Révélations 2023 confirme le dynamisme des métiers d’art
Identité visuelle Révélations 2023, Kuniko Maeda, Columbidae © Kuniko Maeda

Révélations 2023 confirme le dynamisme des métiers d’art

En 2023, la sixième biennale des métiers de l’art et de la création contemporaine a fêté ses dix ans d’existence en célébrant la créativité du Québec, pays à l’honneur.


Le Grand Palais Ephémère vient de refermer ses portes sur le salon Révélations. Très qualitative, cette nouvelle édition a permis au public de découvrir 350 exposants, dont 71 % de nouveaux venus. Dans la scénographie toujours aérée du designer Adrien Gardère, ces créateurs, galeries, manufactures, régions et associations, issus de 29 pays, ont été sélectionnés par le comité d’orientation artistique, composé de onze acteurs de la filière, des arts, du marché et des institutions. Fidèles à ses valeurs, Ateliers d’Art de France, organisateur de l’évènement, a renouvelé son exposition centrale « le Banquet », mis en lumière la création foisonnante d’un pays – cette année, la province du Québec -, ou encore a réalisé un focus appuyé sur les jeunes talents du secteur.

Révélations 2023, Stand Urkraine @DR

Révélations 2023, Banquet Québec © Alex Gallosi

Le Banquet, l’excellence des savoir-faire internationaux

Exposition-signature du salon, le Banquet 2023 a présenté la crème de la création provenant de dix régions du monde. La Chine, l’Egypte, l’Equateur, la France, l’Irlande, le Portugal, les Pays-Bas, mais aussi le Rwanda, la Suède, l’Ukraine et l’Europe ont dialogué autour des matières et des techniques. En dix espaces, 70 artistes et manufactures ont repoussé les formes et les frontières. Parmi les propositions, quelques pièces ont retenu notre attention. Certaines provenaient de l’exposition « les Aliénés » du Mobilier national, réalisée en 2022, présentant des meubles inusités du Mobilier, revus par des plasticiens aussi audacieux que provocateurs. Sur le Banquet, le designer Thierry Betancourt, en collaboration avec la Maison Louis Marie Vincent a posé La Rêveuse, commode en bois de rose de style Louis XV, recouverte d’une épaisse gangue blanche, réalisée en « carton pierre », une technique ancestrale du XVIIème siècle remise au goût du jour. Les formes organiques de cette dernière semblent annihiler le caractère utilitaire du meuble. A l’aide de cuivre gonflé à la flamme, Prisca Razafindrakoto a transformé la chaise d’écolier Mullca 510 du créateur légendaire Gaston Cavaillon. De même, sur le Banquet Europe, la suédoise Léonie Burkhardt a présenté Radiant Pink, sorte de vase textile créé à partir d’un fil rétractable thermoréactif, où aucune couture n’est visible, tandis que Blush, pièce de l’Irlandaise Helen O’Shea sublimait une bouteille plastique grâce aux fils de coton et épingles à coudre. Enfin, le Rwanda brillait notamment à travers Mannequin, une pièce imposante de métal et fils, du jeune plasticien Cedric Mizero.

Commode « la Rêveuse »
Réalisé par : Thierry Betancourt et la Maison Louis Marie Vincent
Le meuble est réalisé en « carton pierre » une technique ancestrale remontant au 17ème siècle remis au goût du jour qui est plus dure que le papier mâché. Et en effet rehaussé à certains endroits par du parchemin, par les soins de Louis Marie Vincent une de ses grandes spécialités.

Le Québec à la fête

Aux côtés de nouveaux pays exposants comme l’Arménie, l’Egypte, le Danemark, le Liban, mais aussi l’île française des petites Antilles Saint-Barthélemy, pour ne citer qu’eux, la nation Québec était l’invitée d’honneur du salon, faisant suite à l’Afrique en 2022. « Ce pays était déjà présent sur le Banquet 2019, explique Stéphane Galerneau, président fraîchement élu à la tête d’Ateliers d’Art de France et du salon. Bénéficiant du plus gros budget culturel jamais alloué aux métiers d’art, nos cousins francophones portent les couleurs d’une création libérée des contraintes patrimoniales, et ont cette volonté d’inclure les peuples autochtones. » Soutenus par le conseil des métiers d’art, la maison des métiers d’art de Québec, le gouvernement québécois et sa délégation parisienne, trente-quatre créateurs dont dix des Premières Nations ont proposé des pièces en verre, textile, métal, pierre, papier, bois, céramique, hybridant les cultures nordaméricaine et européenne. Parmi ces nombreux artistes de la matière, le duo canadien Hélène et son mari – la céramiste Hélène Chouinart et le sculpteur Jean-Robert Drouillard – exposait, non sans humour, J’effeuille les parfums de mon enfance, une installation composée d’une kyrielle de tasses en céramique, accompagnées d’une figure en bois. Une œuvre illustrant les pratiques traditionnelles de cet art du feu, réactualisées par des motifs imprimés par décalcomanie. Exclusivement dédié à quinze artistes québécoises et canadiennes, dans trois lieux parisiens, le programme « Hors les murs » accompagnait également cette foisonnante sélection de la Belle Province, visible sur les deux grands stands in situ.

Révélations 2023, Le Banquet Québec - Paula Murray, Inner Landscape © Paula Murray

Révélations 2023, Le Banquet Québec - Paula Murray, Inner Landscape © Paula Murray

Sur l’Agora, l’avenir du secteur

L’exposition collective des dix ans du Prix de la Jeune Création Métiers d’Art, accueillait le public, dès son entrée, sur l’Agora. « Cette année, Révélations a souhaité valoriser tous les lauréats dénichés sur le territoire français depuis une décennie », renchérit Stéphane Galerneau. Lauréate 2023 avec l’artiste du verre Tiphaine Germaneau, la céramiste Cécile Fouillade alias Siquou présentait quelques nouveaux Vases Fourrure reproduisant en céramique le pelage animal, inspiré de sa dernière résidence artistique au Groenland. Parmi d‘autres, la brodeuse Clémentine Brandidas, lauréate 2018 exposait Shanshui, marqueterie de plumes sur soie teintée, tandis que l’étonnant collier Kaa, en cuivre et argenture était l’œuvre réalisée et récompensée en 2016, par Marine Dominiczak, artiste du bijou contemporain.
Tremplin pour la jeunesse, acteur économique déterminant pour toute une filière, le salon s’est créé, au fil du temps, un ADN unique. Cette année, cette identité particulière s’est aussi exprimée à travers Columbidae, œuvre délicate de papier de la sculptrice japonaise Kuniko Maeda, associant technologie numérique et artisanat d’art nippon. « Nous souhaitions souligner la diversité de nos métiers, poursuit Stéphane Galerneau, et présenter au public des métiers plus rares. »

Le design en trois coups de coeur

Si le président d’Ateliers d’Art de France et du salon affirmait que « la biennale est cette niche d’excellence qui ne dérive pas vers l’art ou le design », cette nouvelle édition lui donnerait-elle tort ? En témoignent quelques exemples parmi beaucoup d’autres, venant appuyer l’idée de porosité des frontières, de filiation entre créateurs et designers.

Magdeleine, chaise Slacken ©Magdeleine-min

Tiffanie Baso/ Magdeleine, Slacken

Fondatrice, en 2019, originaire d’Occitanie de la marque Magdeleine, Tiffanie Baso est une jeune artisane-designer du bois, pleine de promesses. Créé en 2021, son fauteuil Slacken en frêne et orme a été réalisé grâce à la technique du cintrage. « Le cintrage tord le bois, explique-t-elle. Une accumulation de lames est nécessaire pour fabriquer notre forme finale. Lorsque nous avons sélectionné et organisé minutieusement nos lamelles, nous les plaçons dans une étuve à vapeur, élément-clef pour plier le bois. Elle permet de réchauffer et détendre la fibre du bois, afin de la façonner aisément autour d’un gabarit pour créer une forme spécifique, et obtenir des courbes optimales. »

Mangrove , dessiné par Seraphyn Luce Danet, réalisé par par le ciseleur Mapie Belgary et le fondeur Yannec Tomada.
Guéridon en bronze poli sur sa face intérieure, ciselé et laqué sur sa face extérieure.
Dimensions : 42 cm de diamètre et 60 cm de hauteur.
@Alain CORNU

Seraphyn’, Gracile et Mangrove

Dessinée par la créatrice Seraphyn Luce Danet, la chaise Gracile créée en 2023 a été exécutée par l’atelier de menuiserie Falher. Selon la technique brevetée par le Français Claude Barlier, sans assemblages apparents, elle est décomposée en une série de strates numériques découpées dans des matériaux en plaques, ensuite compilées pour reconstituer la pièce finale. Quant à son guéridon Mangrove, en bronze poli et doré, exécuté par le ciseleur Mapie Belgary et le fondeur Yannec Tomada, sa forme organique et asymétrique s’inspire d’une végétation racinaire qui se développe dans les marais des littoraux tropicaux, lieu de reproduction de la biodiversité.

Stand Mobilier national Cité de la céramique-Sèvres & Limoges @DR

Mobilier National et la Cité de la céramique – Sèvres & Limoges

Pour la première fois, la Cité de la Céramique-Sèvres & Limoges et le Mobilier national ont partagé un stand. Grâce à la scénographe Mathilde Bretillot, cinq « tableaux » offraient des points de vue sur la création mêlant de nombreuses pièces. Parmi celles-ci, quelques tapisseries de Jean Messager, Geneviève Asse ou Cécile Bart, un fauteuil de Francesco Binfare, une banquette du Studio Mr. & Mr, des guéridons d’Eric Schmitt ou encore plusieurs vases de grandes signatures.

Depuis dix ans, Révélations a su affirmer son positionnement d’excellence en faveur des métiers d’art et de la création. De plus en plus décomplexés en regard des nouvelles technologies, tout en respectant les traditions et l’environnement, ces métiers font de ce salon, un exemple unique en son genre.

Rédigé par 
Nathalie Degardin

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13/5/2026
La collaboration pop d'Audemars Piguet et Swatch

Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch réinventent la montre de poche à travers une collection en biocéramique colorée, inspirée du Pop Art et de l’iconique Royal Oak.

La haute horlogerie prend ses libertés. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch signent une collection capsule de huit montres de poche qui détourne les codes traditionnels du garde-temps. Inspirée de la Royal Oak de 1972 et des Swatch POP des années 1980, cette série en biocéramique transforme la montre en accessoire nomade. Cette dernière se porte désormais autour du cou, accrochée à un sac, glissée dans une poche ou posée sur un bureau grâce à un support amovible. Entre objet de mode et micro-architecture portable, Royal Pop propose une nouvelle manière de porter et d’exposer le temps. Déclinée en huit modèles, de l'épurée Huit Blanc à la très graphique Ocho Negro, en passant par les palettes acidulées de Green Eight, Blaue Acht ou Otto Rosso, la collection joue la carte d’une identité forte pour chaque pièce.

©Audemars Piguet et Swatch

Le mouvement pop

La collection revendique pleinement l’héritage du Pop Art avec ses couleurs franches, ses contrastes graphiques et son esprit ludique. Les codes esthétiques de la Royal Oak — lunette octogonale, vis hexagonales, décor “Petite Tapisserie” — sont ici réinterprétés dans une écriture plus expérimentale. Le modèle Huit Blanc, dont chacune des huit vis adopte une couleur différente, évoque directement l’univers d’Andy Warhol, tandis que Orenji Hachi ou Otg Roz poussent encore plus loin les jeux chromatiques. Derrière cette énergie visuelle se cache pourtant une réelle sophistication technique : les boîtiers en biocéramique biosourcée, un mouvement mécanique SISTEM51 entièrement automatisé et 90 heures de réserve de marche. Avec Royal Pop, Audemars Piguet et Swatch démontrent que le luxe contemporain peut désormais conjuguer excellence industrielle, culture populaire et liberté créative.

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11/5/2026
Young Scène Ouverte : un soutien à la jeune création

Jusqu’au 6 juin, la galerie Scène Ouverte, située rue Bonaparte dans le 6e arrondissement, expose sept talents de son programme d’accompagnement intitulé Young Scène Ouverte.

Lancé en 2025, le programme d’accompagnement Young Scène Ouverte (YSO), à l’initiative de la galerie Scène Ouverte, fondée et dirigée par Laurence Bonnel depuis 2016, a pour objectif d’offrir une visibilité à de jeunes créateurs contemporains, tant sur le marché qu’aux niveaux financier et créatif. Ils sont environ une trentaine à faire partie du programme, au sein duquel ils restent généralement pendant un an et où chaque designer et créateur a la possibilité de tester et d’expérimenter la matière sous toutes ses formes afin de créer des pièces inédites.

Plus largement, ce programme entend encourager ces jeunes artistes à affiner leur univers créatif, allant parfois jusqu’à révéler des vocations. « Le but est d'accompagner leur savoir-faire, l'artisanat et les matériaux utilisés vers quelque chose de plus noble, et d’aller vers une plus grande exigence dans l’exécution et les mécanismes. C’est d’autant plus important pour ces jeunes designers : ne plus avoir de contraintes leur permet de se libérer des limites qu'ils peuvent avoir en temps normal. » Pour cette édition, sept artistes aux visions très différentes, mais non moins cohérentes, sont exposés au sein de la galerie jusque début juin.

Julia Chehikian

Basée à Marseille, Julia Chehikian imagine et fabrique ses pièces au sein de son atelier. Des créations fortement inspirées de la Provence, de sa chaleur, de ses couleurs et de la mer, que la designer souhaite ancrées localement. Elle fait ainsi appel à des artisans de la région ainsi qu’à une tapissière pour concevoir des pièces aux lignes épurées et minimalistes, imaginées dans des matériaux capables de traverser le temps.

Table Piscine © Flaneur Studio

Apolline Morel

Résidente au BBDMA, Apolline Morel s’est d’abord formée au verre à la HEAR de Reims avant de poursuivre un master à l’ECAL en design et artisanat du luxe. Elle crée son studio en 2024 et décide d’explorer la pâte de verre et ses vertus. Au sein de la galerie, elle présente des luminaires jouant sur la transparence et offrant des jeux de lumière qui font vivre l’objet différemment selon l’endroit où l’on se place dans l’espace.

Lampe Anthénors citrine © Flaneur Studio

Orre Studio

Studio fondé par Jules et Sarah, respectivement formés à la peinture artistique et à l’ébénisterie, Orre Studio propose des pièces à la croisée du design et des arts décoratifs. Ensemble, ils conçoivent des créations imaginées de A à Z, en reprenant notamment des techniques artisanales anciennes liées à la fabrication de carreaux. Entre recherche de formes plus contemporaines et travail sur les matières, Orre Studio présente ainsi deux miroirs et une console particulièrement travaillés et aboutis.

Miroir Alcoa © Flaneur Studio

Rinke Joosten

Diplômée de l’Académie Willem de Kooning aux Pays-Bas, la céramiste Rinke Joosten fonde son studio en 2018. C’est notamment durant ses études qu’elle explore les matérialités, et particulièrement le lien entre céramique et verre soufflé, devenu central dans son travail. Plus largement, elle accorde une importance particulière au processus de production artisanale des pièces. Son projet Momentum fait ainsi le lien entre les matériaux et le geste humain, pour des pièces au rendu unique.

Projet Momentum © Flaneur Studio

Clémence Mars

Passée par l’école Duperré en design puis formée en scénographie à l’école des Arts Décoratifs, Clémence Mars fait partie de ces designers qui aiment explorer toute l’étendue de leur créativité. Mais c’est pour la transparence du verre que la designer s’est prise de passion, notamment à travers un travail de superposition des pièces. Après une expérimentation de la résine, elle s’est tournée vers le verre grâce à l’accompagnement de la galerie, donnant naissance à des pièces architecturales et élégantes.

Luminaires Little House Ghosts n°3 et 4 © Flaneur Studio

Faustine de Longueuil

À la croisée de l’artisanat, du graphisme et de l’art contemporain, le travail de Faustine de Longueuil s’inspire notamment de Mario Botta mais également de Étienne Robial. Travaillant exclusivement avec de la laine 100 % française issue de la filature Fonty, l’artiste textile fait le choix d’un matériau durable et proposer des pièces associant une forte esthétique graphique à un jeu de symétrie et formes géométriques.

Tapis C002 © Flaneur Studio

Bérénice Gentil

Architecte et céramiste de métier, Bérénice Gentil a développé une pratique d’ornemaniste dans laquelle la céramique devient langage. Elle propose ainsi des pièces sculpturales qui semblent traverser les époques, en s’appropriant cette pratique de façon contemporaine, et proposer des créations qui puissent embrasser l’espace au sein desquels elles prennent place.  

© Flaneur Studio
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6/5/2026
Milan Design Week : le meilleur du Off

Cette année encore, le Off de la Design Week de Milan nous a offert son lot d’installations remarquées et remarquables un peu partout dans la ville. Retour sur celles qui valaient le détour.

Un espace alternatif signé Capsule globale

Pensé comme un hybride entre foire, exposition collective et plateforme culturelle, Capsule Plaza 2026 investissait cette année un ancien gymnase et piscine Art déco réhabilités par ASA Office, Via Achille Maiocchi. Sous la direction d’Alessio Ascari, le parcours « Design State of Mind » regroupait design, mode, technologie et artisanat dans des pièces aux accents industriels et renforcés par une scénographie signée par l’agence milanaise NM3. Parmi les temps forts dans cette cinquième édition, on peut noter l’installation immersive « No Seasons » de Stone Island avec NM3, les recherches de Karimoku Research avec Waka Waka, Devon Turnbull ou Postalco, les expérimentations olfactives d’AEIR et Websessions, ou encore le robot domestique NEO de 1X Technologies. Autant de petits évènements à eux seuls, venus étoffer un programme déjà riche en talks et workshops, et marqué cette année par le lancement du cinquième numéro du magazine Capsule.

De gauche à droite : Bolon par Martino Gamper, BWB Surface par Panter&Tourron et Stone Island ©Capsule Globale

L’exposition anniversaire de Muller Van Severen

Pour célébrer les 15 ans de création de son studio, le duo belge Muller Van Severen s’est associé à Apartamento pour présenter, durant la Design Week, une exposition anniversaire intitulée « Silhouettes: Celebrating 15 Years ». Réalisée en partenariat avec la Tim Van Laere Gallery, cette exposition présentait quinze chandeliers monumentaux uniques, tous réalisés en aluminium. Chacun d’eux se révélait être une réinterprétation de motifs et de formes récurrentes dans l’œuvre du duo. Cette installation proposait ainsi un ensemble de pièces qui, bien que distinctes dans leur forme, n’en demeuraient pas moins cohérentes. Chaque chandelier était également couronné d’une grande bougie colorée qui se consumait progressivement, comme pour symboliser le temps qui passe, les quinze années écoulées, mais aussi, et surtout, celles à venir.

©Muller Van Severen

L’installation en papier d’Issey Miyake

Dans son showroom milanais, la maison Issey Miyake présentait, à l’occasion de la Design Week, le projet expérimental The Paper Log: Shell and Core, imaginé par le designer Satoshi Kondo du MIYAKE DESIGN STUDIO et développé en collaboration avec le bureau d’architecture espagnol Ensamble Studio. Le projet consistait en une installation d’objets-mémoire (Shell) et de prototypes de mobilier (Core), issus de la réappropriation de rouleaux compressés de papier appelés Paper Log, sous-produits des vêtements plissés de la maison - une technologie emblématique d’Issey Miyake. Au sein de l’espace, l’installation présentait deux séries complémentaires dérivées du Paper Log, dont les mises en scène confrontaient des qualités opposées : éphémère et concret, délicat et robuste. Les œuvres imaginées par Ensamble Studio sous le nom de Shell prenaient la forme d’une série d’objets en papier comme figés dans le temps, tandis que l’équipe de design interne présentait Core, un ensemble de prototypes de mobilier composé de chaises, tables et tabourets, traités de différentes manières afin d’explorer pleinement leur matérialité.

©Melania Dalle Grave e Michela Pedranti, DSL Studio

Le NikeAir_Lab, un endroit où courir voir des innovations

Pensé avec le nouveau centre milanais Dropcity, NikeAir_Lab proposait une plongée dans l’univers de Nike Air à travers les archives de la marque, quelques prototypes et des ateliers expérimentaux installés dans les tunnels industriels de Via Sammartini. Accessible durant toute la semaine, le laboratoire dévoilait près de 100 prototypes inédits. Les curieux ont ainsi pu découvrir les recherches autour de la Air Liquid Max, des matériaux FlyWeb et Radical AirFlow ou encore de la veste Therma-FIT Air Milano. Des créations ultra techniques mises en scène tout au long de huit stations de travail équipées de bras robotiques, de systèmes pneumatiques et d’outils de thermoformage. Mais outre les nouveaux produits, l’équipementier sportif dévoilait aussi des archives de l’ingénieur aéronautique Frank Rudy, des développements liés à l’Alphafly NEXT% ou à la combinaison Breaking4 de Faith Kipyegon. À mi-chemin entre le laboratoire de recherche et l’installation immersive portée sur l’innovation, le NikeAir_Lab était l’un des rendez-vous incontournables pour tout amoureux de design technique, de mode et de sport.

©Nike Air Lab
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5/5/2026
SaloneSatellite : huit talents à suivre

Passage obligé du Salone del Mobile, le SaloneSatellite était de retour pour sa 27e édition, révélant son lot de jeunes designers à suivre. Découvrez les coups de cœur Intramuros de l’édition 2026.

Sous la houlette de Marva Griffin Wilshire depuis sa création en 1998, le Salone Satellite, rendez-vous incontournable de la jeune garde du design à Milan, se dévoilait cette année sous le thème « Skilled Craftsmanship + Innovation ». Ils étaient plus de 700 designers, âgés de moins de 35 ans et venus de 39 pays, à avoir répondu à l’appel. Un panel de jeunes créateurs aux univers singuliers, venus défendre le design sous toutes ses formes, parmi lesquels la rédaction dévoile les huit talents qui ont retenu son attention.

JÜNGERKÜHN

Le studio berlinois JÜNGERKÜHN a été fondé en 2023 par les designers Konrad Jünger et Verena Kühn, rencontrés lors de leurs études en design produit. C’est durant cette période qu’ils développent un intérêt commun pour le numérique, la robotique et le comportement des matériaux analogiques, qui fera par ailleurs naître leur devise : « work in process ». JÜNGERKÜHN établit un lien « entre design industriel et artisanat numérique, avec une attention particulière portée aux matériaux ». Porté par le Digital Craft, le projet Soft Touch - système de sculpture sur mesure destiné au travail par soustraction sur céramique - présenté lors du SaloneSatellite, est très représentatif de leur démarche, qui allie outils numériques et matières. « Selon des facteurs tels que le degré de séchage ou l’épaisseur, le matériau réagit différemment. Le processus est défini, mais le résultat émerge de l’interaction entre la machine et le matériau. Cela reflète notre approche, qui consiste à concevoir des systèmes permettant une variation, plutôt qu’une reproduction à l’identique. » Un projet pour lequel le studio a par ailleurs été récompensé du troisième prix des Satellite Awards.

Projet Soft Touch

Liu Dong

Originaire de Pékin, en Chine, Liu Dong s’est formé à l’Université des arts de Berlin, dont il sort diplômé en 2019. Après des expériences dans différents studios de design, elle fonde son studio éponyme en 2025. Guidé par la créativité, il cherche avant tout à éviter la répétition : « Je ne recherche pas un contrôle absolu ; au contraire, j’accueille l’imprévu qui peut émerger. Je suis également attiré par une certaine forme de chaos. Mes projets embrassent l’imperfection et le hasard, tout en conservant un potentiel de production en série. » Inspiré d’un concept chinois contemporain qui dit « bien que façonné par l’homme, comme formé par la nature », il cherche à créer un équilibre entre machine, nature et intervention humaine. En témoigne la lampe TG-01, présentée au Salone, conçue comme une sorte de « lampe à récolter ». Celle-ci nécessite de l’utilisateur qu’il participe au processus de création, puisque ce dernier doit collecter des branches afin de créer une structure fonctionnelle à la lampe. « Il n’existe pas de configuration unique, ce qui rend chaque lampe singulière. Le processus favorise une reconnexion à la nature, où chaque branche devient un élément essentiel. »

Lampe TG-01

Taran Neckelmann

Designer norvégienne-allemande basée à Bergen, en Norvège, Taran Neckelmann définit son univers comme étant marqué par l’exploration du temps et de la longévité. « Je pense que nous avons la responsabilité de créer des objets qui durent. Mais il n’existe pas de réponse simple à cette question, et je m’intéresse aux mécanismes et aux stratégies qui permettent une résonance esthétique sur le long terme. » Son travail, inscrit dans la tradition scandinave, propose des objets cohérents qui introduisent de la répétition, de la géométrie et des jeux de matérialité. Pour le projet de tabourets Cooper, Taran Neckelmann explore la manière dont les techniques ancestrales et les motifs culturels peuvent conférer à un objet une forme de familiarité narrative. « J’ai grandi sur la côte ouest de la Norvège, dans une ville avec une forte tradition maritime. La fabrication de tonneaux y occupe une place importante dans la culture matérielle. C’est un savoir-faire présent dans de nombreuses régions du monde, ce qui le rend universellement reconnaissable. » Un projet qui s’inspire de plusieurs techniques norvégiennes, telles que le « lagging », mais également de l’artisanat japonais du « kioke ».

Tabouret Cooper

Birk Manum Bjerkan

Intéressé par le dialogue entre design et artisanat comme par la manière dont les matériaux « pensent » et se comportant entre eux, Birk Manum Bjerkan dispense une approche basée sur la construction. « En fonction du médium, j’essaie de créer des objets dotés d’une logique claire et d’un caractère cohérent. » Une approche qui rappelle celle de Jean Prouvé, l’un de ses maîtres à penser. Formé à la NTNU, en Norvège, et à l'Académie des Beaux-Arts de Brera, à Milan, le designer a lancé son propre atelier spécialisé dans le mobilier et la décoration intérieure, en 2024. « Un prolongement logique du design de mobilier » pour celui qui pratique également la peinture comme une autre manière de comprendre et de percevoir les matériaux à leur juste valeur. « C’est cette réflexion sur la valeur des éléments qui m’a notamment amené à travailler un fauteuil en bois de bouleau lamellé. C’est une essence norvégienne généralement utilisée à des fins de chauffage alors même que ce matériau est très polyvalent et jouit d’une longue tradition d’utilisation dans les pays nordiques en raison de sa bonne résistance au cintrage. »

Masaya Kawamoto

« Je pense que ma singularité réside dans la manière dont j'applique les techniques de travail du métal. » Basée à Tokyo où elle a fondé son studio en 2024, Masaya Kawamoto explore le lien entre les héritages traditionnels et la technologie moderne. Un pont que la designer illustrait cette année en présentant une chaise entièrement réalisée en métal selon les plans d’une pièce historiquement réalisée en bois, ou encore la lampe Bicone « inspirée de détails issus de luminaires emblématiques du passé ». Deux pièces à travers lesquelles la créatrice dévoile son intérêt pour la transformation et la réinterprétation des classiques modernistes par le biais du métal. Un univers diversifié en écho au passé de la créatrice - issue de l’École supérieure d’art de l’université Nihon - qui a débuté sa carrière chez un grand fabricant de mobilier de bureau puis au sein d”un cabinet de design lui ayant permis de toucher aux univers des équipements publics et de l’électroménager. « Bien que ma formation soit en design industriel pour la production de masse, je m'engage également à explorer des expressions expérimentales. Je cherche à équilibrer avec une beauté qui doit leur permettre d’exister en tant qu’objets de collection. » Une complémentarité qui lui avait valu d’exposer sa série PF à Alcova l’année dernière.

Hojo Akira

« Je pars de la structure plutôt que de la forme. L'apparence n'est pas le but, mais le résultat de la fonction, de la logique et de la fabricabilité. Dans cette approche, je recherche une condition où tous les éléments s'articulent de manière cohérente, sans complexité inutile » explique Akira Hojo. Une approche que le designer, installé à Tokyo, estime influencée par son expérience initiale comme designer interne pour des meubles de série. « Pour moi, l'industrie n'est pas une contrainte, mais un point de départ. Je construis des structures basées sur des procédés de fabrication tels que l'extrusion et les systèmes modulaires, en intégrant la production dès les premières étapes de la conception. » C’est notamment cette réflexion sur le processus qui a amené le designer à s'intéresser à la maille souple. Un matériau à l’origine de la chaise modulaire. « L’idée est que la structure n’impose pas de forme d’assise, mais qu’elle s’adapte au corps de l’utilisateur. Et le tout avec une grande stabilité, mais l’utilisation d’un minimum d’éléments. » Une application qui illustre correctement le rapprochement entre concept et réalité tout en veillant à « ce que la production, la structure et l’utilisation demeurent alignées. »

PLASMA-f

Fondé par Alberto Smaldone, le studio PLASMA-f entend ramener l’attention sur les procédés pour mettre en lumière la durabilité qui en découle. Ici, « chaque projet commence par une étude spécifique d’un matériau ou d’une technique de construction, plutôt que par une intention formelle prédéfinie ». Une approche qui confère généralement aux pièces du studio une forte géométrie. « La simplicité est le résultat d’un processus de réduction. En supprimant le superflu, l’objet peut atteindre un état où sa structure, sa logique et sa présence apparaissent clairement. C’est une manière de rendre les choses plus lisibles. » Un travail créatif tout autant qu’expressif, porté sur la proportion et l’équilibre à l’image de la pièce emblématique du studio : MIRACH. Réalisée entièrement en chutes de marbres issus des résidus de production, celle-ci évoque un certain goût pour l’efficience structurelle. « La structure est simplement composée d’éléments en forme de L maintenus ensemble uniquement par des tiges filetées tendues, configurées en une poutre précontrainte assemblée sans aucune colle, comme dans un pont. »

Banc Mirach © Michela Pedranti

Bryce Lim

À mi-chemin entre objets domestiques et objets de collection, les créations de Bryce Lim naissent dans un univers ni complètement étranger ni réellement familier. Diplômé d’une licence en design industriel (avec une spécialité innovation produit) à l'Université nationale de Singapour (NUS) en 2025, le designer s’intéresse « aux moments où la reconnaissance attire l’attention, mais où de subtils écarts commencent à déstabiliser la perception ». Un sentiment qui s’explique notamment par l’utilisation de matériaux inhabituels à l’image de la collection Squishy Vase réalisés en mousse de polyuréthane (PU). Une enveloppe étonnante, suggérant un certain poids et une certaine solidité pourtant déformable sous la pression. Façonnée à l’aide de moules imprimés en 3D, cette collection reflète l'intérêt du designer pour le potentiel expressif des matériaux et des procédés de fabrication, abordés à travers un prisme situé entre la production industrielle et l’artisanat. « Plutôt que de partir d’un résultat prédéfini, je laisse souvent le comportement des matériaux et des procédés guider mon travail. Et je pense que l’aspect futuriste que l’on peut voir dans mes objets ne vient pas de l’imagination de matériaux ou de formes entièrement nouveaux, mais d’une remise en question de ce qui existe déjà. »

Collection Squishy Vase
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