée — malencontreusement — par le café de la Triennale.
Le parcours chronologique de l’exposition met en évidence l’évolution progressive, du milieu des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, de leur « alphabet stylistique ». Un travail rigoureux porté sur la couleur, les courbures techniques, les géométries angulaires et la précision constructive.
Parmi les pièces majeures exposées, signalons la torche olympique des Jeux de Londres 2012, les tables Iris pour Established & Sons, la lampe Tab pour Flos et plusieurs commandes spéciales et projets expérimentaux. Par ces pièces, l’exposition montre comment leur travail conjugue à l’exigence industrielle et à la maîtrise artisanale, la sophistication technique croissante.


Cette année encore, le Off de la Design Week de Milan nous a offert son lot d’installations remarquées et remarquables un peu partout dans la ville. Retour sur celles qui valaient le détour.
Un espace alternatif signé Capsule globale
Pensé comme un hybride entre foire, exposition collective et plateforme culturelle, Capsule Plaza 2026 investissait cette année un ancien gymnase et piscine Art déco réhabilités par ASA Office, Via Achille Maiocchi. Sous la direction d’Alessio Ascari, le parcours « Design State of Mind » regroupait design, mode, technologie et artisanat dans des pièces aux accents industriels et renforcés par une scénographie signée par l’agence milanaise NM3. Parmi les temps forts dans cette cinquième édition, on peut noter l’installation immersive « No Seasons » de Stone Island avec NM3, les recherches de Karimoku Research avec Waka Waka, Devon Turnbull ou Postalco, les expérimentations olfactives d’AEIR et Websessions, ou encore le robot domestique NEO de 1X Technologies. Autant de petits évènements à eux seuls, venus étoffer un programme déjà riche en talks et workshops, et marqué cette année par le lancement du cinquième numéro du magazine Capsule.

L’exposition anniversaire de Muller Van Severen
Pour célébrer les 15 ans de création de son studio, le duo belge Muller Van Severen s’est associé à Apartamento pour présenter, durant la Design Week, une exposition anniversaire intitulée « Silhouettes: Celebrating 15 Years ». Réalisée en partenariat avec la Tim Van Laere Gallery, cette exposition présentait quinze chandeliers monumentaux uniques, tous réalisés en aluminium. Chacun d’eux se révélait être une réinterprétation de motifs et de formes récurrentes dans l’œuvre du duo. Cette installation proposait ainsi un ensemble de pièces qui, bien que distinctes dans leur forme, n’en demeuraient pas moins cohérentes. Chaque chandelier était également couronné d’une grande bougie colorée qui se consumait progressivement, comme pour symboliser le temps qui passe, les quinze années écoulées, mais aussi, et surtout, celles à venir.

L’installation en papier d’Issey Miyake
Dans son showroom milanais, la maison Issey Miyake présentait, à l’occasion de la Design Week, le projet expérimental The Paper Log: Shell and Core, imaginé par le designer Satoshi Kondo du MIYAKE DESIGN STUDIO et développé en collaboration avec le bureau d’architecture espagnol Ensamble Studio. Le projet consistait en une installation d’objets-mémoire (Shell) et de prototypes de mobilier (Core), issus de la réappropriation de rouleaux compressés de papier appelés Paper Log, sous-produits des vêtements plissés de la maison - une technologie emblématique d’Issey Miyake. Au sein de l’espace, l’installation présentait deux séries complémentaires dérivées du Paper Log, dont les mises en scène confrontaient des qualités opposées : éphémère et concret, délicat et robuste. Les œuvres imaginées par Ensamble Studio sous le nom de Shell prenaient la forme d’une série d’objets en papier comme figés dans le temps, tandis que l’équipe de design interne présentait Core, un ensemble de prototypes de mobilier composé de chaises, tables et tabourets, traités de différentes manières afin d’explorer pleinement leur matérialité.

Le NikeAir_Lab, un endroit où courir voir des innovations
Pensé avec le nouveau centre milanais Dropcity, NikeAir_Lab proposait une plongée dans l’univers de Nike Air à travers les archives de la marque, quelques prototypes et des ateliers expérimentaux installés dans les tunnels industriels de Via Sammartini. Accessible durant toute la semaine, le laboratoire dévoilait près de 100 prototypes inédits. Les curieux ont ainsi pu découvrir les recherches autour de la Air Liquid Max, des matériaux FlyWeb et Radical AirFlow ou encore de la veste Therma-FIT Air Milano. Des créations ultra techniques mises en scène tout au long de huit stations de travail équipées de bras robotiques, de systèmes pneumatiques et d’outils de thermoformage. Mais outre les nouveaux produits, l’équipementier sportif dévoilait aussi des archives de l’ingénieur aéronautique Frank Rudy, des développements liés à l’Alphafly NEXT% ou à la combinaison Breaking4 de Faith Kipyegon. À mi-chemin entre le laboratoire de recherche et l’installation immersive portée sur l’innovation, le NikeAir_Lab était l’un des rendez-vous incontournables pour tout amoureux de design technique, de mode et de sport.
