Le casse-tête des distributeurs
Showroom © MODA

Le casse-tête des distributeurs

La distribution du mobilier a toujours été pour les éditeurs, les fabricants ou les distributeurs, de l’ordre du casse-tête. Comment gérer les stocks ? Comment choisir les couleurs ? Comment répondre aux commandes en hausse de 20 % malgré le confinement, la crise de la Covid 19 et un taux de croissance finalement selon l’INSEE de 7% pour 2021. Tentatives de réponses de SIFAS, la CFOC, MY Design et MODA International.


SIFAS et le stock logistique

Le directeur général de Sifas, Jérôme Armaroli, explique avoir toujours mis en place, une politique de stock pour des livraisons rapides. La marque, originaire de Cannes, qui existe depuis 50 ans a toujours su répondre à la demande. La crise qui aurait pu les effleurer à la sortie du 1er confinement s’est limitée à une légère baisse, immédiatement résolue en mars 2021 pour refaire les stocks pour 2022. « Avoir un niveau de stocks important est essentiel pour fournir un marché de l’outdoor en pleine expansion, où canapés et fauteuils, se déplacent en un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Le passage du salon sur la terrasse se fait dans un même élan. Sifas dispose d’un stock logistique à Lille, 10000 m2 de hangar à Houplines, petite commune (7800 habitants) des Hauts de France, près de la frontière belge et les meilleures ventes de la marque sont le canapé Komfy d’Eric Carrère qui propose six références déclinées en trois couleurs. Il permet de faire le maximum de combinaisons avec le minimum d’éléments. C’est actuellement le salon bas le plus vendu en Europe dans le haut de gamme premium après Dedon, Royal Botania, Cassina, B&B Italia et Minotti. Grâce à l’Ameublement Français/le French Design, la bataille du made in France semble gagnée. Samuel Acoccebery était convoqué le 21 janvier à l’Elysée pour la remise des « French Design 100 Award winners », pour célébrer aux côtés d’Emmanuel et Brigitte Macron, le succès du design français qui peut compter sur 1700000 entreprises artisanale et 3,1 millions d’actifs. »

Portrait de Jérome Armaroli, PDG de SIFAS
Fauteuil © SIFAS

Sifas offre une customisation maximale avec seulement six références grâce à un gros travail en amont sur le design dans le bureau interne qui compte trois personnes et qui effectuent des allers-retours incessants et permanents d’ajustement avec les designers pour un délai de livraison entre huit et quinze jours. « La particularité du outdoor exige une saisonnalité de mars à juillet. Les autres entreprises ont été dépassées par les événements. Sifas a su anticiper le problème. Avec seulement 50 personnes en France mais ses propres usines en Chine, Sifas peut alimenter sans problème l’Europe mais également les Etats-Unis avec une offre en couleurs en permanence stockées : blanc, taupe ou gris. Si un besoin particulier se déclare, Sifas produit en quatre semaines des produits à la carte qui jouent avant tout de la qualité d’une soixantaine de tissus sur une structure en aluminium recyclé. Tout est organisé à l’avance pour produire de deux pièces à deux cents pièces supplémentaires qui seront livrées à 95% par camion. Car l’avenir du design, c’est le fret et en transport, malheureusement, le fret ferroviaire été abandonné. Sernam, Gondrand, Shenker sont les transporteurs français qui essaient d’éviter les ruptures dans ce fil de livraison de mobilier monté. Pour les transports intercontinentaux, c’est encore le bateau avec une seule gare en Europe, à côté de Brême, l’aboutissement moderne des nouvelles routes de la soie. »

Canapé outdoor © SIFAS

Sifas a un seul objectif : la durabilité des produits. Une structure en aluminium dure 20 ans, qu’elle soit peinte en bleu, blanc, gris ou avec effet bois. Sifas s’insurge de la déforestation des grandes forêts primaires où l’on coupe le teck et autres bois tropicaux. Elle affiche un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros et une progression de 20%. Le confinement a donné le temps aux gens de réfléchir aux multiples possibilités d’utiliser l’extérieur, de faire véranda, pergolas ou lodge. Le marché explose en euros devant un dollar fragilisé où il n’est même plus la seule référence en Chine. La dernière collection BIG ROLL du Döppel Studio (Jonathan Omar et Lionel Dinis Salazar) devrait y trouver son public.

Un nouveau CEO à la CFOC

A la CFOC, la Compagnie Française de l’Orient et de la Chine, Louis Desazars, CEO depuis juin 2020 travaille sur le sujet en réflexion quotidienne avec sa Directrice de la Création, Valérie Mayéko Le Héno, et sa directrice marketing, Chloé de Lamberterie, toutes les deux en accord pour suivre les traces du fondateur de la marque François Dautresme. Cet explorateur revenait de ses voyages, les bras chargés d’histoires et de trésors qui faisaient découvrir la richesse des arts de la table, des textiles et l’excellence et la simplicité de la vie paysanne. La collection Pierres de rêve entraîne le visiteur dans la province du Yunnan où les veines du marbre invitent à se laisser guider par la fluidité des eaux. La collection de Valérie Barkowski installée au Maroc, interroge les savoir-faire, explore la broderie et la passementerie ou décline des matières naturelles travaillées avec les savoir-faire chinois, une porcelaine teintée dans la masse avec un émail mat.

Louis Desazars, CEO de la CFOC © Dean Kaufman

« Dans l’ensemble, la CFOC a été épargnée par la crise de la Covid-19 et a réalisé une très belle année 2021 avec plus de 30% de croissance par rapport à 2020 et 2019. Il n’y a pas eu de croissance du trafic mais le panier moyen a connu une croissance à deux chiffres. La boutique est sans cesse remaniée. Elle fait office à la fois de showroom et d’espace de vente. Le site a été refait en octobre 2021 et permet ainsi à la marque CFOC avec ses deux boutiques du boulevard Haussmann et du Boulevard Raspail de prendre sa place de petit acteur dans le monde compétitif des arts de la table et de la décoration. C’est aussi l’opportunité de comprendre les attentes du consommateur, placé au cœur de la réflexion. C’est une marque sur un luxe artisanal où l’on voit la matière avec des objets qui ont du sens et de la profondeur. Le story-telling qui l’accompagne insiste sur les matières sensorielles et naturelles comme le papier Washi ou le coton Khadi. La CFOC propose des produits qui ont du sens, moins industriel, avec un retour sur l’artisanat, des choses plus sensibles, moins mais mieux. La boutique propose 1200 références actives, des objets à la portée de tous.

Assiette de la collection art de la table © CFOC
Collection art de la table © CFOC

La CFOC ne suit pas de tendance mais reste fidèle à son style intemporel et contemporain, en ligne et avec les attentes des consommateurs. Sa clientèle fidèle des années 60 a passé le relai aux jeunes générations. Nous ne faisons pas de listes de mariage mais un service personnalisé avec possibilité de broderie sur textile ou gravage sur laque. Notre problématique est celle des artisans, livrer dans les délais et éviter les goulots d’étranglement. Ils manquent de main d’œuvre. Il faut former, former et former. Le saladier en laque Mandarin est fabriqué dans un atelier au Viet-Nam où des artisans experts multiplient les couches pour obtenir cet éclat unique et parfait. Les nuages de Céline Wright en papier Washi fabriqués à Montreuil, flottent dans l’espace. La crise impose de nouveaux délais, parfois trois mois, voire six, voire neuf. Mais c’est le temps minimum pour un produit de qualité. »

MY Design, une histoire de famille

Ancienne PDG de la SAS MY Design, Marie-Line Salançon a passé la main en Août 2021 à son fils Léonard. Une histoire de famille… Baignant dans le design depuis sa naissance au sens propre comme au figuré, Léonard Thomas est une encyclopédie du design qui sait argumenter auprès de ses clients et faire l’éloge d’un design de qualité.

« Avec la crise de la Covid 19, les clients ayant besoin de se sentir en sécurité, nous avons décidé d’ouvrir notre boutique uniquement sur rendez-vous. Nous leurs proposons des horaires très souples, tous les jours de la semaine sauf le dimanche. De plus nous offrons des services supplémentaires comme la mise sur plan et les conseils en décoration. Pour compléter ce dispositif, nous nous déplaçons également chez eux pour leur apporter notre expertise, les aider à choisir les finitions et les dimensions du mobilier comme des luminaires. Pour gérer la croissance de la demande, nous venons de recruter deux nouveaux collaborateurs et deux étudiants en alternance ce qui nous permet de répondre à cette évolution. Malgré la situation actuelle, nos principaux partenaires ont réussi à préserver les délais de fabrication qui sauf exception ne dépassent pas les deux mois. Nous avons un dépôt qui nous permet de stocker toutes les marchandises souhaitées. La pénurie s’est légèrement fait sentir sur certains bois (comme le teck) et l’acier naturellement mais apparemment nos partenaires savent gérer leur stock et leurs réserves. Nous valorisons toujours les designers. Le savoir-faire ne suffit pas. Il faut une signature et c’est un vrai métier. Nous mettons toujours en avant le nom des designers, leur créativité et leur travail »

Portrait de Léonard Thomas, Directeur commercial chez MY DESIGN

« Pour renouveler les collections, nous visitons régulièrement les usines de nos partenaires afin de voir en avant-première, les nouvelles créations. Ce sont des choix coup de cœur mais l’esthétique et la fabrication doivent suivre. Une boutique à Paris est essentielle. A l’air du numérique et des ventes sur les sites internet, nos clients ont besoin d’être rassurés, conseillés et accompagnés. Voir un canapé, l’essayer, regarder les tissus ou les cuirs, avoir un conseil pour les dimensions et savoir que nous sommes là pour gérer les moindres problèmes jusqu’à l’installation chez le client sont des points importants. Cela ne peut se faire qu’avec un showroom. Prendre le temps de recevoir est essentiel. Nous vendons des produits luxueux. Il faut un vrai service à la hauteur ! »

Mobiliers MY DESIGN

Chez MODA, la boutique est le lieu

Pour Pascal Dessagnes, PDG de MODA International, faire revenir le client en boutique a toujours été une préoccupation et « pour être précis, la demande a toujours été constante malgré la pandémie et le confinement. MODA avec ses spécificités cultive et développe une offre comme à la maison avec ses produits, ses projets et ses réalisations de lieux de vie ou d’espaces de travail. Cet état d’esprit se retrouve dans les showrooms. Plusieurs éléments doivent participer à la gestion d’une demande en croissance : une sélection plus rigoureuse et cohérente des produits, une offre de services plus complète et plus performante pour nos clients et un process de gestion de la demande au sein de MODA. Malgré la situation actuelle, cette période très particulière n’impacte pas les délais de livraison qui se situent toujours autour de 8 à 10 semaines. Mais nous l’assurons grâce à un dépôt de 2500 m2. Pour les matières « métaux », on peut noter une augmentation des coûts due, en effet, à une forte demande du marché, d’où des augmentations des tarifs produits.

Portrait de Pascal Dessagnes, PDG de MODA
© MODA

Chez MODA, le designer est un atout, un gage de qualité de produits et de services, une signature. Avec la même exigence, le même état d’esprit, nos clients recherchent des produits signature, expressions créatives, vecteurs d’image et l’esprit « designers ». Pour renouveler une collection, il faut anticiper les tendances du marché et accompagner nos clients dans la sélection de nouveaux produits, d’éditeurs et de fabricants. Véritable laboratoire de recherches et de réalisations, le bureau d’étude est au cœur de ces renouvellements permanents. La gestion et l’application de nouvelles valeurs telles que l’écologie et l’éco-responsabilité au quotidien ont un rôle déterminant. Une boutique à Paris est indispensable car au de-là du virtuel, du web et des réseaux sociaux, elle offre en présentiel le plaisir « d’essayer un canapé, d’en apprécier les formes, les matières, le moelleux ou la fermeté. La boutique est le lieu, l’espace de leur meilleure expression. Le lien avec le client. »

Rédigé par 
Bénédicte Duhalde

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8/9/2026
Paris Design Week : la création chinoise s’expose à Paris

À l’occasion de la Paris Design Week, la scène créative chinoise investit plusieurs lieux de la capitale. Du Palais-Royal au Marais, trois rendez-vous témoignent d’une création en mouvement, entre héritage culturel, expérimentation et nouveaux usages.

Longtemps associée à la production, la Chine affirme aujourd’hui une autre place dans le paysage international du design. À Paris, designers, artistes, architectes et éditeurs dévoilent à l’occasion de la Paris Design Week trois espaces aux approches multiples, loin d’une esthétique unique, mais réunies par une attention portée aux savoir-faire, à la matière et au dialogue entre héritage et création contemporaine.

Wu Bin donne forme au temps

Au coeur des jardins du Palais-Royal, la signature du designer et architecte d’intérieur Wu Bin est présenté à travers Le Pavillon du Temps du 9 au 17 septembre. Réalisée en acier inoxydable poli miroir et enveloppée d’une membrane inspirée du papier de Xuan, la structure évolue avec la lumière et les mouvements de son environnement. Divisé en trois segments, le pavillon se transforme au fil de la journée en un cadran solaire contemporain, à la frontière de l’art, du design et de l’architecture.

Le Pavillon du Temps, Wu Bin

Le « bon goût » selon la création chinoise

Du 10 au 14 septembre, le China Creative Pavilion réunit une vingtaine de marques et talents au sein de la Paris Design Week Factory. Sous le thème « Bon Goût ! Good Taste ! », le parcours interroge les relations entre esthétique, sensations et usages. Parmi les projets présentés, Anta s’associe à l’artiste Liu Tong autour d’une installation en papier inspirée de sa technologie ANTA FOLD, tandis que SDCC transforme des céramiques rejetées de Jingdezhen en revêtements architecturaux, conjuguant savoir-faire porcelainier et économie circulaire.

© SDCC

Quand l’art rencontre le quotidien

Enfin, l'exposition "Form Before Form", présentée à l’Espace AUBE du 9 au 19 septembre, marque les débuts européens de YUAN, un projet fondé à Pékin par Song Tao. Céramique, peinture, art floral et installations organiques s’y rencontrent autour d’une vision du design envisagé comme le prolongement d’une recherche artistique et d’une manière d’habiter. La céramiste Du Qinfen y présente notamment YUAN Collection 01, qui transpose son vocabulaire artistique dans des objets du quotidien.

Exposition "Form Before Form" à l'espace AUBE 
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8/9/2026
Intramuros #229 : Second Life

Nous avons longtemps confondu nouveauté et progrès. Comme si avancer supposait nécessairement de remplacer. Comme si un objet, un matériau ou un bâtiment perdaient toute valeur dès lors qu’ils avaient déjà servi. Cette logique a façonné nos intérieurs autant que notre économie : produire, séduire, vendre, oublier. Puis recommencer. Encore et encore. Désormais, le réel nous oblige à regarder autrement ce qui existe déjà. Il ne s’agit pas de renoncer à créer, encore moins de céder à une quelconque nostalgie.

Mais, au contraire, d’élargir le territoire du projet. Réparer, transformer, réemployer, reconditionner, détourner. Tous ces gestes demandent autant d’intelligence que l’invention ex nihilo. Peut-être même davantage. Car composer avec l’existant impose des contraintes, une histoire et, parfois, des cicatrices. Le designer ne part plus d’une page blanche. Aujourd’hui, il écrit la suite.

Sommaire

Design 360

Design Story

Second life, L’âge de la deuxième matière

Dans les mailles d’Iranzo

Maximum, la matière en changement d’état

James Shaw : Agrégats colorés

Issey Miyake, expérience biophilique

Furniture for Good : la matière reprend forme

Sander Wassink, faire avec

Lucie Gholam, reconstruire un récit

Rikkert Paauw, composer avec l’existant

SEA LÍA : chirurgie plastique

.Oddity Fragrance, design parfumé

Dirk van der Kooij, la mémoire du plastique

ecoBirdy : à hauteur d’enfant

Semper & Adhuc, le temps repris

hors-studio, matières premières

deco.and, extravagant silence

Re-design, (Ré)incarner l’objet

Éditeurs, conscience collective


Matières

Fab.BRICK, refaire le mur

Antonin Mongin, la fibre design

Loumi Le Floc’h, lumière d’été

Rezign, le textile réinventé

pierreplume, les fibres du réemploi

Kami-Kami, quand la matière change de statut

In-situ

Ce qui est déjà làOne Yard, d’une industrie à l’autre

K5 : Valeur constante

Atelier Craft, Histoires inédites

Experimenta

Laboratoire des pratiques durables : quand la matière redessine le projet

In the Air

Salon Artisans d’Excellence : la matière à l’honneur

Concours Technogym x Intramuros : les lauréats de la deuxième édition

Hyline : invisibiliser les frontières

Studio MTX, quand la broderie change d’échelle

EquipHotel : les temps forts de l’édition 2026

Agenda

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4/9/2026
The Eames Houses : l’ouvrage d’une révolution

À l’occasion de la parution de l’ouvrage The Eames Houses, son auteur, Eckart Maise, et Antonio Navarro, directeur créatif de Kettal, reviennent sur la vision pionnière et créative du célèbre couple d'architectes américains.

Couple mythique de l’architecture, Charles et Ray Eames ont participé à faire entrer le modernisme dans le secteur de l’habitat. Près d’un siècle après leurs réalisations les plus célèbres, la maison d’édition Phaidon publie « The Eames Houses ». Plus qu’une monographie, l’ouvrage développé pendant deux ans revient sur huit projets explorant la préfabrication, la flexibilité ou encore les matériaux industriels. L'architecture n'est pas ici un exercice stylistique, mais un système généreux au service de la vie quotidienne. Pour revenir sur cette philosophie, nous avons posé quelques questions à Eckart Maise, ancien directeur de la création chez Vitra, mais également collaborateur de longue date de la famille Eames, et à Antonio Navarro, directeur artistique de l’entreprise espagnole Kettal qui lançait en avril dernier, la commercialisation d’un Pavillon Eames.

Livre The Eames Houses

Pour commencer, pourriez-vous rappeler le contexte qui a vu naître les maisons Eames ?

Eckart Maise : Ces maisons sont apparues aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, la grave pénurie de logements coïncidait avec un modèle industriel, désormais capable de produire des composants standardisés à très grande échelle. Il se trouve qu’en Californie, la population augmentait rapidement et l’évolution des modes de travail et de la vie familiale appelaient de nouvelles formes d’architecture domestique. Donc le programme Case Study House est lancé en 1945 par la revue Arts & Architecture de John Entenza. Il s’agissait de demander aux architectes de mettre les avancées dans le domaine des matériaux au service de logements modernes et économiques. Charles et Ray Eames ont conçu la maison comme un système plutôt que comme un objet à proprement dit. C’est-à-dire en favorisant une structure légère assemblée à partir de composants facilement disponibles et capable de s’adapter à différents sites, occupants et modes de vie.

Donc l’idée fondamentale des Eames était de créer un design modulaire industrialisé ?

Antonio Navarro : Absolument. Charles et Ray ont démontré que cette idée était viable à travers l’Eames House. Mais sa transformation en un système industriel pouvant être produit et distribué à plus grande échelle n’a pas fonctionné.  Le concept était probablement simplement trop en avance sur son temps. À la fin des années 1940, nombre des matériaux, composants et technologies nécessaires pour produire efficacement ce type d’architecture n’existaient pas encore ou n’étaient pas suffisamment accessibles. L’Eames House elle-même a été construite à partir de composants industriels initialement fabriqués pour d’autres usages. D’ailleurs, Charles et Ray ont développé une maison préfabriquée pour Kwikset, destinée à une production en série, mais l’entreprise a changé de propriétaire puis a fait faillite avant que le prototype puisse être construit.
L’architecture est beaucoup plus difficile à industrialiser que le mobilier. Chaque projet doit répondre à son climat, à sa localisation, à ses fondations, aux réglementations locales, aux réseaux et à la logistique. Donc l’idée était juste, mais il manquait un écosystème technique et industriel nécessaire pour la rendre possible. Aujourd’hui, nombre de ces conditions existent enfin.

Livre The Eames Houses

 

C’est ce qui a été démontré en avril à la Triennale de Milan avec le lancement d’un Pavillon Eames. Comment Kettal et le Eames Office ont-ils collaboré pour concevoir cette version 2026 qui n’est pas la réplique d’un plan, mais le prolongement d’une vision ?

EM : Le pavillon est né d’une recherche dans les archives consacrée aux maisons expérimentales et aux systèmes constructifs développés par Charles et Ray entre 1945 et 1955. L’Eames Office et Kettal ont traduit leurs principes récurrents — une trame structurelle, des composants préfabriqués et des panneaux de remplissage interchangeables — en un kit de pièces contemporain. Pour Kettal, la marque s’est imposée naturellement parce qu’elle possédait déjà une expérience dans la construction en aluminium et notamment de pavillons modulaires. Ses capacités d’ingénierie et de fabrication ont permis de faire aller les idées des Eames au-delà du prototype. L’idée n’était pas de reproduire un projet historique unique, mais de développer un système adaptable pouvant être fabriqué, configuré et étendu en fonction des exigences actuelles.

Et ces exigences ont certainement amené quelques changements ?

AN : Je ne dirais pas que nous avons changé l’architecture. Notre intention était de traduire le système original dans une production contemporaine tout en préservant sa logique, ses proportions et son caractère visuel. Dès le départ, nous voulions que le travail technique réalisé par Kettal soit presque imperceptible dans le résultat final.
Nous avons donc étudié l’Eames House en tant que prototype construit, en mesurant et en analysant ses composants, ses profils, ses surfaces, ses couleurs et ses détails constructifs. Cette étude a été associée aux recherches menées par l’Eames Office sur leurs autres projets architecturaux construits et non construits.

 

Mais passer d’un projet non-construit à un produit disponible à la vente nécessite une standardisation, notamment au niveau des éléments techniques ?

AN : Effectivement. Nous avons réduit le nombre d’éléments, rationalisé les assemblages et établi des règles claires de configuration. Paradoxalement, simplifier le système augmente ses possibilités, car les mêmes composants peuvent créer de nombreuses structures différentes.
C’est donc l’aspect technique que nous avons principalement modifié en introduisant des profilés en aluminium extrudé de haute précision, en améliorant l’isolation thermique et acoustique, et en prenant en compte les exigences contemporaines en matière d’étanchéité, de tolérances, de résistance aux intempéries, de durabilité et de réglementations locales. Nous avons également intégré l’éclairage, la ventilation, la régulation climatique et la connectivité. Il y a donc de la nouveauté, mais l’intelligence architecturale sous-jacente reste celle de Charles et Ray Eames.

Livre The Eames Houses

Comment expliquez-vous que cette intelligence, vieille de près d’un siècle, répond encore aux besoins et aux aspirations contemporaines ?

AN : Peut-être que le plus surprenant est que nombre des questions auxquelles Charles et Ray ont cherché à répondre sont devenues encore plus urgentes aujourd’hui. En tout cas, les facteurs sont multiples.
D’un point de vue technique, ils concevaient l’architecture comme un système adaptable plutôt que comme un objet fixe. Une trame rationnelle et un nombre limité de composants interchangeables permettent de configurer une structure pour différents usages, de l’agrandir, de la réduire, de la démonter ou de la déplacer. Les éléments peuvent être réparés ou remplacés individuellement, et les composants qui ne sont plus nécessaires peuvent être réutilisés ailleurs. Il s’agit d’une utilisation des matériaux beaucoup plus intelligente que lorsque chaque bâtiment est considéré comme un ensemble permanent et indissociable.
D’un point de vue sociologique, nos vies sont devenues de plus en plus mobiles et changeantes. Les familles s’agrandissent où se réduisent ; les entreprises se développent, se contractent ou déménagent ; et les frontières entre la maison, le travail et l’hospitalité continuent de s’estomper. Un espace adapté aujourd’hui peut devoir fonctionner de manière très différente dans cinq ou dix ans. Les Eames avaient compris que l’architecture devait accompagner ces changements plutôt que leur résister.
Il existe également une dimension environnementale. Dans certains contextes, l’architecture devrait être réversible, permettant de retirer une structure et de restaurer le paysage plutôt que de le transformer de manière permanente.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’ils ne concevaient pas une architecture correspondant à une image particulière de la vie moderne. Ils pensaient une structure capable de répondre à la vie à mesure qu’elle évolue.

 

En plus de leur fonctionnalité en tant qu’espaces de vie, les bâtiments des Eames étaient également visuels. Quel rôle les Eames et leur architecture filaire ont-ils joué dans l’esthétique moderniste et dans le célèbre programme des Case Study Houses ?

EM : Sur les 36 Case Study Houses proposées, Charles et Ray Eames ont développé le projet original de la Bridge House ainsi que l’Entenza House avec Eero Saarinen, puis l’Eames House qui a effectivement été réalisée. Bien que les 36 projets répondent à un même cahier des charges portant sur des logements économiques et contemporains, leurs approches architecturales différaient considérablement.

La contribution particulière des projets des Eames résidait dans le fait de considérer la structure métallique apparente, les composants industriels standardisés, le vitrage et les panneaux colorés à la fois comme un système constructif et comme une composition visuelle. Leur importance ne résidait pas dans la définition d’une esthétique unique des Case Study Houses, mais dans la démonstration que la standardisation industrielle pouvait favoriser la liberté architecturale et des modes de vie finalement très individualisés.

Livre The Eames Houses
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4/9/2026
Paris Design Week : l’Agenda d’Intramuros

La Paris Design Week est de retour dans la capitale du 10 au 19 septembre pour célébrer le design sous toutes ses formes. Petit tour des expositions à ne pas manquer lors de cette édition. 

5-7 septembre : Salon Shoppe Object Paris, Paris Expo Porte de Versailles, 75015 Paris

8-27 septembre : Exposition « Contrepoint » d’Anthony Guerrée, Musée Bourdelle, 16, rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris

9 et 10 septembre : Exposition « Trames » par Heju Studio chez Tarkett, 43 Rue de Saintonge, 75003 Paris

9-13 septembre : Exposition « The Light Library » par le Studio Meaningful, Galerie Ideal Place, 38, rue des Gravilliers, 75003 Paris

9-19 septembre : Exposition « Sotto Voce », 3 rue Paul Bert, 75011 Paris

avec : Clément Pasquier, Justine Ménard, Florie Berger, Mélissa Wago-Lala, Mathilde Martin et Sòler Paris

9-20 septembre : La « Re-prise de la Bastille » par le studio 5.5, Place de la Bastille, 75004 Paris

10-13 septembre : Exposition « Trois Pièces » avec Polimair, Lucas Zito et Tapicheri, 52 rue Charlot, 75003 Paris 

11-13 septembre : Exposition « Take one just in case », 10 rue Tesson, 75010 Paris initiée par Pierre Castignola et Alexandre Delasalle 

avec : Augustin Puzio, Atelier Burrata, made by ASTRONAUTS, Lana Arih, Jules Barton, Tin Alaya, Pierre Castignola, Laura Casañas Maya, Alice Clermont, Alexandre Delasalle, Laura Dominici x Basil Schu, Lewis Duckworth, e8 Tableware, Tim Teven, Diego Faivre, Lucas Muñoz Muñoz, Helene Falgayrette, Olga Flor, Lino Gasparitch, LS Gomma, Ebba Studio, Flora Lechner, Anna McAllister, Mark Malecki, Johanna Pichlbauer, Jovien Panné, Sacha Lefèvre, Sigurd Schelde, Marie Verdeil

10-14 septembre : Paris Design Week Factory :

Espace Commines : 17, rue Commines, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 116, rue de Turenne, 75003 Paris 

Galerie Joseph : 16, rue des Minimes, 75003 Paris 

Galerie Ellia : 10, rue de Turenne, 75003 Paris

11 et 12 septembre : Ikea « l’Habitat de l’année », 4 rue François Miron, 75004 Paris

10 au 19 septembre : Installation PICNIC de Cluzel / Pluchon, Hôtel d’Albret, 31 rue des Francs Bourgeois, 75004 Paris 

10 au 19 septembre : Exposition « Bar Stool », Espace Brownstone, 26 rue Saint-Gilles, 75003 Paris initiée par Athime de Crécy et Quentin Frichet 

avec : AC/AL, Antonin Fassio, Arthur Desmet, CPRV, Athime de Crécy, Camille Donias, Claire Lavabre, Cluzel & Pluchon, Denise Merlette, Formel Studio, François Lafortune, Guillaume bloget, Guillaume Gindrat, Gini Moynier, Giuseppe Formica, Hugo Chaffiotte, Marine Quéré, Meta, Paul Tubiana, Quentin Frichet, Romain Sillon & Clara Ormières, Sacha Parent & Valentine Tiraboschi,  Sara Decampos, Théo Leclercq & Camille Viallet, Thelonious Goupil, Tobias Brunner et Wint Design Lab.

10 au 19 septembre : Frgmnt Design Week chez Heureux les curieux, 23 rue du Pont aux Choux, 75003 Paris 

avec : Alexandre Veillon, Alicia Bonnard, Amalgame Studio, Ariane Ronot, Atelier Anova, Atelier Apara, Atelier Perret, Benoit Porte-Proust, Claire Buet, Clémence Birot, Clémence Lucchini, Clément Thevenot, Céline Proust, David Jacquinot, Emma Batsheva Cohen, Faustine Perret, Florence Boujnah, Judith Chauvel-Levy, Kr.Atelier, Louis Daigre, Mahée Billères, Marine Gaillard, Marion Gaudino, Maxime Wan Meenen, Mickaël Gayet, Mileno Guillorel-Obregón, Nessim Kaufmann, Nicolas Guillamot, Olive®, Post Industrial Crafts, Richard Rondelez, Sarah Remy, Studio CoPain, Studio Évaporer, Studio Jumel, Tancrède de Beaumont, Théo Laverne, Valentin Bony, Vincent Cassat, Yohan Thomas en collaboration avec Etnisi, La Tête Dans Les Nuages, La Fabrique Materia, Matériaux Urbains, NaturLoop, Pierre Plume, Reed Material, Renature Materials et Tissium

10 au 27 septembre : Paris Design Week au BHV Marais, 52 rue de Rivoli, 75004 Paris

avec : Jean-Baptiste Durand et Simon Geringer, Théo Charasse avec Vous pouvez dormir dans la grange, Gaspard Fleury-Dugy, Laure Philippe avec le studio BrichetZiegler, Gregory Lacoua et BehaghelFoiny

10 septembre au 3 octobre : Exposition « Multiples », galerie des ateliers de Paris, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris 

avec : Camille Viallet & Théo Leclercq, Cluzel / Pluchon, CPRV, Jules Levasseur, Julie Richoz, Kevin Lebouvier - Klaes studio, Laure Philippe, Lila Guédin, Lucien Icard, Nicolas Verschaeve, Selah Creative Office, Studio Poirier Bailay, Valentine Tiraboschi & Sacha Parent,Thelonious Goupil et Unknown Untitled

10 septembre au 4 octobre : Exposition « La Tempête » de Jérémy Pradier-Jeauneau avec Fermob, Arc de Triomphe, Place Charles de Gaulle, 75008 Paris

10 septembre au 10 octobre : Exposition « Under Pressure » de Marie et Alexandre, galerie signé, 33 Rue Bonaparte, 75006 Paris 

11 septembre au 31 octobre : Exposition « Petals » de Patrick Jouin, Galerie de Sèvres, 4 place André Malraux, 75001 Paris

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