Paris Design Week : Lucile Viaud et la "géoverrerie"

Paris Design Week : Lucile Viaud et la "géoverrerie"

Lucile Viaud a une signature bien spécifique : elle a inventé un verre marin qu’elle met au point à partir d’algues et de coquilles, et conçoit des accessoires et des collections d’art de la table qu’elle autoédite. Retrouvez ses créations au Concept Store d’Intramuros.

Diplômée de l’École Boulle, Lucile Viaud s’est progressivement spécialisée dans la mise au point de matériaux bio-sourcés et explore les liens entre recherche, design et artisanat dans sa démarche. Dans le prolongement de son projet de diplôme, cette jeune femme décidée travaille dans un principe d’économie circulaire la transformation de ressources locales en matériaux d’exception afin de fabriquer des produits sur un territoire donné, grâce aux savoir-faire locaux.

Verre marin Glaz, Lucille Viaud

Résidente aux Ateliers de Paris en 2016, elle fonde l’Atelier Lucile Viaud et crée sa marque, Ostraco, labellisée Observeur du design 2018 : en valorisant des ressources marines bretonnes (coquillages, algues, arêtes…), elle conçoit un plâtre de mer et dépose le verre marin Glaz. L’atelier est distingué dans la catégorie développement durable du concours Cré’Acc 2018 et est aujourd’hui soutenu par le dispositif Emergys Bretagne. L’objectif est de dupliquer cette démarche dans d’autres territoires.
Depuis, elle a lancé sa propre marque, et a créé des éditions limitées à la demande de grands chefs.
Aujourd’hui, elle affine son dispositif autour de ses créations en signant chaque pièce, de façon retrouver le lieu , la date de fusion et la spécificité du verre de chacune : l’invention d’une ”géo-verrerie” qui retracent l’histoire totale de chaque élément de ses collections.

www.atelierlucileviaud.com
Du 3 au 8 septembre, 5 rue Saint Merri, 75004  Paris (Métros Beaubourg / Hôtel de ville) 11h-19h / Entrée libre

Rédigé par 
Nathalie Degardin

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17/4/2026
RIMOWA x Lehni : vers une nouvelle contrée

À l’occasion de la Milan Design Week 2026, RIMOWA et Lehni dévoilent une collaboration inédite où l’objet de voyage trouve sa place dans l’espace domestique. Entre rigueur industrielle et élégance minimaliste, deux pièces en édition limitée redéfinissent le rangement comme un geste de design.

Présentée à Milan du 21 au 24 avril, la collaboration RIMOWA Lehni marque la rencontre de deux maisons centenaires réunies par une même culture du matériau. D’un côté, RIMOWA, dont les valises en aluminium accompagnent le mouvement depuis des décennies ; de l’autre, Lehni, référence suisse du mobilier moderniste et des systèmes modulaires. Ensemble, ils imaginent un banc et un tiroir conçus pour accueillir les valises cabine, deux solutions pensées pour la maison. Réalisées en aluminium anodisé noir ou argent, ces pièces, fabriquées à la main à Zurich, jouent sur un équilibre précis entre usage et mise en scène. Le banc peut recevoir jusqu’à deux valises, exposées simplement côte à côte dans une structure ouverte. Le tiroir, lui, propose un rangement plus compact, avec une composition empilée et un compartiment fermé pour les objets du quotidien. Dans les deux cas, chaque détail compte. Les étagères sont habillées d’un feutre mat anti-rayures développé sur mesure, discret mais essentiel, qui protège les surfaces tout en renforçant l’impression de douceur.

©Lehni x Rimowa

Deux héritages industriels au service d’un même matériau

Cette collaboration s’inscrit dans la continuité des trajectoires des deux maisons. Fondée en 1898, RIMOWA s’est imposée comme un acteur majeur du bagage premium en intégrant dès les années 1920 l’aluminium inspiré de l’aviation. Un matériau devenu depuis une signature. L’entreprise, aujourd’hui intégrée au groupe LVMH, continue de faire évoluer ses produits entre innovation technique et durabilité, comme en témoigne l’introduction du polycarbonate au début des années 2000 ou, plus récemment, sa garantie à vie. De son côté, Lehni, fondée en 1922 à Zurich, s’est construite autour d’un savoir-faire précis du travail du métal, nourri par des collaborations avec des figures du modernisme et par le développement de systèmes modulaires devenus emblématiques. En adaptant ici son langage formel aux valises RIMOWA, la marque suisse prolonge cette tradition tout en l’appliquant à un nouvel usage. Le projet RIMOWA Lehni apparaît ainsi comme un point de convergence entre deux histoires industrielles, où la précision technique et la durabilité restent des lignes directrices communes.

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15/4/2026
À la Carpenters Workshop Gallery, la sobriété en dialogue avec l’exubérance

La Carpenters Workshop Gallery expose jusqu’au 1er août une sélection de designers contemporains. Parmi eux, l'artiste Ingrid Donat dont les œuvres ont été mises en regard avec des pièces de Pierre Jeanneret, pour certaines repensées.

Il est souvent plus facile d’engager une discussion lorsque tout le monde parle la même langue. Et quand ce n’est pas le cas, reste à trouver un dialecte commun. Pour l'exposition Dialogues, la Carpenters Workshop Gallery située au 54 Rue de la Verrerie, dans le quatrième arrondissement de Paris, a choisi de réunir un corpus d'œuvres hétéroclites, mais toutes (ou presque) très contemporaines. Une articulation autour de laquelle se retrouvent une douzaine de designers et d’artistes dont les frères Campana, Nacho Carbonell, Rick Owens Furniture ou encore Wendell Castle. Des personnalités différentes dont les univers parviennent néanmoins à communiquer grâce à une scénographie valorisant les correspondances, notamment chromatiques, au gré des trois niveaux de la galerie. De quoi laisser entrevoir, à défaut de techniques communes, l'omniprésence de savoir-faire particuliers.

©Benjamin Baccarani

Une discussion hors du temps

Au rez-de-chaussée de l’exposition, c’est une autre forme de dialogue que la galerie a souhaité instaurer. Plus abouti que les autres, celui-ci ne conjugue plus les esthétiques, mais les fusionne, et ce, par-delà les époques. Ainsi, Ingrid Donat, spécialiste du bronze, ouvre un dialogue avec les pièces de Pierre Jeanneret. Parmi elles, deux Committee chairs et un Lounge Set ont pour l’occasion été retapissés par l’artiste contemporaine. Outre la nouvelle expression stylistique donnée par la toile de jute, elle propose une lecture plus contemporaine de l’objet tout en conservant, de par le choix de ce textile connoté industriel, l’âme de ce mobilier dessiné au milieu du siècle dernier. À cela s’ajoute également un bureau revetu en cuir et décoré des motifs signatures de l’artiste. Un langage pictural et ornemental que l’on retrouve sur de grandes compositions tapissant les murs de la galerie. Une manière de démontrer que l’art contemporain peut encore faire évoluer ces icônes modernistes déjà bien assises.

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16/4/2026
Pour Maria Porro, le Salone del Mobile 2026 entre « infrastructure économique et culturelle »

Pour sa 64e édition, le Salone del Mobile.Milano franchit un cap décisif. Entre infrastructure de marché, plateforme culturelle et laboratoire d’expériences, l’événement redéfinit son rôle à l’échelle internationale. Une mutation que nous décrypte Maria Porro, sa présidente.

Du 21 au 26 avril 2026, le Salone del Mobile déploiera sur la capitale lombarde son lot de créations au cours d’une édition réunissant plus de 1 900 exposants dans les vastes allées du plus grand centre d’expositions d’Europe. Mais outre l'immensité de cette grand-messe, la 64e édition se distingue surtout par l’ouverture de nouveaux paradigmes. Dans un contexte géopolitique et économique changeant, l’événement revoit son positionnement d’événement global. Avec le lancement de Salone Contract pensé avec OMA, l’ouverture de Salone Raritas dédié au design de collection, ou encore l’expérience immersive Aurea, le Salone élargit son champ d’action et renforce son approche transdisciplinaire. À la croisée des enjeux économiques, culturels et expérientiels, le Salone s’impose comme un point de convergence entre industrie, création et nouveaux marchés. Une vision stratégique défendue par sa présidente, Maria Porro.

Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer le nouveau positionnement du Salone ?

Le Salone a été fondé il y a plus de soixante ans. Comparé au marché de l’époque, nous vivons aujourd’hui dans un contexte totalement différent, marqué par le choc du COVID et l’accélération des transformations alors déjà en cours. Parmi les grands changements, il y a le retail dans le mobilier. Autrefois, peu d’entreprises disposaient de showrooms monomarques alors qu’il s’agit aujourd’hui d’une tendance de plus en plus répandue. Plus généralement, la marque et sa communication deviennent centrales. En parallèle, le secteur du contract prend une importance croissante dans le développement des entreprises. Des zones géographiques qui n’étaient pas habituées aux projets résidentiels contract s’y mettent désormais. C’est un univers très important en termes de chiffre d’affaires et un domaine fortement international. Le Salone se transforme afin de rester une plateforme stable et fiable. Il devient de plus en plus une infrastructure économique mais aussi culturelle, et ces deux dimensions sont étroitement liées.

FTK Salone del Mobile.Milano 2024 ©Diego Ravier

Et du côté du design, comment évolue-t-il ? On observe une évolution importante entre le design industriel et le design de collection, notamment avec le Salone Raritas.

Oui, on constate une demande croissante pour des intérieurs sur mesure. À l’extrémité de cette demande se situe le collectible, avec une attention accrue aux techniques artisanales et à la redécouverte de savoir-faire anciens. Cela s’accompagne d’un intérêt pour la production dans des lieux éloignés des centres industriels. Et j’ajoute qu’on observe aussi un engouement global pour des pièces iconiques ou vintage. C’est la raison pour laquelle nous ouvrons le Salone Raritas. Et ce secteur n'est pas en marge du Salone mais il accompagne véritablement la production industrielle. Si l’on prend l’exemple d’un grand hôtel, la production industrielle répond à tous les besoins pratiques comme les chambres, les espaces communs… mais il existe toujours un ensemble de pièces spécifiques, conçues spécialement pour le lieu. Dans le contract, la forte collaboration entre production industrielle et production unique n’est pas nouvelle. Ce dialogue a toujours existé, comme chez Andrea Branzi ou William Morris, avec ce besoin de combiner industrie et artisanat.

NILUFAR Edward J Wormley © FILIPPO PINCOLINI, Soffio Lamp Salviati x Draga & Aurel, Panel two flower Parasite 2.0 x Bianco67

Parallèlement vous proposez aussi Aurea, une expérience immersive autour du luxe réalisée par Oscar Lucien Ono. Peut-on dire qu’avec le contract, le B2C et l’hospitality, le Salone devient une plateforme globale ?

Nous avons près de deux mille exposants, très divers en termes d’esthétique, de prix, de techniques et de matériaux. Mais notre public s’intéresse aussi à des expériences plus larges. Les entreprises construisent de fait des architectures et des environnements. Ce n’est pas une foire centrée sur le produit, mais sur le projet. Avec Aurea, comme avec Pierre-Yves Rochon l’an dernier, nous créons des expériences immersives où l’architecte mobilise l’ensemble des offres du Salone. Il y a une cohérence dans notre démarche, mais cela passe aussi par des prises de parole et du dialogue entre les différents acteurs. Les visiteurs peuvent découvrir des entreprises, vivre des expériences immersives, participer à des moments d’échange ou écouter un grand maître de l'architecture comme Rem Koolhaas. C’est une expérience complète pour les professionnels. Nous n’oublions pas non plus les étudiants avec le Satellite, essentiels car ils représentent les acteurs de demain.

Aurea an Architectural Fiction for the Salone del Mobile 2026. Project Maison Numéro 20 ©Maison Numéro 20

Justement, vous accueillez environ 700 jeunes designers de moins de 35 ans. Pensez-vous pouvoir encore révéler les prochains Patrick Jouin ou les frères Bouroullec, comme l’a fait le Satellite de Marva Griffin il y a des années ?

Oui, c’est très important. Il y a aussi le fait que ces jeunes designers sont en contact direct avec l’industrie, et cela est fondamental. C’est pourquoi, cette année, nous organiserons une journée où plusieurs entrepreneurs visiteront le Satellite, rencontreront les étudiants et les jeunes créatifs, et partageront leur expérience. Nous voulons encourager ces échanges en face-à-face. J’ai moi-même été jeune designer et envoyer des projets par email ne donne souvent aucune réponse. En revanche, présenter un prototype en personne crée un dialogue différent et capte l’attention des entrepreneurs. C’est essentiel pour nous.

Aujourd’hui, la diversification du Salone est-elle également une manière de se réinventer face à d’autres foires comme Collectible à Bruxelles ou 3daysofdesign à Copenhague ?

Ce n’est pas une stratégie de concurrence. Les entreprises combinent déjà production industrielle, retail, contract et parfois pièces expérimentales. Cette diversité correspond à une évolution naturelle du marché. Les foires de design de collection s’adressent surtout aux collectionneurs, tandis que le Salone offre aux galeries un public différent comme des développeurs, des chaînes hôtelières, des distributeurs... Nous agissons comme un accélérateur. De même, les événements dédiés au contract sont souvent très techniques. Notre objectif est de proposer un événement centré sur le projet et les relations, avec une réflexion sur la manière d’habiter. Dans le monde actuel, il n’y a pas de place pour deux événements identiques. Nous cherchons donc à proposer une approche différente, sans chevauchement avec ce qui existe déjà.

©Salone del Mobile
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10/4/2026
Chez String Furniture, la gamme Museum s’agrandit

Avec le Piédestal et le Trolley, String Furniture diversifie sa collection Museum. Dessinées par les Suédois de TAF Studio, ces deux nouvelles typologies, destinées à la sphère domestique, poursuivent l’héritage minimaliste et mobile de la marque.

Initiée pour la rénovation du Musée national de Stockholm en 2018, la collection Museum s’enrichit aujourd’hui du bout de canapé fixe Piédestal et du Trolley. Si le premier prolonge la logique d’exposition domestique chère à String Furniture, le second se distingue par une typologie plus inattendue. Faisant suite au bougeoir et à la table d’appoint conçus quelques années auparavant, ce petit chariot s’inscrit dans la continuité d’une collaboration entre deux visions contemporaines du design suédois. Avec ses lignes pures et sa construction orthogonale, la gamme convoque des références industrielles. « Nous nous sommes beaucoup inspirés d’objets utilitaires et plus globalement du monde de l’industrie. C’est ce qui explique notre palette de couleurs ou encore les formes des modules rappelant les poutres en I », explique Mattias Ståhlbom, cofondateur du studio. Un dépouillement autant qu’« une approche pragmatique », traduite notamment par le traitement monochrome de la matière. Le meuble s’efface ainsi au profit des objets qu’il accueille, devenant un support presque muséal pour le quotidien.

Museum Trolley par TAF Studio ©String Furniture


Le mouvement comme geste de design

Forts de « cette bibliothèque de constructions et de formes mise en place progressivement avec la création des modules Museum », les designers ont imaginé « un petit meuble dynamique et étroit, dessiné pour s’adapter à de nouveaux emplacements où un chariot peut se glisser et être utile ». En dépit de ses étagères fixes, le Trolley fait du mouvement un principe central grâce à ses roulettes. Au-delà du contraste formel avec la construction rectiligne de l’objet, ce détail lui confère une véritable polyvalence d’usage. « Pour nous, la dimension utilitaire des objets et leur capacité à bien vieillir doivent susciter une forme d’attachement. » Une vision à long terme, fondée sur l’évolution et l’usage, qui rejoint pleinement l’ADN de String Furniture.

Museum Trolley par TAF Studio ©String Furniture


Deux créations dans la continuité

Fondée en 1949 par les architectes Nisse Strinning et Kajsa Strinning, String Furniture s’impose comme une figure majeure du design scandinave grâce à une approche rationnelle et évolutive du mobilier. En développant dès l’origine le String System, une structure légère et modulable restée presque inchangée depuis plus de 75 ans, la marque a su s’adapter aux mutations des modes de vie. Cette pérennité repose notamment sur la sobriété visuelle du système initial. Depuis, la gamme s’est enrichie en passant du format compact String Pocket aux évolutions contemporaines comme Pira G2, réinterprétée par Anya Sebton et Alexander Lervik. Fidèle à cette continuité, la marque s’ouvre aussi à des collaborations ciblées, prolongeant son esthétique et son identité fonctionnelle. Outre TAF Studio, les Suédois de Form Us With Love ont développé plusieurs extensions, dont la solution de rangement modulaire Center Center destinée aux espaces de travail grâce à ses cubes métalliques. Véritablement structurantes, ces collaborations sont pour l’entreprise nordique autant d’occasions de conjuguer un héritage moderniste et un certain renouvellement stylistique. De quoi maintenir un dialogue entre rigueur industrielle et usages contemporains pour String Furniture.

Ci-dessous : Museum Piédestal ©String Furniture

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