Révélations 2023 confirme le dynamisme des métiers d’art
Identité visuelle Révélations 2023, Kuniko Maeda, Columbidae © Kuniko Maeda

Révélations 2023 confirme le dynamisme des métiers d’art

En 2023, la sixième biennale des métiers de l’art et de la création contemporaine a fêté ses dix ans d’existence en célébrant la créativité du Québec, pays à l’honneur.


Le Grand Palais Ephémère vient de refermer ses portes sur le salon Révélations. Très qualitative, cette nouvelle édition a permis au public de découvrir 350 exposants, dont 71 % de nouveaux venus. Dans la scénographie toujours aérée du designer Adrien Gardère, ces créateurs, galeries, manufactures, régions et associations, issus de 29 pays, ont été sélectionnés par le comité d’orientation artistique, composé de onze acteurs de la filière, des arts, du marché et des institutions. Fidèles à ses valeurs, Ateliers d’Art de France, organisateur de l’évènement, a renouvelé son exposition centrale « le Banquet », mis en lumière la création foisonnante d’un pays – cette année, la province du Québec -, ou encore a réalisé un focus appuyé sur les jeunes talents du secteur.

Révélations 2023, Stand Urkraine @DR

Révélations 2023, Banquet Québec © Alex Gallosi

Le Banquet, l’excellence des savoir-faire internationaux

Exposition-signature du salon, le Banquet 2023 a présenté la crème de la création provenant de dix régions du monde. La Chine, l’Egypte, l’Equateur, la France, l’Irlande, le Portugal, les Pays-Bas, mais aussi le Rwanda, la Suède, l’Ukraine et l’Europe ont dialogué autour des matières et des techniques. En dix espaces, 70 artistes et manufactures ont repoussé les formes et les frontières. Parmi les propositions, quelques pièces ont retenu notre attention. Certaines provenaient de l’exposition « les Aliénés » du Mobilier national, réalisée en 2022, présentant des meubles inusités du Mobilier, revus par des plasticiens aussi audacieux que provocateurs. Sur le Banquet, le designer Thierry Betancourt, en collaboration avec la Maison Louis Marie Vincent a posé La Rêveuse, commode en bois de rose de style Louis XV, recouverte d’une épaisse gangue blanche, réalisée en « carton pierre », une technique ancestrale du XVIIème siècle remise au goût du jour. Les formes organiques de cette dernière semblent annihiler le caractère utilitaire du meuble. A l’aide de cuivre gonflé à la flamme, Prisca Razafindrakoto a transformé la chaise d’écolier Mullca 510 du créateur légendaire Gaston Cavaillon. De même, sur le Banquet Europe, la suédoise Léonie Burkhardt a présenté Radiant Pink, sorte de vase textile créé à partir d’un fil rétractable thermoréactif, où aucune couture n’est visible, tandis que Blush, pièce de l’Irlandaise Helen O’Shea sublimait une bouteille plastique grâce aux fils de coton et épingles à coudre. Enfin, le Rwanda brillait notamment à travers Mannequin, une pièce imposante de métal et fils, du jeune plasticien Cedric Mizero.

Commode « la Rêveuse »
Réalisé par : Thierry Betancourt et la Maison Louis Marie Vincent
Le meuble est réalisé en « carton pierre » une technique ancestrale remontant au 17ème siècle remis au goût du jour qui est plus dure que le papier mâché. Et en effet rehaussé à certains endroits par du parchemin, par les soins de Louis Marie Vincent une de ses grandes spécialités.

Le Québec à la fête

Aux côtés de nouveaux pays exposants comme l’Arménie, l’Egypte, le Danemark, le Liban, mais aussi l’île française des petites Antilles Saint-Barthélemy, pour ne citer qu’eux, la nation Québec était l’invitée d’honneur du salon, faisant suite à l’Afrique en 2022. « Ce pays était déjà présent sur le Banquet 2019, explique Stéphane Galerneau, président fraîchement élu à la tête d’Ateliers d’Art de France et du salon. Bénéficiant du plus gros budget culturel jamais alloué aux métiers d’art, nos cousins francophones portent les couleurs d’une création libérée des contraintes patrimoniales, et ont cette volonté d’inclure les peuples autochtones. » Soutenus par le conseil des métiers d’art, la maison des métiers d’art de Québec, le gouvernement québécois et sa délégation parisienne, trente-quatre créateurs dont dix des Premières Nations ont proposé des pièces en verre, textile, métal, pierre, papier, bois, céramique, hybridant les cultures nordaméricaine et européenne. Parmi ces nombreux artistes de la matière, le duo canadien Hélène et son mari – la céramiste Hélène Chouinart et le sculpteur Jean-Robert Drouillard – exposait, non sans humour, J’effeuille les parfums de mon enfance, une installation composée d’une kyrielle de tasses en céramique, accompagnées d’une figure en bois. Une œuvre illustrant les pratiques traditionnelles de cet art du feu, réactualisées par des motifs imprimés par décalcomanie. Exclusivement dédié à quinze artistes québécoises et canadiennes, dans trois lieux parisiens, le programme « Hors les murs » accompagnait également cette foisonnante sélection de la Belle Province, visible sur les deux grands stands in situ.

Révélations 2023, Le Banquet Québec - Paula Murray, Inner Landscape © Paula Murray

Révélations 2023, Le Banquet Québec - Paula Murray, Inner Landscape © Paula Murray

Sur l’Agora, l’avenir du secteur

L’exposition collective des dix ans du Prix de la Jeune Création Métiers d’Art, accueillait le public, dès son entrée, sur l’Agora. « Cette année, Révélations a souhaité valoriser tous les lauréats dénichés sur le territoire français depuis une décennie », renchérit Stéphane Galerneau. Lauréate 2023 avec l’artiste du verre Tiphaine Germaneau, la céramiste Cécile Fouillade alias Siquou présentait quelques nouveaux Vases Fourrure reproduisant en céramique le pelage animal, inspiré de sa dernière résidence artistique au Groenland. Parmi d‘autres, la brodeuse Clémentine Brandidas, lauréate 2018 exposait Shanshui, marqueterie de plumes sur soie teintée, tandis que l’étonnant collier Kaa, en cuivre et argenture était l’œuvre réalisée et récompensée en 2016, par Marine Dominiczak, artiste du bijou contemporain.
Tremplin pour la jeunesse, acteur économique déterminant pour toute une filière, le salon s’est créé, au fil du temps, un ADN unique. Cette année, cette identité particulière s’est aussi exprimée à travers Columbidae, œuvre délicate de papier de la sculptrice japonaise Kuniko Maeda, associant technologie numérique et artisanat d’art nippon. « Nous souhaitions souligner la diversité de nos métiers, poursuit Stéphane Galerneau, et présenter au public des métiers plus rares. »

Le design en trois coups de coeur

Si le président d’Ateliers d’Art de France et du salon affirmait que « la biennale est cette niche d’excellence qui ne dérive pas vers l’art ou le design », cette nouvelle édition lui donnerait-elle tort ? En témoignent quelques exemples parmi beaucoup d’autres, venant appuyer l’idée de porosité des frontières, de filiation entre créateurs et designers.

Magdeleine, chaise Slacken ©Magdeleine-min

Tiffanie Baso/ Magdeleine, Slacken

Fondatrice, en 2019, originaire d’Occitanie de la marque Magdeleine, Tiffanie Baso est une jeune artisane-designer du bois, pleine de promesses. Créé en 2021, son fauteuil Slacken en frêne et orme a été réalisé grâce à la technique du cintrage. « Le cintrage tord le bois, explique-t-elle. Une accumulation de lames est nécessaire pour fabriquer notre forme finale. Lorsque nous avons sélectionné et organisé minutieusement nos lamelles, nous les plaçons dans une étuve à vapeur, élément-clef pour plier le bois. Elle permet de réchauffer et détendre la fibre du bois, afin de la façonner aisément autour d’un gabarit pour créer une forme spécifique, et obtenir des courbes optimales. »

Mangrove , dessiné par Seraphyn Luce Danet, réalisé par par le ciseleur Mapie Belgary et le fondeur Yannec Tomada.
Guéridon en bronze poli sur sa face intérieure, ciselé et laqué sur sa face extérieure.
Dimensions : 42 cm de diamètre et 60 cm de hauteur.
@Alain CORNU

Seraphyn’, Gracile et Mangrove

Dessinée par la créatrice Seraphyn Luce Danet, la chaise Gracile créée en 2023 a été exécutée par l’atelier de menuiserie Falher. Selon la technique brevetée par le Français Claude Barlier, sans assemblages apparents, elle est décomposée en une série de strates numériques découpées dans des matériaux en plaques, ensuite compilées pour reconstituer la pièce finale. Quant à son guéridon Mangrove, en bronze poli et doré, exécuté par le ciseleur Mapie Belgary et le fondeur Yannec Tomada, sa forme organique et asymétrique s’inspire d’une végétation racinaire qui se développe dans les marais des littoraux tropicaux, lieu de reproduction de la biodiversité.

Stand Mobilier national Cité de la céramique-Sèvres & Limoges @DR

Mobilier National et la Cité de la céramique – Sèvres & Limoges

Pour la première fois, la Cité de la Céramique-Sèvres & Limoges et le Mobilier national ont partagé un stand. Grâce à la scénographe Mathilde Bretillot, cinq « tableaux » offraient des points de vue sur la création mêlant de nombreuses pièces. Parmi celles-ci, quelques tapisseries de Jean Messager, Geneviève Asse ou Cécile Bart, un fauteuil de Francesco Binfare, une banquette du Studio Mr. & Mr, des guéridons d’Eric Schmitt ou encore plusieurs vases de grandes signatures.

Depuis dix ans, Révélations a su affirmer son positionnement d’excellence en faveur des métiers d’art et de la création. De plus en plus décomplexés en regard des nouvelles technologies, tout en respectant les traditions et l’environnement, ces métiers font de ce salon, un exemple unique en son genre.

Rédigé par 
Nathalie Degardin

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Temps de lecture
13/3/2026
Collectible design : retour sur les découvertes bruxelloises marquantes

À Bruxelles, la foire Collectible Design s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs du design contemporain. Dédiée à la création du XXIᵉ siècle, elle explore les frontières entre pièce fonctionnelle et objet de collection. Des expérimentations matérielles aux réinterprétations artisanales en passant par les recherches structurelles, retour sur quelques découvertes marquantes de cette nouvelle édition qui se tient du 12 au 15 mars 2026 à l'espace Vanderborght et dans quelques galeries.

Idéalement située au cœur de l’Europe, Bruxelles s’est imposée comme un carrefour du design international. Outre ses nombreuses galeries et ses rues pavées d’ateliers, la capitale belge accueille chaque année la foire Collectible Design, devenue l’une des nouvelles grandes messes du design contemporain. Rassemblant principalement des acteurs européens, cet événement consacré au design du XXIᵉ siècle tisse des liens entre objet fonctionnel et pièce de collection, incarnant une approche aujourd’hui indissociable : le collectible design.

Pour cette nouvelle édition, le salon affirme une ligne curatoriale fondée sur la confrontation des savoir-faire et des gestes créatifs en constante réinvention. Souvent incarnée par une certaine radicalité formelle ou matérielle, cette rencontre se déploie à tous les étages de l’Espace Vanderborght réparti en différentes sections. MAIN rassemble ainsi des galeries internationales autour de pièces majeures du design contemporain, tandis que BESPOKE offre une plateforme aux studios indépendants pour dévoiler des créations exclusives. NEW GARDE met quant à elle en lumière de jeunes galeries, collectifs et project spaces, là où ARCHITECT <=> DESIGNER souligne le rôle des architectes dans la conception du mobilier.

Nouvelle venue en 2026, la section TABLESCAPES explore l’art de la table comme espace de design et de sociabilité. Une manière de rappeler que le contemporain ne renvoie pas à une seule manière de penser ou de produire. La preuve également avec CURATED, un espace imaginé cette année par la curatrice Marine Mimouni autour du thème Echoes of Use. Un corpus riche en surprises et en découvertes, porté par une volonté de produire des objets esthétiques et souvent en résonnance avec les enjeux de notre époque.

Intramuros revient ici sur quelques pièces marquantes découvertes lors d’une déambulation frénétique et inspirante.

Studio Skipt chez Galerie Casa Sòler (France)

Fondé en 2020 à Argenteuil par Josselin Gerval, Baptiste Lavigne et Paul Lossent, le studio Skipt se distingue par une approche exploratoire du territoire. Exclusivement récupérés dans la proche banlieue parisienne où se situe l’atelier, les matériaux sont assemblés de manière instinctive, donnant naissance à un design à la fois futuriste et frugal. Présentées pour la première fois, les deux pièces s’inspirent du tabouret d’horloger et de la chaise de laboratoire BAO, renommée ici AOB. Ces réinterprétations constituent les premières typologies d’une collection plus étendue où devraient fusionner matériaux du quotidien et artisanat numérique. Une association à laquelle le studio consacre une part croissante de sa recherche depuis deux ans.

©Skipt

Altherr chez Second Nature Projects (Suisse)

La collection Succession est née lorsque les designers ont récupéré un lot d’anciens éclairages du tertiaire destinés à être jetés. C’est cette idée de seconde vie qui a donné son nom à la série, dont les pièces conservent encore les stigmates de leur existence passée : vis, pattes d’encastrement ou traces d’usage. Sorte de readymade contemporain, ces modules industriels sont transformés en objets minimalistes et sculpturaux. Ravivées par des couleurs vives issues du secteur automobile, ces modules développent une dimension presque totémique. L'équilibre entre leur ancienne fonction, symbole d’un cycle de consommation, et leur nouveau statut d’objet de collection éclaire la puissance du détournement.

©Lorenz Cugini

Arnaud Eubelens chez Kammer Gallery (Belgique)

Basé sur l’utilisation exclusive de matériaux glanés dans l’espace urbain, le travail du designer belge Arnaud Eubelen donne naissance à des pièces uniques souvent marquées par une esthétique inspirée des années 1970. Cette référence se retrouve notamment dans la structure visible et mobile de son fauteuil qui offre plusieurs positions à l’utilisateur. L’assemblage repose sur des éléments simples — tiges filetées et boulons — seuls composants neufs du projet. Cette construction filaire et légère s’inscrit dans une réflexion sur la durabilité et la réparabilité du mobilier. Présenté pour la première fois, ce fauteuil à l’apparence brute évoque certains mouvements pionniers du design moderne.

©Arnaud Eubelen

John Sterck (Belgique)

Fidèle à une approche qui part souvent d’une expérience radicale, le designer John Sterck entame ici un dialogue entre la forme, la fonction et la typologie. Artema est de fait une lampe pensée pour s’adapter à l’espace. Dotée de trois pieds en aluminium souple et surmontée d’un simple abat-jour en origami issu d'une feuille format A3, cette création aux allures insectoïdes se veut pérenne. Son adaptabilité aux espaces et interchangeabilité de l'abat-jour en témoignent. Une réflexion sociale et démocratique où la simplicité va de pair avec l’accessibilité.

©John Sterck

Max Milà Serra chez Vasto (Espagne)

Inspiré à la fois par la nature et par les structures issues de l’ingénierie, le designer Max Milà Serra joue sur les changements d’échelle pour développer un univers quasi-scientifique. Fasciné par les limites structurelles, il conçoit ses luminaires, dont Grimshaw, comme de petites architectures prospectives. En miniaturisant ce qui est habituellement monumental, il fait ressortir les câbles, les articulations et les composants habituellement dissimulés. Une sorte de mise en scène poétique (et à certains égards robotoque) des forces physiques qui structurent notre quotidien.

©Maria Baños

Dans la section Curated

1.1 Side Table par Silvia Sukopova (Slovaquie)

Il est bien plus simple de modifier l’échelle d’un objet dans un environnement numérique que dans la réalité. Ce constat est au cœur de la 1.1 Collection qui explore les liens entre l'impression 3D et les matérialités. Pour cette pièce, elle est partie d’un jouet d’enfant agrandi jusqu’à atteindre la taille classique d’un meuble. Ce changement d’échelle révèle les déformations et axes de construction de l’objet miniature. Transformé en un archétype géant, le guéridon adopte une forme légèrement déséquilibrée, presque tordue, qui obligatoirement interroge l'utilisateur. Un sentiment renforcé par le choix d'une surface feutrée obtenue par projection électrostatique de fibres.

©Jakub Michal Teringa

Invert Sofa par Alan Prekop et Sebastian Komacek (Slovaquie)

Habitué à travailler l’acier inoxydable comme élément structurel, le duo propose ici une approche radicale : extraire la structure interne pour en faire l'élément visuel principal. Une idée survenue après une mauvaise opération de cintrage ayant entrainée des plis sur les tubes. Ici le coussin en latex ne soutien plus le corps humain mais épouse la forme de l'assise passant du rôle d'élément de confort au rôle de fondation. Une inversion qui fait évidemment perdre à l’assise un peu de son confort, mais au profit d'une nouvelle dimension émotionnelle. À travers ce dialogue, INVERT explore la tension entre la matière et le sens.

©Alan Prekop and Sebastian Komacek

Flare 09 par Studio Douze Degrés (France)

Initialement inspirée d’une scénographie conçue à partir de lentilles optiques pour un concert du label Cercle, la lampe Flare - disponible en format à poser ou lampadaire - évolue aujourd’hui vers une version mobile : Flare 09. Cette déclinaison conceptuelle reprend les éléments constitutifs de la première proposition mais en change l’échelle en multipliant les modules. Plus clairement inscrite dans le champ du collectible design, cet ovni très scénographique invite à ralentir le temps au rythme de la réduction des bougies et des halos lumineux. Le projet est auto-édité est réalisé avec le savoir-faire d’une des rares usines encore spécialisées dans la fabrication de lentilles optiques sur mesure.

©Studio Douze Degrès

Crown of Thorns Stool par Benjamin Graham (États-Unis)

Inventée en Europe du Nord, la technique dite de la couronne d’épines permet l’assemblage de carrelets de bois selon un principe modulaire sans fixation. Presque disparue aujourd’hui, elle est remise à l’honneur par le designer. Formé à cette technique par un artisan du Colorado, il s’est intéressé à la transposition du treillis qu’elle forme pour l'amener dans le champ du design contemporain. Ce travail de recherche a donné naissance à un tabouret composé de 465 éléments, auquel s’est ensuite ajoutée une table basse en verre. Au-delà de la valorisation d’un savoir-faire traditionnel, la pièce démontre comment la réarticulation de deux matériaux peut transformer radicalement l’esthétique d’une composition.

©Benjamin Graham

Shelf3000 Light par Franz Ehn (Autriche)

Interprétation minimaliste de la typologie de l’étagère, cette pièce issue de la série 3000 a été imaginée comme un témoin silencieux de notre époque. Le verre trempé permet à la structure de s’effacer au profit de l’acier, à la fois matière structurelle et ornementale. Les objets ne sont plus dissimulés mais mis en scène. Le paradigme décoratif évolue pour laisser l’étagère devenir un dispositif qui révèle ce qu’elle accueille plutôt qu’un meuble dissimulateur qui s’impose visuellement.

©Franz Ehn

Dans la section Tablescapes

Studio DO (Belgique)

Fondé à Anvers par Dana Seachuga et Octave Vandeweghe, le studio développe une approche brute et intemporelle. Son travail propose ici un dialogue direct entre arts de la table et histoire de la sculpture sur pierre. Les pièces — gobelets, carafes, tables de cocktail ou assiettes — naissent de fragments architecturaux récupérés comme des pavés, des appuis de fenêtres en pierre bleue ou des éléments décoratifs abandonnés. Ces modules fonctionnels, mais souvent invisibilisés dans l’architecture, retrouvent une nouvelle vie grâce à des interventions minimales comme le sciage ou le perçage. Des opérations qui peuvent évoquer les vestiges d’un paysage romantique.

©Studio DO

In Layers par OOG Objects (Pologne)

La collection In Layers repose sur une exploration du verre par superposition de strates. Basée à Cracovie, Alicja Hajkowicz-Rudzka développe une identité fortement liée au processus. Plusieurs bulles de verre soufflé sont formées séparément puis assemblées à chaud, sans colle ni fixation, grâce au travail simultané de quatre artisans. Le verre opalin choisi permet de rendre visibles distinctement les différentes couches de l'objet. Ainsi, les volumes se superposent structurellement et visuellement, révélant l’irrégularité des formes et la densité du matériau.

©OOG Objects

Persona par Mila Zila (République tchèque)

Basée en République tchèque, la designer et artiste Ludmila Zilkova explore le verre comme matériau sculptural, à la frontière entre collectible design et art contemporain. Dans cette série, elle transforme des objets du quotidien comme des vases, des couverts, ou des verres en formes expressives. Les propriétés physiques du matériau jouent un rôle central permettant à la gravité de former comme déformer chaque pièce en fonction de la viscosité et chaleur. L'objet devient ainsi le résultat d’un dialogue entre transformation matérielle, identité et tradition verrière locale.

©Mila Zila

L'exposition est visible à l'espace Vanderborght du 12 au 15 mars 2026, Rue de l'Ecuyer 50. Bruxelles 1000. Belgique.

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13/3/2026
« Pop Art Car » : l’automobile comme terrain d’expression

Au défilé Renault – The Carwalk, sur les Champs-Élysées, l’exposition « Pop Art Car » explore jusqu'au 26 avril, la rencontre entre culture populaire, art urbain et design automobile. Entre œuvres historiques et show-cars expérimentaux, la voiture y apparaît moins comme un objet technique que comme une image, un symbole et un support de création.

Depuis les années 1960, la voiture occupe une place singulière dans l’imaginaire visuel contemporain. Le Pop Art, en s’emparant des objets du quotidien, l’a transformée en motif graphique et en symbole de modernité. Héritier direct de cette culture visuelle, le street art prolonge aujourd’hui ce dialogue avec la ville, les images et les mythologies industrielles, mis en scène par l’exposition « Pop Art Car ». Ainsi, des figures majeures du Pop Art et de l’art contemporain tels que Victor Vasarely, Erró ou Arman côtoient des artistes issus de la scène urbaine comme Invader, D*Face ou John « Crash » Matos. Les œuvres exposées interrogent la manière dont l’objet automobile, omniprésent dans l’espace public, peut devenir icône culturelle, matière plastique ou surface narrative.

Exposition "Pop Art Car" © Claire Dorn

Entre design, objet et sculpture

Au-delà des œuvres exposées, « Pop Art Car » s’étend aux véhicules eux-mêmes, qui deviennent des objets de design à part entière. Plusieurs show-cars installés sur la rampe du défilé dessinée par l’architecte Franklin Azzi, prolongent cette réflexion. Le concept Suite N°4 imaginé par Mathieu Lehanneur transforme la Renault 4 en architecture mobile, tandis que Pierre Gonalons revisite la Renault 5 comme un bijou roulant aux accents seventies. Plus sculpturale, la reinterprétation de la Twingo par Sabine Marcelis joue avec la lumière et la transparence, faisant de la citadine un objet presque lumineux.

Exposition "Pop Art Car" © Claire Dorn

Dans cette mise en scène où se croisent designers, artistes et ingénieurs, la voiture apparaît comme un territoire hybride : à la fois produit industriel, objet culturel et support d’expérimentation esthétique. Une manière de rappeler que le design automobile participe pleinement à la construction de notre paysage visuel contemporain.

Temps de lecture
12/3/2026
Matter and Shape : nos 5 coups de cœur

Du 6 au 9 mars, le salon Matter and Shape a de nouveau investi les Jardins des Tuileries, en plein cœur de Paris.

Devenu un rendez-vous incontournable de la scène design depuis sa création en 2024, le salon Matter and Shape était de retour à Paris pour une 3e édition, pour laquelle plus 70 marques et créateurs ont répondu à l’appel. Découvrez 5 marques et studios qui valaient le détour. 

Unknown, Untitled

Fondé il y a 10 ans, le studio Unknown, Untitled participait pour la seconde fois à Matter and Shape. Après une première édition marquée par les UU Tiles depuis largement médiatisée, le studio dont l’approche globale passe par le conseil et l’image de marque, présentait cette année Rubber & Glass. Conjuguant le verre et l'élastomère pour sa matérialité plus que ses spécificités techniques, le studio livre un ensemble tout en contraste. Notion motrice de ce projet, celle-ci propose une lecture hybride de ce petit salon, transparent autant que opaque, souple autant que cassant. Ici, les lignes épurées du noir rappellent une certaine simplicité japonaise alors même que la mise en scène trouve une résonnance avec les codes automobiles. Les assises se muent en ailerons, le miroir laisse entrevoir l’idée d’un essuie-glace duquel se propage un halo de lumière, tandis que le vase et son petit miroir d’eau rappellent la forme d’un rétroviseur. Autant d'évocations rappelant de par cette opposition, un quasi-lieu de culte.

Ensemble Rubber & Glass par Unknown, Untitled ©Celia Spenard

Bang & Olufsen

Invitée à sonoriser l'espace déjeuner à la manière d’un restaurant lounge et informel, Bang & Olufsen dévoilait dans le même temps la Première. Une barre son inscrite dans la quête d’excellence de la marque sur le plan acoustique - décodeur Dolby Atmos 7.1.4 - et stylistique. Réalisée avec les experts de la Factory 5 à Struer, au Danemark, l’enceinte se distingue par la finesse de sa silhouette monobloc en aluminium sculptée, surmontée d’un tweeter imaginé comme un bijou. Doté de 10 haut-parleurs - et d’un supplémentaire orienté vers le haut pour accroître la profondeur du champ sonore -, l’enceinte fait la part belle à une esthétique rétro futuriste assumée. Percée de 1 925 trous en hommage à la date de création de la marque, elle intègre en son sein 90 LED permettant à l’objet d’évoluer au gré des réglages. Limité à 25 exemplaires, l’objet disponible en Aluminium, Gold Tone ou Black Anthracite était présenté aux côtés du casque Beoplay H100, de l’enceinte Reloved et de la platine Beogram 4000C, tous mis à disposition des visiteurs.

Casque Beoplay H100 et la platine Beogram 4000C de Bang & Olufsen

Axel Chay

Entouré par sa compagne, Mélissa Chay, directrice artistique du studio, et son frère Aimeric, artisan, le designer Axel Chay présentait pour la première fois sa collection Voyage. Dernière en date, celle-ci se concentre sur l’arrivée de lignes plus tendues et anguleuses, marquant une évolution stylistique. Omniprésente, la notion d'exotisme s’inscrit comme un fil rouge reliant esthétiquement le zebrano, un bois rare et nervuré, et l’inox. Utilisé brut, ce dernier fait écho à l’acier, matière première du créateur connu à l’origine pour ses pièces tubulaires aux couleurs acidulées. Un volet depuis refermé, mais dont l’approche visuelle et rétro demeure.

La nouvelle collection Voyage d'Axel Chay ©MickaëlLlorca

studiososlow


Fondé en 2020 par Ge Shenjun et Li Yuchen, studiososlow est un studio multidisciplinaire chinois basé à Shanghai qui explore les couleurs, les matériaux et les sensations du quotidien à travers des projets de direction créative, design produit et scénographies. Sur le salon, ils présentaient la série Kite, qui s’inspire du savoir-faire des artisans de Weifang, réputés pour leurs cerfs-volants en bambou chauffé et assemblés avec des fils de coton. Le papier de coton blanc, très translucide, est associé à un papier filigrané orné de fleurs de prunier, dont les motifs embossés au laser révèlent de délicates ombres florales lorsque la lampe est allumée, disponible en applique, lampe de table et lampe à poser.

Collection de luminaires Kite © studiososlow

Petite Friture


L’éditeur français a invité la designer textile néo-zélandaise Grace Atkinson à dialoguer avec la collection Sandows de René Herbst, créée dans les années 1930 et récemment rééditée par la marque. La créatrice a choisi de répondre à cette invitation avec l’œuvre textile One One Four, pensée en écho avec la chaise longue Sandows n°114. Réalisée à partir de tissus Kvadrat et Sahco, l’installation a été développée directement sur la chaise longue, en laissant la tension et le mouvement des étoffes guider la forme, pour un rendu tout en poésie. 

Œuvre textile One One Four et collection Sandows, Petite Friture x Grace Atkinson
Temps de lecture
5/3/2026
Vind, une collection qui se fond dans le paysage

Imaginée par Kasper Salto pour le Louisiana Museum of Modern Art de Humlebæk au Danemark, la collection Vind marque un nouveau chapitre dans la collaboration de longue date entre le designer danois et Fritz Hansen. Une collection outdoor discrète et exigeante, pensée pour durer et s’effacer dans le paysage.

Née du mot danois signifiant « vent », la série Vind puise son inspiration dans l’architecture maritime et les forces naturelles qui façonnent le littoral du Louisiana Museum of Modern Art, situé à Humlebæk au Danemark. Conçue spécifiquement pour les espaces extérieurs du musée, cette collection de mobilier signée par le designer Kasper Salto incarne une approche du design à la fois humble, fonctionnelle et profondément contextuelle. « La chaise Vind est un outil pour s’asseoir, ce n’est pas une oeuvre d’art. Elle est conçue pour bien servir les gens, comme un hôte discret », confie le designer. La collection privilégie ainsi une expression calme, presque silencieuse, où chaque détail sert l’usage.

Collection outdoor Vind, design Kasper Salto © Fritz Hansen

La précision du geste discret

Les structures en aluminium thermolaqué, légères, durables et recyclables, assurent solidité et longévité, tandis que les assises, tressées à la main à partir de près de 150 mètres de corde en polyester, apportent texture et confort. Un travail artisanal qui requiert jusqu’à quatre heures par pièce et confère à chaque assise de subtiles variations, révélant un équilibre maîtrisé entre précision industrielle et geste humain. La collection Vind prolonge ainsi l’héritage de la chaise ICE™, conçue par Salto pour le café du musée au début des années 2000, tout en répondant à un autre esprit du temps : celui de la durabilité, de la simplicité et du « moins mais mieux ». Composée d’un fauteuil, d’une chaise et d’une table, la série s’intègre prend naturellement sa place au cœur des jardins, terrasses et espaces d’accueil, sans jamais rivaliser avec son environnement. Une présence juste, pensée pour accompagner le paysage plutôt que le dominer.

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